ACTE II, SCÈNE 11. kl
LE MARQUIS
Vous m'avez déjà fait celle demande, ma chère Suzanne; nous nous sommes expliqués sur ce sujet, je crois donc inulile d'y re- Tcnir... Vous avez à me parler, je vous écoute.
SUZANNE
Vous m'avez dit que, quoi qu'il arrivât, je vous trouverais toujoiu^s disposé à me rendre service.
LE MARQUIS
Je vous le répète.
SUZANNE
Mais d'un ton si froid aujourd'hui fjiie je ne sais s'il ne sera l>oint indiscret à moi de compter sur votre promesse.
LE MARQUIS
Je ne crois pas vous avoir jamais rien promis que je n'aie tenu. Je vous parle sur le ton qui convient à mon âge; le moment est venu où je dois me souvenir que je n'ai plus vingt ans, ni môme quarante; je ne dois plus être, sous peine de ridicule, que ce que je suis réellement, un vieillard heureux d'èlre utile, si cela lui est possible, à ceux qu'il a pu ennuyer quelquefois et qui ont eu la générosité de ne pas le lui faire sentir.
Alors je vous répondrai sur le même ton. Je vous dois tout, monsieur le marquis; vous pouvez l'oublier, vous qui êtes le bienfaiteur, je ne l'oublierai jamais, moi qui suis l'obligée. Vous pouviez n'avoir pour moi qu'une fantaisie passagère, vous m'avez honorée d'un peu d'amour.
LE MARQUIS
Suzanne!...
SUZANNE
Je n'étais rien, vous m'avez faite quelque chose; c'est par vous que j'ai ma place dans un monde qui est une déchéance p<^»ur les femmes parties d'en haut, mais qui est im sommet pour moi qui suis partie d'en bas. Mais, vous le comprendrez facilement, la position que vous m'avez faite, bien que je n'eusse jamais osé y prétendre, du moment qu'elle existe, a dû faire naitre rn moi certaines ambitions <pii en étaient la conséquence inévitable. Au point où j'en suis, il faut ou que je retombe plys bas que je n'éUiis, ou que je monte jusqu'en haut. Le mariage seul peut me donner ce qui me manque.
tiS LK DKMl-MONDK.
LK MAUQUIS.
Le mariage?
SUZANNE
Oui.
LE MARQUIS
Vous êtes ambitieuse.
SUZANNE
Ne me découragez pas. Je m'étais dit, comme vous vous le dites en ce moment, que c'était chose impossible, car il me fallait trouver un homme assez confiant pour croire en moi', assez noble pour m'imposer au monde, assez brave pour me défendre, assez amoureux pour me donner toute sa vie, assez jeune, assez distingué, assez beau pour qu'il pût se croire aimé, pour que je l'aimasse.
LE MARQUIS
Et vous l'avez trouvé ce mari assez confiant, assez noble, assez amoureux?
SUZANNE
Oui.
LE MARQUIS
Et il est assez jeune pour se croire aimé?
SUZANNE
Il est assez jeune pour que je l'aime.
LE MARQUIS
Vous l'aimez?
SUZANNE
Oui. Qae voulez-vous? on n'est pas parfaite.
LE MARQUIS
Et cet homme vous épousera?...
SUZANNE
Je n^ai qu'un mot à dire pour qu'il me le demande.
LE MARQUIS
Pourquoi ne l'avez-vous pas encore dit ?
SUZANNE
Parce que je voulais vous consulter auparavant. C'était bien le moins.
AC'IK II, SCKM-: II. k^