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V. — Seule race hybride parmi les végétaux

La conclusion serait la même pour le croisement des espèces végétales, sans une exception extraordinaire qui mérite d’etre racontée.

On sait que l’origine de notre froment, triticum , est encore inconnue. D’autre part, il existe en Asie une espèce appelée œgilops qui, quoique plus petite,

que les diverses races de noire froment, lui ressemble beaucoup. \Y œgilops ovata , 1’une des races de l’espèce œgilops , est très-commune dans le midi de la France. En 1857, M. Esprit Fabre, de la ville d’Agde, trouva sur le bord d’un champ de blé un épi qui offrait les caractères intermédiaires entre Y œgilops et le triticum , et qu’on avait déjà décrit sous le nom de œgilops triticoides. Gel épi, M. Fabre constata qu’il était sorti de la souche d’un œgilops ovata enterré par un accident; la souche donnait en môme temps des œgilops ovata. Les grains de cet œgilops triticoides, semés, donnèrent naissance à une génération qui se rapprocha davantage du froment. M. Fabre crut alors que le triticum ou froment n’était qu’un œgilops transformé; c’est dans ce sens qu’il publia sa découverte. Mais M. Oodron, par des expériences directes et décisives, prouva que Yœgilops triticoides n’était pas une espèce transformée, mais un simple hybride. 11 croisa le froment triticum avec Yœgilops ovata : le produit fut Yœgilops triticoides. Puis il croisa cet hybride demi-sang avec le froment; il obtint un hybride quarteron (quart de sang) qui ressemblait à la deuxième génération de Yœgilops deM. Fabre. M. Godron appela cet hybride quarteron œgilops speltœformis (qui ressemble àl’épeautre). L’œgilops speltœformis, semé par M. Godron, a donné constamment des produits féconds. Au lieu d’une transformation d’espèces, on eut un hybride doué d’une fécondité continue; l’intérêt, pour être déplacé, n’en restait pas moins grand.

Malheureusement M. Godron avoue que Yœgilops

spcltœformis 11e se maintient qu’à forée de soins. C’est (in vain que Comment botaniste a essayé de le semer en le laissant à nu sur un sol meme prépare d’avance. Il faut absolument enterrer chaque graine et prendre soin du produit comme d’une plante délicate. Abandonné aux seules conditions naturelles, il retourne au type des parents.

En résumé, cette race hybride, exception unique jusqu’à ce jour, a un caractère presque artificiel : elle ne se maintient que par l’intervention active de l’homme.

VI. — Caractères des hybrides. — § 1er. Atrophie de V appareil reproducteur . — Chez les hybrides végétaux, les organes de végétation et de nutrition, tiges et feuilles, offrent une supériorité très-marquée sur l’appareil reproducteur. Les tiges et les feuilles sont plus robustes, plus développées : c’.est une des raisons qui font rechercher certains hybrides.

« Dans l’immense pluralité des cas, les appareils reproducteurs mâle et femelle sont atteints chez les hybrides. Les organes mâles sont, en général, le plus rudement frappés. Point de pollen ou pollen imparfait. » Telle est la loi de Koclreutcr.

Quand les hybrides de première génération sont fertiles, la fécondité est toujours extrêmement réduite. Gœrtncr a compté sur unhybridc de pavot dix graines fertiles seulement, tandis que dans l’espèce ordinaire une capsule en renferme environ deux mille six cent trente.

Chez les animaux, on remarque la meme rupture d’équilibre entre les organes et fonctions de reproduction d’une part, et les organes et fonctions de la vie musculaire d’autre part. Le mulet, par exemple, offre une vigueur musculaire et une résistance à la digue plus grandes que celles de ses parents. Mais cite supériorité est balancée par l’atrophie à peu près complète des organes reproducteurs, quoique le mulet soit très-ardent. Le liquide fécondant, examiné par des physiologistes tels que Prévost et Dumas, Bechstein et Wagner, ne contenait que des spermatozoïdes imparfaits ou meme réduits à l’état de simples granulations.

Chez la mule, Brugnone et Gerber en disséquant les ovaires ont trouvé la trace d’ovules plus ou moins bien conformés. Donc l’élément femelle chez les hybrides animaux est moins atteint que l’élément mâle.

Lorsque les hybrides du premier sang sont féconds, la fécondité est toujours extrêmement réduite. Par exemple, l’hybride du lapin et du lièvre, croisé avec le lièvre, donne de deux à cinq hybrides quarterons (léporides de MM. Boux et Gayot). Or la portée ordinaire des lapines est de huit à douze petits.

En résumé, chez les hybrides tant végétaux qu’animaux, on constate les quatre faits suivants :

A. Atrophie de l’élément mâle;

1L Atrophie moins accusée de l’élément femelle;

G. Réduction considérable de la fécondité chez les hybrides non stériles;

D. En compensation, accroissement de vigueur et d’énergie dans les organes et les fonctions . de la vie végétative ou musculaire. C’est une vérification vraiment remarquable de la loi de balancement organique et physiologique.

§ 2. Ressemblance. — La ressemblance bi-latérale est la règle générale chez les végétaux. Cependant on cite des cas très-nombreux de ressemblance uni latérale. (Sageret, SenfF, Knight.)

Chez les animaux on peut à peine citer quelques cas de ressemblance unilatérale; et encore, Isidore Geofi'roy-Saint-IIilaire les révoque en doute. La loi générale est la ressemblance bi-latérale mixte.

Les caractères reçus des parents par les hybrides sont fondus ou juxtaposés, ainsi qu’on le voit chez les métis.

On trouve dans le règne végétal un exemple remarquable d’hybride offrant à la fois la fusion et la juxtaposition : il est donné par le citronnier hermaphrodite appelé bizarria en italien. Le bizarria est un hybride triple dont certaines branches produisent à la fois des citrons, des oranges, des limons, en même temps que des fruits intermédiaires entre ces trois types. Le bizarria est né à Florence en 1644 : il ne se propage que par boutures.

Dans le règne animal, le mulet offre un spectacle

analogue. Les oreilles ci la le te sont une moyenne entre celles de l’âne et du cheval, la taille et la forme générale appartiennent à sa mère la jument. Par sa queue, par sa force de résistance et par son carac¬

tère, il se rattache directement à l’âne. j

Observation. — La ressemblance unilatérale ou bilatérale, avec fusion ou juxtaposition, se retrouvant aussi chez les métis, ne peut servir à caractériser les hybrides.

VIL — Résumé. — Les caractères distinctifs de l’hybridité sont, d’après l’exposé des faits précédents :

1° L’extrême difficulté de l’ hybridation;

2° La stérilité habituelle des unions ou la non persistance de la fécondité quand l’union a été féconde ;

3° Le retour au type , absence complète d’atavisme.

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