MATHILDE, LE PRINCE
LE prince, cherchant. Mathilde!...
MATHILDE, se levant vivement. Ali!... ne m'approchez pas...
le prince. Et pourquoi?... d’où vient ce courroux?...
Mathilde. N 'approchez pas... ou j’appelle à moi...
LE prince. Grands dieux !...
MATHILDE , mettant la main sur la sonnette. Je sonne...
LE PRINCE, d'une voix très-tendre. Oh!..
Mathilde!... veux-tu nie perdre ?... as-tu oublié mes sermens, mon amour, le tien?
\e te l’ai dit.
Ai» nouveau de Duché.
Oui , le tien KH , je l'espère ,
Un charme qui doit me sauver,
Qui «luit inc icmlrc .‘i la lumière,
Au monde où je viens te trouver!
Mon coeur bat par toi qu'il implore ,
Et ma vie est dans ton reparti !
KATHiLor , relevant.
Mon Dieu ! mon Dieu ! pour un vieillard, • Comme sa voix est jeune encore !
LE prince , lui prenant ta main qu’elle retire vivement. Pourquoi donc inc fuir, me craindre? ne suis-je plus ton ami?
MATHILDE. Mon ami!... et vous m’avez trompée... vous m'avez dit que vous étiez de mon âge... à peu prés... que le ciel devait unir nos cœurs rapprochés l'un vers l’autre par un premier amour!... je vous ai cru... je vous ai obéi... je n’ai pas cherché à vous voir, à vous connaître... j’avais confiance!... mais tout à l’heure enfin, je vous ai vu , je sais qui vous êtes...
le prince. Moi !... ( à part ) que veutelle dire ?
Mathilde. Un vieillard... tout courbé... et bien laid , j'en suis sûre...
LE PRINCE, à part rn riant. Oh!... j’y suis... ce pauvre baron!..
Mathilde. Certainement , quand on ment ainsi , on doit être affreux...
LE prince , s’approchant. Oh ! rassuretoi... je ne t'ai pas menti... je ne t’ai pas trompée... et je te jure.
(Il lui prend la main.)
MATHILDE , la retirant. Oh!... ne me touchez pas!...
le prince. Mathilde!...
MATHILDE, qui s 'est approchée de la table , saisissant ta sonnette. Je sonne !...
Ll prince , lui prenant la main et la faisant passer h droite .
Même air,
Mathilde , ne soi» pa* s» prompte !
Mon malheur pu le tien ?
Cède... Il nVat rien que ne surmonte Un amour vrai comme le mien.
De mon <le»tin, que je déploré ♦ la rigueur doit finir plu* tard.
MATHILDE
Mon Dieu ! mon Dieu î pour un vieillard Comme sa main est douce encore !
le prince. Ecoute-moi... je t’avais prévenue... tu m’as désobéi... tu as manqué à tes promesses, tu as voulu me voir... et je t’ai punie... en apparaissant devant toi, romme tu m’as vu... et de cette forme qui t’a effrayée... de cette vapeur qui m’environnait... je me suis échappé comme un sylphe, comme un démon léger pour rendre le calme et l’amour à ce cœur qui est à moi.
MATniLDE. C’était pour me punir...
LE prince. Je suis jeune, te dis-je...
jeune connue toi... {lit embrasse.') Je le le jure...
MATHILDE, passant à gauche. Ah!... je sonne...
LE PRINCE, ri fraye O ciel !...
Mathilde. Eh bieu ! non... non. .. je ne sonne pas!...
LE PRINCE. Tu me perdrais encore... et le vieillard reparailraii...
MATHILDE. Oh! non... j'en ai toujours le cœur serré!... Juge donc, quand on s'est fait un portrait si beau de celui qu’on aime... et puis, étais-je si coupable., de vouloir te connaître... Tu ne sais pas , on m'avait fait peur de toi... (se reprenant) de vous...
LE PRINCE. Oui , on t’a dit que j'éiais lin homme qui ne voulait que te séduire. . . te tromper.
MALTitiDE. souriant. C’est vrai !... tuas donc entendu?..
le prince. Et toi, Mathilde?
MATniLDE. Oh! je ne le crois pas... je ne veux pas le croire... cela me ferait trop de mal... j'en mourrais...
le prince. Non, non... mon atnonr n'est pas un mensonge... jamais on n’en éprouva de plus sincère... depuis le jour où , caché dans le feuillage , je t’entendis ouvrir à tes compagnes ton «ne si naïve et si pure... Au milieu dq toutes ces voix , je ne distinguai... je n’entendis qu’une voix. . c’était la tienne... elle pénétrait
a i’à mon cœur... elle l’inondait de eur et d'amour... •
MATHILDE, passant légèrement sa main sur sa figure. Oh! oui... il est jeune!...
LE PRINCE , rontùasant. De ce moment je sentis que je t'aimais... que ma vie était attachée à la tienne... j’oubliai pour toi mes devoirs, mon rang. (A part.) Ah!...
MATHILDE Oh!... parle... parle cn-
•E DEMON DE LA ITOlT.
care... parle toujours!... Je suis si heureuse... et j’en ai besoin... car , vois-tu , j’ai bien pleuré !... on a voulu me marier. . .
LE prince. Oui, au comte Oscar...
ton cousin...
MATHILDE. Ah !... tu sais ?...( A pari. ) Mais il sait donc tout.
LE prince. Sans doute !... j’étais là...
MATUlLDE. Pas possible!... mais c'est vrai !... tu m'as parlé.
le prince. Et Oscar... tu ne l’aimes donc pas?...
Mathilde. Si fait!... mais , comme un frère, voilà tout... Pauvre Oscar !. .. il me croit trahie. Il se trompe... mais il a tant d’amitié pour moi... Aussi, toi qui es puissant, toi qui peux ce que tu veux...
promets-moi d'assurer son bonheur...
le prince. Je te le promets... et déjà il jouit de la faveur du prince... du prince...
que tu aimes peut-être...
MATHILDE. Non!...
le prince. Oh !... pardonne... mais enfiu, si j'avais un rival dans ton cœur!...
Le soir que je t’entendis, tu disais que le prince...
mathilde. Oh!... tais-toi... tais-toi !..
j'étais bien folle.., n’est-ce pas?... je ne te connaissais pas... et le prince est si bien. . . dans mes rêves de bonheur. . . quand je songea toi... malgré moi je te donne tout ce que j’aime en lui...
Ai» de Tèniers.
Son oir affectueux et tendre,
Sa grâce, ton regard charmant...
Mau que dis-je?
ls rame».
Jo poi» t’entendre!
Sam me fâcher...
Eh! quoi ! vraiment?
l« rames.
Eli ! oui , je l'aime... mieux qu'un frère !
(.'rit le seul homme qu’entre nous ,
Vous aurcs aime sur la terre Sans que j’en poisse être jaloux.
Mathilde. Vrai !... mais tu es mieux que lui. ..Oh ! bienmieux... tu me trouves jolie, lu me parles, tu m’aimes... et lui, il prend avec moi un air de dédain , une voix méchante... 11 me hait.
LE PRINCE , lui pressant la main de ses lèvres. Oh ! non... je ne crois pas... et puis, il faut le plaindre... Il n’est pas libre d'aimer celle qui lui plaît... d’épouser celle qu’il aime..- Il faut qu’il prenne une femme qu’un traité lui impose... un traité qu’il ne peut rompre !...
mathilde. Mais, est-ce ma faute à moi...
et quand je .me suis jetée à ses pieds pour
lui dire que j’étais mariée... car je suis
mariée , n’est-ce pas?... Fallait-il donc qu’il m’abandonnât au courroux de M~* de Grommer... Oh j’étais bien malheureuse... et j’oublie près de toi que je le suis encore!... Mais il faut que tu me protèges , que tu m’enlèves à leur colère.
LE prince , déconcerté. Hem?... comment?.. qu’attends-tu de moi?...
mathilde. Que tu me sauves avant le retour d'Oscar !... Partons !... jesuis prête à te suivre!...
LE prince, à part. Oh! mon Dieu !...
quelle idée!... voilà bien un autre embarras!...
m athilde. Emporte-moi aux lieux que tu habites., au milieu des rochers... dans les nuages... n’importe!... pourvu que je ne sois pas ici... dans cette cour , où tous les regards me font rougir.
LE prince. Nou !... du courage !...
reste...
MATniLDE. Tu es mon protecteur... mon époux !... je te suivrai...
le prince. Mais....
MATHILDE , frappant du pied avec imp tirnee. Mais je le veux !... Ah!... c’est que moi , vois-tu , j’ai une tête...