‹ Le Darwinisme (volume 3)Chapitre 74 sur 75 · APERÇU DES MŒURS ET COUTUMES DES SAUVAGES MODERNES · texte numérisé non relu

APERÇU DES MŒURS ET COUTUMES DES SAUVAGES MODERNES

L’astronomie a pris son essor le jour où Galilée inventa la lunette. Supprimez, le télescope, le génie de Newton n’aura pas de point d’appui pour s’élancer dans les espaces célestes, et la gravitation universelle à jamais inconnue ne pourra pas meme être rêvée. La physique n’a pris véritablement naissance qu’avec le baromètre, le thermomètre, la lentille, les machi-

nés électrique et pneumatique. Ses progrès marchent parallèlement avec la découverte d’instruments nouveaux ou perfectionnés. La chimie, sans la fabrication du verre, serait confinée dans de si étroites limites que, au lieu d’être une science destinée à transformer le monde, elle serait h peine un répertoire d’amusements sans portée. Si la charrue n’avait pas été inventée, les tribus anciennes eussent continué leur vie nomade : or on sait que l’adoucissement des mœurs découle de la vie agricole. Pour tout résumer,

la citilisation se mesure à l’état où est parvenue l’industrie humaine sous toutes ses formes.

Quand on compare les outils, les armes, tous les moyens d’action qu’emploient les sauvages modernes dans la lutte pour l’existence, avec les instruments divers dont disposaient les hommes préhistoriques, on est frappe des analogies et des nombreuses ressemblances que ces objets ont entre eux. Toutefois le parallèle est de beaucoup en faveur de nos contemporains. De là cette conséquence que : « Les races les plus abaissées parmi les sauvages modernes doivent être au moins aussi avancées que l’étaient nos ancêtres quand ceux-ci se répandirent sur la surface de la terre. » Une esquisse, même légère, des mœurs et coutumes des peuplades modernes nous donnera donc une représentation assez juste, quoique très-embellie, de celles qu’ont dû avoir nos pères dans les temps préhistoriques.

Tous les détails qui suivent, extraits de l’ouvrage renommé de sir John Lubbock, L’homme avant l’histoire , sont empruntés aux relations des voyageurs les plus célèbres, les plus consciencieux, les plus dignes de foi. (Cook, Dumont d’Urville, Ross, Parry, Kane, etc.)

Déformations que s’infligent les sauvages. — Les sauvages semblent prendre un triste plaisir à s’infliger des souffrances. Outre l’habitude très-générale du tatouage, ils emploient les moyens les plus extraordinaires pour se défigurer et se torturer eux-mêmes,

Les uns se coupent le petit doigt, les autres pratiquent un trou énorme dans leur lèvre inférieure, ou se percent le cartilage du nez. Les habitants de file de Pâques (ou Vai-Hou, Polynésie) élargissent leurs oreilles jusqu’à ce qu’elles descendent sur leurs épaules. Les Ghinooks et beaucoup d’autres tribus américaines se déforment le crâne; les Chinois, les pieds. Plusieurs peuples de l’Afrique se cassent les dents de différentes manières, chaque tribu ayant son procédé à elle. Les Nyambanas, nation cafre, se distinguent par une rangée de boutons ou de verrues obtenues artificiellement, qui ont la grosseur d’un pois, et qui s’étendent de la partie supérieure du front à l’extrémité du nez. C’est de quoi ils tirent vanité ! Ceux des Bachapins (autres Cafres) qui se sont signalés au combat ont le droit de se faire à la cuisse une longue cicatrice, rendue indélébile et de couleur bleuâtre au moyen de cendres de bois dont on frotte la plaie toute fraîche. En Australie, le capitaine King vit un indigène orné de cicatrices horizontales qui lui traversaient la partie supérieure de la poitrine. Elles avaient au moins un pouce de diamètre et dépassaient la peau d’un demi-pouce. Dans certaines parties de l’Australie et de la Tasmanie, tous les hommes s’extraient une dent, et cela, par un procédé aussi maladroit que douloureux. Les habitants de Tanna (une des Nouvelles-Hébrides, Mélanésie) ont sur les bras et le ventre des cicatrices en saillie, représentant des plantes, des fleurs, des étoiles et divers autres objets. On les fait en coupant d’abord la peau avec un roseau

de bambou aiguisé, puis en appliquant sur la blessure une certaine plante qui fait lever la cicatrice au-dessus du reste du corps. Les naturels de Formosa (île de la Chine), par une opération très-cruelle, impriment sur leur peau des figures variées d’arbres, de fleurs et d’animaux. Les chefs en Guinée ont, en quelque sorte, la peau damasquinée, et dans le Dekkan (sud de l’Indoustan), les femmes ont également des fleurs gravées sur le front, les bras et le sein : les cicatrices qu’on a fait lever sont mises en couleur, * ce qui leur donne l’air d’un damas à fleurs. Les femmes de la Nouvelle-Galles du Sud (côte orientale de l’Australie) avaient coutume de se lier étroitement le petit doigt avec un cordon, qu’elles portaient jusqu’à ce que le petit doigt tombât en pourriture. 11 en était peu qui échappassent à cette cruelle opération.

Chasteté des femmes. — Les sauvages attachent généralement peu d’importance à la vertu des femmes, comme cela est naturel, à la vérité, là où les femmes ne sont guère plus considérées que des animaux domestiques. Chez beaucoup de peuples, par exemple les Esquimaux et les insulaires de la mer du Sud, les danses indécentes sont non-seulement communes, mais encore exécutées par les femmes du plus haut rang, qui ne semblent pas se douter qu’il y ait là rien de mal et d’inconvenant. Selon ülloa, les Indiens du Brésil n’approuvent pas la chasteté dans une femme non mariée parce qu’ils la regardent comme une preuve que sa personne n’a aucun attrait.

Los habitants des îles des Larrons (ou îles Mariannes, Polynésie) et des des Àndaman (golfe du Bengale) aboutissent à la meme conclusion, les derniers toutefois par une raison différente : ils considèrent la chasteté comme une marque d’égoïsme et d’orgueil.

La famille. — Les sauvages traitent leurs femmes de la manière la plus cruelle. A leurs yeux, le sexe faible ne se compose que d’êtres d’un ordre inférieur, destinés à être de purs esclaves domestiques. Un travail pénible, un régime rude, voilà leur lot. Le docteur Hooker nous apprend qu’à l’extrême sud de la Terre-de-Feu (55° de latitude sud) il a souvent vu, au milieu de l’hiver, les hommes endormis dans leurs wigwams tandis que les femmes, nues, et plusieurs avec des enfants sur leur sein, étaient debout dans l’eau jusqu’à mi-corps, occupées à recueillir des crustacés: pendant ce travail, la neige tombait à gros flocons sur elles et sur leurs enfants nus. Et ni ces fatigues, ni ces souffrances ne sont compensées par une grande affection de la part de ceux pour qui les malheureuses s’épuisent. Les Algonquins (Peaux-Rouges du Canada) n’avaient point de mot dans leur langue pour dire amour; les Indiens de Tinnô n’avaient pas l’équivalent de cher ni de bien-aimé. Spix et Martius nous apprennent que chez les tribus du Brésil le père n’a presque aucune affection pour son enfant, et la mère n’a qu’une affection instinctive. L’infanticide est la pratique universelle dans l’Océanie.

11 nous paraît naturel qu’après l’accouchement la

femme garde le lit, et qu’ autant que possible, son mari la soulage momentanément des fatigues et des soins de la vie. Chez les Caraïbes, le père, à la naissance d’un enfant, se couchait dans un hamac et se mettait entre les mains du médecin, tandis que la mère allait à son ouvrage comme d’habitude.

I. — Mincopies. — Les Mincopies, habitants des îles Andaman (golfe du Bengale) semblent dépourvus de tout sentiment de pudeur, et beaucoup de leurs habitudes ressemblent à celles de la brute. La veuve prend le crâne de son mari et le porte suspendu par une corde autour de son cou.

IL — Hottentots. — -Kolben, auteur d’une Histoire du cap de Bonne -Espérance , qui voit les Hottentots sous un jour favorable, avoue qu’ils sont, sous beaucoup de rapports, le peuple le plus sale du monde. On pourrait aller plus loin et dire les plus sales animaux : ce serait faire tort à une espèce quelconque de mammifères que de les comparer avec eux sous ce rapport. Leur corps est couvert de graisse ; ils ne lavent jamais leurs vêtements; leur tête semble coiffée d’une croûte de mortier noir, tant leur chevelure, d’un jour à l’autre, amasse de suie, de graisse, de poussière et autres substances malpropres que, par défaut de soin, ils laissent s’y coaguler et s’y durcir. Il couvrent leur dos d’une peau de bête, attachée par devant. Ils portent ce vêtement toute leur vie, et quand ils meurent, c’est là leur linceul.

Lorsqu’un individu, homme ou femme, csl mis par l’âge hors d’état de travailler, on le relègue dans une hutte solitaire, à une distance considérable du Kraal (village), jusqu’à ce qu’il meure de vieillesse, de faim ou sous la dent des bêtes féroces.

L’infanticide est très-commun et n’est pas regardé comme un crime. Lorsqu’un fils a atteint l’àge de puberté, il a le droit de bàtonner sa mère.

ÏII. — Australiens. — Quand une baleine vient s’échouer sur le rivage, c’est une véritable aubaine que le ciel envoie aux Australiens. Ils se frottent de graisse par tout le corps et font subir la même toilette à leurs épouses favorites; après quoi ils s’ouvrent un passage à travers le gras jusqu’à la viande maigre, qu’ils mangent tantôt crue, tantôt grillée sur des bâtons pointus. A mesure que d’autres indigènes arrivent, leurs mâchoires travaillent bel et bien, dans la baleine; et on les voit grimpant de Cà de là sur la puante carcasse, à la recherche des lins morceaux. Il n’y a rien au monde, dit le capitaine Grey, de plus repoussant à voir qu’une jeune indigène, aux formes gracieuses, sortant de la carcasse d’un» baleine en putréfaction.

ÏV. — Taïtiens. — li y avait à l'aï ti une association nombreuse formée des personnes les plus distinguées des deux sexes et qu’on appelait les Arreoy.

Tous les membres étaient regardés comme mariés l’un à l’autre. Si une des femmes delà société avait un

entant, il était presque invariablement mis à mort. Mais, quand on le laissait vivre, le père et la mère étaient considérés comme définitivement engagés l’un à l’autre, et on les bannissait de l’association. La femme était dès lors connue comme une porteuse d’enfants, ce qui était une qualification injurieuse. Il paraîtrait que cette coutume barbare était fondée sur un motif presque malthusien. L’ile deTaïti était déjà très-peuplée, les moyens d’existence limités; d’autre part, la guerre et la maladie n’enlevant que peu de

personnes, la population eût bientôt dépassé toute proportion avec les ressources du pays, si l’on n’-eût pris des mesures pour en restreindre l’accroissement. L’infanticide avait atteint chez les T aï tiens un effrayant développement. On a estimé que les deux tiers des enfants étaient mis à mort par leurs propres parents. Les Taïtiens étaient cependant comptés parmi les plus civilisés des indigènes de la Polynésie.

Dans les îles des Amis, le capitaine Cook observa un genre de mollesse très-singulier auquel se livraient les chefs. Quand l’un d’eux voulait dormir, deux femmes venaient s’asseoir à côté de lui et lui donnaient de vigoureux coups de poing sur le corps et sur les jambes, comme sur un tambour, jusqu’à ce qu’il tombât dans le sommeil. Elles continuaient cet exercice toute la nuit à quelques intervalles près.

V. — - Indiens de l’Amérique du Nord. — La polygamie régnait généralement; le mari avait un pouvoir absolu sur ses épouses, et le mariage ne durait

qu’autant qu’il lui plaisait. Chez quelques Indiens de la Californie septentrionale, on 11e trouve pas juste de battre les femmes, mais les hommes se réservent le privilège de les tuer quand ils en sont fatigués. Chez les Dogribs et autres tribus du nord, les femmes sont la propriété du plus fort. On considère' que c’est pour chacun un droit légal et moral à la fois do prendre l’épouse d’un homme plus faible que soi. Il est de fait que les hommes se battent pour la possession des femmes, comme les cerfs et les mâles d’autres especes d’animaux.

En parlant des Indiens de la baie de Nootka (île Quadra-et-Vancouver, Amérique russe), le capitaine Cook dit ce qui suit : « La, sale té et la puan teur de leurs maisons sont au moins égales à la confusion qui y règne. En effet, comme c’est chez eux qu'ils font sécher leur poisson, c’est là aussi qu’ils le vident; ce qui, joint aux os et aux morceaux jetés parterre pendant les repas ainsi qu’à toutes sortes d’autres ordures, forme partout des tas d’immondices, lesquels ne sont jamais enlevés, je crois, que quand iis sont devenus assez considérables pour empêcher la circulation. En un mot, leurs demeures sont aussi malpropres que des étables à porcs : tout, au dedans comme au dehors, sent le poisson, l’huile de baleine et la fumée. )>

¥1. — Esquimaux. — Les Esquimaux mangent d habitude la chair crue. Leur nourriture, quand elle subit une cuisson, est grillée ou bouillie. Leur vais-

selle, faite de pierre ou de bois, ne va point au feu, mais ils y mettent des pierres chautfées jusqu’à ce que l’eau soit assez chaude et que leurs aliments soient cuits. Le produit naturel d’une telle cuisine est un mélange de suie, de boue et de cendres qui, suivant nos idées, serait à peine mangeable; mais si la puanteur de leurs maisons, où ils conservent d’abondantes provisions de chair à demi pourrie, îVôte pas l’appétit à un homme, il n’y a rien qui puisse le faire. Ils ne lavent jamais leurs pots ni leurs chaudrons : les chiens leur épargnent cette peine. Ceux qui sont arrivés à une conscience obscure de leur malpropreté, ne font généralement qu’empirer les choses; car s’ils veulent traiter un hôte avec distinction, ils commencent par lécher avec la langue le morceau de viande qu’ils lui destinent, afin d’enlever le sang et la crasse dont il s’est couvert dans le chaudron; et quiconque ne l’accepterait point de bonne grâce, serait regardé comme un homme mal élevé, pour dédaigner ainsi leur politesse.

Voici la relation d’un repas d’Esquimaux donnée par le capitaine Lyon : « Kooilittuck me fit connaître un nouveau genre d’orgie des Esquimaux. Il avait mangé jusqu’à ce qu’il fût ivre, et à chaque moment il s’endormait, le visage rouge et brûlant, la bouche ouverte. À côté de lui était assise Arnaloa, sa femme, qui surveillait son époux pour lui enfoncer, autant que faire se pouvait, un gros morceau de viande à moitié bouillie dans la bouche, en s’aidant de son index. Quand la bouche était pleine, elle rognait ce qui

dépassait les lèvres. Lui mâchait lentement, et à peine un petit vide s’était- il fait sentir qu’il était rempli par un morceau de graisse crue. Durant cette opération, l’heureux homme restait immobile, ne remuant que les mâchoires et n’ouvrant pas môme les yeux ; mais * il témoignait de temps à autre son extrême satisfaction par un grognement très-expressif, chaque fois que la nourriture laissait le passage libre au son. La graisse de ce savoureux repas ruisselait en telle abondance sur son visage et sur son cou, que je pus aisément me convaincre qu’un homme se rapproche plus de la brute en mangeant qu’en buvant avec excès. »

Les enfants, s’ils ont le malheur de perdre leur mère, sont toujours enterrés avec elle ; les personnes âgées et languissantes sont quelquefois enterrées toutes vives, ce qui est considéré comme un bienfait destiné à leur épargner les souffrances d’une mort lente.

La polygamie et la polyandrie semblent exister l’une et l’autre. Un homme qui est fort ou habile a plus d’une femme ; une femme belle ou adroite a, dans certains cas, plus d’un mari. De plus, prêter temporairement son épouse passe pour un témoignage d’amitié intime. Aussi voit-on souvent deux maris échanger leurs épouses pour un jour ou deux.

VII. — Fuégiens. — Les Fuégiens ou habitants de la Terre-de-Feu (île située à la pointe extrême de l’Amérique du Sud), sont regardés par beaucoup de voyageurs comme le dernier échelon de l’humanité. Wallis, dans son Voyage autour du Monde , les

décrit ainsi : « Ils étaient couverts de peaux de veau marin qui exhalaient une puanteur abominable ; plusieurs d’entre eux mangeaient de la chair pourrie et de la graisse de baleine crue avec un appétit vorace et d’un air de grande satisfaction. Quelques-uns de nos hommes, qui pochaient avec un hameçon et une ligne, donnèrent à l’un d’eux un poisson un peu plus gros qu’un hareng, au moment même où il sortait de l’eau, c’est-à-dire encore vivant. L’Indien le saisit avidement comme un chien ferait d’un os, et le tua aussitôt en lui donnant un coup de dent près des ouïes : puis il se mit à le manger en commençant par la tête et en finissant par la queue, sans rien jeter ni les arêtes, ni les nageoires, ni les écailles, ni les entrailles. » Leur cuisine est plus dégoûtante encore, si c’est possible. Fitzroy nous dit que la plume se refuse à la décrire, et la relation de Byron confirme de tout point cette assertion.

Les Fuégiens sont cannibales ; on a vu précédemment que, pressés par la famine, ils mangeaient les vieilles femmes de préférence à leurs chiens, parce que, disent-ils, les vieilles femmes ne servent à rien, tandis que les chiens prennent les loutres.

S’ils ne sont pas au dernier rang, les naturels de l’ile de Feu paraissent, à coup sur, être un des plus misérables échantillons de l’espèce humaine, et leurs habitudes offrent un intérêt spécial par la ressemblance probable qu’elles offrent avec celles des anciens Danois habitants des amas coquilliers. (. Kjokken moddings.) Ceux-ci étaient néanmoins, à certains

égards un peu plus avancés, car ils connaissaient la fabrication de la poterie.

VIII. — Indiens du Paraguay. — Voici ce que raconte des Indiens du Paraguay don Félix de Azara qui a longtemps vécu parmi eux. Ils ignoraient complètement l’usage de se laver ; lorsqu’ils se baignaient, c’était plutôt pour la fraîcheur que pour la propreté. Il est donc inutile de dire qu’ils étaient excessivement sales et fort incommodés par les poux, si toutefois on peut dire qu’ils fussent incommodés par ce qui leur procurait une de leurs plus grandes distractions. Car, quoique beaucoup de tribus ne connussent ni danses, ni jeux, ni musique, il n’en était pas qui ne prît un plaisir extrême à chercher et a manger la vermine dont leur personne, leurs cheveux et leurs vêtements fourmillaient.

L’infanticide, chez plusieurs tribus, était plutôt la règle que l’exception. Les femmes n’élevaient chacune qu’un enfant, et comme elles n’épargnaient que celui qu’elles présumaient devoir être le dernier, il leur arrivait souvent de rester absolument sans enfants.

IX. — Vitiens ou Fidjiens. — Chez les Yitiens (groupe des îles Viti ou Fidji, Polynésie), le parricide n’est pas un crime, mais un usage. Les parents sont généralement tués par leurs enfants. Parfois les personnes âgées se mettent dans l’esprit que le temps de mourir est venu; parfois ce sont les enfants qui aver-

tissent leurs parents que ceux-ci leur sont à charge. Dans l’un ou l’autre cas, on fait venir les amis et les proches, on tient conseil et l’on fixe un jour pour la cérémonie, laquelle commence par un grand festin. Les missionnaires ont souvent été témoins de ces horribles tragédies. Un jour, un jeune homme invita M. Hun t à assister aux obsèques de sa mère, qui allaient avoir lieu. M. Hunt accepta l’invitation; mais, quand parut le cortège funèbre, il fut surpris de ne point voir de cadavre, et comme il en demandait la raison, le jeune sauvage lui montra sa mère qui marchait avec eux, aussi gaie, aussi allègre qu’aucun des assistants, et, en apparence, aussi contente. 11 ajouta « que c’était par amour pour sa mère qu’il agissait ainsi; qu’en conséquence de ce même amour, ils allaient maintenant l’enterrer, et qu’eux seuls pouvaient et devaient remplir un devoir aussi sacré. Elle était leur mère, ils étaient ses enfants; ils devaient donc la mettre à mort. » Latombeest creusée à quatre pieds environ de profondeur; les parents et les amis commencent leurs lamentations, disent un adieu affectueux à la pauvre victime, et l’enterrent toute vive. Les Yitiens regardent cet usage comme une si grande preuve d’affection qu’on ne peut trouver que des fds pour s’en acquitter. Il p^aît certain qu’à Yiti, on ne trouve pas un homme qui dépasse la quarantaine. Toutes les personnes âgées ou malades meurent étranglées ou enterrées vivantes.

L’analogie entre le sentiment qui conduit les Yitiens à enterrer vifs leurs parents et celui qui pous-

sait les Massagètes à tuer leur père, puis à le manger en hachis, est extrêmement frappante.

Le cannibalisme est invétéré chez les Vitiens; ils aiment tellement la chair humaine qu’ils ne peuvent donner de plus grand éloge à un mets que de dire : « Il est tendre comme de l’homme mort. »

Telle est la délicatesse de leur goût qu’ils dédaignent la chair des blancs, préfèrent celle des femmes à celle des hommes, et considèrent l’avant-bras et la cuisse comme les morceaux les plus friands. Dans leur gourmandise, ils réservent cette nourriture pour les hommes, trouvant les- femmes indignes de s’en repaître. On engraisse les esclaves pour les vendre au marché. Quelquefois les Vitiens les font rôtir tout vivants pour les manger immédiatement, tandis que dans d’autres cas iis conservent les corps jusqu’à un état do décomposition avancée : en un mot, ils les font faisander. lia Undre-Undre, chef de Raki-Raki, avait, dit-on, mangé à lui seul neuf cents personnes, sans qu’il eut permis à qui que ce fut d’en prendre sa part.

A Viti,*le meurtre est un fait habituel, systématique, et compte parmi les événements ordinaires de la vie. L’ambition la pins grande d’un insulaire de ce groupe d’iles, c’est d’arriver à être un assassin reconnu. On forme les jeunes gens au meurtre dès leur bas âge ; une des premières leçons qu’on donne à un enfant, c’est de lui apprendre à frapper sa mère.

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