ACTE I, SCÈNE VIII f
MARIANNE
Il y a trop longtemps que je courbe la tête. Je prends mon parti de riposter, en une fois, à toutes les insolences dont je fus la cible. Jadis, c'a été l'abandon; maintenant, c'est la calomnie! Demain les préjugés vont tirer sur moi : je m'en moquerai! Si j'ai passé pour la maîtresse de Guillaume, j'entends me réhabiliter à ma façon, comme la loi m'y invite, en devenant sa femme, régulièrement, légitimement.
MADAME VILARD-DUVAL
Marianne, ce n'est pas toi, mon enfant, qui me menaces d'un acte de révolte?
MARIANNE
Pour un acte aussi grave, mon père, qui pourtant vous respecte de toute son âme, mon père m'a promis que, fût-il seul à m'accompagner, je l'aurais à mon côté!
MADAME VILARD-DUVAL, se retirant.
Ah!,.. C'est bien!... c'est bien!... Achevez ensemble votre complot contre moi!
fS LEDÉDALE
MARIANNE, la retenant.
Mère chérie, dans la minute où nous sommes, ne me jugez pas à votre mesure, mais selon ce que je suis! Je n'aperçois de mal qu'à vous désobéir; je n'en aperçois pas à me remarier... Vous qui m'avez toujours été bien maternelle, examinez si votre devoir le plus tutélaire, le plus pieux, n'est pas de m'épargner une transgression de votre volonté. Rendez-moi libre de mon destin, permettez-moi de l'accomplir innocemment !
MADAME VILARD-DUVAL
Que te répondre?... Tous mes sentiments s'entre-déchirent!... Non, je ne peux pas renier ma croyance!...
MARIANNE
Maman!
MADAME VILARD-DUVAL
Mais jamais non plus je n'irai jusqu'à te maudire. Aurais- tu commis un crime, tu serais toujours ma fille!
(Elle s'éloigne vers la porte de gauche, au deuxième plan.)