‹ Le Démon de la nuit, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 29 sur 41 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MATIHLDE, LE COMTE.

Mathilde, tremblante , à part. Je n'ose lever les veux!...

LE COMTE, s’approchant d’elle. Mathilde... ma cousine... pourquoi vous détourner de moi?... ne tremblez pas... je ne veux que vous plaindre et vous venger!...

ATAiniLDL. Me venger !...

LE COMTE. .Venger ma famille outragée en vous... par un traître qui vous a trompée!...

MATniLDF. , vivement. Oh !... non... ( Se reprenant.) Je ne crois pas.

LE COMTE. Ecoute, Mathilde... nous tommes seuls... tu sais si tu in'es chère , à moi , le compagnon , l'ami de ton enfance!... J’ai partagé tes premiers jeux...

j’ai essuyé tes premières larmes... ton père mourant t’a confiée à mon honneur, et je jurai, en te pressant dans mes bras, d’être ton protecteur, ton époux!...

MATHILDE, avec émotion . Oh! oui, je me le rappelle...

LE comte. Eh bien !... au nom de cette amitié, de ces sermens..* au nom de ton père... dis-moi, Mathilde, celui qui a pénétré jusqu’à toi pour surprendre ton amour...

: la jiüit. * •*

Am it*Yeha.

Rcpon ils , quel e»t-»l ?

MATHILDE

Je l'ignore :

Tour le connaître, il faut le voir.

le comtr , avec violence.

\ . . utMix , je t\ n prie encore!

Sou nom? «on noru? ah ! tu doi» le «avoir...

MATHILDK.

CY»t moi seule au monde qu'il aime :

l)e lui c’est tout ce que je sait ..

Il m'aime, et pour l'aimer de ruétne J’ai cm que j’en savais asse7. !

LE comte. Qu’il vienne donc alors!...

qu’il vienne demander ta main... ici, devant moi... devant toute la cour!... s’il est noble, s’il est digue de toi , qu’il vienne réparer l’outrage qu’il nous a fait, ou affronter ma colère !

MATniLDE. Prends garde!... celle colère, il peut la braver, elle te perdrait... crains plutôt la sienne ! Ce n’est pas un homme , vois-lu , ce n’est pas un simple mortel , mais un démon , un génie!...

LE COMTE. Oh! Mathilde!... quelle folie ! tu croirais...

MATHILDE, virement. Je crois tout ce qu’il m’a dit... toul-à-l’lieurc encore, je l’ai entendu !...

i.e COMTE. Toi ?...

MATniLDE. Tu souris!... mais rappellrtoi ces récits merveilleux de ma lucre, qui nous faisaient trembler de peur près du foyer de la famille... quand nous étions enfans tous les deux... et si tu savais avec quelle franchise, avec quel abandon il se confiait à moi... oli ! il m’a dit vrai!...

LE COMTE. Eli bien! non... il a abusé de ta crédulité! il t’a trompée, toi, pauvre fille simple et naive, qui n’a? pas su te défendre de sa perfidie !... c’est un homme de cour, un misérable qui t’a perdue, et qui ne reviendra pas!...

matuilde. Tu crois?... ah! ce serait bien mal à lui... car, je le sens, je l’aime... je l’aimerai toujours!... {S'appuyant sur te bras du comte, en pleurant.) Oh! pardon, Oscar!...

Lecomte. Et demain, tu seras bannie de ce palais... tu iras loin d’ici cacher ta lionle qui rejaillira sur ta famille!... Et moi-même, moi, à qui ton amour pour un autre permettait des espérances que mon cœur avait repoussées d’abord ; moi qui suis, qui ne veux plus être que ton frère, à qui puis-je offrir mon nom, dont j’étais fier ce matin encore, et qu’un lâche a rendu la fable de la cour?

MATHILDE. Oscar!., oli ! tu te trompes, je le crois!... j’ai besoin de le croire... il

LB MAGASIN THEATRAL

ne peut pas m'abandonner ainsi!... Mais, moi, vois-tu, j’irai me jeter aux pieds de celle que tu aimes... je lui dirai. .

LE comte. Oh! tais-toi !... tais-toi!...

plus de bonheur pour moi... ma vie t’appartient... je la perdrai à te venger!

m vtiiii.de. Que dis-tu?...

le comte. Quel que soit l*infâuic que tu veux dérober à ma colère... ( mouye. ment de Mathilde} je saurai bien le découvrir!... Mais, avant de risquer mes jours pour loi , je dois veiller encore sur les tiens. Demain, Mathilde, au lever du jour.., si je suis libre enfin... je viendrai te prendre en secret... Prépare-toi à partir, à me suivre dans le vieux château de ton père.

MATHILDE. Que dis-tu?

LB COXTE.

Aib : C'en est trop!

En ces lieux désormais La honte est ton pattage *

Viens , quittons cc palais Pour n'y rentrer jamais !

LB COMTE

Laisse-moi mon courage î Je veux , dans ma fureur.

Ou venger ton outrage ,

Ou mourir de douleur 1

MATHILDE

ENSEMBLE

Je le sens , désormais La honte est mon partage !

Je veux fuir cc palais Pour n'v rentrer jamais !

LB COMTB.

En ccs lieux désormais , etc.

( Il sort rivement par le j on il.)

Mathilde. Ah! Oscar... si bon, si fier de son honneur! il en mourra!...

SCEINli V.

MATHILDE, CAROLINE, M ,u DE LANSTEIN. M»* DE BIRNEFF, AI 11 * DE RANZAli.

(Elles entr'ouvrent la porte k gauche et entrent tontes.)

CAROLINE. Mathilde!...

Mathilde , tressaillant. Ah! j’ai cru que c’était lui!

«! llc DF. LANSTEIN , allant il la porte lie droite. AI”” de Gromincr est rentrée chez elle...

si Ut de birneff. Votre cousin s’est retiré?...

Mathilde. Oui... bien malheureux...

Caroline. Pauvre jeuue homme!...

c’est qu’en effet-, cc doit être terrible d'apprendre qu’un autre... Mais il ne faut pas pleurer pour cela... On dit qu’il aime la sœur de l’envoyé du HanAvre...

M 11 ' de birneff. Pourquoi vous a-t-on reléguée ici ?...

M 11 ' DK RAMEAU. Dans cet appartement?

C aroline. Près de notre gouvernante ?

MATHILDE. C’est que je sms exclue du service de la princesse... c’c.U que je vais vous quitter.

Caroline. Vous?... ah! ma pauvre Mathilde!.:. Mais il viendra vous protéger, lui... vous savez?...

matiiii.de. Je ne le voudrais pas... et pourtant, j’espère...

Caroline. Certainement, il viendra...

il doit être ftdèle. . . autrement, ce ne serait pas un génie, cc serait un homme comme un autre.

MATniiDE. Eh! voilA ce qu’ils disent...

que c’est quelqu'un de la cour.

Caroline. Ah !.. et quand cela serait...

est-ce une raison pour qu’on vous tourmente ainsi?., un amant qui vous a trompée... ce n'est pas votre faute!

toutes. Sans doute !

matiiii.de. N’est-ce pas?...

CAROLINE. Cela se voit tous les jours...

toutes les dames de la cour n’ont pas été exilées pour ça...

toutes , riant. Oui , oui !...

CAROLINE, à mi-voix. Et tenez... vodà M“.* de Gromincr... notre gouvernante...

j'ai entendu dire des choses...

M 11 ' DF. birneff, à la porte à droite.

Chut!...

MATniLDE, de même. Certainement. ..

et inoi-mème , un soir... j’ai vu , sur le mur , une ombre qui sortait de chez elle.

Caroline. Et toulà l'heure encore , près de la terrasse... quelqu’un... je ne sais pas qui... mais bien sûr cc n’élait pas un génie... on voulait la suivre... elle rc|V n dait : Je vous le défends...

toutes, riunt. Ah!... ah!... ah !... \ MATHILDE, écoutant. Silence!... écotllez... j’ai cru entendre...

CAROLINE, écoulant ainsi i/ue le. autres.

Est-ce que c’est son heure?...

(Il 11 * de Laustciu ouvre la fenêtre du fond.

M ,lc nr. birneff. Entre-t-il pas la fenêtre?...

si"* de n.ANZAU. Ou par la porte?. .

ji.vtiiii.de. Je n’entends plus rien...

Oscar a raison... il ne reviendra plus.

CAROLINE. Qui sait?... peut-être... mai»

s’il revient... il faut le connaître...

h' 1 ». pE ianstein. Il faut le voir.

Dig

NüIT.

Mathilde. Oh!... je n'oserais pas...

CAROLINE. Si fâti t. . , farlia. t VO tTC

bougie avec soin...

de birneff. Lorsqu’il entrera...

CAROLINE , montrant la sonnette qui est sur une lubie. Et s’il vous trompait... tenei, vous agiteriez cette sonnette... et aussitôt, nous serions toutes ici...

*'’• DE lanstein. Pour vous défen-

dre...

■"* DE BIRNEFF. Et pour le voir...

TOUTSS SNSElf BLE.

4ia de ta valse de Léotadit .

Bonsoir !

O soir,

U Tiendra , j’espère.

Bonsoir !

Ce soir,

H faudra | .

Oui , je veux | ^ T0,r ‘

MiTBIlBI.

Adieu , du mystère !...

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