‹ Le Darwinisme (volume 2)Chapitre 41 sur 65 · BO · texte numérisé non relu

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Entre l'Ecosse et les îles Féroë, la température dé la surface fut trouvée de 42° centigrades, tandis qu'à 1,200 mètres environ de profondeur, la teiôpérature des eaux s'abaissait à — 1** 2. Supposons qu'une élévation du sol mette à sa^es abîmes, où vit la hxme des eaux glaciale^ d^^^^zberg, les gféologues de

l'avenir, s'ils conservaient la méthode actuelle d'estimation, concluraient de la présence des coquilles fossiles que le climat de la région suprà-écossaise a été, à notre époque, celui même de la zone polaire. On voit combien grande serait leur erreur. C'est cependant sur cette base que sont fondées, en majeure partie, les appréciations des géologues contemporains pour ce qui concerne les climats des époques préhistoriques*

On n'a pas encore opéré de nombreux sondages, au même point de vue scientifique, dans les régions équatoriales, ni confirmé par des milliers de faite, arrachés au sein des flots, l'existence générale d'une température voisine de zéro dans les parties profondes de rOcéan, même entre les tropiques. A l'avenir et à un avenir très-prochain est réservée la démonstration expérimentale de ce fait, conséquence nécessaire du mouvement qui porte les eaux du pôle à l'équateur en sens inverse du mouvement de surface qui entraine les eaux chaudes de l'équateur vers les contrées polaires. Or il il est incontestable aujourd'hui que chacun de ces courants a sa faune particulière. Par conséquent, la présence de coquilles septentrionales dans les profondeurs de l'Océan équatorial, alors que les eaux de la surface échauffées par un soleil ardent ont une température dépassant 30"*, ne peut plus être acceptée comme une médaille frappée au coin d'un climat boréal. Elle atteste le passage d'un courant pojajre : voilà tout.

Cette vérité n'est pas ^Httkapplicable aux époques

préhistoriques qu'elle ne Test au temps où nous vivons. Des mers profondes ont dû toujours exister; les forces physiques qui entretiennent la circulation océanique ont dû toujours agir, bien que modifiées dans leur action locale par la distribution particulière des terres à, chaque époque. Donc, toujours et sans discontinuité, les courants polaires ont dû nourrir une faune arctique dans un terrain sous-marin quelconque. Les continents actuels n'étant que des surfaces de soulèvement, il en résulte qu'ils ont dû conserver les vestiges des anciens courants. Par consé quent il n'est plus possible d'accepter aujourd'hui la présence de fossiles appartenant aux faunes septentrionales comme preuve d'une période glaciaire. C'est dans un autre ordre de faits que les géologues devront désormais puiser leurs arguments.

On se souvient du phénomène remarquable signalé à l'Académie des sciences par M. Naudin (1). Pendant le rigoureux hiver de 1870, par une température qui, en trois jours, passa de i- 14^ 5 à — 0^ 8, des palmiers aplatis par la neige et emprisonnés dans de véritables glaçons restèrent dix jours en cet état. La tempête une fois passée, ils reprirent leur vigueur ordinaire. Ce fait donne à penser que la présence, dans une latitude élevée, de végétaux appartenant aujourd'hui à la flore méridionale n'est pas une preuve péremptoire que le climat de ces latitudes se rapprochait de celui des tropiques.

(1) Voir, \W partie, chapiire 111^ page 163, la note.

Quèîte conclusion tirer de ce qui précède ? C'est t^ue les géologues se sont trop hâtés dans leurs affirmations relatives aux climats des différentes époques géologiques. Il est certain aujourd'hui qu'une faune arctique n'est pas la preuve d'un climat giacial> il est probable qu'une faune regardée aujourd'hui comme propre au midi, n'a pas eu jadis ce caractère exclusif. De nou- A'elles observations sont nécessaires; mais en attendant (|ue l'avenir jette de la darté «ur les points obscurs, il est prudent de suspendre son jugeikientiOu une appréciation qui reposerait sur des fttits peu nombreux et ^es inductions mal assises. ïjes conquêtes dues aux sondages récents sont destinées à opérer une véHtable révolution en géologie* EUbs déblaient ie ph)bième glaciaire d'une fouie d'imiaginaires dt acuités qui semblâieht le rendre à jamais insoluble^ Déjà le domain^ de cette période étrange se trouve singu^ lièl^nlent tédnit par la découverte de la grande iiir» ^nlatioh océanique et les ôoniséquettceR qu'elle entrrfh^é^ Quant à l'explication des gla^^ers, ia méttiode de l'ilMstï^e lohn Tyndall, vapeur d'eau et condenseur péîl^tioAné, suffiî^a sans doute à lever les demiei^ Vbitesï Gourants océaniques et coiidenseurs dépendant ties oscillations du sol, la recherche de la «olutiôn se t-t*ouve transportée sur ia terre, sut- le vrai champ de ia science. Là encore, dans cette partie si mystérieuse ^ la connaissance universelle, le surnaturel aura été banni. Cette nouvelle victoire sur le merveilleux fera faire à l'esprit humain un nouveau pas dans une meiUeui^ et plus libre çps^iiMi de lui-même.

IV.^Ln pré8»e# de types «11*011 brof nH étoints preuve qu'il n'y a pas eu de deetrueUoua uuWer-

selles.— Lorsque Cuvier, dws son premier Mémoire, soutint que chaque époque avait vu ensevelir dans une catastrophe commune les animaux alors existants, et qu'à ohaqi^e époque suivante avaient surgi des espè« ce^ nouvelles : « Est-ce que le Créateur a recoip()mencé To^uvre des six jours ? » s'écria ironiquement Geoffroy T^aint-Hilaire. La découverte^ faite dans les sw^U fres de l'Océan de types qu'on croyait éteints a poçté un dernier coup à la théoriiede Cuvier. Non, Dieu n'^ pas recommencé l'œuvre des six jours, selon la pitta^ resque expression de Geoffroy; la vie animale n'ç^ pas eu de solution de continuité, et )çs modification^ qu'elle a dû subir ont été l'effet nature^ du jeu des lois physiques. Il est facile de comprendre, en ç^ffet, que les oscillations du sol, en déplaçant le lit des courants, ont dû introduire de graves changements dans les conditions de vie des faunes marines. Si ces changements ont, en même temps, été brusques et considérables (phénomènes volcaniques), ils ont bien pu amener^ dans toute la région où ils se sont produits l'extinction d'un grand nombre des espèces qui l'habitaient; d'autres espèces ont pu émigrer à la recherche d'une température plus favorable et transporter ainsi dans d'autres localités les types qui ne pouvaient plus vivre dans leur premier séjour, formant ainsi des colonies selon l'expression de M. Barrande. Si les changements se sont opérés graduellement, la plus grande partie des espèces composant la faune de la

région dont la température changeait ont pu s'acclimater peu à peu. Elles ont subi dans leur structure et dans leurs habitudes des modifications qui ont suffi pour établir des différences spécifiques, tout en consentant assez de rapports généraux avec le type primitif pour le représenter encore. Un exemple remarquable de ce fait est fourni par les modifications graduelles dans le type de YApiocrinus, en le suivant depuis répoque oolothique jusqu'à nos jours. Ainsi donc, extinction d'espèces, dissémination d'espèces, variations d'espèces, voilà trois faits qui résultent de l'action combinée des courants océaniques et des oscillations du sol. Les catastrophes fantastiques n'ont rien à y yoir. En revanche, ils sont favorables à lathéorie de Darwin, à laquelle ils apportent un nouvel et considérable appui.

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