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CHAPITRE II

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On appelle hybridation l’action de croiser deux espèces distinctes; l’hybride est l’être produit par ce croisement, lorsque celui-ci est fécond. L’hybridité est la condition de l’animal ou du végétal hybride.

I. — Fécondité bornée ou infécondité dès-unions entre espèces. — Dans les deux règnes, végétal et animal, le croisement entre deux espèces éloignées est toujours stérile. La fécondité entre les espèces voisines est, donc la seule dont on puisse donner des exemples. Inutile d’ajouter que le mot espèce est ici nécessairement employé dans le sens morphologique.

'Végétaux. — Le croisement entre espèces voisines donne presque toujours des hybrides; mais ces hybrides sont le plus souvent stériles ou retournent promptement au type primitif. Sauf une exception, celle de

Yœçjilops speltœformis dont il sera parlé avec détail, on peut affirmer qu’il n’existe pas de races hybrides méritant ce nom.

Animaux . — § Etat sauvage. — En général, les hybridations naturelles sont extrêmement difficiles : les animaux paraissent répugner a ces unions en quelque sorte forcées.

Entre mammifères, on ne peut citer aucun cas.

Chez les oiseaux, on a constaté quelques hybridations entre les perdrix et les tétras, entre l’hirondelle de fenêtre et l’hirondelle de cheminée, entre la bergeronette grise et la noire, entre la corneille mantelée et la noire. On ignore si les accouplements ont donné naissance h des hybrides, excepté les unions des perdrix et des tétras (coqs de bruyère, gélinottes, lagopèdes).

Entre reptiles, aucun excmplc.il résulte des fécondations artificielles tentées par Spallanzani (!) que le liquide fécondant du crapaud n’exerce aucune action fertilisante sur les œufs de grenouille. L’humeur des crapauds empoisonne les grenouilles; elle les tue généralement dans l’espace d’une heure. Il suffit même d’en étendre une certaine quantité sur le dos de l’animal pour obtenir ce résultat. Mais elle n’exerce aucune action toxique sur les crapauds eux-mêmes (Vul-

(1) Spallanzani, chirurgien et naturaliste italien, né en 1729, mort en 1799.

pian). Ce qui prouve que les grenouilles appartiennent à une espèce très-distincte.

§ État domestique ou captivité. — Voici le résumé presque complet des hybridations chez les mammifères, obtenues par les soins de l’homme.

1° Tigre et lion. — En captivité, le tigre et la lionne ont donné naissance à des hybrides qui n’ont jamais été féconds (1).

2° Ane et hémione. — L’union de l’hémione et de l’âne est féconde. On a obtenu, au Muséum, en croisant l’hémiono et l’ânessc, un hybride mâle qu’on avait appelé Polka. Cet hybride a pu féconder des âncsses et des hémionesses.

«3 3 Ane et jument. — De l’union de l’âne avec la jument naît le mulet, hybride très-ardent, mais infécond. Après avoir observé les faits contemporains, recueilli et contrôlé les faits anciens, on est arrivé aux trois conclusions suivantes :

(1) Dans une ménagerie anglaise, une tigresse originaire de Calcutta eut, en dix années, cinq portées d’un lion né en ménagerie d’un lion de Barbarie et d’une lionne du Sénégal. Les trois petits de la dernière portée survécurent seuls. « Moins rayés que les vrais tigres, ces hybrides l’étaient plus que ne le sont les# lionceaux, et, sous ce rapport, leur robe tenait à peu près le milieu entre celle des deux espèces dont ils descendaient. De même pour la physionomie. » (Gervais.)

A. Infécondité absolue des mulets unis aux mules ;

B. Infécondité probablement absolue du mulet uni, soit à la jument, soit à l’ânesse;

G. Fécondité extrêmement rare de la mule croisée avec le cheval ou avec l’âne.

4° Cheval et ânesse. — Le produit de l’hybridation

du cheval et de l’ânesse est le bardot. Le bardot étant

plus faible et plus petit que le mulet, on n’a aucun intérêt à le faire naître ni à le propager.

5° Chien et loup. — Voir le chapitre précédent, ainsi que pour le croisement du chien et du chacal.

G0 Lièvre et lapin. — On, appelle léporides les produits de l’hybridation du lièvre et du lapin. Cette hybridation, constatée d’abord en 1774 par l’abbé Dominique Gagliori, a été, en 1850, l’objet d’une exploitation industrielle par M, Roux, président' de la Société d’agriculture d’Àngoulême. D’une longue controverse, d’une enquête sérieuse ainsi que d’expériences faites avec succès par M. Gayot, il résulte que le lièvre s’unit aux lapines et donne naissance à des hybrides, lesquels retournent au type lapin vers la troisième génération.

7° Chèvres et brebis. — Au Chili, on croise facilement le bouc et la brebis. L’hybride, appelé chabin

ou ovicapre, est l’objet d’un fructueux commerce. D’après le témoignage décisif de M. Gay, le chabin retourne aux espèces pures au bout de quelques généra lions.

ÏI. — Variation désordonnée et retour au type.

— Un exemple de variation désordonnée avec retour au type a été donné précédemment (croisement de la linaire jaune et de la linairc rouge). En voici un autre, emprunté au règne animal (insectes). 11 s’agit du croisement du ver h soie de l’ailante, bombyx cynthia, avec le ver à soie du ricin, bombyx arr india, essayé en 1859 par M. Guérin de Méneville. Les hybrides obtenus participaient des deux types, mais plutôt du type allante. Ce cachet général se retrouvait à la fois dans les papillons et dans les cocons. Croisés entre eux, ils donnèrent une deuxième génération où l’uniformité qui les distinguait disparut : la diversité des couleurs se manifesta entre les papillons ainsi qu’entre les cocons (variation désordonnée). A la troisième génération, les hybrides produits retournèrent les uns au type ricin, les autres au type ailante; la presque totalité au type ricin (retour au type).

III. — Greffe animale et végétale. — On sait que greffer un végétal sur un autre, c’est, quel que soit le procédé, transporter un fragment (bourgeon) d’un végétal sur un tronc étranger. Or la greffe peut s’exercer entre races de même espèce, ou entre espèces du même genre, ou entre espèces de genres différents,

Il y a donc là des phénomènes analogues, mais simplement analogues, à ceux du métissage et de l’hybridation.

Il résulte des expériences faites entre végétaux que la greffe réussit toujours entre les races d’une même espèce, à condition qu’on prenne les précautions ordinaires; qu’elle réussit souvent entre espèces du même genre, ce qui étend la limite de reproduction; qu’elle ne réussit jamais entre espèces de genres différents.

Dans ces dernières années, plusieurs habiles physiologistes ont fait des essais de greffe animale, qui ont été couronnés de succès. Il faut entendre par greffe animale le transport d’une partie d’un animal sur un autre animal. Deux expérimentateurs se sont particulièrement distingués dans cette voie nouvelle, MM. les chirurgiens Ollier et Paul Bert.

M. Ollier a transporté des fragments de périoste (membrane fibreuse, blanche et résistante qui enveloppe l’os) pris à certains animaux de même espèce ou d’espèces différentes. Dans le premier cas, il a toujours vu la greffe implantée dans le nouvel organisme ■ s’y développer et produire un tissu osseux normal. Dans le deuxième cas, elle s’est toujours déformée et n’a donné naissance à aucun tissu.

M. Paul Bert a opéré surtout avec des queues de rat qu’il a implantées ou introduites sous la peau de différents animaux. Sur les rats et les mulots l’expérience a toujours réussi. Par exemple, un fragment de deux centimètres de la queue d’un jeune rat, inséré sous la peau d’un rat du même âge, acquit en

trois mois le développement normal de neuf centimètres. Sur les chiens et les chats, l’insertion de courts fragments de queue de rat amenait toujours l’un des deux résultats suivants: ou bien il y avait inflammation, suppuration et finalement expulsion de ce corps étranger; ou bien il était résorbé par une espèce de digestion locale.

On voit par là que les phénomènes de grc tfc animale présentent une grande analogie avec ceux du métissage et de l’hybridation.

Appendice. — On peut affirmer qu’une partie détachée du corps d’un animal conserve pendant quelque temps une vie individuelle. Quelle est la durée et la vigueur de cette vie partielle ? Voici le résultat de quelques expériences.

M. Ollier a remarqué qu’un lambeau périostique pris sur un lapin mort depuis vingt-quatre heures, .était encore susceptible d’etre greffé sur un autre lapin. Bien plus, ce tissu gardait la propriété de donner naissance à un os nouveau. Il avait donc pu conserver, après ce qu’on appelle la mort de l’animal, sa vie individuelle et ses propriétés spéciales.

La greffe la plus surprenante est peut-être la suivante : M. Bert coupa la queue d’un rat; il la mit sécher dans le vide de la machine pneumatique et dans le voisinage d’acide sulfurique concentré, afin de lui enlever toute l’humidité qu’elle pouvait contenir. Puis il la plaça dans un tube de verre et pendant cinq jours l’y laissa enfermée. Au

bout de ce temps, il ta soumit pendant plusieurs heures à une température de 98° centigrades, dans •une étuve sèche, puis il la remit pendant quatre jours dans son tube. Enfin, jugeant répreuve suffisante, il greffa sur un autre rat cette véritable momie animale. Le succès fut complet. La greffe reprit si bien que, trois mois après, des vaisseaux s’étaient formés dans la partie greffée, absolument comme si elle eût été transplantée toute fraîche d’un

animal sur un autre.

M. Bert a 'aussi tenté avec un plein succès la soudure entre deux animaux : c’est ce qu’il appelle la greffe siamoise.

i° Greffe siamoise entre individus de la meme race. — Deux rats blancs, âgés de quinze jours, furent soudés l’un h l’autre par la partie latérale du corps. Pour cela, une plaie fut faite à la peau; puis, une suture réunit, d’un rat â l’autre, les lèvres de cette plaie mitoyenne; enfin un bandage maintint l’un contre l’autre ces deux animaux, si bien qu’au bout de six jours, ils étaient solidement unis par la cicatrice et qu’on put les abandonner à eux-mêmes. Au moyen d’une solution alcoolique d’atropine, M. Bert constata que les vaisseaux des deux animaux communiquaient entre eux.

2° Greffe siamoise entre individus d'espèces voisines. — Un rat blanc fut soudé à un surmulot; un autre rat blanc â un rat de Barbarie. D’une façon générale,

M. Bert a remarqué que deux rats greffés F un à l’autre se prenaient d’une aversion qui croît avec l’âge. Au bout de deux mois au plus, il faut les séparer: ils s’entre-dévoreraient.

—L’opération est difficile et demande les plus grandes précautions. M. Bert a réussi a souder un rat et un chat ! (Docteur Marey.)

Les anomalies des animaux que les saltimbanques montrent dans les foires proviennent généralement de greffes animales.

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