ST. JEAN
C'est SOUS le règne de Stanislas -Auguste Poniatowski (1764 — 1795) que s'accomplit le triple désastre de la Pologne.
Cette grande catastrophe a un caractère tout particulier et qui domine encore l'époque actuelle. Tant de nations ont péri ! La chute d'un grand état est même dans les probabilités de son avenir. Pourquoi la chute de la Pologne a-t-elle encore du retentissement? D'où vient cette vitalité qui produisit en 1794 — 1806, 1814 — 1830,**) ces terribles secousses données à la pierre funéraire que scellèrent, sur sa tombe les démembrements successifs? D'où vient qu'il y a encore des Polonais, et que cependant il n'y a plus de Pologne? Pourquoi ce cadavre, tant de fois proclamé par ses spoliateurs bien et dûment enterré, est-il encore saignant? C'est que le démembrement arriva au moment où la nation, reveillée enfin, par sa première spoliation de son honteux assoupissement, sentit qu'il fallait songer à guérir le mal dans une de ses
*) Préface de ]a troisième édition, publiée à Paris, en 1837. *♦) et en 1863.
racines, dans Félection, le libenim veto, la mauvaise gestion financière, Tabsence d'une année permanente, et que sa régénération , politique autant que morale , s'accomplit dans l'intervalle qui sépara le premier partage, de 1773, du second, qui fût fait en 1793. — Certes, si le coup fatal avait été porté sous Auguste III, il en serait arrivé de la Pologne ce qui, peu d'années après , arriva de Venise. Une parole de Napoléon renversa l'antique édifice de huit siècles, et le cadavre tomba en pourriture : car tout y était pourriture ; mais le germe de la vie avait refleuri, et si cette réforme toute spontannée a rendu d'un coté l'agonie plus cruelle et plus douloureuse, de l'autre elle a maintenu le principe vital, que la Providence a miraculeusement conservé pour l'accomplissement de ses vues.
La publication de M. de Raumer, conseiller privé, professeur d'histoire à la faculté de Berlin (Païens Untergan^)^*) que j'offre aujourd'hui au public français , à part son incontes-
*) M. Frédéric de Raumer est mort à Berlin, en 1873, âgé de 92. ans.
Son oeuvre „Poîetis Untergang,"^ a paru pour la première fois à Leipzig, en 1832, dans son Annuaire intitulé: „Historisc?ies Taschenhuch^ — La traduction française a été publiée à Paris, dans mon Album: la Vieille Pologne, en 1835; — la seconde édition en 1836; — et la 3e édition, en 1837. Une traduction polonaise de ce livre se trouve dans mon recueil intitulé: Teka narodowa (Portefeuille national) publié à Berlin en 1870.
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table mérite littéraire, est faite pour exciter au plus haut degré l'intérêt et la curiosité. — Jusqu'à ce moment la dissection de la Pologne n'avait été décrite que par des Polonais, ou par des écrivains originaires des nations qui sympathisent avec les vaincus. Nous voyons maintenant le même sujet traité par un Prussien, professant l'histoire au coeur de la monarchie de Frédéric. — Certes , cette plume là ne sera pas accusée de partialité pour les souffrances de ce pays, et pour l'horrible iniquité de cette longue chaîne de forfaits et de turpitudes qui finirent par le livrer, garrotté par surprise plutôt que par une franche conquête, entre les mains de ses ennemis. Et cependant, jamais ces ennemis n'ont été flétris plus energiquement que par M.. de Raumer; et M. de Eaumer, je le répète encore, a écrit à Berlin , et y jouit d'une haute faveur.
Paris, le 29 Novembre 1837.
CHARLES DE FORSTER
c. d. llajor d'Etat-major général de raxmé« polonaise.