SCENE I
JAQUELINE
A cause donc , mon père?
GERVA.IS.
Je n*sais pas... d'abord j"aime pas les maîtres qui ont un air de vous commander. . . qui comptent leurs poires, leurs asperges, et qui sont toujours à crier qu' vous mettez du fumier dans vot' poche; d'ailleurs, c'est un faiseur d'embarras. Tu verras qu'il voudra tout changer ici... mettre des pois où il y avait de l'oseille , des carottes à la place des le nulles , et un autre jardinier à la mienne.
JAQUELINE
Vous croyez?
Air : On culbute par compagnie.
Pardin' , ne va-t-il pas avoir
Autour de lui , ses criatures !
C'est de mêm' , comme on peut le voir ,
Aux ministèr's, aux perfectures.
L* supérieur qu'on vient de chasser
W sort jamais seul , craint' qu'y n' s'ennuie,
Et c'ti-là qui vient 1' remplacer
Arriv' toujours en compagnie.
C'est pour ça qu'il n' faut jamais être de la société d' ceux qui partent.
JAQUELINE
Ah! ben... v'ià qu' vous m' fait's peur... si vous perdiez vot' place, qu'est-ce que d'viendrait donc mon mariage avec Jean-Louis , le garçon traiteur?
GERVAIS
Dam', si j' suis mis à la réforme, faudra ben qu' tu sois à la d'm i-solde , tu resteras fille.
JAQTJELINE.
Rester fille ! par exemple ; je n'entends pas de c't' oreill'-là...
gervais.
Tais-toi donc ! Qui est-ce qui vient par ici?
JAQUELINE
C'est not' maître , lui-même , qui sort de la salle à manger , avec son cousin , M. Edmond, l' jeune médecin , qui est ben gentil , celui-là , quoiqu'il n'hérite pas... et puis , mam'zelle Henriette , la fille de c' vieux papa qui s'extasie d'vant chaque salade.
GERVAIS
Vite, ayons l'air d'être à l'ouvrage. . . ça donne bonne idée à de nouveaux propriétaires. Cueille des fleurs pour le salon ., moi , j' m'en vas ratisser par ici. Ils se retirent de côté, et reparaissent de temps en temps,