ACTE I, SCÈNE I
OLIVIER
Oh ! non...
LA VICOMTESSE
Mon cher, vous pourriez plus mal tomber.»»
OLIVIER
Quand on tombe, on ne tombe jamais bien,.,
LA VICOMTESSE
Du reste, nous avons mieux que vous.,»
OLIVIER
Etes- vous sûre?...
Vous êtes de petite noblesse... et vous n'êtes pas riche f ...
OLIVIER
Trente mille francs de rentes...
LA VICOMTESSE
En rentes?...
OLIVIER
En terres...
LA VICOMTESSE
Ah! ce n'est pas mal cela; mais vous avez une famille ?...
OLIVIER
On a toujours une famille ; mais ma famille se réduit à ma mère, qui s'est remariée, et comme j'ai dû plaider avec son mari, à ma majorité, pour rentrer dans la fortune de mon père, nous nous voyons rarement et je crois qu'elle ne m'aime pas beaucoup. Une mère veuve ne devrait jamais se remarier... En rayant de sa vie le nom du père de ses enfants, elle devient presque une étrangère pour eux. Voilà, ma chère vicomtesse, comment il se fait que j'ai été, si jeune, livré à moi-même, que j'ai fait des folies et des dettes que j'ai payées depuis, et que je suis maintenant un homme trop raisonnable pour épouser votre r^ôce, bien que je la trouve charmante, qu'elle ait pour moi une grande qualité, celle d'être orpheline, et que j'aie eu un instant la crainte de l'épouser.
LA VICOMTESSE
Vous!...
Moi... je devenais tout bonnement amoureux d'e\le, et si j'avais continué à aller chez vous,, comme je suis un honnête homme, j'aurais fini par vous la demander, ce qui eût été une folie...
LA VICOMTESSE
Parce qu'elle n#a pas de fortune ?...
OLIVIER
Cela m'était bien égal, je ne suis pas homme à faire un mariage d'argent. Non, il y a une autre raison...
LA VICOMTESSE
Laquelle?...
OLIVIER
Nous autres hommes du monde, nous ne sommes pas si bêtes que nous en avons l'air, et quand nous nous marions, c'est pour trouver dans notre femme ce que nous avons inutilement demandé aux femmes des autres, et plus nous avons vécu, plus nous tenons à ce que la femme que nous épousons ne connaisse rien de la vie. Ce petites demoiselles qui ont avant leur mariage une réputation toute faite d'esprit et d'indépendance, font des femmes déplorables. Voyez madame de Santis.
LA VICOMTESSE
Mais, Marcelle n'a pas le caractère de Valentine.
OLIVIER
Ce qui n'empêche pas madame de Santis, séparée d'un mari inconnu, compromise et compromettante comme elle l'est, d'avoir pour amie intime mademoiselle de Sancenaux, votre nièce. Voyons, madame de Santis est-elle une société pour une fille de dix-huit ans ?...
LA VICOMTESSE
Que voulez- vous? Marcelle n'a pas beaucoup de distractions je n'ai pas de fortune... Madame de Santis aime le spectacle,, elle a une voiture, Marcelle en profite. Il faut bien que cette enfant s'amuse... Elle ne fait pas de mal, après tout...
OLIVIER
Elle ne fait pas de mal, mais elle donne à penser qu'elle en fait, et elle en fera.