‹ Le décaméron, traduction nouvelleChapitre 24 sur 25 · v« et. . ‘y bis in Jui aNner, se · texte numérisé non relu

v« et. . ‘y bis in Jui aNner, se

bre où ilyavaitun crand feu ct l'avoir fait aceroir, il d'ts ee —— Miulatne, je vous pris, silo ons amour que je vera «A poiie RE ET quelque LPC, quil ne VOUS due < plaise point de tue dite fa raison qui vous a fait venir ici «een pareide Cotapatnie, » — La dame, pletce de verzocsre et quasi hs Parues aux veux, reponditte — Messe,

« n'est nt i'uuour que je vous porte, nt fa profuesse Put « qui m'unenent iei, tuis l'ordre de mon tari, lequel, eavias eu plus d'ésard pour jes peines de votre amer « désoréonné que pour son honneur etle mien, na fut ic: « Vonirs et, San sos crdre, jé suis orcté, potir cette lois, à « faire selon votre lait, +2

e Siimessir Ans do s'était but d'abord étonné ea entendant Jo dune, il S'etonna bien sus encore, et tout ému ils Ja Bosralté de Gilet, il sentit son ardeur se chancer en comprission, et il edit 5 « — Maure, À Dicnne plaise, puise equilen rs! conte vous dites, que je soutlle lhonacur de « celui qui a eu pitié de mon amour; et pour ce, vous serez e ici, si ca vous plait, non autrement que si vous étiez ma «sur, et quant il vois azrécra, vous nourrez lbreinent e partir, À la seuse condifon que vous rendez à votre nr telles giâros que vous juterez conven Les ponr tant ce « courtoisie de sa prri, ct que ous lui direz qu'il m'aura « toujours à l'avenir pour frère et pour servilenr, — » La dame,en enten'ant og “aroles, nlns joyeusg que jamais, dièie— Je nai jrrnus cru, considérant vos façons d'é sie, « qu'autre chose dûts'en suivre de ni Venua ici tue re que « je vois que vous me faites, et dont je vous serai toujours « feconnaissinte. —5» Etayant pris congé,elle s'en retourna, accompaznre avec beaucoup d'honneurs, vers Gilberto, et lui raconta ce qui était advenu, dont il s'ensuivit entre lui et mezser Ansallo une étroite et loyale amitié,

« Le nécrosmancien, auquel messer Ansaldo s'apprèlait à payer le prix convenu, ayant vu la Hbéralité de Gilberto envers mes-er Ançealdo et celle de ce dernier envers la dame, dit ze — À Dieu ne plaise, qu'après avoir vu Gilberto si « libéral de son honneur et vous si libéral de votre amour, « je ne ue montre pas moi-mètne Hbéral en ce qui concerne « man paiement : et pour ce, reconnaissant que ce paiement « est Dien ea vos raains. j'entends que vous fe gardiez, — 4 La chair rourit,et s'eforça de lui faire accepter tout ou

artie 4 on salaire ; mais ce fut en vain, Trois jours aprex, e nécrornancien ayant défait son jardin, ot desirant barür, le chevalier ls recoïarmanda à Dieu, et ayant cnassé de son cœur son «nour scüsuel pour la dame, il resta épris d'une honnéle snili: pour ello,

« Que dirons 44% jei, aimables dames ? Oj'ouserons-nous la dame p...G4* morte et l'amour dejà refroidi par la perte

de tout espoir, à cette libéralité de messer Ansaldo, épris

plus fortement que jamais, quasi enflammé d’une plus vive

espérance, et tenant en ses mains la proie tant poursuivie ? Ce serait sottise, à mon avis, que la première libéralité pût se comparer à celle-ci. — » A |

Le roi Charles le Victorieux, étant vieux, devient amoureux d'une jeune fille ;

rougissant de son fol amour, il la marie honorablement ainsi qu'une de ses

sœurs.

Qui pourrait pleinement raconter les discussions variées qui eurent lieu entre les dames pour savoir qui avait montré le plus de libéralité, de Gilberto, de messer Ansaldo ou du nécromancien, et au sujet de la conduite de madame

Dianora, en aurait trop long à dire. Mais après que le roi.

les eut laissées discuter quelque temps, il se tourna vers la Fiammetta et lui ordonna de trancher la question entre elles en contant une nouvelle. Celle-ci, sans plus de retard, commença : « — Splendides dames, j’ai toujours été d’avis que dans les réunions comme la nôtre, on devait si largement deviser, que le sens plus ou moins étroit des choses dites ne fût poin£ prétexte à discussions, lesquelles convienrent beaucoup plus dans les écoles aux étudiants qu’à nous, qui suffisons à peine aux travaux de la quenouille et du fuseau. Et pour ce, moi qui avais peut-être à l'esprit quelque chose de douteux, je le laisserai de côté, vous voyant en discussion pour les choses déjà dites, et j'en dirai une, non pas sur un homme de peu d'importance, mais sur un roi valeureux qui agit en chevalier sans porter aucune atteinte à son honneur.

« Chacune de vous peut avoir plus d’une fois entendu rappeler le nom du roi Charles le vieux, autrement Charles premier, par la magnifique entreprise duquel — et surtout

ar la glorieuse victoire qu’il remporta sur le roi Manfred,— es Gibelins furent chassés de Florence où rentrèrent les Guelfes. Par suite de quoi, un chevalier, nommé messer Neri degli Uberti, étant sorti de la ville avec toute sa famille et de grosses sommes d'argent, ne voulut pas aller se réfu. gier ailleurs que sous la protection du zxoi Charles ; et pour vivre en uu lieu solitaire où il pourrait tranquillement finir ses jours, 1i s’en aila à Castel da Müre di Distabia, et là, à une distance d’un trait d’arbalète environ des autres habitativns de ja ville, au milieu des oliviers, des noyers et des

chAtaizniers dont Île pars abondut, il acteta nn qomaine aur lequel il tit faire une belle et commode habitation, et tout à cote, un agreable jardin au mieu dudquel avant des eaux vives en abondance, d'etablit un vaste et chair vivier qu'il remplit fasiernent d'une grande quantité de pois- Suns,

« Pendant qu'il ne sonceait qu'A rendre son jardin chaque jour plus beau, il advint que 19 roi Charles, au temps de Ta canicule, S'en vint à Castello da Mare pour se rensser un peu, etavant entendu parler de Ja beauté du jardin de emosser Nert, 1 voulut le voir, Avant appris à quil dut, il Lensa que, de chevalier étant du parti opposé au sien, il fade lait en user avec Jui d'une facon plus afable, et il lai en voya dire qu'il voulait aller, secretementetavec quatre amis, souper avre Jui la nuit suivante dans son jardin, Cela fut très agréable À imesser Nert, etavant mañuiliquetuent pré paré et ordonne avec ses serviteurs ce Qu'il x avait à faire, H reeut le roi dans son beau jardin de Fair le plus joveux qu'il putet quil sut. Le roi, apres avoir vu et adiniré tout Le din et la maison de moesser Neori, etes tables avant ute dressés tout à côté du vivier, s'assit à l'une d'elles, après s'être lavé, et ordonna au comte Guido de Montfort quiétait un de ges compasnons, de s'asseoir à un de ses côtes, et à messer Neri de D 'u de l'autre; quant aux trois autres personnes qui éfaient venurs avec lui, il leur commanda de servir, suivant l'ordre fixé par messer Neri. On apporta de délivates victuailles, les vins furent exquis et précieux, et le service fut si bien et si convenablement fait, que le roi n'eut à souïfrir d'aucun bruit de dispute, ce qu'il loua fort.

« Pendant qu'il mangerait d’un air joyeux, et enchanté de ce lieu solitaire, entrèrent dans le jardin deux jouvencelles, Agées d'environ quinze ans chacune, blondes comme l'or, avec les cheveux tout crespelés et surmontés d'une lésere guirlande de pervenches. Leurs yeux semblaient plutôt ap-

artenir à des anges qu'à des créatures humaines, tant elles es avait fins et beaux ; et elles portaient sur leur chair des vêtements de lin très fins et blancs comme neice, très étroits au-dessus de la ceinture, et de la ceinture en bas flottants et longs jusqu'aux pieds, comme un pavillon. Celle qui marchait la première portait sur ses épaules une paire de filets à pêcher qu’elle tenait de sa main gauche, et avait dans sa main droite un long bâton. Celle qui venait après, avait sur son épaule gauche une poële, sous le même braa un petit fagot de bois, et à la main un trépied ; de l'autre main elle portait un petit pot d'huileet un flambeau allumé. Les jeunes filles, arrivées devant le roi, lui firent en rougissant une révérence respectueuse : puis étant allés à J'en-

droit par où l’on entrait dans le vivier, celle qui avait la poële la posa par terre ainsi que tous les autres objets qu'elle portait, prit le bâton que tenait sa compagne, et toutss les deux entrérent dans le vivier, dont l’eau leur venait jusax’à la poitrine. Un des ‘asiiliers de Messer Neri alluma promptement le feu, ef à ant 5esé la poële sur le trépied après y avoir versé de i’huile, :l se mit à attendre que les jeunes filles lui jetassent du poisson. ;

« Ces deux dernières, l’une d’slles fouillant dans les endroits où elle savait que les poissons se cachaient, et l’autre tenant le filet tout prêt, eurent en peu de temps, äu gran- . dissime plaisir du roi qui les regardait attentivement, pris beaucoup de poissons. Après en avoir jeté quelques-uns au familier qui les mettait quasi vivants dans la poêle, elles se mirent très habilement à prendre parmi les plus beaux, et à les jeter sur la table devant le roi, le comte Guido et leur père. Ces poissons sautaient sur la table, de quoi le roi éprouvait un merveilleux plaisir, et prenant lui-même à son tour quelques-uns de ces poissons, il les rejetait en s’amusant aux jeunes filles ; ils plaisantèrent ainsi quelque temps, jusqu’à ce que le familier eût fait cuire ceux qu’on lui avait donnés, et qui, sur l’ordre de Messer Neri, furent mis devant le roi, plutôt comme un entremets, que comme un plat rare ou agréable. Les jeunes filles voyant le poisson cuit, et ayant assez pêché, sorlirent du vivfer, leur blanc et fin vêtement collant à leur chair et ne cachant pour ainsi dire rien de la forme délicate de leurs formes, et ayant repris chacune les objets qu’elles avaient d’abord, elles passèrent en rougissant devant le roi. et s’en retournèrent à la maison.

« Le roi, le comte et ceux qui les servaient, avaient beaucoup regardé ces jeunes filles, et chacun d’eux les avait, en soi-même, admirées comme belles et bien faites, et en outre pour leurs manières et leur tenue ; maïs elles avaient plu au roi par-dessus tout. Il avait si attentivement examiné toutes les parties de leur corps, quand elles étaient sorties de l’eau que si on l’eût piqué, il ne l’aurait point senti. Pensant de plus en plus à elles, sans savoir qui elles étaient, ni comment, il se sentit naître dans le cœur un ardent désir de les posséder, pour quoi.il vit bien qu'il était prêt d'en devenir amoureux s’il n’y prenait garde ; et il ne savait pas lui-même quelle était celle des deux qui luï plaisait le plus, tellement elles se ressemblaient en tout l’une à l’autre. Mais quand il se fut un moment livré à ces pensers, s'étant retourné vers Messer Neri, il lui demanda qui étaient les deux demoiselles ; à quoi Messer Neri répondit : « — Mon- « seigneur, ce sont mes filles, nées toutes deux le même « jour ; l’une s'appelle Ginevra la belle, et l’autre Isotta la « blonde. — » Sur auai, le roi les laua beaucoup et l’enba-

DIVIL IL JOURNEE. 50

Ha Dire maires Mess Néprsexenen ed disant qu al DE RTE 4 lus

« Surers entrefaites, comme il ne restait plus à servir

> des nn les deux jouvenceilee viarent, en Jupes de

rai ot: as tres Laliés, et portant deux grandissinies plats d'ar-

cent chartes de fruits varies, suivant que fa guson Le eorne

nortait, éiies poscrent devant de rer sur Er taible, Cela fait,

lie s ge retiterent un peu en arriete, et se mirent à chanter üne canzone dont les paroles coimimençaient ainsi :

Lû où je guis arrive, Aisour, On ve peurrat chanter lonsuement..

Eilea chartéreat d'iine fagnon si loure et si plaisante, qu'il semilait au roi Gui tes reracdattet Jes écoutait avec ravissoniout, fre Ventes sos Zircpareniss . antes etuent descene

en cet esnttoit pour thanter La chanson dite, s'étant mcmrillnss eues deiiandérent conte au rai qui le leur are co 22 UN ail en apparence joveux, bien que leur depart le tAonët,

« Le souper tini, le roi et ses compatnons remontérent à cheval, et ayant quiité Mosser Neri, ils s'en retourner d au logis royal en devisant d'une chose et d'une autre, Là, le roi tenant son amour each, et ne pouvant, quelque aifaire sérieuse quise présentit, eublier la beauté et la grace de Ginevra la belle, doalil aimait aussi la sœur pour ce qu'elle lui ressemblait, s'empétra tellement dans les cluanx amoureux, quil ne pue sontrer quast à autre chose, Saisissant d'autres pretext soil s'était Bié d'une ctroite atnitié avec Messer Neri,et le visitaittrés souvent dans son beau jardin, nour Voir la Ginevra, Enfin, ne pouvant pas supporter plus

‘onétemps sa passion, et lui étant venu en la penseo de voir s'il ne fe ait point enlever à leur pere non seulement une des jeunes filles, maïs toutes Jes deux, 1 confit son amour et son intention au comte Guido, lequel, pour ce que c'était un honnéte homme, Jui dit :

« — Nu isnenr. j'ai grand étonnement de ce que vons me dites, ct je l'ai d autant plus grand que ne Paurait + tout ire Fa il imeparailavoir nieux que personne connu « vos habitudes depuis votre enfance jusqu'à ce jour. EL ne « Vous avant jimais connu une telle passion dans votre jeu- “ nesse, alors que l'amour aurait pu plus facilement vous « saisir dans ses liens, je trouve si nouveau et si extraor- « dinaire que vous, que je vois déjà vieux, aimiez d'amour, « que cela me semble quasi un miracle; et s’il in'apparte- # nait de vous en blâmer, je sais bien ce que je vous en di- “ rais, considérant que vous avez encore le harnais sur le «dos dans un royaume nouvellement conquis, parmi une

« population q'ie vous ne connaissez pas et pleine de ruses « et de trahisons ; que vous êtes tout entier occupé de gran- -« dissimes soucis et de hautes affaires, et que vous n'avez ‘ « pas encore pu vous asseoir, Qu’au milieu de tant de cho- « ses vous ayiez donné place à un amour trompeur, ce n'est « pas là l’acte d’un roi magnanime, mais bien d’un jeune « homme pusillanime. En outre, ce qui est bien pis, vous « dites que vous avez résolu d'enlever les deux filles au « pauvre chevalier qui vous a honoré dans sa maison au- « delà de ses moyens, et, pour vous faire davantage hon- « neur, vous a fait voir ses filles quasi nues, témoignant « par là quelle confiance il a en vous, et qu’il croit que vous « êtes un roi et non un loup rapace. Vous est-il donc si tôt « sorti de la mémoire que ce sont les violences faites aux « femmes par Manfred qui vous ont ouvert l’entrée de ce «royaume ? Quelle trahison fut-elle jamais commise plus « digne d’un éternel supplice que le serait celle-ci, à savoir « que vous enleviez à celui qui vous a fait honneur, et son « honreur, et son espérance et sa consolation ? Que dirait- « on de vous, si vous faisiez cela? Vous pensez peut-être: «que ce serait une excuse suffisante de dire : je lai fait « pour ce qu’il est Gibelin. La justice des rois consiste- «t-elle maintenant à traiter de la sorte ceux, quels qu’ils « soient, qui se sont réfugiés dans leurs bras ? Je vous rap- « pelle, 6 roi, que ç'a été grandissime gloire pour vous, de « vaincre Manfred, mais que c’en est une bien plus grande « de se vaincre soi-même ; et pour ce, vous qui avez à cor- « riger les autres, triomphez de vous-même et refrénez cet « appélit, et gardez-vous de souiller par cette tache ce que « vous avez si glorieusement acquis. --»

« Ces paroles émurent amèrement l’âme du roi, et l’affligèrent d'autant plus qu'il sentait qu’elles disaient vrai ; pour quoi, après un profond soupir, il dit : «a — Comte, « j'estime certainement qu'il n’y a point d’ennemi, si fort « qu'il soit, qu'il ne soit plus facile à vaincre par un guer- «rier habile qu'il n'est facile de vaincre soi-même son « propre appétit; mais bien que le chagrin soit grand, et « qu'il faille une force inexprimable, vos paroles m'ont si « fort aiguillonné, qu'il faut, avant qu'il soit peu, que je « vous fasse voir par des preuves que, de même que je sas « vaincre les autres, je sais aussi me vaincre moi-même. » Peu de jours après cet entretien, le roi étant retourné à Naples, tant pour s’enlever toute occasion de faire quelque action blâmable, que pour récompenser le chevalier de i'honneur qu'il en avait reçu, et bien qu'il lui parût dur de rendre autrui possesseur du bien qu’il désirait souverainement pour lui-même, résolut de marier les deux jeunes filles, non comme si elles étaient les filles de Messer Neri, mais comme

DIVILME JOURNÉE. 109

sjelles étaint les siennes Les nvant imacnifiquement doter, du consentement de Messor Kerr, il donna Ginevra le belle à Messer Matfen da Pahzzi, et Izotta la blonde à Messer Giaslielmo della Mazna, tous deux nobles chevaliers ei

rands barons. Aprés les leur avoir retnises, 11 s'en alla dans fa Pouille, plein d'une douleur inexprinable, et TA il marcera tantet si bien son cruel anpetil par de continuelles fatitues, qu'ayant entin brisé et rompu les amoureuses chaines, il se déivra pour de reste de sa vie d'une si grande passion.

«y en aura peut-être qui diront que c'est petite chose pour un roi que d'avoir marié deux jouvencelles ; je l'accorde, mais je dirai que c'est une grande, une grandissime chose si c'est un roi amoureux qui marie celle qu'il aunict sans avoir pris où sans prendre de son amour, fleur, feuiile où fruit, Donc, 6 maznifique roi agit atnsi, estimant bien aaut le noble chevalier, honorant d'une facon louable les jeunes filles qu'il aumait, et triomphant fortement de soi- IDËME. = 9

Le roi Pire avant a;rials fervent amour que lui portait Liss, va la voir jen dant qu'esle est mauaus et fi consoe, Puis il la maris À un centilehera'iss, ls baise aa front, et dus es moment ss prochims pour toujours son chvalir.

La Fiammettr étant arrivé: à la fin de Ja nouvelle,et la viriie muniticence du roi Charles avait été fort louer, bien que quelques-unes des dames qui se trouvaient là n'eussent pas voulu y applaudir, étant gibelines, quand Pampinea, sur l'ordre du roi, commença: « — Il n'est point d'homme avisé, nobles dates, qui ne tiendrait le méme langaue que vous sur le bon roi Charles, sinon celui qui lui voudrait du mal par ailleurs; mais pour ce que me vient en la mémoire une chose non moins louable peut-être que la précédente, faite par un roi, ennemi de Charles, à une de nos jeunes Florentines, 11 me plaît de vous la raconter.

« Au temps où les Français furent chassés de Sicile, il y avait à Palerme, comme apothicaire, un de nos concitoyens de Florence, homme fort riche et nommé Bernardo Puccini, lequel avait eu de sa femme une fille unique tres belle et qui était déjà en âze d'être mariée. En cetemps aussi, le roi Picrre d'Aragon était devenu seigneur de l'île et faisait à Palerme une merveilleuse fête avec ses barons. Un jour qu'il joutait à la manière catalane, il arriva que la fille de Bernado, qui avait nom Lisa, le vit courir d'una fanètra où elle était avec

d'autres dames. Il lui plut tellement, que, le regardant à plusieurs reprises, elle s'énamoura fortement de lui. La fête terminée, et rentrée dans la maison de son père, elle ne pouvait songer à autre chose, sinon à l’amour qu'elle portait à si haut et si magnifique personnage. Ce qui lui causait le plus de chagrin, c'était la conscience qu'elie avait de son jafime condition, qui ne lui laissait pas la moindre espérance d’un heureux résultat. Pourtant, elle ne voulait point cesser d'aimer le roi, mais, par crainte d’un ennui plus grand, elle n’osait manifester son amour. Le roi ne s’en était point aperçu et n’en avait cure ; de quoi, selon qu’on péut le penser, elle souffrait une intolérable douleur. Il en advint que, son amour s’augmentant sans cesse. et la mélancolie s’ajoutant à la mélancolie, la belle jouvencelle n’en pouvant plus, tomba malade, et elle se consumait de jour en jour à vue d'œil, comme la neige au soleil. Le père et la mère, fort affligés de cet événement, s’efforçaient de la réconforter, et lui prodiguaient, en médecins et en médecines tousles soins que faire se pouvait; mais cela ne servait à rien, pour ce que, désespérant de son amour, elle avait résolu de ne plus vivre.

« Or il advint que son père lui offrant de faire tout ce qu'elle désirerait, il lui vint à la pensée de faire, avant de mourir, connaître au roi, si cela se pouvait et son amour et son désir; et pour ce elle pria un jour son père de faire venir près d'elle Minuccio d’Arezzo. Minuccio était, en ces temps, tenu pour untrès fin chanteur et sonneur de luth, et volontiers recu par le roi Pierre Bernardo croyant que la Lisa voulait l'entendre un peu chanter et sonner du luth, le lui

fit dire, et lui qui était un homme très complaisant, vint incontinent la voir. Après qu'il l’eut un peu réconfortée par d'amoureux propos, ilse mit à sonner doucement sur sa viole une sonate, puis il chan'a quelques chansons; mais tout cela était feu et flamme pour l'amour de la jeune fille, là où Minuccio croyait la consoler. Quand il eut fini, la jeune fille dit qu'elle voulait lui dire quelque chose à lui seul ; pour quoi, tout le monde s'étant retiré, cile lui dit : « — Minuccio, je «{’ai choisi pour fidèle gardien de mon secret, espérant « d’abord que tu ne le découvrirais jamais à personne, sinon « à celui que je te dirai, puis que tu m'’aiderais en cela de « tout ton pouvoir; ce dont je te prie. Il faut donc que tu « saches, mon cher Minuccio, que le jour où notre seigneur «le roi Pierre fit la grande fête de son couronnement, il « m'est arrivé de le voir pendant qu'il faisait des armes, et « d'être à ce point touchée par sa vue que, d'amour pour lui, « un feu s’est allumé en mon âme. C’est lui qui m'a miseen « l’état où tu me vois. Je connais que mon amour ne con- « vient point à un roi, mais comme je ne puis, je ne dis pas

DIN UN JOU SNL Re 011

le chasser, mais éne eu D trondre l'ardeur, etuuil m'est trop douloureux 4 suppere ns j'ai résolu, pour iwvoir moindre mal, de mourir; etaunsi fe pai-je. est vrai que je m'en irais cratlement desole si avant que je meure, ne de savait pass cbootmime je ne connais personne qui ui puisse plus faciberuent que toi exposer non desir, je veux t'en donner Eumission, elje te prie de pe point refuser de ce faire. Quarts ou l'auras fut, fase moi &AVOIP, atin que, mourant congcobee, je tue delivre d'une telle ne, — » Éteeri dit elle se ut tout en pleurs.

e Minuceio, étonné de ri hauteur dame de cette jeune file et de sa biere proposition, en eut crand'pitie, et soudain avant imazine de quelle facon il da pourrait honsètement ecrvir illui dits e— Lisa, je Venir tout d'abord ma foi, « sur laquelle tu peux te reposer, Cut jamais tu ne Reras trompes par elles puis je te loue dure st haute pensée que

u « celle d'avoir placé ton aout SUFUn si srand roi. Je Votire «mon conconrs, à Paidre duquel jespere, alors que tu VEUX « seulement te consoler un peu, taire de telle sorte qu'avant «que se soit passe le troiseime jour, je apportera des «nouvelles quite seront ChUress et pour ne point perdre u de temps, je VEUX COIDIEENCE ut de suite. — » La Lisa l'ayant de nouveau pri et lui avant promis de se réconforter, lui dit d'aller à la garde de Dieu.

4 Minuecio l'avant quitiée, s'en fut trouver un certain Micode Sienne, tres bou arranceur de rimes de cette pue, et l'amena par ses pricres à faire la chansun suivante 3

Meus-toi, Amour, et va-t-en Vers Mossire; Coute-lui lea peines que j'endure Dis lui que je vais Mourir, Obligée, par crainte, de cacher mou désir.

de t'en prie, Amour, à mains juintes, Va-t-en où reste Messire.

Dis-lui que je le désire souvent et que je l'aime, Si doucetnent mon CUP, s'en est ÉDEMOUre ; Et que, du feu dont je suis tout embrasre.

Je crains de mourir, AUS mème savoir l'heure Où je serai délivrée de la peine si cruelle Que j'endure pour lui, nleine à la fuis de tésir, De crainte et de versogne.

Hélas! pour Dieu, fuis-lui savoir mon tal.

Depuis, Amour, que de lui je me suis énamourér, Tu nue m'as pas douné autant d'audace que ue uräint6e

De sorte que j'aie pu une seule fois

Faire ouvertement montre de mon désir * À celui qui me tient en si grande angoiss8£ Et mourir ainsi m'est chose cruelle. | Peut-être qu’il ne l’aurait point à déplaisig S'il savait quelle peine je ressens,

Et si tu m'avais donné la hardiesse

De lui faire connaître mon état.

Puisque, Amour, il ne t’a point plu De me donner cette assurance De faire connaître mon âme à Messire, Soit par message, soit par autre signe, Je te requiers en grâce, mon doux maître, D'aller à lui et de lui donner souvenauce

| Que le jour où je le vis avec l’écu et la lance

Combattre avec d’autres chevaliers, Je me mis à le regarder, | Tellement énamourée que mon cœur en dépérit.

Minuccio mit sur-le-champ ces paroles sur un air suave et plaintif, comme il convenait à un tel sujet, et le troisième jour il s’en alla à la cour où il trouva le roi Pierre encore à table. Le roi lui ayant dit de chanter quelque chose en s’accompagnant de sa viole, il se mit à sonner et à chanter si doucement cette chanson, que tous ceux qui étaient dans la chambre royale avaient l’air d'hommes stupéfaits, tellement ils se tenaient muets et attentifs à écouter, et le roi quasi plus que les autres. Minuccio ayant fini de chanter, le rai lui demanda d’où venait cette chanson, attendu qu'il ne lui semblait pas l’avoir jamais plus entendue. « — Mon Seigneur «— répondit Minuccio — il n’y a pas encore trois jours « que les paroles et la musique en ont été faites. — » Le roi ayant demandé par qui, Minuccio répondit : « — Je n'ose « le révéler, sinon à vous seul. — » Le roi, désireux da l’'apprendre, une fois les tables levées, fit venir Minuccio dans sa chambre où celui-ci lui raconta par le menu tout ce qu'il savait. De quoi le roi fit grande fête, loua beaucoup la jeune fille, et dit qu'il voulait avoir compassion d’une si valeureuse jouvencelle ; que, pour ce, Minuccio allât de sa part la trouver pour la réconforter et lui dire qu'il irait sans faute lui faire visite le jour même sur l’heure de vesprée. Minuccio, très joyeux de porter si plaisante nouvelle à la jeune fille, sans perdre de temps, s’en alla avec sa viole, et ayant parlé à elle seule en particulier, lui raconta tout ce qui s'était passé, et lui chanta la canzone sur sa viole. De quoi la jeune fille fut si heureuse et si contente, que sur-le-champ des

DINILUMSE JOURNÉE. Jid

signes d'un crand mieux se maniere 'erent dans son etat; et sans que personne dans frtaison sût on présumat quiet que ce soit, lie se mit à atbrndre en ua grand désir l'heure e vesprés, à laquelle son seirneur devait venir Ja voir.

« Le roi qui eltuit un seisneur hiéralet bon, apres avoir plus d'une tis pensé à ce que Minuceio lui avait dit, et con naissant tres bien la jouvencelle et quelle était sa beaute, en eut encore plus compassion, et étant monté à cheval sur l'heure de vesprés et leionant de sortir ponr s9 promenve, il se rendit à l'endroit où etait sittiée la maison de l'apothieaire, Là, avant demande qu'on lai ouvrit la porte d'un tres bou jardin que l'apathicaire possédait, il v descendit et au bout L'un moment demanda à Bernardo des nouveiles de satile, etsil ne l'avait poini encore mariée, Bernardo rénondit : € Mon $Seïoncur, elle n'est point mariées clle a té au < contraire et elle estencore bien malades il est vrai que «+ depuis ce matin neuf heures elle va adimirablement «mieux, 9 Le ri Ccormorit parfaitement ce que ce micux eiznitiaitet dits «e — En bonne foi, ce serait dormimaze qu'une «st belle créature füt sitôt enlevée de ce monde ; nous vou- «lens aller la voir, — » Et suivi de deux de ses gentil<hommes senlement pt de Bernardo, il se rendit peu d'instants apres dans lachambre de la jeune fille, Dès qu'il y fit entre, 1 s'approcha du Hit où la jeune tille, s'étant un pen soulevee, Fattendait en grand desire, et la prenant par la main, il dit: e — Malame, que veut dire ceci? Vous ttes « et vous devriez récont'orter les autres, et vous vous

aissez Vaincre par lo mal. Nous voulons vous prier ce « consentir, pour l'amour de nous, à vous récontorter de « façon à être promptement guérie, — 2%

« La jeune fille se sentant toucher les mains par ceiui qu'elle aimait par-dessus toutes choses, bien qu'elle roucit un peu, éprouvait dans l'Ame un aussi grand plaisir que si elle eût été en paradis; et comme elle put, elle répondit : s— Mon Seigneur, c'est d'avoir voulu soumettre mon peu « de force à un poids trop lourd que m'est venue cette ma- « Jadie, dont vous me verrez bientôt guérie, grâce à vous. — » Seul le roi comprenait le lanzage couvert de la jeun: tille, et il l’en estimait toujours davantage, maudissant plus d'une fois en lui-mime la fortune qui l'avait faite la tille d'un tel homme. Enfin, après être demeuré quelque temps auprès d'elle et l'avoir encore encouragée, il partit.

« Cette humanité du roi fut beaucoup louée et réputée comme un grand honneur pour l'apothicaire et sa fille. Cclleci était restée si contente, que jamais dame ne le fut autant de son amant, et, soutenue par un meilleur espoir, elle fut en peu de jours guérie et redevint plus belle que jamais. Quand elle fut guérie, le roi, après avair délibéré avese la reine quelle

D14 LE DÉCAMÉHON.

récompense on devait lui accorder pour un tel amour, mont: un jour à cheval, avec un grand nombre de ses barons et s’en alla à la maison de l’apothicaire. Là, étant entré dans le jardin, il fit appeler l’apothicaire et sa fille, et sur ces entrefaites, la reine étant arrivée avec nombre de dames, et la jeune fille ayant été accueillie au milieu d'elles, on commença une merveilleuse fête. Peu après, le roi et la reine appelèrent la Lisa et le roi lui dit : « — Valeureusce jouver.- « celle, le grand amour que vous novs avez porté vous a « acquis grand honneur auprès denous, et nous voulons « que pour l'amour de nous, vous en ayiez satisfaction. « L'honneur sera celui-ci, que puisque vous êtes à marier, « nous voulons que vous preniez pour mari, celui que nous « vous donnerons, entendaut toujours, nonobstant, porter « le titre de votre chevalier, sans vouloir exiger autre chose « pour un si grand amour, qu’un baiser de vous, — »

« La jeune fille, qui était devenue toute rouge, faisant sien le plaisir du roi, répondit à voix basse : « — Mor Seigneur, « je suis sûre que si l’on savait que j'ai été amoure“se de « vous, la plupart des gens me tiendraient pour folie, sroyeni « sans doute que j'avais oublié moi-même ce que j'étais, et « que je ne connaissais point ma condition ct surteut Îa « vôtre; mais, comme Dieu le sait, qui seul voit le cœur « des mortels, dès la première heure où vous m'avez piu, « j'ai très bien compris que vous êtes roi et que je suis là « lille de Bernardo l’apothicaire, et qu'il me convenait mal « de placer en si haut lieu l’ardeur de mon âme. Mais « comme vous le savez bien mieux que moi, personne ne « choisit l’objet de son amour, mais on s’amourache suivant « son appétit ou son plaisir. A cette loi, j'ai opposé plus « d'une fois toutes mes forces, et ne pouvant plus résister. « je vous aimai, et je vous aime et je vous aimerai toujours. « Il est vrai qu'aussitôt que je me sentis prendre d'amour « pour vous, je résolus de faire toujours que ma volonté fût «la vôtre: et, pour ce, non seulement j'accepte de bon « cœur, et j'aurai pour cher le mari qu’il vous plaira de me « donner pour mon honneur et selon mon rang, mais si « vous me disiez de me jeter dans le feu, cela me serait « agréable si je croyais que cela vous fît plaisir. Vous avoir « pour chevalier, vous qui êtes roi, vous savez combien cela « m'est précieux, et pour ce, je ne réponds plus à cela. « (Quant au baïser que vous demandez, seule preuve que vous « exigiez de mon amour, avec la permission de madame la « reine il ne vous sera pas non plus refusé. Néanmoins, « d'une si grande bonté pour moi, comme est la vôtre ct « celle de madame la reine que voici, Dieu vous renüe « gràce et vous en récompense ; car moi je ne le puis. — p Et 18 elle se tut. u

€ La répones do la jeune Dile piut beaucoup à la reine et a Jai parut aus sauce que de roi l'avait dit Le rose appeler le pére et iauere de la jeune lle, et, secs as-ure qu'ils coascntuent he: qui vousut Lure, IE UT

Souvenceau, bequel était mentions, US puivre, PH

nom Perdieon, et lui avant passé certuins anneaux an dot sans qu'il se refait à Le faire, il lui tit épouser Eu Li Soance tenante, de roi, outre les nombreux joyaux et rs nierreries que lui et la reine donnerentaäla prune ile, donna an jeune homini Gefalou et Calatah Ets, deux tres bonurs ecres d'un evrelent revenu, et Jui dti Nous Le es 4 donnons pour ds de ta lemanes quant à es que totts vou . Jone ture ponr toi, tu le verras avenir aves de temps. e D cela dit, il se touren vers la jeune file et dits Main etenant, nous vonons presire,@s fruilde voire atout qui enous est dû. — » Etui avant pris la tête avec les doux mains, dla baisa ar front.

ù Perdicon, Le pere et la mère de Lisa et Lisa elle-ricime or, satiatuitse, firent uns crandiesine fie et de jovences noces. Et selon que beaucoup Fatirment, le re at ro mnesse qu'il avait te à lujeune ülle, en es que toujours il appela son chevaliers et m'alla jamais dans uno prise d'armes gins porter Lau re banniere que celle que la jeunr Ge bui avait eavovés, C'est en agissant ainsi que se farnent es cœurs deg auicts, qu'on donné aux autres oceaston dde bien faire, etqu'on s'ucrquiert une gloire éternelle, Mais bien peu de gens aujourd'hu, voire pas un, S'insenboat Fespriià cela, la piupart des srignenrs étant devenus crunis ct iy-

ANS. — p

Ssnhronie, se eroyant la femme de Gisions devient eslla de TitieQuinton ul. tige st part avre Dai pair Rome, où Gitisre arrive Liiemme en pauvres état. Ce rrovant antprié qar Titus, il s'ascuse d'avoir teë un homme, afin de tro: ser la mart, Titane, l'arant reconnu, «0 déclare l'aateur du meirtra pour sa: ver Gigpps, re qis voyant, Lo séritatts conpalila se dénonce Tai-meime, Si qui, tous sont mus en lterté par Octare, «t Titus donne sa srur com:

{emine à Gusispo et Ini fait partager tout son bien.

Pampinea avant fini de parler, et chaque dameayant approuvé le roi Pisira. surtout celle qui était gibeline, Philomène, sur l'ordre du roi, commença : « — Magaïliques dames, quinesait que les rois peuvent faire toutes sorirs de grandeschoses quand ils le veulent, et que c'est à eux spécialement qu'on demande de se montrer magnifiques ? l”

conséquent, celui qui, le pouvant, fait ce qu’il doit, fait bien; mais il faut moins s’en émerveiller et l’en moins hautement louer, qu’il conviendrait de le faire pour celui qui, ayant moins de puissance, en serait requis et le ferait. Et pour ce, si vous avez exalté en tant de paroles les actions des rois et si elles vous ont paru belles, je ne doute point que celles de nos égaux vous plairont encore davantage et que vous les louerez d'autant plus, quand elles seront semblables ou sépérieures à celles des rois; pour quoi, je me suis proposé de vous raconter dans une nouvelle le trait magnifique qui eut lieu entre deux citoyens amis.

« Donc, au temps qu'Octave César, qu’on n'’appelait pas encore Auguste, gouvernait l'empire romain, dans le conseil nommé Triumvirat, il y avait à Rome, un gentilhomme, appelé Publius-Quintus Fulvius, lequel ayant un sien fils, Titus-Quintus Fulvius, doué d’un esprit merveilleux, l'envoya étudier la philosophie à Athènes, et le recommanda le plus qu’il put à un gentilhomme du nom de Crémès, qui était son vieil ami. Celui-ci logea Titus dans sa propre maison, en compagnie de son fils nommé Gisippe, et les mit tous les deux sous la direction d’un philosophe appelé Aristipes, afin qu'ils apprissent sa doctrine. Les deux jeunes gens vivant continuellement ensemble, il se trouva que leurs caractères étaient si bien faits l’un pos l’autre, qu’il en na-

uit entre eux une amitié fraternelle si grande, que jamais

epuis elle ne fut brisée que par la mort. Aucun d'eux n'avait de joie ni de tranquillité que lorsqu'ils étaient ensemble. Ils avaient commencé leurs études, et chacun d'eux étant également doué d’un esprit élevé, ils s’élevaient à la glorieuse hauteur de la philosophie, d’un pas égal et à leur merveilleuse louange. Ils persévérèrent ainsi pendant trois bonnes années, au grandissime plaisir de Crémès, qui ne regardait pas l’un plus que l’autre comme son fils. A la fin de ces trois années, comme il arrive de toutes choses, il advint que Crémès déjà vieux, passa de cette vie; de quoi, les jeunes gens eurent un égal chagrin, comme s'ils eussent perdu un père commun, et les amis et les parents de Crémès ne savaient pas lequel des deux ils avaient le alus à consoler de cet événement fortuit. É |

« Au bout de quelques mois, il advint que les amis de Gisippe, ainsi que ses parents et Titus, se mirent à le tourmenter pour qu'il prît femme, et lui trouvèrent une jeune fille d’une merveilleuse beauté et issue de parents très nobles. Elle était citoyenne d’Athènes, avait nom Sophronie, et était âgée d'environ quinze ans. L'époque des futures noces approchant, Gisippe pria un jour Titus d’aller avec lui la voir, car il ne l’avait point encore vue. Tous deux étant donc allés dans la demeure de la jeune fille, et celle-ci s'étant assise

entre eux, Titus, pour fucer de Ja prauté de l'épouse de son ami, <e mit à la resarder attentivement, et tout en elle lui plaisant d'une façon démesuree, l'admirant à part soi souveranetnent,il s'en éprit, sans en rien faire voir, comme jamais «nant ne s'éprit d'une dame, Mais quand ils furent restes quelque tenus avec elle, 13 la quittérent et s'en rotourasrent chez eux. Là, Titus, étant entré seul dans Ja chambre, se init à penser à la plaisante jeune fille, s'entlammant d'autant plus qu'il s'arrétait plus lonuteinps sur cette pensée. S'en etant entin aperçu, il se mit à <e dire, apres plusieurs soupirs brülants :« — Ahf quelle vie malhenreuse « estlatienne, Titus! Ou et sur qui vas-tu placer ton esprit, « ton amour et ton espérance? Ne vois-cu pas, tant par les « honneurs que tu as reus de Crémès et de sa tarmille, que « par l'étroite atniliè qui existe entre toi et Gisippe, dont « cette jeunc fille est la fiancée, que tu dois avoir pour elle e le méme respect que si elle était ta sur? Qui aimes-tu « donc? Où te laisses-tu entrainer par un décevant amour, « et par une trompeuse espérance? ouvre les yeux de l'in- « telligence, et reconnats-toi tai-mème, 0 malheureux; rap- « pelle ta raison; refrène l'appétit de la concupiscence; «“ tempère les désirs malsains, et dirige ailleurstes pensées; « résiste dès le commencement à trs prajets libidineux, et « sache te vaincre toi-méime pendant qu'il en esttemps en- « core. Tu ne dois pas vouloir cela, car ce n'est pus hon- « nète; et quand tu serais certain de réussir dans ce que «tu te disposes à pourauivre — et tu ne l'es pas — tu de- « vrais le fuir, si tu avais ézard à ce que he la véri- « table amitié et à ce que tu dois. Que feras-tu donc, Titus”? « Tu renonceras à cet amour déshonnète, si tu veux faire eton devoir, — »

a Lt puis, se rappelant Sophronie, changeant de pensées, il condamanait tout ce qu'il avait dit, ajoutant : e — Les lois « de l'amour ont plus de puissance que toutes les autres, « elles détruisent, non pas seulement celles de l'amitié, mai: « 25 lois divines. Combien de fois un père n'a-t-il pas aimé « sa fille, un frère sa sœur, la marâtre son beau-fils? Ces « choses, plus monstrueuses que l'amour d'un ami pour la « femme de son ami, sont advenues mille fois, En outre, je « suis Jeune, et la jeunesse est tout entière soumise aux « amoureuses lois. Ce qui plait à l'amour dait donc me « plaire. Les choses honnétesconviennentaux hommes plus « MmÜrs; je ne puis vouloir autre chose <inon ce que l'amour « veut. Laheauts de celle-ci mérite d'être aime de chacun; «etsije l'aime, moi, qui suis jeune, qui m'en pourra jus- « tement blimer!Je ne l'aime point parce qu'elle est à Gi- « Sippe ; maisje l'aime, je l'aimerais, à quique ce fût qu'elle « appartint. Dans ceci, c'est la fortune qui est en défaut,

" Die LE DÉCAMÉRON.

« puisqu'elle l'a donnée à Gisippe mon ami plutôt qu'à un « autre; et si elle doit être aimée — et elle doit l'être à « cause de sa beauté — Gisippe devra être plus content en « apprenant que c’est moi qui l’aime que si c'était un « autre, — » Et sur ces raisonnements, se raïillant de luimême et revenant à ses premières pensées, puis passant alternativement des unes aux àäutres, il consomma non seulement ce jour et cette nuit, maïs plusieurs, si bien qu’ayan: perdu l'appétit et le sommeil, il fut forcé de se mettre au lit, succombant de faiblesse. |

« Gisippe, qui depuis plusieurs jours l'avait vu soucieux et qui le voyait maintenant malade, en était fort chagrin, et s’efforçait de tout son art et de toute sa sollicitude à le réconforter, ne le quittant pas un instant, et lui demandant souvent ef avec instances Ja cause de ses soucis et de son mal. . Mais après lui avoir à plusieurs reprises répondu par des fables dont Gisippe s’était aperçu, Titus, se sentant enfin contra:nt de parler, lui répondit de la manière suivante, au milieu de ses pleurs et de ses soupirs : « — Gisippe, s’il « eût plu aux dieux, il m’eñt été plus agréable de mourir « que de vivre plus longtemps, quand je songe que la for- « tune m'a conduit à cette extrémité qu'il me faut donner la « preuve de ma vertu, et que je vois, à ma grandissime « onte: que celle-ci est vaincue ; mais, certes j'en attends « promptement la récompense que je mérite, c’est-à-dire la « mort, qui me sera plus chère que de vivre avec le souve- « nir de ma lâcheté, laquelle, pour ce que je ne puis ni ne « te dois rien cacher, je te dirai non sans grandement rou- « gir. — » Et commençant par le commencement, il lui révéla la cause de ses pensées, et la bataille que ses pensées s'étaient livrées, et enfin à qui était restée la victoire; il lui dit qu'il mourrait pour l'amour de Sophronie, affirmant que, sachant combien cet amour lui convenait peu, il avait résolu de mourir pour s’en punir, ce dont il espérait bientôt venir à bout. |

« Gisippe, entendant cela et voyant ses larmes, resta tout d’abord quelque temps recueilli en soi-même, comme quelqu’un qui était épris de la beauté de la jeune fille, bien que plus modérément; maïs, sans plus de retard, il réfléchit que la vie de son ami lui devait être plus chère que Sophronie. Sur quoi, les larmes de Titus sollicitant les siennes, ï lui répondit en pleurant : « — Titus, si tu n’avais point « besoin de confort, comme tu en as présentement besoin. » je me plaindrais de toi à toi-même, comme ayant méconnu « notre amitié en me tenant si longtemps cachée ta grande « passion, car bien qu’elle ne te parût point honnête, les « choses déshonuëtes ne se doivent pas plus cacher à un ami « que les choses honnêtes, pour ce que celui qui est vérita-

ENS ES POEURN LE. Ji sbiement amt jui ce qu aise réjouit avec san ati des «choses hennotes, Stores d'arracser dde l'esprit de son an: u lus chcsr< qui 2 ee sun! pass his je me dissenseri de « Ce la Pour le fade te [EN } Vie ns À Cr dont V° tecontiadis sque tu usl{lus besoin, Kit ane s ar letnoené Sophronie € qui t'est pre uise, je ne m'en étonne pie Hiats je rtauionneras non qn dn'en tôt pas ainsi, connaissant $4 abeauté ei larneoblesse de ton Aie d'autant plus apte genrOUver Ur prison que Ja chese aimée à plis d'exce- « FuCe .Etautant to as raison d'aimer Sophrome, . tu «te plains inju-tinent de la fortune — bien que tu ne le ce ie ses expre-scment — quiine l'a accorde, en prétendant “que ton atour pure er esrait honnéte, si elle avait été à « Un autre qu'a tot; mais st tu étais . suce que tu l'es « d'ordiriaire, disuoi à qui la fortune pou v: ait l'arcorder, « donttu « ne. nus Fa roimercier que de me l'avoir acu codée à moi? Tout autre qui l'eût eue, quelque honnéte « que füt alors ten amour, l'aurait aimée pour fui plutôt ‘que pour toi, Ce que, Si tu me tiens pour Lon aïni, Comine « je suis, tu ne dois pas craindre de moi; et la raison enest « celle- -Ci, que je ne ie £OUVIe AS pas, dep us que nous SOIN « mes amis, que ]aicjatnais rien eu qui ne fût à toi comrie « à moi. Sur que, si la chose était trop avancée qu'on re . pôt faire autrement, J'en ferais comme des autres; mais « elle est encore au point que je peux la faire tienne, et que «je le ferai aïnsi; pour ce que je ne sais quel cas Un devrais «faire de mon atnitie, si d'une chose qui se peut honnèteaiment faire, je ne savius, moi le voulant, a fais: tienae, Il « est vrai que Sophronte est ma fiancée, que je l'atmais « beaucoup, et que j'attendais en grande tête le moment des « NOCCS; ais pour Ce que, Come micux entendu que mor, «tu désires plus ardemiment que moi cette chose précicuse, « s018 tranquille, elle viendra dans ma chambre ron pas « comme tua femme, mais comte la tienne. tt pote ce, « Jaisse FA le souci, chasse la uiélancolie, rappélle ta sente « perdue, le confort, et l allécresse, ct, dès à résont, attends « JOYCUS sement la reco: npens “e de ton amour bien plus méri- « tant que ne l'était fe mien, — »

« Titus, enterdlant parler ainsi Gisippe, autant la décevante espérance qu'il F i donnait lui faisait plaisir, autant la juste raison ΰ rendaït horteux en lui inontrant qu'illui serait d'autant plusindigne de profiter @c is iibérartié de Gisippe, de. cette libéralité était plus grande. Pour quoi, ne cessant

e répandre des larmes, il lui répondit, pouvant à peine parler : « — Gisippe, ta libérale et véritable amitié me « montre assez clairement ce qu'il fautque la mienne fasse. « Dieu me ue que celle qui t'a été donnés comme au plus « digne, je l'accepte de toi comme mienne. S'il avait jugé

« qu'elle dût être à moi, ni toi ni aucun autre ne devez croire « qu'il te l’eût jamais accordée. Jouis donc joyeusement de « ce que tu as été choisi, de son discret conseil et du don « qu'il t'a fait, et laisse-moi me consumer dans les larmes « qu'il m'a réservées comme indigne d’un tel bien, je les « surmonterai, et je t'en serai plus cher, ou bien elles me « tueront, et je serai hors de peine. — »

« Gisippe lui dit : « — Titus, si notre amitié peut me « valoir que je te force à contenter mon désir, et peut « t’amener toi-même à le contenter, c'est le moment où « j'entends entièrement en user; et si tu ne consens pas « bénévolement à ce que je veux, j'emploierai pour faire | « que Sophronie soit à toi, la force qu’on doit employer « pour faire du bien à ses amis. Je sais ce que peuvent les « forces de l'amour; je sais que, non point une fois, mais « souvent, elles ont conduit les amants à une mort malheu- « reuse ; et je t'en vois’si près, que tu ne pourrais ni re- « tourner en arrière, ni vaincre tes larmes ; mais passant « outre, tu tomberais vaincu ; sur quoi, moi-même je te sui- « vrais sans doute bientôt après. Donc, quand je ne t’ai- « merais point pour autre chose, ta vie me devrait être chère « pour nonserver la mienne. Sophronie sera donc à toi, car “ tu en trouverais difficilement une autre qui te plût autant, «et moi, tournant facilement mon amour vers une autre, « j'aurai contenté toi et moi. Je ne serais peut-être pas aussi « libéral en cela, si les femmes se trouvaient aussi difficile- « ment et étaient aussi rares que les amis; et pour ce, « comme je peux très facilement trouver une autro femme, « mais nan un autre ami, j'aime mieux — je ne dis pas la « perdre, car je ne la perdrai pas en te la donnant, mais je « la donnerai à un autre meï'leur que moi —:la passer à un « autre que de te perdre, toi. Et nour ce, si mes prières « peuvent ;ueiywe chase sur toi, je te prie d’écarter cette « affliction, de nous contenter d’un même coup toi et moi, «et de te préparer avec bonne espérance à prendre cette «joie que ton brâlant amour attend de la chose aimée.— «

« Bien que Titus eût horte de consentir à cela, c’est-àdire à ce que Sophronie devirt sa femme, par conséquent résistât encore, son amour le tirant d’une part, et de l’autre les encouragements de Gisippe l’excitant, il dit : «— Ecoute, « Gisippe ; en faisant ce que tu me dis te plaire si fort, je « ne saurais dire si je cède plus à ton désir qu’au mien ; et s puisque ta générosité est si forte qu’elle a vaincu ma honte, « je le ferai ; maisje t’assure que je le fais comme un homme « qui reconnaît recevoir de toi non pas seulement la femme « aimée, mais la vie. Fassent les dieux, s’il est possible, que « je puisse » 100re. avec honneur et pour ton bien, te mon- « trer combien je te suis reconnaissant de ce que, ayant plus

DIVILAME JOURNÉE. SRI

e pitié de moi que moi-méime, tu fais pour moi, = » Après ces paroles, Gistppe dit : « — Tilus, en cette affaire, si nous « voulons réussir, 1] me semble que nous devons emplover « le moyen que voici. Comme tu sais, c’est aprés de longs Ci one entre mecs parents et ceux de Sophronie, que as Sophronie est devenue ma tiancée, et pour ce, si j'alla's # maintenant leur dire que je ne la veux point pour lemme, «il en naltrait grandisstime scandale, et je brouillerais mcs « parents et les siens; de quoi je n'aurais cure, si par ce « moyen je la vovais devenir ta femme ; maïs je crains, si je « la laisse ainsi, que ses parents ne la donnent prompt-ment « à quelque autre, qui probablement ne serait pas toi, et # ainsi tu aurais perdu ce que je n'aurais plus moi-méimne. « Et pour ce, il me semble, situ y con<ens, que je pour- « suive Comine j'ai commencé, et que je l'amène comme ma « femme chez moi, après avoir fait les noces; alors nous e saurons faire en sorte que tu couches ensuite avec cl'e e comme étant ta femine. Puis, en temps et lieu, nous die vulgucrons la chose ; si elle leur plait, tout ira bien; si e elle ne leur plaît point, elle n'en sera pas moins faite, et scomme on ne pourra revenir en arrière, il faudra bien « qu'ils s'en montrent contents. — »

« Le conseil plut à Titus; pour quoi, Gisippe reçut Sophronie dans sa maison, comme si elle était sa femme, Titus étant dejà bien guëri et dispos ; et ayant fait une grande fête, dès que la nuit fut veaue, les dames laissèrent la nouvelle épouse dans le lit de son mari, et s'en allûrent. La chambre de Titus était contiguë à celle de Gisippe, et l'on pouvait entrer de l'une dans l'autre; pour quoi, Gisippe étant dans sa chambre et uyant éteint toutes Îles lumières, s'en alla sans bruit dans celle de Titus, et lui dit d'aller coucher avec sa femme. Voyant cela, et vaincu pur la honte, Titus fut sur le point de se repentir et refusait d'y aller ; mais Gisippe, désireux de conformer ses actes avec ses paroles, finit par l’y envoyer, après une longue contestation. A peine Titus fût-il dansle lit, qu'il prit la jeune fille comme s’il voulait la caresser, et lui demanda tout bas si elle voulait être sa femme. Elle, croyant qu'il était Gisipne, répondit que oui; sur quoi, il lui mi au doigt un bel et riche anneau, en disant : « — £t moi, je veux être ton mari. — » Puis, le mariage étant consommé, il prit d'elle un longet amoureux plaisir, sans qu’elle, ni personne, s'aperçut qu'elle couchait avec wn autre que Gisippe.

« Le mariage de Sophronie et de Titus étant donc en cet état, Publius, son père, vint à passer de cette vie; pour quoi, on lui écrivit qu'il s’en revint sans retard à Rome pour veiller à ses affaires ; et pour ce, il résolut avec Gisippé d'y aller et d'emmener Sophronie,ce qu'il pouvait faire sans

582 LE DÉCAMÉERON.

‘lui dire comment les choses étaient. Sur quoi, l'ayant fait un jour appeler dans la chambre, ils lui déclarèrent toute la vérité, et Titus la rendit plus manifeste encore en lui racontant plusieurs choses qui s'étaient passées entre elle et fui. Après les avoir regardés l’un et l’autre d’un air de dépit, elle se mit à pleurer abondamment, se plaignant de ce que Gisippe l’avait trompée; et avant qu’elle en dît rien dans la maison de Gisippe, elle s’en alla chez son père et lui raconta, ainsi qu’à sa mère, la tromperie que Gisippe ‘eur avait faite à elle et à eux, affirmant qu'elle était la ‘emme de Titus, et non de Gisippe, comme ils le croyaient. Cela fut très sensible au père de Sophronie, et fit le sujet d’une longue et grande querelle entre ses parents et ceux de Gisippe, ainsi que la cause de grandes altercations et de grands troubles. Gisippe était devenu en haine à ses parents et à ceux de Sophronie, et tous disaient qu'il avait mérité non seulement le blâme, mais un âpre châtiment. Mais lui, affirmait avoir fait chose honnête, et que les parents de Sophronie devaient le remercier de l'avoir mariée à quelqu'un qui valait mieux que lui. De son côté, Titus savait tout cela, et en éprouvait grand ennui ; et connaissant que le caractère des Grecs est d'autant plus de bruit et de menaces qu’on tarde à leur répondre, mais qu'a: lors ils deviennent non seulement humbles, mais lâches, pensa qu'il ne devait pas laisser plus longtemps leurs criailleries sans réponse ; et ayant le cœur romain et l'esprit : athénien, il fit rassembler dans un temple, sous un prétexte assez adroit, les parents de Sophronie et ceux de Gisippe, et y étant entré, accompagné seulement de Gisippe, il parla ainsi aux assistants : ——.

« — Beaucoup de philosophes croient que ce qui se fait « par les mortels est disposé et prévu par les dieux immor- « tels, et pour ce, beaucoup veulent que ce qui arrive ou ar- « rivera, arrive fatalement, bien qu'il y en ait d’autres qui « appliquent celte fatalité à ce qui est déjà arrivé seulement. « Si l’on examine avec quelque attention ces opinions die verses, on verra très apertement que blâmer une chose « sur laquelle on ne peut revenir, c'est vouloir se montrer « plus sage que les dieux, lesquels, nous devons le croire, «nous gouvernent et disposent de nous et de nos choses « avec une raison constante et sans commettre d'erreur. « Pour quoi, combien sotte et bestiale est la présomption « de blâmer leurs actes, vous pouvez très facilement le « voir, et aussi quels châtiments méritent ceux qui, en cela, « se laissent entraîner par leur audace. À mon avis, vous « êtes tous de ceux-là, si ce que j'ai appris que vous avez « dit et que vous dites continuellement est vrai, pour ce que « Sophronie est devenue ma femme, alors que vous l’aviez

MENTON MaUTS ET: on.

dennie À Gisippe, sans prendre darde qu'il élaut de tante L'ernité disposé ques pegerdtogs Dai ternene de Gite, rs Da tnienne, comme be fait Je demontre présenteiment, Mais cornmime ce que lon dit de a secrets préviens td linteution des doux semble à beaucoup dur et difiele à

comerendre, jadniets qu'ils ne se niélenten rien de ne:

Jatfôres, étilme plait de m'en tenir aux raisonnersents humains, En les emplovant, ile faudra faire deux cho-

sa tres contraires À mes habitu les : l'une mie Joner moictacne, l'autre rabässer quelque peu fes autres, Mars pour

ce que dans l'une cointne dans Pauire je n'entends point me degparur de la verité, et que le sujet present l'exige, je le Prat.

« Vos reproches, dictés par la core plus que par la raison, vituperent, morndent et condamnent se que vou3 poursuivez de vos murtures Coatinuels pour ce qu'il m'a donné pour femme suivant son jusement, celle que vous lui aviez donnee suivant votre Jurement à vous, alors que, mai, j'estime qu'il faut souverauinerment be Jouer ; étines rautsons sont lee : a pretnicre, pares qu'il a fait ce qu'un au doit faire ; la sccon ts, parce quil a agi plus sasement que vous ne Pasez Pub vous-niètnes. Je n'ai pas l'intention de vous expliquer présentémat ce que les saintes lois de l'amitié veulent qu'un ami fasse pour son ami, te contentant seulement de vous avoir rappelé, au sujet de ces lois, que le lien de l'amitié he plus etroitement que ceux du sans ou de la parenté, attendu que nous avons les amis comte nous Îe4 choisissons, et Îles parents comme nous les donne la fortune. EL pour ce, si Gisippe a préféré ma vie à votre bienvellance, moi qui euis son ati, et qui me cons'atre cornime tel, personne ne s'en doit étonner. Mais venons à la svonde raison par iaquelle je veux vous prouver, en insistant davantage, qu'il a été plus sage que vous, bien Gu'ilime serable que vois n'ayiez aucun sentiment de la prévisian des dirux, et que vous connaissiez encore moins les effets de l'amitié. Je dis que votre avis, votre ronseil, votre délibération avaient donné Sophronie à Its jeune homme et philosophe, et que celui de Gisippe l'a donnée à un jeune homme et à un philosophe: vous l'aviez donnée à un Athénien; Gisippe l'a donnée à un Romain; vous l'aviez donnéc à un gentilhomme, Gisippe l'a donnée à quetgu'un plus noble encore ; vous l'aviez donnée à un jeune hemrme riche, Gisippe l'a donnée à un jeune homme enccre plus riche ; vous l'aviez donnée à un jeune homme qui, non seulement ne l'aimait point, mais qui la connaïssait à peine, Gisippe l'a donnée à un jeune homme qui l'aimait plus que sa félicité suprème, plus que sa propre vie.

« Et que je dise vrai en soutenant que ce qu'il a fait est

« plus à louer que ce que vous avez fait vous-mêmes, je

vais vous le montrer point par point. Que je sois jeune et

philosophe, comme est Gisippe, mon visage et mes études le peuvent faire voir sans un plus long discours. Nous avons tous deux le même âge, et nous avons toujours marché du même pas dans nos études. Il est vrai qu'il est Athénien et que je suis Romain. Si nous discutons sur la renommée de notre ville natale, je dirai que jé suis d’une cité libre et qu’il est d’une cité tributaire ; je dirai que je suis d’une cité maîtresse de tout l'Univers, et lui d’une cité qui obéit à la mienne; je dirai que je suis d’une cité illustre par ses armes, sa puissance et ses écoles, tandis qu'il ne pourra recommander la sienne que par ses écoles seulement. En outre, bien que vous me voyiez ici comme un humble écolier, je ne suis point né de la fange dé la populace de Rome ; mais maisons et les lieux publics de Rome sont pleins des antiques images de mes ancêtres, et l’on pourrait voir les. annales romaines remplies des nombreux triomphes que les Quintus ont menés au capi-

tole romain. La gloire..de notre nom n’est point non plus

tombée en vétusté ; au contraire, elle fleurit aujourd’hui plus que jamais. Je me tais, par vergogne, sur mes richesses, me souvenant que l’honnételé pauvre a été l’antique et noble patrimoïne des citoyens nobles romains; si cette opinion est condamnée par le vulgaire, si on n’apprécie que les trésors, j'en suis abondamment pourvu, non en homme cupide, mais en homme aimé de la fortune. |

« Je reconnais fort bien qu’il vous était, qu'il doit vous être cher d’avoir Gisippe pour parent ; mais il n’y a aucun motif pour que je ne vous sois pas moins cher à Rome, si vous songez que vous aurez en moi, là-bas, un hôte précieux, un patron puissant et qui s’empressera de

« vous être utile dans les affaires publiques comme dans

les affaires privées. Qui donc, mettant de côté son désir et

n'ayant égard qu’à la raison, approuvera davantage vos

résolutions que celles de mon Gisippe ? Personne, assu-

rément. Sophronie est donc bien mariée à Titus-Quintus- Fulvius noble, antique et riche citoyen de Rome et ami de

Gisippe ; pour quoi, en vous plaignant et en récriminant,

vous ne faites pas ce que vous devez, pas plus que vous

ne savez ce que vous faites.

« D’aucuns diront peut-être qu’ils ne se plaignent pas

que Sophronie soit la femme de Titus, mais qu'ils se

« plaignent de la façon dont elle est devenue sa femme, en « secret, comme à la suite d’un vol, sans qu'ami ow parent

en ait rien su. Cela même n'est point un miracle, et ce

en'est pas la premiere fois que cette chose arrive. Je laisse « de côté volentiers celles qui ent jusqu'ici pris des maris ae contre la volonté de leurs péres; et ceiles qui se sont «enfuies avec leurs amants, avant été maltresses avant « d'être femmes lésitimes; et celles qui ont fuit connaître « leur mariage plutôt par leur grossesse ou par leur accou- « chement.que par la lanaue, et l'ont rendu nécessaire; tout acéla n'est poini advenu pour Su bronie; au contraire, «elle a été donnée par Gisippe à Litus, dans les formes « voulues, disecrétement et honnétement. D'autres diront «que celui qui l'a mariée n'avait pas le droit de le faire, « Ce sont Ià de sottes et puériles Jlamentalions, et prove- «nant de peu de sens. Ce n'est point d'aujourd'hui que la « fortune use de movens ct d'instruments varis3 et noue veaux nour amener des choses à des etfets déterminés. « Qu'ai-je à me préoccuper si c'est un cordonnier plutôt « qu'unphilosaphe quiaura, selon son justement, en secret « où à decouvert, disposé de mes affaires, s'il les a menées « à bonne tin? Je dois prendre garde si le cordonmier est « maladroit, qu'il ne se mèle plus de mes affaires, et le « remercier de celle qu'il à bien faite. Si Gisippe a bien « marié Sophronie, se plaindre dre lui et de la facon dont il « s'y est prisest une sottise supertlue. Ki vous n'avez point « confianre en son jusement gardez-vous qu'il ne puisse « plus marier d‘sormais personne, et remerciez-le d'avoir « maris celle-ci, « Vous devez néanmoins savoir que je n'ai cherché, ni

« par ruse, ni par fraude, à souiller d'aucune tache Fhou- « neur ni la réputation de votre sana dans la personne de « Sophronie; et bien que je Paie prise secretement pour « femme, je ne suis pas venu comme un voleur lui enlever « sa virginité; je n'ai pas voulu non plus, comme un en- « nemi, la posséder d'une façon de<honnète, en refusant « votre parenté, mais parce que j'étais épris d'elle et de son « mérite, et sachant que si je l'avais demandée de la façon sque vous voulez sans doute dire, comme elle était trés « aiméc de vous, vous ne me l'auriez pas donnée, dans la « crainte que je ne l'emmenasse à Rome. J'ai donc usé de «l'artifics que vous pouvez connaître aujourd'hui, et j'ai æ fait que Gisippe consentft à faire pour moi ce qu'il n était « point disposé à faire; ensuite, bien que je l'aimasse ar- « dermmment, je n'ai pas cherché secs embrassements comme «amant, mais comme mari, ne m'approrhant point d'elle, « ainsi qu'elle-même peut en vérité le témoigner, que je ne « l'eusse épousée avec les paroles consacrées et l'anneau et « lui avoir demandé si elle me voulait pour mari, à quoi «elle répondit que oui. S'il lui semble avoir été trompée, “ ce n'est pas moi qui suis à blämer, mais clle qui ne me

« dernanda point qui j'étais. Ceci donc est le grand mal, le « grand péché, la grande faute faïte par Gisippe en qua- « lité d'ami et par moi en qualité d’amant, à savoir que. « Sophronie soit devenue secrètement la femme de Titus « Quintus: c'est pour cela que vous le déchirez, que vous le « menacez, que vous le soupçonnez. Et que feriez-vous de . plus, sil l'avait donnée à un paysan, à un ribaud, à un « Serf? Quelles chaînes, quelle prison, quels supplices vous a paraîtraient-ils suffisants?

__ « Mais laissons maintenant cela ; le temps est venu que « je n’attendais pas de sitôt, à savoir que mon père est mort « et qu’il me faut retourner à Rome; pour quoi, voulant « emmener Sophronie avec moi, je vous ai découvert ce que « je vous aurais peut-être encore tenu caché, et ce que, si « vous êtes sage, vous prendrez joyeusement, pour ce que, « si j'avais voulu vous tromper ou vous outrager, je pouvais « vous la laisser après m'être joué d'elle; mais Dieu me « garde qu'en l'âme d’un Romain une telle lâcheté puisse « jamais entrer. Donc, Sophronie est ma femme, tant du « consentement des Dieux et par la force des loïs humaines, «que par la louable résolution de mon ami Gisippe et par “ ma ruse amoureuse, Ce que vous, vous croyant d'aventure « plus sages que les dieux et que les autres hommes insu truits, vous me reprochez brutalement de deux manières « fort injurieuses pour moi : l’une, en retenant Sophronie « sur laquelle vous n’avez de pouvoir qu’autant qu’il me « plaira; l’autre, en traitant comme un ennemi Gisippe, « dont vous êtes vraiment les obligés. Je n’entends pas pour « le moment vous montrer davantage combien vous agissez « sottement en cela, mais je veux vous conseiller, comme « à des amis, de déposer votre dédain, de laisser là toutes « vos haines, et de me rendre Sophronie, atin que je vous « quitte joyeusement, en parent, et que je reste votre ami. « Soyez sûrs, du reste, de ceci : que ce qui est fait vous « plaise ou vous déplaise, si vous entendez faire autrement, « je soustrairai Gisippe à votre haïne, et si je parviens jus- « qu’à Rome, je saurai bien ravoir celle qui m’appartient « justement, bien que vous en ayiez; et je vous terai con- : « naître par expérience, en vous menaçant sans cesse, e ce que peut l’indignation des Romains. — »

« Après que Titus eut ainsi parlé, s'étant levé d’un air courroucé, il prit Gisippe par la main, montrint peu de souci de tous ceux qui étaient dans le temple, et secouant la tête en signe de menace, il sortit. Ceux qui étaient restés dans le temple, en partie attirés vers la parenté et l’amitié de Titus par ses raïsons, en partie effrayés par ses dernières paroles, décidèrent d’un commun accord qu'il valait mieux accepter Titus pour leur parent, puisque Gisippe n’avai

AGP NE ARE ES ON 1 pas vouiu l'ètre, que d'avoir perdu Gisippe comme parent, tout en s'étant fuit un-ennetmt de Titus, Pour qui, étant allés retrouver Titus, ils lui dirent qu'is consentaient à ce que Sophronte fût à fui, 4 à lavoir, Jui, pour parent, et Gisippe pour am puis, avant fait avec luruse fie amicale cournine il conviententre parents, ils le quilicrent et lui renvoverent Sophronie, Celle-ci, en femme saste, ct faisant de necessite dortu, reportatreés vite sur us l'amour qu'elle avait pour Gisippe, et partit avec lui pour Rome, où cle Fu reçus avre de crands Lonneurs,

« Gisippe etant reste à Aihènes, tenu quasi par tous en petite estie, fut quelque temps après, à la suite de certaines brisues intestines, chassé d'Athènes avec tous ceux de sa farualle, et, pauvre et miséranule, condamné à un exil perpétuel. Dans cette situation, Gistppe devenu non seuls ment pauvre, mais réduit à l'état de mendiant, s'en vint à Rome du mieux qu'il put, pour voir Si Titus se souviendrait de lui; et ayant appris qu'il était vivant et estimé de tous les Romains, il se dit enseicner où étaient ses maisons et setirt devant la porte, attendant que Titus y vint, ré<olu non pas à lui parler de Ja misère où 11 était, mats à se faire voir à lui, ahin que Titus le reconnaissant le fit appeler, Mais Titus avant passe outre, et Gisippe croyant qu'il l'avait vu mais avait déda'gné de le reconnaître, et se souvenant de ce qu'il avait fait autrefois pour lui, s'en alla indisné et désespéré. [ était dejà nuit, et comme il était à jeun et sans arsent et qu'il ne savait où aller, il se dirisea, avant

lus envie de mourir que d'autre chose, vers un endroit de fa ville fort désert, où avant vu une grande caverne, il y entra. pour s'abriter pendant la nuit; et se couchant sur la terre nue, en haillons, vaincu par sa longue douleur il s'endormit.

« Sur ces entrefaites, deux individus qui étaïent allés ensemb'e commettre un vol cette nuit méme, vinrent le matin dans la raverne avec leur butin, et une querelle s'étant élevée pour le partage, l'un d'eux qui était le plus fort tua l'autre ct s'en alla. Ce qu'ayant vu et entendu Gisippe, il lui parut avoir trouvé un moyen de mourir, comme il le désirait tant, sans être obligé de se tuer lui-même; et pour ce, ne bougeant pas de la caverne, il s'y tint jusqu'à ce que les serwents de la Cour, qui avaient déjà appris le meurtre, y vinssent, lesquels, furieux, emmenèrent Gisippe prisonnier, Celui-ci ayant été interrogé avoua que c'était lui qui avait commis le meurtre et qu’il n'avait pas pu ensuite s echapper de la caverne; pour quoi le prétcur, qui s'appelait Marcus Varron, ordonna qu'on le fit mouric sur la croix, comme c était alors l'habitude.

« Titus était, par hasard, venu en ce moment dans le

prétoire; regardant au visage le malheureux condamné, et ayant entendu la cause de sa condamnation, il reconnut sur-le-champ que c'était Gisippe, et s’étonna de son état misérable et de ce qu'il était arrivé là. Désirant ardemment le sauver, et ne voyant pas d'autre moyen que de s’accuser soi-même pour l’innocenter, il s’avança soudain et cria : « — Marcus Varron, rappelle lé pauvre homme que tu as «condamné, pour ce qu'il est innocent. J’ai trop offensé .« les dieux par mon crime en tuant celui que tes sergents « ont trouvé mort ce matin, sans vouloir les offenser main- « tenant en causant la mort d’un autre innocent. — » Varron s'étonna de ces paroles, et fut fâché que tout le prétoire les eût entendues; mais son honneur ne lui permettant pas de désobéir aux lois, il fit revenir Gisippe et il lui dit en présence de Titus : — « Comment as-tu été si fol de confes-

« ser, sans avoir reçu la torture, ce que tu n’as jamais fait,

« y allant de la vie? Tu disais que tu étais celui qui cette « nuit avait tué cet homme, et maïntenant celui-ci vient « dire que ce n’est pas toi mais lui qui l’a tué. — » Gisippe regarda et vit que c'était Titus, et il reconnut bien que

c'était pour le sauver qu’il faisait cela, en paiement du ser-

. vice jadis reçu de lui. Pour quoi, pleurant d’érnotion, il dit: « — Varron, je l’ai vraiment tué, et la pitié de Titus vient « trop tard pour me sauver. — » D'autre part Titus disait : « — Préteur, comme tu vois, celui-ci est étranger; il a été « trouvé sans armes auprès de celui qui a été tué, et tu « peux voir que sa misère lui fait chercher l’occasion de

« mourir; pour ce, remets-le en liberté, et punis-moi, car

« je l’ai mérité. — »

« Varron, étonné de l’insistance des deux hommes, et présumant déjà qu'aucun d'eux n’était coupable, pensait au

moyen de les absoudre, lorsqu’arriva soudain un jeune homme appelé Pubius Ambustus, perdu d'espoir et connu de tous les Romains comme un voleur émérite ; c'était lui qui avait véritablement commis le meurtre, et sachant bien qu'aucun des deux n'était coupable de ceux-là qui s’accusaient, leur innocence lui mit au cœur une telle pitié pour tous les deux, qu’il s’avança vers Varron et dit : « — Pré- « teur, mes méfaits me poussent à trancher la dure ques- « tion entre ceux-ci; je ne sais quel Dieu me stimule en « moi-même et me pousse à te dévoiler mon crime; sache « donc qu'aucun de ces deux hommes n’est coupable de ce « dont chacun s’accuse lui-même. Je suis véritablement « celui qui ce matin, à la pointe du jour, a tué cet homme; « quant à ce malheureux qui est là, je lai vu qui dormait, « pendant que je partageais les produits de nos vols avec « celui que j'ai tué, Je n’ai pas. besoin de décharger Titus; « sa renommée est connue partout, on sait qu'il n'est pas

DINIÈÉME JOURNÉE. SSQ

« homme capable d'une telle action: fais-los mottre en lia berté, ct faisiuot appliquer les peines que les lois ordon- «nent. —s « Octave avait déja appris cette affaire, et les ayant fait venir tous les trois devant lui, il voulut savoir le metif pour lequel chacun demandait à “tre condamné; ce qu'ils lui dirent. Sur quoi, Octave les tit mettre tous en liberte, lea deux premiers parce qu'ils étaient innocents, et le troisieme ar considération pour eux. Titus avant pris Gisippe par a main, et l'avant fort Lime de sa timidité et de sa defiance, lui Gt une merveilleuse fête, et l'emmena chez lui cù Sophronie le reçut en pleurant comme un frère, Aprés l'ae voir un peu console, l'avoir habillé, et l'avoir remis en l'état qui convenait à son mérite et à sa noblesse, Titus lui fit art tout d'abord de tout ce quil pos<édait, puis il Jui onna pour femme sa sa-ur, une toute jeune fille appelée Fulvia; ensuits de quoi il lui dit : « — Gisippe, il t'appara tient désormais de rester ici auprès de moi, ou de retour- «a ner À Athñnes avec ce que je t'ai donné. — » Gisiope, forcé d'un côté par la sentence qui l'exilait de sa ville natale, et attiré de d'autre par l'amitié qu'il portait justement à Titus, se décida à devenir romain. Etant donc resté à Rome avec sa femme Fulvia, ils vécurent longtemps en joie, ne faisant toujours qu'une seule maison avec Titus et Sophronie, devenant chaque jour, s'il était possible, de plus en plus amis.

C'est donc une très sainte chose que l'amitié, et digne pon seulement d'un singulier respect, mais d'être louée d’une louange perpétuelle, comme très discrète mère de la magnificence, de l'honnêteté, sœur de la reconnaissance et de la charité, ennemie de la haine et de l'avarice, toujours prompte, sans attendre qu'on l'en prie, à faire pour autrui ce qu'elle voudrait qu'on fit pour soi-même. Ces divins effets se voient aujourd'hui rarement entre deux hommes, faute et honte de la misérable cupidité des mortels, la-

uelle, regardant seulement à sa propre utilité, a relègué Jaunitié hors des limites de la terre, dans un exil perpétuel. Quel amour, quelle richesse, quelle parenté aurait eu le pouvoir d'émouvoir si fort le cœur de Gisippe à la vue des larmes et des soupirs de Titus, qu'il lui cédat la gente ct belle fancée qu'il aimait, sinon l'amitié? Quelles autres lois que celles de l'amitié, quelics menaces, quelle peur auraient pu détourner les jeunes bras de Gisippe de s'abstenir des embrassements de la belle jouvencelle dans les endroits s0litaires, obscurs, voire dans son propre lit, celle-ci l'y invitant parfois elle-même? Quelles grandeurs, quelles dignités, quels avantacrs auraient poussé Gisippe à ne point prendre - souci de s'aliéner ses parents et ceux de Sophronie, non

590 LE DÉCAMÉROKN.

plus que des murmures de la populace, des moqueries et des huées, pour le plaisir. de contenter son ami, sinon l’amitié ? Et d'un autre côté, qui aurait, sinon encore l'amitié, rendu Titus — alors qu'il pouvait honnêtement feindre de n'avoir rien vu — si prompt à courir au-devant de sa propre mort pour sauver Gisippe du supplice de la croix, supplice auquel il s'attendait lui-même? Qui donc, sinon l'amitié, aurait rendu Titus si libéral à partager sans la moindre hésitation son ample patrimoine avec,Gisippe auquel la fortune avait enlevé le sien? Qui aurait, sinon l’amitié, fait que Titus n'hésita point à donner sa sœur à Gisippe qu'il voyait très pauvre et réduit à la. plus extrême misère? Que les hommes s'amusent donc à désirer une multitude de parents, de nombreux frères, une grande quantité d’enfants, et d'accroître le nombre de leurs serviteurs à grands renforts d’argent, sans s’apercevoir que tous ces gens-là ont plus de souci pour le moindre danger qui les menace, que de sollicitude à préserver d’un grand -peril leur père, leur frère ou leur maître, tandis que c’est tout le contraire qu’on voit chez un ami. — »

Le Saladin, déguisé en marchand, est honorablement traité par messer Torello, Ce dernier, partant pour la eroisade, tixe à sa femme un délai pour se remarier, Il est fait prisonnier et est conduit vers le Soudan en qualité de fauconnier, Le Soudan le reconnait, se fait reconnaitre par lui et le comble d'honneurs. Messer Torello tombe malade et est transporté en une nuit à Pavie par l'art d'un magicien. Il assiste aux noces qui se faisaient pour sa femme qui se remariait, est «econnu par elle, et rentre avec elle dans sa maison.

Philomène avait déjà mis fin à ses paroles, et la magnifique reconraissance de Titus avait été louée par tous, quand le roi, réservant la Gernière nouvelle à Dionéo, se mit à parler ainsi: « — Amoureuses dames, sans aucun doute, dans ce qu'elle a dit de l’amitié, Philomène a dit vrai, et elle s’est niatnt avec raison à la fin de son récit de ce que l'amitié était aujonrd’hni peu appréciée par les mortels. Kt si nous étions ici pour corriger les défauts du monde ou pour les blAmer, je poursuivrais son raisonnement en de plus longs propos ; mais pour ce que notre but est tout autre, il m'est venu en l'esprit de vous exposer, dans une histoire peut-être un peu longue, mais plaisante pourtant, une des magnificences du Saladin, afin que, par les choses que vous entendrez duns ma nouvelle, si l’on ne peut, grâce à nos vices, acquérir l'amitié

DENTS RENE TN LE out

personne, nous prethons au moins lustre à rrodre service, ans l'espoir que, le moment venu, 11 doive s'ensuivre une Ai ‘otnpenre pour DOUX,

« Je dis donc que, suivant que d'aucuns affirment, À l'époque de l'empereur Fredérie Lil ss tit pi les chrétiens ane Croisade genérile pour reconquérir la Terre sainte, Ge qu'avant su quelque temps avant, be Saladin, tres valeurcux prince, et alors Soudan de Babylone, résolut de voir en personne Îles préparatifs faits par les seisnenurs de la chre tenté pour cette crossade, atin de pouvoir nneux leur résiser. Avantuis loutes ses aires d'Evpte en vrdre, et foie gnant d'aller en péierinare, il se nuit en route sous des nabits de marchand, et aecumpauné seulement de denx de “es plus grands et plus saues courtisans etde trois lamilicra, \pres avoir parcours bon nombre de provinces chrétiennes, tchevauchant À travers Ja Lonbardie pour passer au dela, des monts, il advint que, sur la route de Milan à Pavie, vers l'heure de vespiée ils rencontrèrent un gentilhomme nomn.é messer Forello d'stria de Pavie, qui s'en allait, aver ss familiers, ses chiens et ses faucons, résider dans un beau somaine qu'il. suit eur le Tessin, Des que messer Torello les vitil comprit qu'ils étaient wentilshommes et étransere, etil resolut de leur faire honneur, Pour quoi, le Saladin ayant demandé À un de ses familiers combien il y avait encore de l'endroit eh ils étaient à Pavie, et Sils pourraient y arriver assez tôt pour y entrer, Torello ne laissa point son familier répondre, mais répondit Inimèmes « — Sviuneurs, « Vous ne pourrez arriver à Pavie assez Lôt pour y entrer, — » «— Donc — lt 5 Kalalin — veuillez nous enseisner, « pour ce que nous sommes étrangers, Où peus pourrons a nous louer le mieux possible, = » Messer Torcllo dit: @— Créla, je le ferai volontiers; j'étais sur le poiit d'en- « voyer un des miens tout pres de Pavie pour une commis- « sion; je l'enverrai avec vous, ct il vous conduira dans un endroit où vous serez très convenablement lozés, = » Et s'étant approche du plus discret de ses gens, il lui dit ce qu'il avait à faire, et l’envoya avec eux. Quant à Ini, étant ailé en toute hite à sa maison de campagne, il fit, du mieux qu'il put, preparer un beau souper, et dresser es tables Sans Son jardin ; cela tait, il s'en vint sur la porte pour les attendre.

« Le familier causant de choses diverses avec les gentils. homnies, les lit passer par certains chemins, et les conduisit, sans qu'ils s'en aperçussent, à la maison de son maître. Dès que mesasire Torello les vit, il courut à leur rencontre ct dit en riant: « — Seigneurs, soyez les bicavenus. — » Le Saladin qui était fort courtois, comprit que ce chevalier avait craint qu'ils n'acceptossent point son invitation en les invi«

tant lorsqu'il les avait rencontrés, et que, pour qu'ils ne pussent refuser de passer la soirée avec lui, 1l les avait fait conduire d’une façon ingénieuse dans sa demeure. Après avoir répondu à son salut, il dit : « — Messire, si l’on pou- « vait se plaindre de la. courtoisie des gens, nous nous « plaindrions de vous qui, sans comptèr que vous nous « avez empêchés de continuer notre chemin, nous avez « contraint à recevoir votre hospitalité si courtoise, sans « que nous ayions mérité votre bienveillance autrement « que par un salut. — » Le chevalier, homme sage et beau parleur dit : « — Seigneur, l'hospitalité que vous recevez « de nous sera peu de chose, eu égard à celle qui vous con- « viendrait à ce que je puis juger sur votre physionomie; « mais en, vérité, hors de Pavie, vous n’auriez pu être bien « nulle part; et pour ce, qu’il ne vous déplaise point de « vous être un peu détournés de votre chemin pour avoir «un peu moins de désagrément. — » Ainsi disant, ses familiers qui étaient venus autour des voyageurs prirent leurs chevaux dès qu'ils en furent descendus ; et messer Torello conduisit les trois gentilshommmes aux chambres préparées pour eux, où il les fit déchausser et rafraîchir avec des vins très frais, et les retint jusqu’à l'heure du souper en de plaisants entretiens.

« Le Saladin, scs compagnons et ses familiers savaient le latin, pour quoi ils comprenaient très bien et étaient compris, et il semblait à chacun d’eux que ce chevalier était l’homme le plus gracieux, le plus poli et le plüs éloquent qu’ils eussent encore vu. D'autre part, il semblait à messer Torello que ceux-ci étaient des gens magnifiques et plus encore qu’il ne l'avait pensé tout d’abord ; pour quoi, il se désolait en luimême de ne pouvoir les honorer ce soir-là de plus nombreuse EE dep et d'un pius solennel banquet ; aussi songea-t-il à les en dédommager le lendemain matin, et ayant informé un de ses familiers de ce qu’il voulait faire, il l’envoya à Pavie qui était tout près de là et dont on ne fermait jamais les portes, vers sa femme, dame très sage et de grand entendement. Après quoi, ayant conduit les gentilshommes dans le jardin, il leur demanda courtoisement qui ils étaient ; à quoi le Saladin répondit : « — Nous « sommes des marchands chypriens et nous venons de « Chypre ; nous allons à Paris pour nos affaires. — » Messer

es

Torello dit alors : « — Plût à Dieu que notre pays produisit

« des gentilshommes semblables aux marchands que Chypre « produit, à ce que je vois. — » De propos en PEODO semblables, ils passèrent le temps jusqu’à ce qu’ fût l’heure de souper ; pour quoi, il les laissa se mettre à table comme

il leur plut, et là, pour un souper improvisé, ils furent très

bien et très convenablement servis. Quand les tables eürent

DIXIÈME JOURNÉE. Si

eté levés, me-ser Torello ne tarda point à s'apercevoir qu ris étaient las, et nnres les avoir mis à reposer dans de trcs beaux lits, 1l alla luisrmiéme dormir.

« Le familier qui avait été envoyé à Pavie, fit sa commission aupres de la dame; celle-ci, avec une largesse d'esprit non féminine, mais rovale, avant fait sur-le-champ appeler un grand nombre des amis et des serviteurs de messer Toreilo, fit apprèter tout ce qu'il failait pour un grandissime banquet, auquel elle tit, à P lueur des torches, inviter nombre des plus nobles citevens ; elle fit prendre des draps et des soteries de toutes sortes, et faire ep un mot tout ce que son mari lui avait envové dire. Le jour venu, les centilshonsmes se levérent ; messer Torells monta avec eux à cheval, et avant fait venir ses faucons, il les mena À une

etité rivire voisine, êt leur montra comment ils volaient. fais Le Kiuladin avant demandé à un de ses gens de lea conduire À l’avie, dans la meilleure hôtellerie, messer Torello dit : « — Ce sera moi qui vous conduirai, pour ca «que j'ai aus-i besoin d'y aller, — » Ceux-ci le croyant, en furent satisfaits et se mirent en roule avec lui, Vers la troisième heure, arrivés à Ja ville et crovant aller à la meilleure hôtellerie, ils parvinrent avec messer Torello à la maison de celui-ci, où dej plus de cinquante des meilleurs citoyens de la ville étaient venus pour recevoir les gentilshomnies, et qui aussitôt entourerent leurs étriers et les guides de leurs montures. Ce que voyant le Saladin et ses compagnons, ils comprirent fort bien ce que c'était, et dirent : e — Mescer Torello, ce n'est pas là ce que nous avon: e demandé; vous en avez assez fait pour nous la nuit der- « nière, et plus que nous ne voulions ; pour quoi vous pou- « viez fort bien nous laisser continuer notre chemin. — » A quoi messer Torello répondit : « — Seigneurs, quant à « ce qui vous a cté fait hicr soir, j'en sais gre à la fortune « plus qu’à vous, car elle vous surprit en chemin de facon « qu'il vous fallut venir dans mon humble maison ; pour «ce qui est de ce matin, je vous en aurai obligation à « vous-mèmres, et avec moi tous ces gentilshommes qui « vous entourent; s'il vous semble acte de courtoisie de « refuser de déjeuner avec eux, vous pouvez le faire si vous « le voulez. — »

« Le Saladin et secs compagnons vaincus par ces instarces. descendirent de cheval, et ayant Si NE accueillis par les gentilshommes, furent menés dans les chambres qu'on avait richement préparées pour eux ; puis ayant quitté leurs habits de voyage, et s'étant rafraichis un peu, ils vinrent dans lu salle où le banquet avait été apprêté d’une façon splendide. L'eau ayant été donnée pour les mains, on se mit à table en grande cérémonie, et là ils furent servis de magnifiques et

ubondantes victuailles, tellement que si l’empereur-s'y fût trouvé, on n’eût pas pu lui rendre plus d’honneurs. Bien que le Saladin et ses compagnons fussent de grands seigneurs èt habitués à voir de grandes choses, néanmoins ils furent très imerveillés de tout cela, d'autant plus qu’ils considéraient la ‘ualité du chevalier qu’ils savaient être un simple citoyen et on un grand seigneur. Le repas fini, et les tables levées, juand on eut parlé de choses et d’autres, la chaleur étant très grande, sur l'invitation de messer Toreilo, les gentilshemmes de Pavie s’en allèrent tous se reposer, et il deineura seul avec ses trois hôtes ; sur quoi, étant entré avec eux dans une chambre, afin qu’il n’y eût rien de ce qui lui appartenait et qu'il aimait qu'ils n’eussent vu, il fit appeler sa digne femme. Celle-ci, belle et grande de sa personne, s’en vint au devant d’eux, parée de riches vêtements, accompagnée de ses deux petits enfants qui ressemblaient à deux anges, et les salua gracieusement. En la voyant, ils se levèrent debout, la reçurent avec un profond salut, et l'ayant fait asseoir au milieu d’eux, ils lui firent grande fête, ainsi qu'à ses deux beaux enfants.

« Après avoir échangé avec eux quelques plaïsants propos,

messer Torello étant sorti un moment, elle leur demanda gracieusement d’où ils étaient et où ils allaient; à quot les gentilshommes répondirent comme ils l'avaient déjà fait à messer Torello. Alors la dame leur dit d’un air joyeux : « — Je vois donc que ma prévision de femme sera utile, et « pour ce, je vous prie comme une faveur spéciale de ne pas « refuser, et de ne pas dédaigner le petit présent que je vais « vous faire apporter; mais considérant que les femmes « selon leurs petites facultés donnent de petites choses, je « vous prie de l’accepter en ayant plus égard à ma bonne. « volonté qu'à la valeur du don. — » Et ayant fait apporter pour chacun deux paires de robes, l’une de drap brodé et l’autre de soie, non comme pour de simples citoyens ou des marchands, mais comme pour des seigneurs, des jupes de talletas et du beau linge, elle dit : « — Prenez tout cela ; « j'ai donné à mon mari des robes comme celle que je vous « donne ; quant au reste, pensant que vous êtes lain de vos .« femmes, considérant la longueur du chemin que vous « avez déjà fait et de celui que vous avez à faire, sachant « que les marchands sont hommes propres et délicats, j'ai « cru que cela pourrait vous être agréable, encore que de « peu de valeur. — »

« Les gentilshommes étaient émerveillés, et ils virent bien que messer Torello ne voulait rien négliger dans sa courtoisie envers eux. [ls crurent, voyant la richesse qu'on leur offrait et qui ne convenait point à des marchands, qu'ils avaient été reconnus par messer Torello ; cependant l’un d'eux réponyqit

Ne

0 eg << COR OS ei dome me

1, RE rt ES Re UE AC OR SV POULE ee «) .)

& la dame e— Ce sont la, madame, de maznisurs chaos s a qu'on ne devrait point accepier À fa fécere, Si vos prictes «ne DONS V'Contra thatent, prieres auxquels 1hestinpese € sit/lé de dire Du. — 3 Cela fart, et imes<er Torello etant rente, a dame leur avant dit adieu, les quitta, ot s'en afla in réimettre à leurs familiers des présents sion leur rane De son cête, messer Torello obtint à force de pricres qu'ils demeurussent tout ce jour avec lois pour quei, aprés qu'ils eurent dormi, 18 revétirent Jeurs robes, S'en alierent avec essor Torella se promener à cheval par la ville, et, l'heure de souper venue,ils souperent masnitiquementen compagnis de nombreux convives, Quand ben fat temps, ils alert se reposer, et le jour venu, ils se levérent et tronverent À Ja place de leurs roussins faticués, trois Vitourenx et excellents palofrois, ainsi que des chevaux tout fruits ct le rte cilure prur leurs tarniliers. Ce que vovant le Saludn,ilse tourna vers se< compasnons et dits « — Je jure Disu qu'il n'y eut e jamais homme plus accompli, plus courtois, ni plus ave « nant que celui-ci, et si les rois chrétiéns sont aussi rois a que celui-ci est chevalier, le Soudan de Babylone ne se « pourra défendre d'un seul qui lassaillhira, sans parler de atous ceux que nous vovons s'appréter à Jui foie la «guerre, — » Mais sachant qu'il refuserait en vain ces pricents, il en remercia très courtuisement son hôte, et ils montérent à cheval,

« Mes-er Torello, suivi de nombreux amis, les” accompagna hors de la ville un assez lon espace de chemin, et bien que le Kaladin eût grande peine à se séparer de messer Torello, tellement il l'avait déjà pris en affection, cependant pressé de continuer sa route, il le pria de s'en retourner. Messer Torello de son côté, éprouvant aussi beaucoup d'ennui de les quitter, dit : « — Soisneurs, je le ferai « puisque vols le voulez, mais je veux vous dire ceci : je « ne sais pas qui vous ètes,ct je ne vons demande pas de m'en « dire à ce sujet plus qu'il ne convient; mais qui que vous « soyez, Vous ne mme ferez pas croire un instant que vous êtes « des marchands ; sur ce je vous recommande à Dieu. — » Le Saladin. avant déjà pris congé de tous les compagnons de messer Torella, lui dit: « — Messire, il pourra encore « advenir que nous vous fassions voir de notre marchan- « dise, ce qui vous confirmera dans votre croyance ; sur ce, a allez avec Dieu. — »

« Le Saladin et ses compagnons s'étant donc séparés d'eux, le Soudan se promit fermement, s'il conservait la vie et le trône dans la guerre à laquelle il s'attendait, de faire à mescer Torello non moins d'honneurs que celui-ci lui en avait fait; et il parla longtemps avec ses compagnons de lui, de sa femme, de leurs faits et gestes, les louant en tout.

Quand il eut visité, non sans grande fatigue, tout le Ponant, il s'embarqua avec ses compagnons et s’en retourna à Alexandrie, où pleinement informé des desseins de ses ennemis, il se prépara à se défendre. Quant à messer Torello, il s’en revint à Pavie, et il fut longtemps à chercher qui . pouvaient être ses trois hôtes, sans pouvoir jamais appro- cher de la vérité. |

« Le temps de la croisade venu, et chacun s’y préparant de tous côtés, messer Torello, nonobstant les prières et les larmes de sa femme, se disposa à y aller. Ayant terminé tous ses préparatifs, et au moment de monter à cheval, il dit à sa femme qu'il aimait extrêmement : « — Femme, « comme tu vois, je vais à cette croisade tant pour l'hon- « neur de mon corps que pour le salut de mon âme; je te « recommande nos affaires et notre honneur; et pour ce que « si je suis sûr de l’aller, je n’ai aucune certitude du retour « à cause de mille cas qui peuvent survenir, je veux que tu « me fasses une grâce : quoi qu'il advienne de moi, si tu « n'as pas de nouvelles certaines que je vis encore, tu m’at- « tendras une année, un mois et un jour sans te remarier, à « partir du jour de mon départ. — » La dame qui pleurait fortement, répondit : « — Messer Torello, je ne sais com- « ment je supporterai la douleur dans laquelle me laisse « votre départ; mais si ma vie est plus forte que ma dou- « leur, et quoi qu’il arrive de vous, vivez et mourez sûr que « je vivrai et mourrai la femme de Messer Torello, et fidèle «à sa mémoire. — » A quoi messer Torello dit': « — « Femme je suis très sûr qu’il en sera comme tu me le e promets, autant qu'il dépendra de toi; mâis tu es une « jeune femme; tu es belle et de grande famille et ton « mérite est grand et connu partout; pour quoi, je ne doute « point que ‘bon nombre de grands gentilshommes, au « moindre soupçon de ma mort, ne te demandent à Les « frères et à tes parents; quoi que tu veui!les, tu ne pourras « te défendre de leurs obsessions, et par force tu finiras par « céder à leur désir ; et voilà la raison pour laquelle je te « demande ce délai et non un plus long. — » La dame dit : « — Je ferai ce que je pourrai de ce que je vous ai « dit; et quand il m’en faudra venir à autre chose, je vous « obéirai en ce que vous m'’ordonnez, certainement. Je prie « Dieu qu’il ne nous conquise point, ni vous ni moi, à de « pareilles extrémités avant ce temps. — » Ces paroles dites, la dame embrassa en pleurant messer Torello, et s'ôtant un anneau du doigt, elle le lui donna en disant : « — S'il advient que je meure avant de vous revoir, sou- « venez-vous de moi en le regardant. — » Messer Torello l'ayant pris, monta à cheval, et après avoir dit à chacun un dernier adieu, il partit pour son voyage.

DINILME JOURNEE. 097

a Arrivé à Gênes avec sa suite, Î monta sur une galere poursuivit sa route; en pou de temps il gañna Saint-Jean ‘Acre et se joint au reste de l'armée des Chrétiens, parmi laquelle presque aussitôt se déclara une grande épidèrnie suivie d'une grande mortalité, Pendant ce tetnps, soit etfrt de Fhabilete ou de la fortune du Saluiin, quasi tous ceux des chrétiens qui avaient échapye à lépidemie furent pris par jui et répartisen plusieurs villes comme prisonniers. Messer Torello tut un de ces derniers, et il fut éminené prisonnier à Alexandrie. N'etant connu de personne et cratsnant de £e faire reconnaitre, il se mit, contraint par la nécessité, A ele ver des oiseaux, art en lequel il était un grand maître : our quoi, le Saladin en ayant entendu parler, le fit meître nee de prison et le retint près de lui comme son fauconnier. Messer Torello que le Saladin ne nomimait pas autrement que le Chretien, attendu qu'il ne l'avait pas reconnu, de inèëme que Torello ne le reconnaissait point lui-méime, avait l'esprit sans cesse à Pavie, et plusieurs fois il avait voulu s'enfuir, mais il n'avait jamais pu y réussir; pour quai, certains génois ayant été envoyés en ambassadeurs au Saladin pour Je rachat de plusieurs de leurs concitoyens et étant sur le point de partir, messer Torel'o eut la pensée d'écrire à sa femme qu'il était vivant, qu'il relournerait près d'elle dès qu'il pourrait et qu'elle l'attendit, ce qu'il fit. I pria instamment un des ambassadeurs qu'il connaissait, de faire en sorte que sa lettre parvint aux mains de l'abbé de san Pietro in Ciel d'Oro, lequel était son oncle.

« Messer Torello étant en cette situation, il: advint ur jour que le Saladin causant avec lui de ses oiseaux, mez<er Torello se mit à sourire, et fit un mouvement de levres que le Saladin Jui avait vu faire souvent quand il etait chez lui à Pavie, et qu'il avait fort remarque. Ce mouvement rappela Messer Toreilo à l'esprit du Saludin, etil se mit à Je regarder fixement et reconnut que c'était bien lui; pour quoi, laissant de côté ce dont il Tui avait d'abord parlé, il dit : « — Dis-moi, Chrétien, de quel pays du Ponant es-tu? — » « — Mon Seigneur — dit Messer Torello — je suis Lom- « Lard,et d'une ville nomniée Pavie; je suis pauvre ct de « basse condition. — » Dès que le Saladin eut entendu cette réponse, quasi certain de ce qu'il soupçonnait, il <e dit tout joyeux : « — Dieu m'a fourni l'occasion de montrer « à celui-ci combien sa courtoisie m'a été atréable, — » Lt sans dire autre chose, ayant fait apporter tous ses vètements dans une chambre, il y mena Messer Torello et dit : « — Regarde, Chrétien, si parmi ces robes il n’en est pas « quelqu'une que tu aies jamais vue? — » Messer Torcllo ge mit à resarder ct vit celles que sa femime avait données au Saladins mais ne pensant pas que ce pouvait ètre elles,

il répondit : « — Mon Seigneur, je n’en reconnais aucune. « Il est bien vrai que ces deux ressemblent à des robes que « je donnai autrefois à trois marchands qui s'étaient arrêtés « dans ma maison. — » |

« Alors le Saladin, ne pouvant plus se contenir, l'embrassa tendrement en disant : « — Vous êtes Messer « Torello d’Istria, et je suis l’un des trois marchands aux- « quels votre femme donna ces robes, et maintenant est « venu le moment de juger ce qu'est ma marchandise. « comme en vous quittant je vous dis que cela pourrait «bien arriver. — » Messer Torello, entendant cela, fut joyeux et honteux tout à la fois : joyeux d’avoir eu un tel hôte, et honteux de ce qu’il lui semblait l'avoir si pauvre: ment reçu. Le Saladin lui dit alors : « — Messer Torello, « puisque Dieu vous a envoyé ici à moi, sachez que ce n’est « plus moi désormais, mais que c’est vous qui êtes le maître « ici. — » Et s'étant fait tous deux une grande fête, il le fit vêtir d’habits royaux; et l'ayant mené devant tous ses hauts barons, il fit un grand éloge de son mérite, et ordonna que tous ceux qui tiendraient sa faveur pour chère, l'honorassent comme lui-même; ce que chacun fit, mais surtout les deux seigneurs . avaient été les compagnons du Saladin dans la maison de Messer Torello. |

« La grandeur de la gloire subite où se vit Messer Torello lui ôta quelque peu de la mémoire le souvenir des choses de Lombardie, surtout parce qu’il espérait fermement que ses lettres devaient être parvenues à son oncle. Le jour où le Saladin avait fait prisonnière l’armée des chrétiens, un chevalier provençal de mince mérite, dont le nom était Messer Torello de Digne, avait été tué et enseveli dans le camp; pour quoiï, Messer Torello d’Istria étant connu de toute l’armée pour sa noblesse, tous ceux qui entendirent dire : Messer Torello est mort, crurent qu’il s'agissait de Messer Torello d’Istria, et non de celui de Digne; et le cas qui s’ensuivit de la prise de Messer Torello d'Istria ne permit pas de détromper ceux qui avaient cru ainsi; pour quoi, beaucoup d'italiens retournèrent chez eux avec cette nouvelle, et parmi eux, il y en eu: d’assez présomptueux pour oser dire qu'ils l'avaient vu mort et qu’ils avaient assisté à son enterrement. Cela ayant été su par sa femme et par ses parents, ce fut un motif de grand et inexprimable deuil non seulement pour eux, mais pour quiconque l'avait connu. Il serait trop long de raconter quelles furent la douleur, la tristesse, et les larmes de sa femme; après quelques mois passés dans une affliction continuelie, elle commença à se lamenter moins fort, et comme elle était demandée par les plus grands personnages de Îlà Lombardie, ses frères et ses parents se mirent à la presser

DIXILUE JAURNÉE. sa

s ge pommier. Apres aveir refusé nombre de fois avec de

randos pire, elle boit à Da fins contrainte par see

APS a ie at OS Ne uent, À rc Pi en seit r@i vu tesve atout de lernps qu'éiie l'avaiti crash Mes. seriorello.

u frs chasss ça tafent À ce point à Pavis qu'il no pestatt DR EE DD NIET (CE PRES tr a lee rod int étui jonr. Messe Hurt Vtt Merad harpe qu'il avait tr monter avec les ambassuleurs ténois sur fa aies sui parlait pour Géness pour quut, avant fut aprcier WU lubdesande one traverse ils guet eue et quand ils élvent arrivés Gars. A quoi cet bainine its a — Mon seiaaeur, Ja galère a fuituns «mauvaise ravira comme je Fat appris en Crètn où e Jétais restes pour ce que, étant pres de la Sicile iso Sun vont dangereux qui la poussa jusqu'en Barbarie sil ne 4 S0 RAUVA personne, Pi deux de ines freres, entre autres, y opénrent, — Messor Torello, ajoutant foi à ces parclrqui étaient du reste trés vraies, ct se rappelantque le terine quifavait fixé à sa femine expirait dans quelques jours et qu'on ne devait rien savoir de Jui à Pavie, cut pour certaïn que sa fete devait s'être remariées; de quotiltombuen ur Ulchazsrin, qu» perdant le sommeil et Pappétt, résolu de mourir. Lorsque le Saladin qnt lait beaucoup sui cela. il vint le: voir, et À force de prières et avec beaucour de paine avan appria la cause de son chazrin et de sa mn. bulbe, il le bitna tort de nele lui avoir pas dit plus tôt, puis il le eupplia de se remettre, Jui affirmant que s'il le faisait, il s'arrangcrait de facon à ce qu'il fût à Paris au terme marqué, et ii lui dit comment, Mosser Torello, ajoutant foi aux prormp-ses &u Saladin, et avant entendu dire sonveni tue Ja cons était Déssible el qu'elle avait été faite plusieurs fois, il se rassora un peu et pressa le Saladin pour qu'il fi co qu'il lui avait promis,

« Le Saladin ordonna à un sien nécromancien, dont il avait déja mis l'art à l'épreuve, de trouver un moyen pour transporter sur un lit en une nuit Messer Torello à Pavie: > nécromancien lui répondit que cela serait fait, mais que, dins son intérèt il l'endormiriut. Ceci ordonné, le Salailin retourna vers Messer Torello, et le trouvant tout à fait résolu à ètre à Pavie au terme indiqué si cela se pouvait, et, si cela ne se pouvait pas, à mourir, il Jui dit ainsi : « — Messr? « Torello, si vous aimez tendrement votre femme rt si vous « craignez qu'elle ne devienne la femmed'un autre, Dieu sait «que je ne saurais en rien vous en blâmer, pour ce q''° d° «touts Îles femmes que j'aie jamais vues, c'est celle ont oles manivrea, les mœurs et le maintien, sans parler de fa « beauté qui est fleur caduque, me paraissent le plus à louer

« et à apprécier. II m'eût été très agréable, puisque la for. «tune vous avait envoyé ici, que nous eussions vécu en- « semble comme deux égaux dans ce royaume que je gou- « verne, pendant tout le temps qu'il nous reste à vivre à « vous et à moi; et puisque cette faveur ne devait point « m'être accordée par Dieu, vous étant venu en l'esprit de « mourir ou de retourner à Pavie au terme fixé, j'aurais vi- « vement désiré le savoir à temps, car je vous aurais fait s conduire chez vous avec les honneurs, la pompe et la « compagnie dus à votre mérite; puisque cela ne m'est « point accordé, et que vous désirez être là-bas au jour pré- « cis, je vous y enverrai comme je peux, de la manière que « je vous ai dite. — » À quoi Messer Torello dit :.« — Mon « Seigneur, sans qu'il soit besoin. de vos paroles, vos actes

« m'ont assez prouvé votre bienveillance que je n’ai jamais”

« méritée à un si haut degré, et de ce que vous dites, même

« quand vous ne me le diriez pas, je vivrai et mourrai cer- :

« tain. Maïs puisque j'ai pris un tel parti, je vous prie de « faire vite ce que vous me dites, pour ce que c'est demain « le dernier jour que l’on doit m’attendre. — » Le Saladin dit que tout était prêt, et le jour suivant, attendant la nuit pour le faire partir, le Saladin lui fit dresser dans une grande salle un très riche et très beau lit garni, selon la mode du pays, de matelas tont couverts de velours et de draps d’or; il fit placer dessans une courte-pointe ouvrée de

certains passements de grosses perles et de pierres pré-.

cieuses, lesquelles furent par ici estimées ur grand prix, et deux oreillers comme il fallait pour un tei lit. Ceci fait, il ordonna qu’on vêtît Messer Torello, qui était dejà revenu à la santé, d’une robe à la mode sarrasine, et qui était bien lu plus riche et la plus belle chose que chacun sût encore vus. et qu'on lui mît sur la tête un de ses plus longs turbans.

« L'heure étant déjà avancée, le Saladin, accompagné d’un grand nombre de ses barons entra dans la chambre où était messer Torello, et s'étant assis à côté de lui sur le lit, il se . mit à lui dire quasi tout en pleurs : « — Messer Torello, « l'heure qui doit vous séparer de noi approche, et pour ce « que je ne peux vous accompaguer, le genre de chemin « que vous avez à faire ne le permettant pas, il me faut « prendre congé de vous ici dans cette chambre, ce que je » suis venu faire. Et pour ce, avant que je vous dise adieu, « je vous prie, par cette affection, par cette amitié qui existe « entre nous, de vous souvenir de moi; et, s’il est possible, « avant que notre temps s’accomplisse, qu'après avoir mis « ordre à vos affaires en Lombardie, vous veniez me voir au « moins une fois, afin que je puisse par cette visite où je me « réjouirai de vous avoir revu, suppléer au vide qu'il me

« faut présentement supporter à cause de votre départ. Et sen attendant que cela arrive, qu'il ne vous déplaise point « de me visiter par lettres et de me demander ce qu'il vous « plaira, car je le ferai certainement rlus volontiers pour « vous que pour tout autre. — » M:s:39r Torello ne put retenir ses larmes; et pour ce, empêché par elles da parler, à1l répondit en peu de mots qu'il n'était pas possible que Île souvenir de son mérite et de ses bienfaits lui sortit jamais de la mémoire, et qu'il ferait sans faute ce qu'il lui demandait, dès qu'il en aurait le loisir. Pour quoi, le Saladin, l'ayant tendrement embrassé et avant été embrassé par lui, lui dit au milieu d'abondantes larmea : « — Allez avec « Dieu — »et sortit de la chambre, Après q@i tous les autres barons prirent congé de lui et s'en vinrent avec le Saladin dans la salle où il avait fait préparer le lit.

« Comme il tait déjà tard, et que le nécromancien n'attendait plus que le moment du départ qu'il pressait, vint un médecin avec un breuvase, et avant donné À entendre À messer Torello qu'il le lui donnait comme cordial, il le lui fit loire ; après quoi, messer Torelio ne tarda gucre à s'endormir, et fut transporté tout endormi, par ordre du Saladin, sur le lit où leSouilan posa lui-mtine une grandeet belle couronne d'un grand prix, à laquelle il fit une marque qui nût bien faire voir qu'elle était envovée parle Saladin à la femme de me:ser Torello. Puis il mit au doigt de messer Torello un anneau dans lequel était enchAssé un rubis si brillant qu'il semblait un flambeau allumé, et dont la valeur pouvait à peine être estimée. I lui fit ensuite passer au côté une épée, dont la garniture n'aurait pas ëié facilement évaluée ; en outre, il lui tit mettre au colun collier oùil y'avait des perles comime on n'en avait encore jutnais vues, et de notmureu<es pierres précicus?rs ; enfin, iltit mettre À chacun de ses côtés et tout autour de lui deux grands bassins d'or pieins de donblons, une grande quantité de chapelets de perles, des anneaux, des ceintures, et nombre de choses qui seraient trop longues à dire, Cela fait, il Lbaisa de nouveau messer Torelloctditau nécromancien de le faire partir; pour 301, soudain, en présence du Saladin, le lit avecmesser Torio et tout ce qui était dessus, disparut aux regards, et le Saladin resta aves ses barons, devisant de lui.

« Mezsor Torello était déjà déposé, avec tous les susdits joyaux et ornements, dans l'éslise de san Pierro in Ciel d'Oro de Pavie, comme il l'avait demandé, et il dormait encore, nd matines ayant sonné,le sacristaii: entra dans l’éslise une lumière à la main. A l'aspect inprévu de cc riche lit, non seulement il fut étonné, mais avant une granidirsime peur, il tourna les talons et s'enfuit, L'abbé ct irs moïses le voyant s'enfuir,s’étonnèrentet lui en Aemandérentla raison.

or ut

Le sacristain la leur dit. « — Oh ! — dit l'abbé —es-tu donc « un enfant, et est-ce la première foïs quetu entres dans une « église, pour t’elfrayer si facilement ? Or, allons-y et voyons «a ce qui t'a fait peur. — » Ayant donc allumé plusieurs lumières, l'abbé et tous ses moines entrèrent dans l’église et virent ce lit si merveilleux et si riche sur lequel le chevalier dormait. Pendant que, inüécis et timides, et n’osant s’aprocher, ils regardaient les magnifiques bijoux, il advint que a vertu du breuvage ayant cessé, messer Torello se réveilla en poussant un grand soupir. Dès que les moines l’eurent vu, l’abbé en tête, ils s'enfuirent épouvantés criant : Seigneur, sauvez-nous ! Messer Torello, ayant ouvert les yeux ‘ et regardé autour de lui, reconnut bien qu’il était à l’endroit où il avait demandé au Saladin de le faire déposer, de quoi il fut en soi-même fort satisfait ; pour quoi, s'étant assis sur son séant et ayant regardé avec plus d’attention les objets qui étaient autour de iui, bien qu'il connût déjà la munificence du Saladin, elle lui parut alors bien plus grande et il la connut plus que jamais. Pourtant, sans plus se déranger d'où il était, entendant les moines s'enfuir et comprenant la cause de leur fuite, il se mit à appeler l’abbé par son nom et à le prier de n'avoir aucune crainte, pour ce qu'il était Torello son neveu. L’abbé, entendant-cela, eut encore plus peur, car depuis plusieurs mois il le croyait mort; mais au bout d'un moment rassuré oar de bonnes raisons, ét s’entendant toujours appeler, il fit le signe de de la sainte croix, et alla vers lui. Messer Torello lui dit alors :« — O mon père de quoi avez-vous peur? Je suis « vivant, Dieu merci, et Je reviens d'outre mer. — »

« L'abbé bien que Messer Torello eût la barbe longue et qu'il fut habillé à la barbaresque, après l'avoir un instant regardé, fut tout à fait rassuré; il le prit par la main et dit: « — Mon fils, tu es le bien revenu. — » Et il ajouta : « — Tu ne dois point t’'étonner de notre peur, pour ce que « dans cette ville il n'y a pas un homme qui ne te crois fer- « mement mort, teilement que je puis te dire que madame « Adalieta, ta femme, vaincue par les prières et les menaces « de ses parents, est remariée contre sa volonté, et doit aller « ce matin même à son nouveau mari ; les noces et la fête « à ce nécessaire sont préparées. — » Messer Torello, étant descendu du lit, et ayant fait à l’abbé et aux moines une merveilleuse fête, les pria tous de ne parler à personne de son retour, jusqu’à ce qu'il eût fini une chose qu'il avait à faire. Après quoi, avant fait mettre en sûreté les riches joyaux, il raconta à l’abbé ce qui lui était arrivé jusqu’à ce moment. L'abbé joyeux de sa bonne fortune, en rendit avec lui grâces à Dieu. Puis messer Torello demanda à l’abbé quel était le nouveau mari de sa femme. L'abbé le jui dit ;

En —

DINIEUMR Jet FN\II. LU):

LD

à quei Moser Torello Hit: = Avant qu'on sache rien de Une Pebonur, pe deu Voir quelle est hi contenanee de tna € femme danses necesietpoures, bienaque ce ne soit sas ee Phabatode des personnes de reliton d'air en de prets e banquets je venxque pour l'ameur demeivous vous are « ran cie es facon FALL Dotus V allions. = po L'athe répondit cuil be ferutvelenters.et dés que de jour fat venu, ben Ven dite an neuve manie qu'un de ses athis Vontait assis: ter À sea noces ; à quoi le gentilhomme répondit que cela lui plaisait fort.

« L'heure de se mettre À table ctunt dore venue, messsr Torello, sous Fhabait qu'il avaît, s'en alla avec l'abté en la maison du nouvel époux, retardé avec éfonnetsent par tons ceux qui le voyaient, mais suns étre reconnu de personne. L'abbé disait à tous que c'était un Sarrasin envore come ambassadeur au roi de France par le Soudan, Messer Torello fut en conetuence mis A table juste en face de sa femme qu'il regardait avec un grandissime plaisir, et dont le visage Jui paraissait attristé par ces noces. De son côté, elle Le regardait souvent, muis sans le reconnaitre, car sa longue burbe,son hahit étranter, et la forme croyance qu'elle avait qu'il était mort, l'en detournaient. Mais quand le moment parut venu à messer Torello de voir si elle se souvenait de lui, avant retiré de son doitt l'anneau que la darne Jui avait donné à son départ, 1 litappelerun jeune serviteur qui servait devant elle, et lui dit € — Dis de ma part à la « marice, qu'il est d'usase, quand un étranger, cotmie je + suis ici,imance à latable d'une nouvelletnarire, comme elle « l'est ce soir, qu'elle lui envoie la coupe où elle boit pleine « de vin, en sine quelle a sa presenre pour chère, puis «quand l'etrancer a bu, il lui renvoie la coupe, et elle boit s À son tour. — » Le jouvenccau tit la commission À la dame, laquelle, en femme sauge et bien élevée, crovant que l'étranger était un homme de grande qualité, pour montrer que sa présence lui plaisait, ordonna de laver et d’emplir de vin une grande coupe dorée qui était devant elle, et de la porter au gentilhomme ; et ainsi fut fait. Alors, imvceser Torello ayant ns l'anneau dans sa bouche, le Jaïssa, en buvant, toul,er dans Ja coupe, sansque personne s'en aperçüt, et yayant laissé un peu de vin, la recouvrit et la renvoya à Ja dame. celle-ci l'ayant prise afin d'observer l'usage jusqu'au bout, et l'ayant découverte, la porta à sa bouche et vit l'anneau ; sur quoi, sans rien dire, elle le regarda un instant, et ayant reconnu que c'était celui qu'elle avait donné à messer Torello à son départ, elle le prit, et ayant regardé fixement celui qu'elle croyait être un étranger, et le reconnaissant ‘léjà,comme si elle était devenue furieuse, clle renversa la table qui était devant elle, et s'écria : « — Celui-

LS

604 LE DÉCAMÉRONe

ci est mon seigneur ; celui-ci est vraiment messer Terello. — » Et courant à la table où il était assis, sans prendre garde aux draps, ni à ce qui était sur la table, elle se ” jeta à son sal et l’embrassa étroitement ; et on ne put pas la faire ôte: de là, quoi qu’eussent pu dire et faire tous ceux qui $intent presents, jusqu'à ce que messer Torello Jui eût dit de se contenir, pour ce qu’elle aurait encore suffisamment ia temps de l’embrasser.

« Alors, après qu'elle se fut relevée, et les convives étant tout troubiés maïs en grande partie joyeux d’avoir retrouvé un chevalier de tel mérite, messer Torello, priant chacun de faire silence, leur raconta à tous ce qui lui était arrivé, depuis son départ jusqu’à ce moment, concluant que le gentilhomme qui, le croyant mort, avait épousé sa femme, ne devait pas trouver mauvais qu'il la reprît puisqu'il était vivant. Le nouvel époux, bien qu'il fût un peu confus, répondit généreusement et sur un ton ami, qu’il avait le désir de faire tout ce qui lui plairait le plus. La dame quitta aussitôt l'anneau et la couronne que lui avait donnés le nouvel époux, se passa au doigt l'anneau qu’elle avait retiré de la coupe, etse mit sur la tête la couronne qui lui avait été envoyée par le Soudan. Sur quoi, étant sortis de la maison où ils étaient, ils allèrent avec toute la pompe des noces à la. maison de messer Torello ; et là, ses amis et ses parents désolés, et tous les citoyens qui le regardaient comme un miracle, se consolèrent dans une longue et joyeuse fête. Messer Torello, ayant donné une partie de ses joyaux à celui qui avait fait les dépenses des noces, ainsi qu'à l'abbé et à b’aucoup d’autres, etannoncé par plusieurs messages au Saladin son heureux retour dans sa patrie, se disant toujours son ami et son serviteur, vécut de nombreuses années avec sa valeureuse femme, usant plus que jamais de courtoisie. Telle fut donc la fin des malheurs de messer Torello et de ceux de sa chère femme, et la récompense de leurs libéralités et de leurs promptes largesses. Bon nombre de gens s’efforcent d’en faire autant, et, bien qu'ils en aient les moyens, savent si mal s’y prendre, qu’ils font acheter leurs libéralités plus qu'elles ne valent ; pour quoi, s’ils n’en retirent aucun fruit, pi eux ni personne ne s’en doivent étonner, — » |

mm

DIXILME SOURNÉE. Cu);

Le margis da Sulnree, fore4 par Les pricres de gs vasivix de preonlia f:mme, en dd: là prendre À 51 fanion, droces Ja foie d'un siun, do lopceilo 11 € deix ernfainte qu'al fat sentiint do faira tuer, Pos, connanut À ere À 8e faume qaail na veut pris ei et qua à proune aatre feiusme, al fa reve. venr cha lui sa fia comm see états nenes fente, aires avoir cassé la fremiire en cheinier, Qaandail a va qu'elle prenait toutes cos épreuvss en patience, al la recoa lait dans sa ma sn, Ja tenant pour plis cure que jamais: a 1 montre ses en'ants devenus granîs et l'ionora et a fait honorer comme

Œargiie*.

La loneue nouelle du roi finie, et tous l'avant trouvée fort agreable, Dioneo dit en riant : « — Le brave homme

ui attendait La nuit suivante pour faire baisser la queue da du fantôtne, n'aurait pas donné deux deniers de tous les éloges que vous accordez à messer Torella, — » Puis, sachant qu'il ne restait plus que lui à dire sa nouvelle, il comemença :« — Mes douces dames, à ce qu'il m'a paru, la journée d'aujourd'hui a été consacrée à un roi, à des sultans, ct à gens de semblable condition. Alin que je ne fasse pas trop contraste avec vous, je veux vous conter, d'un mar quis, non un acte de munificence, mais une extravavante brutalité. Quoique, en fin de compte, la chose lui réussit, je ne conseille à personne de suivre son exemple, car ce fut grand dommage qu'il lui en adv{nt bien,

« [ya grand temps déjà, parmi les marquis de Saluces, le plus illustre de la maison fut un jeune scisneur nommé Gaultier, lequel C'ant sans femme et sansentants, ne dépensait pas son temps à autre chose qu'à oiseler ct à chasser,et ne songeait en aucune façon à prendre femme ou &avuir des enfants, en quoi il méritait d’être réputé très sage. Ceia ne plaisant point à ses vassaux, ils le prièrent à plusieurs reprises de prendre femme, alin qu'ils ne restassent point, lui sans béritier, eux sans seigneur ; s'offrant de lui en trouver une de telle valeur, et née de père et de mère tels, qu'il pourrait fonder bonne espérance sur elle, et en ètre très satisfait. A quoi Gaultier répondit : « — Mes amis, voue « me contraignez à ce que j'étais entièrement résolu de ne « faire jamais, considérant comme c'est chose difficile de « trouver compagne qui aille à ses habitudes ; comme, au « contraire, est grande la foule des autres, et combien dure « est la vie pour celui qui tombe sur une femme qui ne lui « convient pa-. Quant à dire que vous croyez, d'après le

« caractère des pères et des mères, connaître les filles, d’où « vous puissiez répondre de m’en donner une qui me satise fasse, c’est une sottise. Encore que je ne sache pas où « vous auriez pu connaître les pères, ni comment vous pour- « riez Savoir le secret des mères, quand bien même vous « les connaîtriez, les filles sont le plus souvent dissems blables aux parents. Cependant, puisqu'il vous plaît de me « lier de ces chaînes, moi aussi j'y veux consentir. Et pour « que je n’aie à me plaindre de personne autre que de moi, « si la chose tourne à mal, je veux trouver moi-même ; vous « affirmant que, quelle que soit celle que je choiïsisse, si par « vous elle n’est pas honorée comme Dame, vous verrez, à « votre grand détriment, ce qu’il vous en coûtera de m'avoir « contraint, par vos prières, à prendre femme malgré mon « désir. — » Les braves vassaux répondirent qu'ils étaient contents rien que de le voir consentir à se marier.

« Depuis quelque temps, Gaultier avait été charmé des manières d'une pauvre jeune fille qui était d’un village voisin de son château, et comme elle lui avait paru très belle, il pensa qu'avec elle il pourrait mener une vie très paisible. Pourquoi, sans plus chercher, il résolut de l’épouser. Ayant fait appeler le père qui était très pauvre, il convint avec lui de la prendre pour femme. Gela fait, Gaultier assembla tous ses amis de la contrée, et leur dit : « — Mes amis, il vous « a plu, il vous plaît que je cherche à me marier, et je m'y « suis prêté plus pour vous complaire que par désir de ma « part d’avoir femme, Vous savez ce que vous m’avez pro- « mis, c'est-à-dire d’être satisfaits de celle que j'aurai choi- « sie et, quelle qu'elle soit, de l’honorer comme votre Dame. « Le moment est venu de tenir la promesse que je vous ai « faite, et je veux que vous teniez la vôtre. J'ai trouvé tout « près d'ici une jeune fille selon mon cœur; j'entends la « prendre pour femme et la mener, d’ici à peu de jours, «en ma demeure. Donc, songez à ce que la fête des noces « soit belle, et à la recevoir avec honneur, afin que je puisse « me déclarer satisfait de l'exécution de votre promesse, « comme vous pourrez vous déclarersatisfaits de l'exécution « de la mienne. — » Les bons vassaux, tout joyeux, répondirent que cela leur plaisait et, — qu’elle fût qui À voudrait, — qu'ils l’accepteraient pour Maîtresse et l’honoreraient en tout comme leur Dame. Après cela, tous se préparèrent à grande et joyeuse fête, et, de son côté, Gaultier en fit autant. Il fit apprêter des noces grandioses et magnifiques et invita une foule d’amis, de parents et de gentilshommes des environs.En outre,il fit tailler et confectionner $n grand nombre de riches et belles robes, sur la mesure d’une jeune fille qui lui parut de même taille que celle qu'il se proposait d’épouser. Il fit également préparer des cein-

em

DIXIÈME JOURNLE. 607

taurea, des anneaux, uue riche et li qui est d'uüsazs pour uue nouvelbe épouseée,

« Le jour qu'il avait tixé pour Fes noces étant arrivé, Gaultier, vers la troisicime heure, monta à cheval ainsi que tous ceux qui etaient venus pour lui faire honneur, Avant ainsi tout disposé, 1 dits « — Scigneurs, 1 est temps d'al- « der chercher la nouvelle épousée, — » Et s'étant mis en route, lurettoute sa suite, ils parvinrent au village. Arrivés devant la maison du pere de la jeune file. ils trouveérent

we couronne et tout ce }

celle-ci portant de l'eau, qui revenait en grande Bâte de Ia

fontaine, atin d'aller avec les autres femmes, voir venir l'epousée de Gaultier, Cornme Gaultier Ha vit, il lappela oar son nom, C'est à dite Griselda, et lui demanda où etait son pere. À quoi rousissant, elle répondit : e — Mon serzneur, «il est à la maison, — se Alors, Gaultier descendit de che val, et avant ordonné à tous ses gens de l'attendre, il entra seul dans la pauvre maison où il trouva le pere qui avait nain Jeannot, et lui dit : « — Je suis venu pour épouser la « Griscllas mais auparavant, je veux savoir quelque chose «d'elle, en 1a présence, — » Etil lui demanda si, l'avant prise pour femme, elle s’eforcerait toujours de lui complaire, sans se troubler en rien de ce qu'il dirait ou ferait; si elle serait obéissante, et beaucoup d'autres choses semblables, à toutes lesquelles elle répondit oui, Alors Gaultier, la prenant par la main, la mena au dehors ct, en présence de toute sa suite, et des autres assistants, il la fit mettre nue. Avant fait ensuite apporter les vétements qu'il avait fait faire, il l'en fit revètir, chausser, et sur ses cheveux épars comine ils étaient, il fit poser une couronne. Après quoi, chacun s'étonnant de tout cela, il dit : « — Scicneurs, « voilà celle que j'entends prendre pour ma femme, du moe ment qu'elle me veut pour mari. — » Puis. s'étant tourné vers elle qui se tenait rougissante et troublée, il lui dit : « — Griselia, me veux-tu pour ton mari! — » À quoi, elle répondit : e — Mon sac'æneur, oui. — » Etil dit : « — Et « moi, je te veux pour ma femme. —» Et, en présence de tous, il l'épousa. L'ayant fait monter sur un palefroi, il l'accompagsna respectueusement à son château où il la conduisit. Là, les noces furent belles et grandes, et la fête ne fut pas autre que s'il avait pris la fille du roi de France.

« Il sembla qu'en changeant de vêtement, la jeune épouse eût changé d'e:prit et de manières. Elle était, comme nous avons déjà dit, belle de corps et de visage. et elle devint aussi avenante qu’elle était belle, et si aimable, de facons si accorteé, qu'elle semblait être non la fille de Jeannot, une ancienne gardeuse de moutons, mais la fille de quelque noble seigneur, en quoi elle faisait l'étonnement de tous ceux qui l'avaient primitivement connue. En outre, elle était si

obéissante à son mari, si empressée à le servir, qu'il se tenait pour l’homme le plus heureux et le mieux payé du monde. Semblablement, elle était si gracieuse, si affabli envers les sujets de son mari, qu’il n’y en avait pas un qu ne l’honorât comme digne du rang qu’elle occupait. Tous priaient pour son bonheur, pour sa santé, pour sa prospé- -rité, disant — de même qu'ils avaient dit que Gaultier avait agi en homme peu sage en la prenant pour femme — qu’il était le plus sage et le plus avisé des hommes,

puisque nul autre que lui n’avait jamais su reconnaître la

haute valeur qu’elle cachait sous ses pauvres habits de paysanne. En peu de temps, elle sut faire de telle sorte, que non seulement dans son marquisat, mais partout, on parlait de sa vertu, de ses bonnes œuvres, et qu’elle changea

en éloge le blâme qu'on avait pu jeter sur son mari à son

sujet, quand il l'avait épousée. | « Elle ne fut pas longtemps avec Gaultier sans devenir grosse et, en temps voulu, elle accoucha d’une fille ; de quoi

Gaultier fit grande fête. Mais peu après, une nouvelle pen-

sée étant entrée en son esprit, il voulut éprouver par une longue épreuve et des traitements intolérables, la patience de sa femme. Il commença par la brutaliser en paroles, lui montrant un visage troublé et lui disant que ses vassaux étaient mécontents d'elle à cause de sa basse condition, et - surtout parce qu’ils voyaient qu’elle lui donnait des enfants; et qu'ils étaient tellement tristes de la naissance de sa fille, qu'ils ne cessaient de murmurer. La dame, entendant ces paroles, sans changer de visage, de langage et de contenance, dit : « — Mon seigneur, fais de moi ce que tu croi- « ras le plus utile à ton honneur et à ta tranquillité. Je serai « contente de tout, car je reconnais queje suis moins qu’eux « et que je n'étais pas digne de l'honneur auquel, par ta « courtoisie, tu m'as appelée. — » Cette réponse fut très agréable à Gaultier, qui reconnut que les hommages que lui et les autres lui avaient rendus ne l'avaient nullement enorgueillie. Peu de temps après, ayant dit en termes vagues à sa femme que ses sujets ne pouvaient souffrir la fille née d'elle, il donna ses instructions à un de ses familiers et l’envoya à (riselda. Celui-ci, avec un visage tout dolent, lui dit : « - Madame, si je ne veux mourir, il me faut faire ce « que mon seigneur me commande. Îl m’a ordonné de pren- « dre votre fille et de... — » li n’en dit pas davantage. La dame, à ces mots, considérant le visage du familier, et s

souvenant des paroles de son mari, comprit qu'il lui avait ordonné de tuer sa fille. Pour quoi, l'ayant vivement Ôôtéa de son berceau, l’ayant baisée et bénie, bien qu'elle ressentit un pu désespoir en son cœur, sans changer de:yisage, elle la mit dans les bras du familier et lui dit?

ee

DINILME JOURNÉES. 609

æ— Fais de tout point ce que ton seigneur et le mien t'a e commandé, mas ne lubandonne pas en pâtures aux bé- «tes et aux otseaux, à moins qu'il ne te l'ait au-<si or- « donne, — s Le famdier prit l'enfant ef rapporta à Ganitier co que ur avait dit la danse. Gaultier, s'étonnant d'une tefle fertiete, envoya le familier à Bobine avec l'enfant chez une de ses parentes, en la priant de l'elever avec soin, sans jamais lui dire de qui elle était tille,

«El arriva par Ja suite que la dame devint grosse de nouveau et, à epoque dite, accoucha d'un entant mâle, lequel fut tres cher à Gaultier, Mais re qu'il avait fait ve ln suftisant pas, 11 traita la dame plus brutalemert encore ct, avec un visage troublé, lui dit un jour : « — femme d4e- « puis que tu as tait cet enfant mâle, je n'ai pu vivre en « aucune façon avec les miens, si dureinent ils me repro- « chent qu'un petit-fils de Jeannot doive, après moi, deveeniricur seigneur; sur quoi je crains, si je ne veux étre w chassé, qu'ii no ne faille faire une seconde fois ce que « j'ai deéjàaluit,etts laisser pour prendre une autre femme.—» La dame l’écouta d'une Ame patiente, et ne répondit pas autre cho:e, sinon : e — Mon seigneur, pense à te conten- «ter et à faire selon ton plaisir,et nc te préoccupe nullement « de moi, parce que nulle chose ne m'est chère, qu'autant « que je vois qu'elle te plaît. — » Peu de jours après, Gaultier, de la nièrne façon qu'il avait ag pour sa lille, proréda pour son fils, et fergnant aussi de lavoir fait tuer, il l'envoya à Bolozne pour l'élever, commeil avait envoyé la jeune file. A cela, la darne ne fit pas un autre visage, ni une autre réponse que pour sa fille. De quoi Gaultier s'étonna fort et, à part lui, aïtirinait que nulle autre femanc n'aurait pu en faire autant. rt s'il ne l'eùt vue, pendant que cela fo plaisait, très atfectionnée pour ses enfants, il aurait cru qu'elle agissait ainsi par indifférence, tandis qu'il reconnut que c'était par sagesse, Ses sujets, croyant qu'il avait fait tuer ses entarts, le Lldinaient fort et le tenaient pour un homme cruel, et avaient grande compassion de sa femme. Celle-ei, aux dames qui lui adressaient leurs condoléances sur ses enfants morts ainsi, ne dit jamais autre chose sinon

. que rien ne lui plaisait à elle que ce qui plaisait à ce!ui qui

les avait cngrndrés,

« Mais plusieurs années s'étant écoulées depuis la naïissance de sa fille, il parut temps à Gaultier de fuire la suque épreuve de ce que sa femme pouvait supporter Il dit

plusieurs des siens qu'en aucune façon il ne pouvait plus souffrir d'avoir Griselda pour femme, et qu'il recunnaissuit avoir agi mal et en jeune homme lorsqu'il l’avait prise. Pour quoi, il voulait s'adresser au pape, afin qu'il lui permit de prendre une autre femme et de laisser Griselda ; ce

dont il fut vivement blâmé par la plupart de ses bons vassaux. Mais il ne leur répondit rien, si ce n’est que cela !::: convenait ainsi. La dame, apprenant ces choses, et prévoyant qu’elle devait s'attendre à retourner à la maison de son père, peut-être à garder les moutons comme autrefois, et à voir une autre femme posséder celui auquel elle s'était entièrement dévouée,se lamentait grandement en elle-même. Toutefois, de même qu'elle avait soutenu les autres coups de la fortune, elle se préparait à recevoir d’un visage ausei ferme ce qu'elle devrait encore supporter. Quelque temps après, Gaultier fit venir de Rome des lettres fausses, et fit voir à ses sujets que le pape, par ces lettres, l'avait autorisé à prendre une autre femme et à laisser Griselda. Pour quoi, l'ayant fait venir en présence de tous il lui dit : « — Femme, « grâce à la faveur qui m'est concédée par le pape, je puis « prendre une autre femme et te laissér; et pour ce que « mes ancêtres ont été grands gentilshommes et seigneurs « de ces contrées, où les tiens ont toujours été simples arti- « sans, j'entends que tu ne sois plus ma femme, mais que « tu t’en retournes à la maison de Jeannot, avec la dot que « tu m’as apportée. Pour moi, je rnènerai ensuite ici une « autre épouse que j'ai trouvée et qui me convient. — » La dame entendit ces paroles non sans une peine extrême ; mais domptant sa nature de femme, elle retint ses larmes et répondit : « — Mon seigneur, j'ai toujours reconnu que « ma basse condition ne convenait nullement à votre no- « blesse, et ce que j'ai été près de vous, de vous et de Dieu « je reconnais le tenir, et je ne l’ai jamais considéré comme « mon bien propre, maïs toujours comme un prêt. Il vous « plaît de me le reprendre, et à moi il doit me plaire, il me « plaît de vous le rendre, voici votre anneau avec lequel « vous m'épousâies ; prenez-le. Vous m’ordonnez d’emporter « la dot que je vous ai apportée; pour ce faire, il ne sera « pas besoin à vous de rien payer à moi de bourse ni de « bête de somme, car il ne m'est point sorti de la mémoire « que vous m'avez prise nue. Et si vous jugez honnête que « ce corps, dans lequel j'ai porté les enfants engendrés de « vous, soit vu de tous, je m'en irai nue. Mais je vous prie, « en échange de ma virginité que j ai apportée ici et que je « ne puis remporter, qu'il vous plaise me laisser prendre «sur ma dot une seule chemise. — » Gaultier qui avait meilleure envie de pleurer que d’autre chose, garda cependant un visage dur et dit: « — Soit; emporte une che- « mise. — » Tous ceux qui l’entouraient le prisient de lui donner une robe, afin qu'on ne vît pas celle qui, pendant

. treize ans et plus, avait été sa femme, quitter son château

ei pauvre et si honteusement vêtue qu’elle dût en sortir en chemise. Mais les prières furent vaines. Donc, la dame, en

SU a

DINHLLE JOPENTE. 611

Che sr etre lists whsins rien-sûr la the avant réomen best Lemon à Dieu, sorût du ehîtrau et s'en re- LL en port, usant Vorser dus fines el panssrs des sante À Lois ceux qui la virent, Jeaunnet, qui n'avait PAS Ce Ut eq Cent vs c'est Qi que Gusior dû carder sa fille cotuine feuntne, s'attonduii ci tte jour À cet événéinent et avait conservé Îles véieme.ts del avait dénouillés Le matin où Gautier J'épousa. Pour quoi,eile los reprit, s'en revétit ot se rersit aux modesies travaux ce la inaison paternelle, atnsi qu'elles avaïit coutume de be faire jults, soutenant d'une Ame lorte le rude assaut de fa foriuse ennemie,

e Quinn t'Gvnter eut Put cela, il fl savoir aux siens qu'il avai prisuns jeune fille d'un des comtes de l'anus, et, faisant l'aire de grands apprèts pour les noces, | envoya dire à Griseoda de voir le trouver. Celle ci venus, il lui dit : eu — Je mèns chez mot la dame que j'at nouvellement prise, «ct jentende lui faire honneur des son arrivé: Tu sais que «jo natpus dans Le chien de femmes qui sachent prépare «res ls chambres, ni faire les nombreuses choses qui ont « Lou ea cette circonstance, Pour quoi, toi, quimieux qu'uns . autre, connais les dires de la maison, ordonne ce qu'il far: « faire; fais inviter los datnes qu'il te semblera convenabi «et rerrg-les cotnme si tu étais dame ici. Puis, les noces « faites, tu pourras l'en retourner chez toi. — » Bien qu: cticuie de ces paroles fût coup de couteau au cœur de Gristlia qui n'avait pu dépouiller l'amour qu'elle Jui porta: auasi facilement qu'elle avait renoncé à fa bonne fortune, ell5 répondit : € — Mon seigneur, Je suis prète et toute dis- « posée. — » Et ciant entrée avec ss habits de gros drap d° Romazsne dans crtte demeure dont, peu auparavant, elle stsit sortie en chemise, elle commença à neïtover les cnaim- L.9s ct à los arrantger, à faire placer les tentures et les tapis dans ies salles, 4 taire apprèter la cuisine. Comme si ell* avait été une hutable servante de à maison, elle mitli main à chaque choso,ct ne se reposa que lorsqu'elle eut tout préparé ct ordonné comme il convenait. Puis elle fit, de la part de Gaultier, inviter toutes les dames de la contré: et attendait la fête.

« Le jour des noces venu, bien qu'elle n'eùt sur elle que ses pauvres habits, elle reçut courageusement, d'un visaz? joyeux ect avec les manières d’une maîtresse de maison, toutes les dâies qi vigrent. Gauilier avait fait élever avec soin 8e3 enfants * Bologne chez sa parente qui était marié:

ans la fam:lic des comtes de Panago. Sa fille, Agée déjà d° douze ans, était la plus belle créature qui se fût jamais vur, et son fils avait six ans. Gaullier envoya à Bologne prier san parent de venir à Salucezs avec sa filleet son fils, lui recom-

612 LE DÉCAMÉEROKN.

mandant de mener avec lui belle et honorable compagnie, et de dire à tous que conduisait la jeune fille pour être sa femme, sans révéler à personne quielle était. Le gentilhomme, ayant fait comme le marquis l’en priait, se mit en chemin et, quelques jours après, la jeune fille, son frère et noble compagnie, il arriva sur l'heure du dîner à Saluces, où il trouva tous les paysans et beaucoup de gens des environs, qui attendaient la nouvelle épousée de Gaultier. Celle-ci fut reçue par les dames et conduite dans la salle où les tables étaient mises. Griselda y vint aussi, comme elle était, et se porta d’un air joyeux à sa rencontre, disant : « — Ma dame, sois la bienvenue! — Les dames qui avaient beaucoup, maïs en vain, prié Gaultier de faire que la Griselda se tînt dans une chambre, ou qu’il lui prêtât du moins une des robes qui lui avaient appartenu, afin qu'elle ne $e montra point ainsi devant ses hôtes étrangers, se mirent à table, et on commença à les servir. La jeune fille attirait les regards de tous les convives et chacun disait que Gaultier avait fait bon échange. Mais, de tous les arsistants, c'était Griselda qui la louait le plus, elle et son frère.

« Gaultier estima alors avoir obtenu tout autant qu'il desirait de la patience de sa femme. Voyant que la nouveauté de toutes ces choses ne la changeaït en rien, et étant certain qu’elle n’agissait point par bêtise, car il la connaissait pour très sensée, il lui parut temps de la tirer de l’amertume qu'il savait bien qu'elle cachait sous un visage fort. Pour quoi, l'ayant fait venir en présence de tous ses vassaux, il lui dit en souriant : « — Que te semble de notre épousée? — » «— Mon seigneur — répondit Griselda — elle me paraît très « bien, et si elle est aussi sage que belle, ce que je crois. je « ne doute pas que vous ne deviez être avec elle le plus heu- « reux seigneur du monde. Mais autant que je puis, je vous « prie de ne pas la soumettre aux épreuves que vous avez « fait subir à cette autre qui fut vôtre aussi, car je crois « qu’elle pourrait difficilement les supporter. Non seulement « elle est plus jeune, maïs elle a été élevée délicatement « alors que l’autre avait été, toule petite, habituée à une « peine continuelle. — » Gaultier voyant qu'elle croyait fermement que la jeune fille devait être sa femme et que, malgré cela, elle n’en parlait pas moins bien, la fit asseoir à côté de lui et dit : « — Griselda, il est temps désormais « que tu recueilles le fruit de ta longue patience, et que « ceux-ci, qui m'ont réputé cruel, inique et brutal, sachent « que ce que j'ai fait était dans un but prévu. J’ai voulu ap- «a prendre : à toi, à être une véritable épouse; à eux, à savoir « choisir la leur et à la conserver, et, en même temps, me « conquérir une perpétuelle tranquillité pour tout le temps « que j'ai à vivre svec toi, ce que, lorsque j'en suis venu à

rendre fermes, j'avais grand'peur de n'obtenir jamais. our quoi, afin d'en faire l'épreuve, je t'ai vraauses et porsicutes en diverses fasons que tu sais. Et comme je ne me suis jamais aperçu qu'en paroles ou en fait, tu te s5i3 opposée à mon bon plaisir, et que j'ai eu de toi les satisfactions que je dé-irats, j'entends te rendre en une heure ce que je l'ai malevé en plusieurs fois, et recoimpenser par une douceur éx'téiue les tourments que je tai causes, Accucille donc d'un cœur joyeux celle que tu crois étre ion épouse et son frère, qui sonttes enfants et les miens. Ce sont ceux que tot et beaucoup d'autres avez cru lon:z- «temps que j'avais fait tuer par cruaut, Et mot, 2 «suis ton mari qui t'aime par-dessus tout, car je crois « pouvoir me vanter qu'il n'en est pas un autre qui puisse, « comme moi, ètre satisfait de sa femme, — » Avant dit ainsi,illaprit dans ses bras et la baisa; et commeelle pleurait d'allécreise, il se leva avec elle, et 118 allerent à la place où leur tille était assise et, toute stupéfaite, entendait toutes ces choses. Gr.sella l'avant embrassee tendrement, ainsi que son frère, elle, et tous ceux qui étaient 1à, furent eutin desabuses. Les dames tres joyeuses, se levérent de tabie et se retirérent avec Griselda dans une chambre où, sous de meiileurs pré-ases, elles lui enlevèrent ses vêtements urussiers et la revétirent d'une de ses robes de dame noble. Puis, comme Dame, ce qu'elle paraissait mème sous ses haillons, elles la ramenèrent dans la salle. Là, elle fit avec ses enfants une merveilleuse fete, et chacun étant très heureux de ce dénouement, on multiplia les jeux et les amuserments; et on les continua pendant plusieurs jours. Tous réputérent Gaultier comme fort sensé, bien qu'ils tinssent pour trop cruelles etintolérables les épreuves faites par lui sur sa femme. Mais, par-dessus tout, ils considirèrent Griselda comme très sage. Le comte de Panaso, quelques jours après, s’en retourna à Bologne, et Gaultier, ayant enlevé Jeannot à ses travaux, le traita comme son Leau-père, de sorte qu'il vécut honoré et fort heureux tout le reste de sa vieillesse. Gaultier avant par la suite marié sa fille en haut lieu, vécut lonteimps tranquille avec Griselda, l'honorant le plus qu'il pouvait.

« Que pourrait-on dire ici, sinon que dans les pauvres chaumières pleuvent du ciel de divins esprits ; conime aussi dans ies demeures royales on en trouve qui seraient plus dignes de garder les porcs que de posséder droits de svi-

RS eRQRLR AREA

‘ gneurie sur les hommes? Qui, excepté Griselda, aurait pu

supporter, d'un visage non seulement sec, mais joyeux, les épreuves rigoureuses et inouïes tentées par Gaultier? Quani à celui-ci, ce n'aurait peut-être pas élé un mal, s'il était tombé sur une femme qui, lorsqu'il l’eut chasséc en chemise

Gi4 LE DÉCAMÉRON.

hors de son château, se fût avisée de se faire secouer la pe- lisse par un autre, afin de se procurer une belle robe. — » La nouvelle de Dioneo était finie, et les dames qui différaient complètement d'avis, celle-ci blämant une chose, . celle-là louant une autre, en avaïent fait l'objet d’un assez long entretien, quand le roi leva les yeux vers le ciel. Voyant que le soleil était déjà bas, à l'heure de vesprée, il commençä, sans quitter son siège, à parler ainsi : « — Gracieuses dames, vous n'ignorez pas, je crois, que l'intelligence des mortels ne consiste pas seuiement à se rappeler les choses passées, ou à connaître les choses présentes, mais à savoir, au moyen des unes et des autres, prévoir les choses futures : c’est là ce qui fait la grande réputation des hommes illustres. Comme vous le savez, il y aura demain quinze jours que nous sommes sortis de Florence pour prendre quelque divertissement, et cela dans le but de conserver la santé et la vie, jusqu'à ce qu’aient disparu les tristesses, les douleurs et les angoisses qui, depuis le commencement de ce temps de pestilence, n'ont pas discontinué dans notre cité. En quoi, selon mon jugement, nous avons honnètement fait. Car, si j'ai bien su voir, quoiqu'il sé soit dit ici des nouvelles joyeuses et pouvant peut-être pousser à la concupiscence; quoique l'on ait continuellement bien mangé et bien bu, et sonné du luth, et chanté, toutes choses propres à exciter les esprits faibles à des jeux moins honnêtes, aucun acte, aucune parole, rien enfin de votre art ou de la nôtre n’a été, à ma connaissance, sujet à jâme. Une perpétuelle honnêteté, une perpétuelle concorde, une perpétuelle familiarité fraternelle, m'ont toujours paru régner entre nous. Cela, sans contredit, vous a fait honneur et vous a servi, et j'en suis très heureux. | Mais pour que, d’une trop longue habitude, il ne puisse naître quelque chose qui se change en lassitude, et afin qu'un trop long séjour de notre part ne puisse devenir rétexte à querelle, chacun de nous du reste ayant eu sa journée et sa part d'honneur, lequel réside pour le moment en moi, je pense, si toutefois cela vous est agréable, qu’il convient désormais de retourner d'où nous venons. Sinon, et si vous y réfléchissez bien, notre société, déjà connue de plusieurs autres des environs, pourrait s’augmenter de façon que tout notre plaisir nous fût enlevé. Pour quoi, si vous approuvez mon conseil, je conserverai la couronne que vous m'avez donnée, jusqu'à notre départ que je fixe à demain matin. Si vous en décidez autrement, je suis prèt à choisir celui que je dois couronner pour le jour suivant. — » E La discussion fat longue entre les dames et les trois jeunes gens, mais, finalement, ils trouvèrent je conseil du roi

qe ee DU ee

DINIÈ'ME JOUNNLE. ba

son et honnéte, et déciderent de faire ainsi qu'il avait propose. En consequence, le roi, ayant fait appeler le sénéchal, sentendit avec lui sur ce qu'il aurait à fure le lendemain satin. Puis, avant heencie la compasnie jusqu'à l'heure du eouper, 1 se leva de son sivzse. Les dames et les autres s étant aussi levés, se hivrèrent, contmne d'habitude, qui à un divertissement, qui à un autre, ct, l'heure du nues venu”. ds sy rendirent aves un piriair extrème, Après le souper, ils se mirent à chanter, à sonner du luth et à danser. Le Lauretta menant la danse, le roi ordonna à la Fiammetta de dire une chanson. Celle-ci, très complaisamment, coi.:mença àchanter ainsi :

8 l'Amour venait saus jalousie, Je ne sais pas s'il y aurait au monde Fete plus heureuse que moi.

Bi g'utille jeuneise, Ea un bel amant doit contenter une fetnime, Ou bien prix de vertu Acdeur ou vaillance, E:prit, belles manières ou beau langage, Où beaute accomplie, Je suis celle-la, car, pour tuou salut, Etaut amoureuse, Je vois toutes ces qualités eu celui qui est mon eipoi”

ais pour ce que je m'aperçois Que les autres dames sont aussi avisées que moi, Je tremble de peur, Et, craignant chose pire, de vois qu'existe chez les autres ce même déair Qui me ronge l'âme; De sort: que ce qui m'est une suprême aventure Me rend incousolable, Me fait soupirer fort et vivre d'une misérable vie.

5: j'avais autant coutiance Ea mon seigneur, que je sens son mérite, de ne serais pas jalouse; Mais on eu voit tant Qui manqueut à la foi jurée, Que je lestieus tous pour coupables.

Ce'a m'aïllige et volontiers j'en mourrais.

A chaque ferme qu'il regarde, ai soupçon, et je crains qu'il ne m'échappe.

Par Dieu donc, que chaque dame Soit prévenue de ne pas s’aviser De me faire outrage en cela; Car, s’il s’en trouvait une Qui, par paroles, par signes ou par caresses, Chercherait à me faire en cela dommage __ Ou me le ferait, et si je venais à le savoir, Que je sois défigurée. | Si je ne lui ferais pas pleurer amèrement une telle folie.

Comme la Fiammetta eut fini sa chanson, Dioneo, qui était à côté d'elle, dit en riant : « —Madame, ce sera grande : courtoisie à vous de faire connaître votre amant à toutes, afin que, par ignorance, on ne vous en enlève point la possession, ce dont vous pourriez vous fâcher. — » Après cette chanson, ils en chantèrent plusieurs autres. La nuit était déjà près de moitié achevée, lorsque, selon qu’il plut au roi, tous allèrent se reposer. Dès que le jour suivant apparut, s'étant levés, et le sénéchal ayant déjà fait partir leurs bagages, ils s’en retournèrent vers Florence, eur les pas de leur roi avisé. Les trois jeunes gens ayant laissé les sept dames dans Santa Maria Novella, d’où ils étaient partis avec elles, ils en prirent congé, et s'en allèrent à leurs autres plaisirs. Quant à elles, lorsqu'il leur en parut temps, elles s’en re tournèrent à leurs demeures.

Très nobles jeunrs dames, pour la consolation desquelles je me suis mis à un si long travail, je crois, avec l'aide de la grâre divine — obtenue, à mon avis, par vos pieuses prières et non par mes propres mérites — avoir entièrement accompli ce que, dès le commencement du présent ouvrage, j'avais promis de faire; pour quoi, après en avoir rendu grâce à Dieu d'abord, puis à vous, il est temps d'accorder du repos à ma plume et À ma main fatiguée. Mais avant que je le leur accorde, j'entends répondre brièvement à quelques petites objections que peut-être certaines d’entre vous, voire d’autres, mucs par des motifs secrets, pourraient faire, bien qu'il me semble que ces nouvelles ne doivent point avoir un privilège plus spécial que les autres, et que je me souvienne mème avoir montré, au commencement de la quatrième journée, qu’elles ne l'ont pas.

D’aventure, quelques-unes d’entre vous diront qu’en écrivant ces nouvelles j'ai usé d'une trop grande licence, comme, par exemple, en faisant parfois dire aux dames, et plus souvent en leur faisant écouter des choses qu'il ne convient pas à d’honnètes dames d'écouter ni de dire. Cela je le nie, pour ce qu'il n'est chose si déshonnète dont chacun ne puisse deviser, si elle est dite en termes honnêtes, ce qu'il me semble avoir fait ici fort convenablement. Mais supposons qu'il en soit ainsi — je n’entends pas discuter le cas aveo vous, car vous me battriez — je dis que, pour expliquer pourquoi j’ai fait de la sorte, les raisons m’arrivent prompte-

ment. Premièrement, s’il se trouve dans quelques-unes de: ces nouvelles un peu trop de licence, la nature même des nouvelles l’a voulu, et toute personne compétente qui voudra bien les examiner d’un œil impartial, reconnaîtra certainement qu’à moins de vouloir en altérer la forme, je ne pouvais les raconter autrement. Et s’il s’agit par hasard de quelques passages, de quelques mots plus libres qu'il ne convient aux femmes dévotes, lesquelles pèsent plus les paroles que les actes et s’ingénient plus à paraître bonnes qu’à l’être vraiment, je dis qu'on ne doit pas plus me dénier le droit de les avoir écrits, qu'on ne refuse généralement aux hommes et aux femmes de dire chaque jour : trou, cheville, mortier, pilon, saucisse, mortadeile, et tout plein de choses semblables. Sans compter qu’ ‘il. ne doit pas être moins concédé de liberté à ma plume qu’au pinceau du peintre qui, sans ‘qu’on puisse le lui reprocher, au moins justement — laissant de côté qu'il fasse frapper par saint Michel le serpent avec l’épée ou la lance, et par saint Georges le dragon, où il lui plaît — fait le Christ mâle et Êve femelle, et cloue sur Ja croix, tantôt avec un clou, tantôt avec deux, les pieds de Celui qui voulut y mourir pour le salut de la race humaine. Puis, on peut très bien voir que ces nouvelles n’ont pas été dites dans l’église, dont les choses doivent être traitées avec des pensées et des paroles très pures, bien que, dans les histoires de l'Eglise, il s’en trouve d’autrement faites que celles que j'ai écrites. Elles n’ont pas été dites non plus dans ies écoles de philosophie, où l'honnêteté est non moins exigée qu'ailleurs, ni nulle part entre gens d'église ou philosophes, mais dans des jardins, en guise de distraction, entre personnes jeunes, bien que déjà mûres et difficiles sur le choix des nouvelles, dans un temps où il était permis aux plus honnètes d’aller les brayes sur la tête pour sauver leur vie.

Ges nouvelles, telles qu'elles sont, peuvent nuire et porter profit, comme toute autre chose, suivant celui qui les entend. Qui ne sait que le vin est chose excellente pour tous les vivants, à ce que disent Cinciglione, Scolajo et beaucoup d’autres, et qu'il est nuisible à celui qui a la fièvre ? Dironenous, parce qu’il nuit aux fiévreux, qu'il est chose mauvaise ? Qui ne sait que le feu est très utile, voire nécessaire aux hommes ? Dirons-nous, parce qu’il brûle les maisons, les châteaux et les cités, qu’il est mauvais ? Pareillement, les armes assurent le salut de ceux qui désirent vivre en paix,

PS ge Se RS TT PE 0 EE NOR Ge Re né

maiseélies tüuinl souvent, non paree qu'eiles sont chose mauvalse, mais À Cause de la perversite de ceux qui s'en servent iicchatninent, Juinais esprit corrotmpu n'entendit sainement ue parole quelconque ; et de même qu'aux esorils Vicies les paroles bonttes ne servent à rien, ainsi celles qui ne sont point honnétes ne peuvent contaminer les esprits dispos, pris plus que la fanïte ne peut souiiler les ravons solaires, où que ls ordures du sol ne peuvent altérer les beautés du ciel, Quels livres, quelles paroles, queles lettres sont plus saints, plus ditnes, plus vénerables que ceux de la Sainte-Ecriture ? Et pourtant, ils ont été nombreux ceux qui, entendant ces écrits, ces paroleset ces lettres d'une façon mauvaise, se sont perdus et ont entraîné autrui dans leur perdition, Chaque cuse, en soi-méme, est bonne à quelque chose, et, si elle est inal employée, peut être nuisible en nombre de cas: c'est ce que je dis de mes rouvelles. Qui voudra tirer d'elles inauvais conseil où œuvre mauvaise, elles ne l'empècheront nullement de le faire si, par aventure il a cela en lui, et si elles sont tordues et tirées dans ce sens. Mais qui voudra en avoir utilité et protit, ciles ne le lui refuseront pas, et ell:s ne seront junais répulées et tenues que pour utiles et honnîtes, si elles sont lues en leur temps et par les personnes pour lesquelles elles ont été raconties. Quant à ceux qui ont à dire leurs patenètres ou à faire la tourte et la courbette devant leur curé, qu'ils laissent mes nouvelles ; elles ne courront après personne pour se faire lire. D'ailleurs, les bigotes disent et font bien d’autres choses par moments!

Il y en aura aussi qui diront, qu'il aurait été meilleur que quelque-<-unes de ces nouvelles n'existassent point. Je le leur accorde; mais moi, je ne pouvais ni ne devais écrire que celles qui ont été racontées ; par conséquent les dames qui les ont dites auraient dû les dire belles, et alors je les aurais écrites belles. Mais si l'on voulait prétendre que j’en ai été l'inventear et l’auteur — ce qui n’est pas — je dis que je n’en rougirais pas s'il en était ainsi, pour ce qu'il ne s'est jamais trouvé ouvrier, en dehors de Dieu, qui ait fait bien et complètement tout ce qu'il a fait. Charlemagne, lui-mème, qui le premier fit les Paladins, n’en sut point assez créer pour pouvoir en former une armée. fl faut, dans la multitude des choses, trouver diverses qualités de choses. Il n’y eut jamais de champ si bien cultivé que les orties, les chardons, où quelques ronces ne s'y trouvent mêlés aux bonnes herbes. Sans compter que, pour parler aux simples jouvencelles

comme le sont la plupart d’entre vous, ç’aurait été une sottise que d'aller chercher et de se fatiguer à trouver des choses trop relevées, et que de mettre son soin à parler sur un ton démesuré. Cependant, que ceux qui se hasarderont à lire ces nouvelles, laissent de cêté celles qui ennuient et lisent celles qui amusent. Afin de ne tromper personne, elles portent toutes, marqué au front, ce qu’elles tiennent caché en leur sein.

Je crois qu’il y en aura encore qui diront que quelquesunes de ces nouvelles sont trop longues. A celles-là, je dirais également que quiconque a autre chose à faire, ferait une folie de les lire même si elles étaient toutes courtes. Et bien qu'il se soit passé beaucoup de temps depuis que j ’ai commencé à écrire, jusqu’à l'heure présente où j'arrive à la fin de mon travail, il ne m’est pourtant pas sorti de la mémoire que j'ai offert mon labeur aux gens de loisir et non aux autres. Pour qui lit par passe-temps, aucune lecture n’est lonque, si elle donne le résultat que cherche le lecteur. Les

10ses brèves conviennent beaucoup mieux aux étudiants, lesquels travaillent non pour passer le temps maïs pour l’'employer utilement, qu’à vous, mesdames, pour lesquelles tout le temps que vous ne dépensez pas à vos amoureux plaisirs est du temps perdu. En outre, comme aucune de vous ne va étudier ni à Athènes, ni à Bologne, ni à Paris, il faut qu'on vous parle plus longuement qu’à ceux qui ont aiguisé leur esprit dans l'étude. |

Je ne mets point en doute aussi qu’il n’y en ait qui diront que ces récits sont trop remplis de bons mots et de plaisauteries, et qu’il u’était-pas convenable à un homme de poids et sérieux d'écrire de cette façon. A celles-là, je suis tenu de rendre grâces et je les leur rends, pour ce que, mues par un zèle louable, elles sont soucieuses de ma renommée. Mais voici ce que je veux répondre à leur objection : je confesse être un homme de poids, et avoir été pesé souvent en ma ‘vie ; et pour ce, m’adressant à celles qui ne m'ont point pesé, j'affirme que je ne suis point pesant; au contraire, suis-je si léger, que je flotte sur l’eau comme une noix de galle. Et considérant que les prédications faites par les moines pour ‘ vitupérer les hommes de leurs péchés, sont, aujouré’hui, lt plupart du temps pleines de jeux de mots, de plaisanteries, de bouffonneries, j'ai pensé que ces mêmes choses ne seraient point mauvaises dans mes nouvelles écrites pour chasser la mélancolie des femmes. Toutefois, si celles-ci en

rient trop, les lamentations de Jérérnic, la Passion du Sauveur et la pénitence de la Magdeleine les en pourront facilement puërir.

Et qui doute qu'il s’en trouvera encore qui diront que j'ai ja langue venimeuse et mauvais”, pour ce que, en certains sndroits, j'ai écrit la vérité sur les moines? A celles qui diront ainsi, il faut pardonner, pour ce qu'il n'est point à croire qu'un autre motif, qu'un motif juste Îles pousse, attendu que les moines sont de bonnes tens qui fuient la peine pour l’amour de Dieu, meulent par éclusées ct ne Île disent point ; et n'était que tous sentent un peu le boue, il acrait beaucoup plus agréable d'avoir à faire à eux. J'avoue n‘anmoins que les choses de ce monde n'ont aucune stahilité, mais sont en perpétuel changement, et qu'il serait possible qu'il en fût ainsi advenu de ma langue, laquelle — ne voulant pas croire moi-même à mon juzement que je récuse autant que possible dans toutes les affaires qui me concernent =. une de mes voisines m'a dit naguère que je l'avais la meilleure et la plus douce du monde. Et en vérité, quand cela arriva, il restait peu des susdites nouvelles à écrire. Et pour ce que celles qui parlent ainsi en raisonnen! par sympathie, je veux que ce que j'ai dit lepr suffise comme reponse.

Maintenant, laissant chacune dire et croire comme bon lui semble, il est temps de mettre fin à mes discours, et de remercier humblement Celui qui, après une aussi lonrue fatique, m'a par son aide mené à la fin souhaitée. Et vous, plaisantes dames, demeurez en paix avec sa grâce. vous souvenant de moi, si par hasard il sert à quelqu'une de vous d’avoir lu ces nouvelles.

lei &mit la disièæe et dernière Joarn'e du livre apiels Deécaménon et surnommé Paince Gaztorro.

PIX

Ds

Prératsot Tasset GS Se sh de: à ds D à à & D gx

ATANT-PUPE ee . + @ + ee =

PREMIÈRE JOURNLE

Dans laqis'ls, apris quo l'aitear à evp'iqué pour quels cuite à ant gne di'iveren'es personnes dont il et parlé Ciedor 9 D reunrent or tauser entra «l'es, on dries, sous le commandement de Fampio a, de a qui pt lo pla rame 0 Ge 2 Ch SSD Si 2 ECS 4

Nouvrits 1 — Sor Cia pailet'o trompe un saint moine par un fauses con-

ÿssion, et meurt, Apr:s avoir été un trés méchant bomme p nilant sa #e, il passe pour un suint aprés sa mort,et est aporlé San Crappelietto,

Jocverte D. — Le jiif Abraham, pouees par Jeannot de Chevizné, va à la roar de Hme,et voyant la depravation des gens d'ezl se, à retourne à barss et s0 fait chrôtion

Nocvrrte I, — Lo juif Melchiscolech, avec une histoire de trois anuranx, évite on piñzo dangereux que lo Saladin lui avait tendu, , , , , . Nocvrita IV, — La mo'ns avant commis un pteuè digne d'uns trâs grava pini‘ion, éhaïpe À la prins qu'il avait mérités en reprochant adrote teurnt la mains faute À son alhé , ne 18, der dei is 2h 8! cn D res Nocsrete V, — La marquisa de Montforrat, au moven d'un repas uniqg'ement comyosi ds pou'es, ot avec quriqurs parol:s gracisuses, réncime lo fol amour du fai de Francs, . . e. . . . . e . . . . e e Nouvrute VE — Ua braro homme confond par un bon mot la méchante hinocrisio des gens da religion, , +. + ee + + ee + + Nocrrcer VIT, — Borzimino,en contant une nouv:lle cune-rnaut Prisnii.so et l'abbs de Cluny, enitique honnéteinent an trait inaccnut mé d'avar en chcz Meusser Can de.fa Scala, CC Nocveute VIIL — Guizlirimo Forsicre, avee quelques mots polis, percr jusqu'au vif mrsser Erinino de Grimaldi sur son avarice, . ,. . . . .

Nocverce IX, — Lo roi da Chypre, piqué aa vif par une dame de Gas- , cozne, devirot hommo d'énergie, de pusillanime qu'il était, . . , .

Nouveure X, — Maltra Albert d Bologne fait honnéèt-ment roucir une dame qui avait vouiu lui faire honto de co qu'il était amour:ux delle,

Dans laque!la sous 1? commandement de Philomène, on devise de ceux qu, après avoir ét molestés par diverses choses, sont, au delà de leur c:pérance, arrives à joyeux résultat, ee ee ee

Nocvrcer 1, — fartnello feint d'être percius et de rcouvrer la santé sur le corps de saint Arriso, Sa fourberie ayant été reconnue, il est

battu, mis en prison, et en grand danger d’être pendu. Finalement il ee échappe. 0 Li ° 2 ° 2 Li e ° L 2 e e e e C2 C2 . e e e Li e

Nouvezce II. —- Renauld d'Asti ayant été dévalisé, arrive à Castel-Gui-,

glielmo où il reçoit l'hospitalité d'une dame veuve. Après avoir été dédommagé de toutes ses pertes, il retourne chez lui sain et sauf, . .

Nouvece 1II. -— Trois jeunes gens ayant dissipé leur avoir, tombent dans le misè-e, Leur neveu revenant désespéré chez lui, fait la rencontre d’un abbé qu se trouve être la fille du roi d'Angleterre, laquelle l'épouse, répare

‘ les pertes de ses oncles et les rétablit dans leur premier état, . . .

Novuvere 1V, -— Landolfo Ruffolo ruiné se fait corsaire. Pris par des Génois, il fait naufrage et sé sauve sur une caisse pleine de pierreries. Il est recueilli à Gulfe par une brave femme et retourne chez lui plus riche qu ’avant.. . e. e. ° . e. e e . C2 ee. ° ° e. ° L ° L

NouveLe V, -- Andreuccio de Pérouse, venu à Naples pour acheter des chevaux, éprouve dans une mème nuit trois graves accidents ; il se tire de tous les trois et retourne chez lui avec un riche rubis. , . . .

Nouveze VI. -- Madame Beritola, ayant perdu ses deux fils, est trouvée sur une île déserte avec deux chevraux. Elle va en Lunigiane où l'un de

ses fils, entré au service de son seigneur, est surpris avec la fille de celui-

ci et mis en prison, Reconnu par sa mère, il épouse la fille du seigneur, et son frère ayant ête retrouvé, ils reviennent tous en leur premier état. Nouvezze VII, --- Le Soudan de Babylonie envoie sa fille en mariage au roi de Garbe.Celle-ci, par suite de nombreux accidents, tombe dans l’es-

pace de quatre années aux mains de neuf hommes qui l'emmènent en.

divers pays. En dernier lieu, rendue à son père comme pucelle, elle est de nouveau envoyée au roi de Garbe . , . . . +. . . . * .

Nouvezre VIII, --- Le comte d'Angers, faussement accusé, s'enfuit en exil et laisse ses deux enfants en Angleterre, Revenu incognito, il les trouve en bonne situation, va comme palefrenier à l'armée du réi de France, et,

reconnu innocent, est rétabli dans son premier état. . . . . . . .,

Nouvezre 1X. -— Bernabo de Gênes, induit en erreur, perd son argent, et ordonne de tuer sa femme innocente, Celle-ci se sauve et entre, sous des habits d'homme, au service dn Soudan, Elle retrouve celui qui a trompé son mari, le fait punir, et ayant repris ses habits de femme, elle revient avec son mari à Gênes . . . . +. + + « .

Nouvezce X, -— Paganino de Monaco enlève la femme de messer Rieciardo da Chinzica, lequel, ayant appris où elle est, va la redemander à Paganino. Mais elle ne veut pas retourner avec Jui, et messer Ricciardo étant mort, elle devient la femme de Paganino, , . . . +. «+ +

Dans laquelle, sous le commandement de Néiphile, on devise de ceux qui, par leur adresse, ont acquis ce qu'ils avaient longtemps désiré, ou qui

ont recouvré ce qu'ils avaient perdu . . . . . . . . . + .

Nouvezræ F, -— Masztto de Lamporeschio s'étant fait passer pour muet, devient jardinier d'un couvent de nonnes qui finissent toutes par coucher avec lui. L2 L2 2 L 1 L 2 LL LL se L] L1 2 L 1 La . - 3 LL . L2 La 2

Nouvézce Il. -—- Un palefrenier couche avec la femme du roi Agilulf, Ce dernier s'en aperçoit, retrouve le coupable et lui tond une mèche de

eheveaz. Le tonda ton À sn tour secs camaral-s, et se tire aiasi d* sa t12:0 ADO, ee + + ee. + ee ee ee ee + ee . 157

Nov :te II. — Sous prétsita de eonfrseion et de pareté de eonsci'nce, sur dame énamourée d'un ‘ogvenceag pouts+ un moins, #ans que c*::iei s'arerioive de la suprcherie, À lui faciliter le moyen ds voir son amant, ee + + + + ee + . ee + + + + l'1

Nocvriee IV. — Don Filice enseigne À frire Puccio comment il + viendra Lienhegreut en faisant une ecrtaino pénitence, Pendant q:iv fière Pucria fait esttn grnitence, don Felice se dunne da bon tu: avre la T mme de celui à 4 56 où à à ee es a à 9

Nocsete V, — Le Macnifqu® donne son pal-froi À mrecer Fran::s 0 Varzeilssi, sous condition de parler senl arre sa femme, Gellsci ne répenlant pas, il fait lui-m'me la réponse, dont l'efrt no tard: pas à LUDO. en" à ae à D AS Le ue ee te is tapes ES

No:veite VI, — Ricciardo Minutels aime le f:mmn de Filppeïlo Fir'i- Lolo, Sachant qu'eilr était jaïouse de son mari, il lai dit qne Filnpello a an rendez-voas l+ jour suivant dans une maison da bain avec sa femme à lui. La dams na manqis pas d'y a lr et, eroyant étre avec son mari, elle eouche avrcc Riccardo, ee ee + + + + … …- 178

Novuvrire VII, — Telal'o irrité contre une sisnno maïtresce, part ile Florsnes, ]l y revient quelque tempe après sons on diziiement de pélerin: il parle À sa maitres, ui fat reconnaltre son erreur, save las vis de son mari qui était accueë de l'avoir tué, le réconvilie avec ses frères, et jouit, en paix drs faveurs de la dame, , , , . . . 18

Nocvrite VIII, — Ferondo avale un ecrtainr pouire et cst enterré comme mort, Tiré du sépalere par l'abbé qui jouit de sa femme, il est tenu par celui-ci en prison, eton Jui fait croire qu'il est dans l® pargatcire. Une fois ressuscité, il élève comme sien un fils que l'ablé avait enavecsa femme ee ee ee ee 0 ee + + + + + 19

Nocveite IX, — Giletta de Narbonne gaëérit le roi de France d'une f«tuis, Elle d'mand: pour mari Beltram de Rouss l'on, qu: l'ayant épouce centre sa volonté, s'en va de dépit À Fiorence. LA, il fait la cour à un» çrune file at couche avec Gilstta, croyant coucher avec ell», Il en a doux fils: pour quoi, par la suite, la tenant poar chère, il l'honore comme En fimme. ee + à où à 6 à à + € à 0e + 0 + à 6 © + 2

Nocvetie X, — Alib:ch s'étant faite ermite, le moine Rustico lui apprend à remettre le diable en enfer, Elle devient ensuite la femme de Néerbale, e ° e e e Le e e L 2 L 2 LL . e e e e e e e e !* ° e 219

Dans laquelle, sous le commandement de Pbilostrate, on devise de ecux dont les smours earent une fin malheureuse, |, |, ee + + + . ??1

Norverre 1, — Tancrède, princa de Salerne, tue l'amant de sa fille, et envoie à celle-ci le erur de son amant dans une eoupe d'or. La jeune fille boit du poisonetmeurt. . ee . 2N1

Nouveire 11. —- Frère Alberto fait eroire à une dame que l'ange Gavriel est amoureux d'elle, et se faisant passer pour l'ange Gabicl, il souche plusicurs fois avec la dame, Surpris per les parents de cette dernière, il se sauve de chez elle et se réfusie chez un pauvre hommes

qui, le lendemair:, le conduit sur la place sous le déguisement d'un homme sanvage. Là, il est reconnu, pris et ms en prison, . .

NouveLre III, — Trois jouvenceaux aiment trois sœurs et s’enfuient avee elles en Crète. L’ainée tue son amant par jalousie ; la seconde lui sauve la vie en couchant avec le duc de Crète. Son amant l'ayant su, la tue et s'enfuit avec la sœur aînée. Le troisième amant et la troisième sœur sont accusés du meurtre ; ils sont mis en prison, corrompent le gardien et se sauvent à Rhodes, où ils meurent dans la misère, , +, . . .

Nouvezze IV. == Gcrbino, malgré la parole donnée par son aïeul le roi Guiglielmo, attaque un navire du roi de Tunis pour enlever la fille de ce dernier, Celle-ci est tuée par ceux qui étaient sur le navire. Gerbino les tue tous, et a, à son tour, la tète tranchée par ordre de son aïeul, , ,

Nouverre V. -— Les frères de Lisabetta tuent l’amant de celle-ci, Il lui apparaît en songe et lui montre l'endroit où il est enterré, Elle le res trouve, lui coupe la tête et l’enterre dans un pot de basilie sur lequel elle ne cesse de pleurer. Ses frères lui enlèvent le pot de basilic, et elle meurt peu après de chagrin, 4 +. . ee + + + + +

Nouveice VI, -— L'Andreuola aime Gabriotto. Ils se racontent chacun un songe qu’ils ont eu ; après quoi Gabriotto meurt dans les bras de sa maitresse, Pendant que celle-ci, aidée de sa servante, le porte chez lui, elles sont prises par les gens de la Seigneurie, Le podestat veut lui faire violence ; mais elle ne le souffre pas. Son père l'ayant appris, et son

innocence ayant été reconnue, elle est mise en liberté, Ne voulant plus

vivre dans le monde, elle se fait religieuse, , . . « … + + + +

Nouverze VII, — La Simone aime Pasquino ; ils se donnent rendez-vous dans un jardin. Pasquino s'étant frotté les dents avec une feuille de sauge, meurt, La Simone est prise, et voulant montrer au juge comment est mort

Pasquino, elle se frotte les dents avec une feuille de sauge et meurt à .

HODUOURS à ere +: 8 DS où 8 do cdt SVT n "3 à

Nouverze VIIT, — Girolamo aime la Salvestra, Cédant aux prières de sa mère, il va à Paris; quand il revient, il trouve la Salvestra mariéc, Il pénètre en cachette chez elle et meurt à ses côtés, On le porte à l'église où la Salvestra meurt à son tour à côté de Lui, . , . +

Nouvezce IX, — Messer Guiglielmo Rossiglione donne à manger à sa femme le cœur de messer Guiglielmo Guardastagno qu'il a tué et qu’elle aime, La dame l'ayant su, se jette par la fenêtre et se tue. Elle est ensevelie avec son amant. , . . + + + + + ee ee + + + + +

Nouvezce X. — La femme d’un médecin met dans un coffre son amant endormi et qu'elle croit mort, Deux usuriers emportent le coffre chez eux. L'amant est découvert et pris Pour un voleur, La servante de la dame raconte à la Seigneurie que c’est elle qui l'a mis dans le coffre volé par les usuriers, de sorte qu'il échappe à la potence; les usuriers sont condamnés à l'amende pour avoir volé le coffre. . . . . . « «+ … ©

Dans laquelle, sous le gouvernement de Fiammetta, on devise de ee qui est arrivé d’heureux à certains amants après plasisars aventures cruelles CRT RUE Mare nie ner à es

Nouveure I, — Cimon devient seusé en devenant Snoureux: et enlève en mer sa dame Æphigénie. Il est mis en prison à Rhodes. Lisimaquo

l'es tire, rt tous l°s dut en :vant Frhirénie et Cascandre aa mir a de lrüre ro-ee, Ils s'enfui nt ave rie en Cretr où ls les érou-ent, et, detrncs neies, us sont rois cheri eut,

Notrrite 11, — Coctanra aime Marturcio Gornita, Enten!lant dire qu'il était mort, elle monte de d'srepoe danse un: Parque qui ect pousses par le vent À Saise, Du IV, elle s'en va à Tuns où ele le retrouve vivant, Eils 84 fait connaître À lai rt l'érouse, Marturcio, deveng rchr, sen revint avec ella à Lipari, , oo + + + + + + + + + + +

Nocvrece 111, — Pietro Bo-ramatza s'enfuit avec l'Acnolella, Il rencontre dre voluurs ; la prince Lis fat À travers uvre fort et arriva vers en chitrau, Paistro ect pris par les goleurs ect se save da loairermane, Apièciivers acedlnte, il arrive an chit ag où était MAzaollla, et l'ayant épousée, àl s'en rerint avre elir à Rome, , , . . .

Nocvrere IV, — Hicciardo Masardi est trouvé par messer Li:io «la Vallona avec la file de celui-ci. 11l'éjouse et fait sa paix avce de pin,

Noureues, V, — Gu datto da Cremona laisse À Giarcmino de Paria une petits Hilo et meurt, Cle.ei devenue grande ei demeurant À Facnra, est amie par Girroïs di Sever.no et Mainchino dit Min:o.o qu se la disputent, La juuns Lila ect reconnue pour étre la srar de Giannile, et érouen Minz'uno,

Nocretis VI, — Gianni di Pro:da est trouvé avre unr jeune file qu'il aime cet qu avait été donna an roi Felcrizo, Tous deu sont lite À un pal poir etre brûés, Mis Gianni est reconno par Ruïsierri del Oria: il éshasns an sunplea rt épris ea dune, , ,

Nocvrice VII — Thtodore, amoureux de Vio'ante, Bille de mecsor Ameriso, son signer, la rend grossn rt est condimné À ëtrs pendu. Pendant qu'on ls conduit au supn'ise en le foirttant do verzse, ilest reconna par son pire et mis en liberté; après quoi il épouse Viv'ants, , . .

Nocvzces VIII, — Nactasio d2'i Onesti aimant ane damo de la famille des Travereari, dénenss touts sa fortans saus parvenir à s+ faire nimrr, Sur les inetanc-s des sirns, il s'en va à Chine, DA, il voit un chevalier donner la chasen à ane jean: femme, la tuer et la donner à dévorer à deux chiens, Il invita à déjeuner ses parents et la dans qu'il aim», et el'#.ci voit la mime jeune femina subir le suslit supplice. (Craisnant qu'il luien arrive autant, ell: cons’at à prendre Nastagio pour mari.

Nocvrrcee IX, — Federigs dezli Alberichi aime et n'est point aimé. Ayant dépensé tout son binen prodisalités, ilne lui reste plus qu'un faucon qu'il donne à mangrr à sa dame venue cbrs lui pour le voir, Celle-ci apprenant cetts noavella preuve d'amour, ehange de sentiment, lo prend pour mari et le fait riche. . . . . .

Noëvrire X, — Pietro di Vinrio!o va diner hors de ehez lui. Sa fmme fait venir on jeun: sarçon. Pirtro étant revenu, ella eache le garcon sous une caza à poules. Pietro raconte qu'on vient de trouver chez Arcolano, avec lequel is soupait, un joavencraa que se frmme y avait introduit, La dame biime vivement la femme d'Arco!ano. Par malheur, un âne pose son pied sur les doists du garçon qui était sous la cage. Ilerie, Pictro ÿ court, le voit et reconnait la fourberie da sa femme, avec laquelle il s'accorde pourtant afin d: satisfaire sa vile passion 4, , + + + + «

Dans laquelle, sous le gouvernement d'Élisa, on devise de ceux qui, prevoqués par quelque bon mot, ont riposté, ou qui, par une prompte réponse où une sage prévoyance, ont évité perte, danger ou honte. . , . . 345

Nouvezce L — Un cavalier engage madame Oretta à monter en eroupe derrière lui, promettant de lui raconter une nouvelle, La dame trouvant qu’il raconte fort mal, le prie de la remettre à terre, , . . . . . . . 347

Nouvezre II, — Le boulanger Cisti fait d'un mot revenir messer Geri Spina de sa demande indiserète, , , . . . . . . + + + + + + + 348

Nouvee III, — Monna Nonna de’Pulei, par une prompte répartie à une plaisanterie rien moins qu'honnète de l’évêque de Florence, lui impose | silence, e e [2 . e e e. e e . e. e e C2 e . e. . e. e e 3951

Nouverre 1V.—- Chichibio, cuisinier de Conrad Gianfgliazzi, par une prompte répartie change en rire la colère de (Conrad, et échappe au châtiment dont ce dernier l'avait menacé. . . . . . + . + . + + + + + 333

Nouvezce V, --- Messer Forese da Rabatta et maitre Giotto, le peintre, revenant de Mugello, se moquent mutuellement de leur laide appa- | rence, CR) L] e L 2 L L2 e e e L] e e e ° ° e LU L] L1 Le 2 LU 352

Nouvezce VI. --- Michele Scalza prouve à certains jeunes gens comme quoi les Baronci sont les plus anciens gentilshommes du monde et de la Maremme, et gagne un souper. . + + + + + + + + + + + + + + 357

Nouvezce VII, =- Madame Filippa, trouvée par son mari avec un sien amant, et appelée en justice, se sauve par une prompte et plaisante réponse, et fait changer la loi, . . . . . . . . . . . . . . 358

Nouverce VIIL — Frexco invite sa nièce à ne pas so regarder en un miroir, puisque, comme elle le disait, les gens laids lui déplaisaient à voir. . . ee + + 3613

Nouverze IX. — Guido Cavalcanti injurie en termes polis certains chevaliers florentins qui l'avaient surpris. , , . . . . . . . . . 362

. Nouveice X, --- Frère Cipolla promet à des paysans de leur montrer la

plume de l’ange Gabriel. Trouvant à la place de celle-ci des charbons, il leur dit que ce sont les charbons qui avaient fait griller saint Laurent. 364

Dans laquelle, sous le gouvernement de Dioneo, on devise des tromperies que les femme, poussées par l'amour ou en vue de leur propre salut, ont faites à lrurs maris, que ceux-ci s’en soient aperçus ou non. . . , . 376

Nouveure 1, —- Gianni Lotteringhi entend frapper la nuit à sa porte et ‘réveille sa femme. Celle-ei lui fait croire que c'est un fantôme. Tous deux vont le conjurer avec une prière, et le bruit cesse. . ,. «+ . . 37

Nouvezce 11, =— Peronella entendant son mari rentrer, fait cacher un sien amant dans un cuvier que le mari venait justement de vendre. Elle lui dit qu'elle l'a vendu de son côté à quelqu'un qui est entré dedans pour voir s'il est en bon état. L'amant étant sorti du euvier, le fait nettoyer par le mari pendant qu'il caresse le femme, puis le fait porter chez lui. 389

TABLE DES MATILRES.

Nocvrite Lil. = Frère Ienanl couche ave sa cotmmere, Le mari la tronve dus Jaeramirs de ele et tous deur lui fent eroirs qu'iis eunuta nt

lus v'ré ds 801 po enfant . . . . . . . . . 0 . . . .

No.erite IV. — To'ans laisse uno nuit sa Pure À la parte de sa maison, Ladatnevorantqi'espe res sontinatire, faitenilsantus se jeter care cn puits et y j Lt uns grusss pierre, To’ano soit + la acc et cocirt 23 puits pendant en temps, sa femima rentre dans la imuson, lo frma dire etui dit d'einires par la fenetre, 0

Nocriite V, — Un man jalous se dégns+ en pritre ct couf sas sa fenme. Crosei lui fut ero re qu'elle aino on pretre,bequel vient la trouver toute les quite, Pendant que la ja'oux fait De gust pour surprenire 1: prutie à dam: fait veair par ds toits un sien aimant et se divertit avre la,

Do.sriie VI, — Malamn leabotla, 54 trouvant eusz cit avec sen anant Leon-tts, reçoit la visite d+ m-ssr Lambertuccio qui l'anus, Son tuari tant survrena eur es entrefaites, la daine fait sortir de chez ele inesccr Lanir-riuceio avee un coût-au À la man, comm s'il état à la poursuite

de Lronrtto qu'eilo fait rnsuito reconduire Jrar son mari, , . . . ,

Nocvrute VII, — Ludor:ie decourre À uialams Béatrice l'amour qu'il lui

porte. La dam envoie son mari zrano à sa p'aco dans l+ jardin, et

œich+ avec L'dorie, lequel s'étant ensuite levé, va dans l+ jardin et

Le. :

sLitonne Egauo, Fi . . e. e. . . . . . e. . . e . . . .

Nocrecce VII, — Un mari davisnt ja'oux da sa fimmo, Cile-ci s'attache la agit one ficslie au doigt de pic pour connaitre quand son aïtant vient la tr uver, Le mari s'aperço.t du stratazéme ÿ ii poursuit l'arnant, et p'alant cs tnps la dune fut coucher À sa p'acs, dans son Lt, uu* au're femins qa'a son retour Le mari bat et à qui il arrachsl:s chevaux, L va ensaite ehereler Les frères de sa femme ; cmux-ci, trouvant que c qu'il leur à dit n'est point vrai, l'accablent d'injures,

Nocrecse IX, — Lidia, femme ds Nicostrate, aims lPirrus, Celui-ci, pour croire À son amour, lui demande trois chos-3 qu'elle ‘ait touts les tiu s: en outre, en présence de Nicostrate, elle sa satisfait aruc Pirrus et lait croire à Nicostrate que co qu'il a va n'est point vrai. 4, + + + . .

Nouvirre X, — Deux Siennois aiment ans dame commère de l’un deux. Le compère meart et revient trourer son ami, selon la pre me:se qu'il lai avait faite, et lui raconte ce qu'il y a dans l'autre monde. . , ,

Dans laquelle, sous le gouvernement de Lauretta, on devise des tromperies qu» chaque joar les femines font aux Sommes, de celles que les homm:s {oat «u femmes, où de celles que les hommes se font entre eux. . . .

Norverrr I, — Galfardo obtient de la femme de Gussparruolo de coucher avec elle moyennant ons somme d'argent. 11 empru*e la somm2 au mari et la donn: à la dame, Puis,en présence de certte dernière, il dit a Guasparraolo qu'il a renda à sa femme l'argent prèté et celle-ci est obligés de dire que e'est vrai. . . . . + + + + + + + « + + +

Nouverrce II, — Le curé de Varlango eouche avee Monna Belcolore. Il lui laisse en gage son manteau et lui emprunte un mortier, Qurique temps après il lui renvoie le mortier en lui faisant & 3emander le manteau qu'il dit lui avoir laissé en garantie. La dame rend le manteauen cxlalant sa mauvaise humeur par ua proverbe de eirconstance. + + + +

DS

Nouvezze [!1, — Calandrino, Bruno et Buffamalco vont dans la plaine due

Mugnon chercher la pieire précieuse appelée l'Elitropia. Calandrino croit l'avoir trouvée. Il revient chez lui chargé de pierres, Sa femme l'ayant querellé, il entre en colère et la bat, puis il raconte à ses compagnons ce qu'ils savent mieux que Lui. . . . , . . + + + + + + +

Novuvesre IV, — Le prévôt de Fiesole aime une dame veuve dont il n'est point aimé. Il couche avec sa servante croyant coucher avec elle, et les frères de la dame, d'accord avec celle-ci, font de telle sorte que le prévôt est trouvé par son évèque couché avec la servante, , , . . . . .

Nouvecce V. — Trois jouvenceaux tirent les culottes à un juge marquisan venu à Florence, pendant qu'il tenait l'audience sur son siège, . ,. .

Nouvezze VI. — Bruno et Buffamaleco volent un cochon à Calandrino ;

pour le retrouver, ils lui font une épreuve magique qui consiste à avaler des pilules de gingembre préparées pour les chiens, et dont le résultat

est que c’est Calandrino qui a volé lui-même le cochon. Ils finissent par.

lui faire donner de l'argent pour qu'ils ne le disent pas à sa femme, .

Nouvezze VII, — Un écolier aime une dame. Celle-ci amoureuse d’un autre le fait rester toute une nuit à l’attendre dans la neige, L'écolicr, pour s’en venger, trouve à son tour le moyen de faire rester la dame toute nue, pendant une nuit et un jour, en plein mois de juillet, au sommet d’une tour exposée aux mouches, aux taons et au soleil, , .

Nouverte VIII, - Deux hommes mariés se fréquentent journellement ; l’un deux couche avec la femme de l’autre, lequel s’en étant aperçu, s'entend avec la femme du traitre pour enfermer celui-ci dans une caisse sur laquelle ils prennent ensuite tous deux leurs ébats, , , . . . . .

Nouvecce 1X, -—- Maître Simon, médecin, ayant été conduit de nuit en cer-

tain lieu par Bruno et Buffamalcco pour fairo partie d’une troupe qui :

allait en course, est jeté par Buffamalcco dans une fosse d’ordures et y at laine, 4, ne ele De lue: Des VS ee dé 4 ete ve

Nouvezce X.— Une Sicilienne enlève par ruse à un marchand l’argent qu ‘il avait apporté à Palerme ; celui-ci y étant revenu et feignant d'y avoir «apporté encore plus de marchandises que la première fois, emprunte de l'argent à la dame et lui laisse en paiement de l’eau et de l’étoupe.

Dans laquelle, sous le commandement d'Emilia, chacun devise eomme il loi plait et de ee qui lui agrée le mieux, , . . . . . . . .

NouveLce I. — Madame Francesca, aimée d’un certain Rinuccio et d’un certain Alessandro, et n’en aimant aucuns, s’en débarrasse adroitement en faisant entrer l’un däns un tombeau comme s'il était mort, et en faisant que l'autre aille l'en tirer, de sorte que ni l’un ni l’autre ne peuvent arriver à leurs fins, , . . . . . . + »s + + + + + + .

Nouveuz Il, — Uneabbesse se lève en toute hâte et dans l'obscurité, pour aller surprendre au lit une de ses nonnes qu'on lui avait dit ètre couchée avec son amant. Étant elle-même couchée avec un prètre, elle croit

- mettre sur sa tète son voile appelé psautier, et y met les culottes du prêtre ; ce que voyant la nonne accusée, elle l'en fait apercevoir, est absoute et peut tout à son aise rester avec son amant, . , + «+ «+

Nouveze III, — Maitre Simon, sur les instances de Bruno, de Buffamalcee et de Nello, fait croire à Calandrino qu'il est en mal d'enfant, Ce der-

œsr, ra œuiss de mtl-sine, donne ant eictits coniperes dee chsruns et de larzcat et goéat suns acccaicher DR TUE Nourrute IV, — Crero For'errso age oiter quil pose ln ainai que l'argent de Crers Anse sion pon maitre pois il se met À cotrir enrheinise aprisce Jd'rner, diount Gal l'avait os 5 il le fuit prenûre par desrave sane,ruvet ss hab.te, monte sur son ch: val etrevintenla saint Anzishion DONS LS ner ét de Ne DU RS een ge Nocvrrre, V, — Ca'indoiro s'amograche d'ons june fl, Fruno lui fat en Lalisman sons vrais décrit, cn lui disait qu'aucetot qu'il en touc:rrait la june fi'e, cnile.ei lo asivrait, Cianlrino avant cbtne on rendes-voas, sa feame le surrrend cf fait prand tarase

Nogvetim VI. — D'ut jeunes gens logsnt chez on hotline, L'an co". avec sa Ge, l'autre avre sa femme, Cri qu avt coucleé avre late eoach= ensuite dune ls mme it que + pre auquel il raconte tout, eroyant ls dra À so romrasuon, Une dHssits s'ensat, La femme de l'hôteliee, étant allée dans lo Dit de la fie, arranse tout avre errtains paroles, , . ee en ee ee ee ee je +

Nouvstce VIL — Talano dit Malees rève qu'un loup déchire la gorge et le visage de sa femmn : il Jai dit d'y prenur* garde ; ella n'en fait ren, et la chose lui arrive. . . . . +. . . ee + + + «+

Nouesucs VIII, — HBonde!llo se joue de Ciacco en lai faisant faire on magvais dé euner ; ds quoi Ciacco se venge cauteïous-inent en faisant battre Lioni la . D . . . . . . . . . . . . e e. . . .

Nouverie IX. — Dax jeonrs gens deminlnt cons-il à Salomon, l'an pour savoir eomm ntil posrrait étre aime, l'autre comment il pourrait corricer sa f'mme aciriâtre, 11 répond ao sreimicr d'aimer, età l'autra d'ailer ag Pont-anr Des ss

Nocvruie X. — Maître Jean, sur les instancrs do son eompère Pisrrs, fait on enchan‘ement pour changer la fimma dx eslui-ei en jnment, Quant il en visat À appliquer la qu'us, compire Pierre, disant qu'il n'y voulait pas de qurue, cite tonte l'opérat on. . , + + + + + +

Dans laquelle, sous le gouvernemant de Pamphile, on devise de ceux quai per libéralité oa par munificence, ont fait œuvre d'amour oa autre, ,

Novvreze I, — Un chevalier sert le roi d'Espagne. I eroit en être mal récompensé ; sur quoi le roi lui prouve que ce n'est pas sa faute, mais bien celle de sa mauvaise fortune, puis il lui fait de mazn:liques jré-

sents. e e e e L} e e e e e e e e e. 3 e e e e e e. .

Nouvaurs 11.— Ghino di Tscco fait prisonnier l'abbé de Cluny et le guérit d'une maladie d'estomse ; puis il lui rend la liberté, L'abbé, de retoar à Rome, réconcilie Gbhino avec le pape Boniface et le fait nommer prieur de l'hôpitd. , . . ee + ee + + + + «+

Nouvercs 111. — Mitridanes, envieux de la générosité de Nathan, et étant allé pour le tuer, lai parle sans le connaitre. Nathan Jui indique Île moy'n d'atteindre son but, et Mitridanes va l'attendre, selon ses indications, dans un p:tit bois où, l'ayant reconnu, il na honte de son crie

et devient son ami, , eee °° . + ee

œ es -J

Nouveuce IV. -— Messer Gentile de Carisendi, de retour de Modène, tire du tombeau où on l'avait ensevelie comme morte, une dame aimée de lui. Revenue à elle, cette dame accouche d’un enfant mâle, et messer Gentile la rend, elle et l'enfant, à Niccoluecio Caccianimico, son mari. .

Nouverre V, -— Madame Dianora demande à messer Ansaldo un jardin aussi beau en janvier qu’au mois de mai. Messer Ansaldo, avec l'aide d'un nécromancien, le lui donne, Son mari lui aecorde la permission de se mettre à la disposition de messer Ansaldo, Celui-ci ayant appris la générosité du mari, la relève de sa promesse, et de son côté le nécromancien, sans rien vouloir de lui, tient messer Ansaldo pour quitte, .

Nouverve VI. — Le roi Charles le Victorieux, étant vieux, devient amoureux d'une jeune fille, Rougissant de son fol amour, il la. marie honorablement ainsi qu'une d= ses sœurs, . . . . . . . . . . .

Nouvezze VII, — Le roi Pierre «yant appris le fervent amour que lui portait Lisa, va la voir pendant qu'elle est malade etla console, Puis il la marie à un gentil chevalier, la baise au front, et dès ce moment se. proclame pour toujours son chevalier. . , . . . . . . . . . .

Nouvezce VIII, -— Sophronie se croyant la femme de Gisippe devient celle de Titus Quintus Fulvius et part avec lui pour Rome où Gisippe arrive lui-mëme en pauvre état, Se croyant méprisé par Titus, il s'accuse d'avoir tué un homme afin de trouver la mort. Titus l'ayant reconnu, se déclare l’auteur du meurtre pour sauver Gisippe ; ce que voyant, le véritable coupable se dénonce lui-mème. Sur quoi, tous sont mis en liberté ar Octave, et Titus donne sa sœur pour femme à Gisippe et lui fait partager tout son bien, , . +. , + = « + + + + + + + + + :

Nouverre IX, -— Le Saladin, déguisé en marchand, est honorablement traité par messer Torello. Ce dernier, partant pour la croisade, fixe à sa femme un délai pour se remarier, Il est fait prisonnier et est conduit vers le Soudan en qualité de fauconnier. Le Soudan le reconnait, se fait reconnaitre par lui et le comble d’honneurs. Messer Torello tombe malade et est transporté en une nuit à Pavie par l’art d'un magicien. Il assiste aux noces qui se faisaient pour sa femme qui se remariait, est reconnu par elle, et rentre avec elle dans sa maison, ,. . . . . . . . .

Nouvezce X. — Le marquis de Saluces, forcé par les prières de ses vastaux de prergre femme, afin de la prendre à sa fantaisie, épouse la fille d'un vilain de laquelle il a deux enfants qu'il fait semblant de faire tuer. Puis, dorinant à croire à sa femme qu'il ne veut plus d'elle et qu'il a

- pris une autre femme, il fait revenir chez lui sa fille comme si elle était «a nouvelle femme, après avoir chassé la première en chemise, Quand il « vu qu’elle prenait toutes ces épreuves en patience, il la reconduit dans sa maison, la tenant pour plus chère que jamais ; il lui montre ses enfants devenus grands et l'honore et la fait honorer comme marquise.

CoxcLusion pb L'AUTEUR, « + + + + + + + + . + + + ©

Caniset

Extrait du Catalogue de la BIBLIOTHÈQUE- CHARPEN à 3 fr. 50 le volume 7 EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 11, RUE DE GRENELLE

Page 1