‹ Le Demi-monde; comédie en cinq actes, en proseChapitre 16 sur 111 · ACTE L SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE L SCENE IV

ne vous aimais pas. Car j'ai fait ce que j'ai pu pour être jalouse, et je ne l'ai pas été.

OLIVIER

Et comment se fait-il que vous ne m'ayez pas parlé plus tôt de madame de Lornan?...

SUZANNE

Pour vous en parler, ii eût fallu vous dire de choisir entre cette femme et moi. Comme c'était nouveau pour vous, j'aurais été sacrifiée, mon amour-propre en eût souffert ; je ne le vouais pas.

OLIVIER

Eh bien, vous vous trompiez; j'allais en effet chez madame de Lornan, mais elle n'était, n'est et ne sera jamais qu'une amie pour moi.

SUZANNE

Ceci ne me regarde plus. Vous pouvez aimer d'amour qui vous voudrez, je ne vous demande que votre amitié, me la donnez-vous?

OLIVIER

A quoi bon? puisque vous partez.

SUZANNE

Au contraire. Les amis sont plus rares et plus précieux de que de près.

OLIVIER

Dites-moi toute la vérité, alors.

SUZANNE

Quelle vérité?

OLIVIER

Pourquoi partez-vous?

SUZANNE

Pour partir.

OLTVIER.

11 n'y a pas d'autre raison ?

SUZANNE

Pas d'autre.

OLIVIER

Restez, alors.

SUZANNE

Non, il y a des raisons pour que je ne reste pas.

OLIVIER

Vous ne voulez pas me les dire?

SUZANNE

Demander une confidence en échange de son amitié,, ce n'ec* lus donner son amitié, c'est la vendre.

OLIVIER

Vous êtes la logique en personne. Et jusqu'à votre départ?

SUZANNE

Je reste à la campagne. Je sais que la campagne vous ennuie, c'est pour cela que je ne vous offre pas d'y venir.

OLIVIER

Très-bien. Ah ! c'est un congé en bonnes formes, et mon rôle d'ami ne sera pas difficile.

SUZANNE

Plus que vous ne le croyez; car par le mot amitié je n'en tends pas cette banalité traditionnelle que tous les amants s'offrenen se séparant et qui n'est que le denier à Dieu d'une indifférence réciproque. Je veux une amitié intelligente, efficace, synonyme de dévouement et de protection, si besoin est, de discrétion surtout ; vous n'aurez peut-être qu'une fois, et pendant cinq minutes, l'occasion de me prouver cette amitié, mais cela me suffira pour y croire. Est-ce dit?

OLIVIER

C'est dit.

LE DOMESTIQUE, paraissant.

Monsieur Raymond de Nanjac fait demander si monsieur peut le recevoir. Voici sa carte; il vient de la part de monsieur le comte de Latour, et dit que monsieur l'attend.

OLIVIER

C'est vrai. Je suis à lui tout de suite.

SUZANNE, au Domestique.

Attendez. Voyons cette carte.

OLIVIER

La voici.

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