SCÈNE VIII
HENRIETTE, JAQUELINE, de côté.
HENRIETTE , se croyant seule.
Oui : je suis piquée Cette riche succession a séduit mon père si je puis la faire disparaître.,.. Cet
oncle... C'est cela; du courage! rappelons-nous qu'à ma pension je passais pour la plus espiègle.... [elle se retourne , et aperçoit Jaqueline.) Allons , ma pauvre Jaqueline , sèche tes larmes.
JAQUELINE , d'un ton piteux.
J' peux pas , Mam'zelle ; car, enfin, si mon père pleure son jardin , moi , j' peux ben pleurer mon amoureux.
HENRIETTE , se rapprochant d'elle. Ton amoureux ?
JAQUELINE , à part,
ûre d< ont toutes.
HENRIETTE
Et est-il bien , ce jeune homme ?
JAQUELINE
Mon amoureux ! Ah ! dame , j' m'en vante.
Air : Mon dernier mot, V v'ih. ( D'Amc'dée de Beauplan. ) Ce n'est pas qu'à sa ligure On ne trouve quelques défauts ; Ses yeux n' sont pas des plus beaux , Il est ben gauch' dans sa tournure , Et n' danse jamais en mesure, Il a la têt' si dure !...
Mais on en dira Tout ce que l'on voudra , Jean-Louis me plaît comme cela;
Mais on en dira
J'étais sûre de l'intéresser avec ce mot-là 5 elles en
Tout ce que l'on voudra , >
Tel qu'il est ,
Il me plaît, (bis.)
Il m' plaît.
Deuxième couplet.
J' sais ben que d' son caractère Dans le village on me'dit ; Il n'est pas fort sur l'esprit, Mais en ménage on n'y tient guère, Et quand il se met en colère , Elle fait le signe de souffleter*
Il a la main légère.
Soupirant.
Mais on en dira
Tout ce que l'on voudra ,
Jean-Louis me plaît comme cela;
Mais on en dira
Tout ce que l'on voudra ,
Tel qu'il est,
Il me plaît , (bis.)
Il m' plaît.
HENRIETTE
Pauvre petite... il faut l'épouser.
JAQUELINE
Bah! si mon père est renvoyé, il va me planter là.
HENRIETTE
Tu crois qu'il serait, assez léger...
JAQUELINE
Ah ! mon dieu 5 on ne voit <jue ça ! L'année est si mauvaise !
HENRIETTE
Eh bien! j'ai un projet... s'il réussit, je me charge de placer ton père, et de te faire épouser ton amoureux • mais il faut que tu m'aides.
SCEJNE VIII. 25
JAQUELINE
Oh ! ben volontiers j de quoi s'agit-il ?
HENRIETTE
Il faut de l'adresse.
JAQUELINE
C'est mon fort.
HENRIETTE
De la discrétion.
JAQUELINE
Ca... c'est mon faible... mais je me tiendrai. HENRIETTE , tirant une lettre de sa ceinture.
Justement, la dernière lettre de ma cousine, c'est tout ce qu'il me faut.... Tiens, tu vas prendre ce papier, et me l'apporter ici.
JAQUELINE
Puisque vous l'avez , c'est pas la peine que je vous l'apporte.
HENRIETTE
Si fait, tu me diras bien haut : « Mam'zelle , v'ià une lettre qu'est sûrement tombée de vot' sac , quand vous avez pris ' ot' mouchoir, » Cela n'est pas difficile.
JAQUELINE
>7on... y.'n ben! la v'ià. (très-haut.) Mam'zelle vlâ ».ne letLr i. ..
HENRIETTE
EH î non , pas encore ; quand M. Michel sera là.
JAQUELINE
Ah! c'est donc pour lui faire une niche?... Oh! ben, j'en suis ; quand ce ne serait que pour me venger.
HENRIETTE
Je l'entends... vite , à ton rôle.
Elle s'assied de côté , et Jaqueline se cache.