LC DÉMON DE LA NUIT
séjour si uouveau et si brillant pour moi!., je parlais comme une folle, du bonheur que je trouvais dans ces riches demeures .
au milieu de cet éclat, de ce luxe qui m’enivraient... moi, habituée à une vie simple et obscure dans le vieux et triste château de ma mère-... moi, élevée dans l’exil, si loin de vos palais et de vos fctes.. à chaque aveu de 111a surprise et de mon ignorance , il y avait un grand éclat de rire... car ces demoiselles se moquaient de inoi tout haut...
toutes. Ah !.. c’est vrai !.. matuilde. Et moi, je leur rendais cela tout bas...
TOUTES. Comment...
la baronne. Après?., après?..
matuilde. Enfin , l'une d’elles... c’était M’ 1 * de Lanstein , je crois , me de- * manda quel était le jeune homme de la cour que je trouvais le mieux et qui me plaisait davantage. . .
LA BARONNE. P'ait-il ?...
M 11 ’ de lanstein. Mais , je vous assure...
matuilde. Oh! il n’y a pas de mal...
on se fait souvent de ces questions-là enlre demoiselles. Je ne savais trop que répondre , j’hésitais , je n’avais pas encore fait mes études et mes observations sur ces messieurs.. . comme â présent.. . Cependant, on insista , et j’ayouai que celui que j'aimerais., s'il m'était permis de l’aimer...
c’était le prince Frédéric. . .
Caroline. Rien que cela.
MATHILDE. Non parce qu’il avait une figure charmante... des regards pleins de feu... un sourire enchanteur... je l’avais k peine aperçu , à la cour , de loin... mais à cause de son airde bonté. .. de douceur...
parce que , pour réparer des injustices , il m’avait accordé une place que 111a pauvre mère lui avait fait demander en mourant... par le comte Oscar de Pimer, mon cousin... que vousdirai-je?... parce qn’enfin. mon cœur allait i lui I... Et ces demoiselles de rire de ma naïveté et de ma franchise... quand tout à coup cet éclat de rire fut répété dans le feuillage qui m’environnait... Nous fûmes un moment immobiles d’eflfroï... et quand, revenues à nous, nous voulûmes voir qui nous avait écoutées, il n’y avait personne... personne !... rien qu’un parfum d’ambre , et un léger murmure qui se perdait dans le feuillage.
la babonne. Et vous avez supposé que c’était...
mathilde. Le démon de la nuit 1 .., * toutes. Oui... oui!...
LA baronne. Vous croyez?...
mathilde , vivement. Oh ! maintenant , j’en suis sûre !...
la baronne. Comment cela?..
MATHILDE , se reprenant. Mais... nous lisions encore hier, ces demoiselles et moi, l’ouvrage du docteur Richard , sur les croyances du Nord... N’est-ce pas toujours le démon de la nuit qui se glisse le soir
E artout où des voix se font entendre , qui aise votre chevelure , qui rôde autour de vous comme pour vous protéger , et qui promet , à celle qui croit en lui , de l'amour et du bonheur.
toutes. Oui, madame... oui !...
Am nouveau de Doctie.
5 i le soir entende* h peine Glisser dans l’air,
Comme un éclair ,
Sylphe embaumant de son baleine Palais, manoir ,
Grange ou boudoir ;
Vers vous, s'il s’abat en cacbctie ,
Et le matin, quand le jour luit,
S’enfuit...
Ne tremble pas, jeune fillette J C'est le dcmon de la nuit.
Voyct-Tous pauvre damoisclle Que dévorait Trouble secret?
l*a voilà , riante et plus belle,
Et le bonheur Rentre en son cœur.
Mais le soir, pour calmer »a peine ,
Quel ange aile dans son réduit La suit?...
Ah ! prie* que Dieu tous l’amène ,
C'est Je démon de 1 a nuit.
LA BARONNE , les observant. Est-ce que par hasard quelqu’une de vous aurait reçu sa visite?
Caroline , riant. Du démon de la nuit...
toutes. Quelle idée !
la babonne , à part. Et sous cet air d’ingénuité... il y a une coupable ici!.., mais laquelle?
(Mathilde te détourné en rient.)