SCÈNE XII
MICHEL , GERVAIS , Un paquet sous le bras.
GERVAIS, à part.
Jaqueline n'est pas revenue, j'vois bien qu'elle n'aura pas réussi, et qu'il faut partir, (s' approchant.) L' bourgeois va me donner encore un savon. MICHEL , d'une voix douce , et le regardant d'un air attendri.
Que voulez- vous , mon bon Gervais ?
GERVAIS , à part, étonné.
Quelle drôle de figure qu il me fait? est-ce quïl est indisposé? (haut.) Pardon, excuse , Monsieur... je venais vous rendre les clés , et vous faire mes adieux. MICHEL ^feignant l'étonn entent.
Vos adieux? et pourquoi, mon estimable ami?
GERVAIS , à part.
Son estimable ami ! ils' moque de moi. (haut.) Dam' , puisque vous me mettez à la porte.
MICHEL , vivement.
A la porte! un vieux et honnête serviteur de mon oncle ; je serais assez ingrat... Vous m'avez mal compris... digne Gervais, ou plutôt vous devez pardonner au désordre , au trouble de mes esprits. . . la perte affreuse que je viens de faire.
GERVAIS , regardant de tous cotés.
Vous avez perdu queuqu' chose ?
MICHEL , tirant son mouchoir.
Ce bon et excellent parent, cet oncle respect able....
GERVAIS
Votre oncle ! vous y pensez encore !
MICHEL
Il est toujours devant mes yeux.
GERVAIS
Vous ne le connaissiez pas.
MICHEL
Ça ne fait rien .
GERVAIS
Vous ne l'aviez jamais vu.
Raison de plus.
GERVAIS
Et puis , y a si long-temps qu'il est mort. MICHEL , à part.
Comme il me tâte, l'astucieux vieillard, {haut.) Qu'importe, bon Gervais, le temps ne peut fermer une
plaie aussi profonde je le pleurerai toute ma vie —
plus long-temps même , si c'est possible, (à part.) S'il pouvait nie venir quelques larmes, je les paierais au poids de l'or, (haut.) Oui, cher oncle... si tu m'entendais.
GERVAIS
Ah ça! s'il vous avait entendu à c' matin vos
plaisanteries...
MICHEL , a part.
Ali! diable ! (haut.) Je cherchais ànfétourdir... Devant le monde , j'ai l'air de rire , d'être aimable... mais la vérité est que je ne puis donner le change à cette douleur , qui me mine insensiblement.