‹ Le démon de la nuit, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 24 sur 30 · MATHILDE, LE PRINCE · texte numérisé non relu

MATHILDE, LE PRINCE

LEPRIIVCE, cherchant. Matliikleî...

MATlllLDC, se hvant i^wement. Alil... ne m'approchez pas...

LE PRINCE. Et pourquoi?... d'où vient ce courroux?...

MATHILDE. IN'approclicz pas... ou j'appelle à moi...

LE PRINCE. Grands dieux î...

MATHILDE , meUant la main sur la sonnette. Je sonne...

LE PRINCE, d'une voix ircs-icndre. Olil.. IMatliilde!... veux-tu nie perdre ?... as-lu oublié mes sermens, mon umour, le tien? ^e te l'ai dit.

Ain nouveau de Doche.

Oui , le tien scia , je l'cspôie , lia cli.'unio qui doit me sauver, Qui doit nie rendre h Jalumicie, Au uionde où je viens te trouver ! Mon cœur bat par toi qu'il implore , Kt ma vie est dans ton regard I

MATHILDE , SC ieVUHt.

Mon Dieu ! mon Dieu ! pour un vieillard , Comme sa voix est jeune encore !

LE PRINCE, lui prenant la main qu'elle retire oiveme/it. Pourquoi donc me fuir, ine craindre? ne suis-je plus ton ami?

MATHILDE. Mon amil... et vous m'avez trompée... vous m'avez dit que vous étiez de mon âge... à peu près... que le ciel devait unir nos cœurs rapprochés l'un vers l'autre par un premier amour!.., je vous ai cru... je vous ai obéi... je n'ai pas cherché à vous voir, à vous connaître... j'avais confiance!... mais tout à l'heure enfin, je vous ai vu, je sais qui vous êtes...

LE PRINCE. Moil... {Il part) que veutelle dire ?

MATHILDE. Un vieillard... tout courbé... et bien laid, j'en suis sûre...

LE PRINCE, à part en riant. Ohî... j'y suis... ce pauvre baron!..

MATHILDE. Certainement, quand on ment ainsi, on doit être affreux...

LE PRINCE, s'approchant. Oh! rassuretoi... je ne t'ai pas menti... je ne t'ai pas trompée... et je te jure.

(Il lui prend la main.) MATHILDE, la retirant. Oh!... ne me touchez pas!...

LE PRINCE. Mathilde!...

MATHILDE, qui S* est approchée de la table ^ saisissant la sonnette. Je sonne!...

LB l'RiNCE , lui prenant la main et la faisant passer à droite.

Même air.

Mathilde , ne sois pas si prompte !

Mon malheor u'c»t-il pas le tien ?

Cède... Il n'est rien qtic ne surmonte Un amour vrai comme le mien.

Ik' mou destin, que je déplore, La rigueur doit finir plus tard.

MATHILDE

Mon Dieti ! mon Dieu 1 pour un vieillard Comme ^a main est douce encore !

LE PRI%CE. Ecoute-moi... je t'avai^pré- VI nue... tu m'a.s désobéi... lu as manqué à tes promesses, tu as voulu me voir... et je t'ai punie... en apparaissant devant toi, connue tu m'as vu... et de cette forme qui t'a effrayée... de cette vapeur qui m'environnait... je me suis échappé comme \\n sylplie, t'ouuuc uu déuion léjjcr pour rendre le cahne et l'auiour à ce cœur (jui est à moi.

MATHILDE. (>'éi.iil pour me punir...

LE PRI\CE. .le suis jeune, te dis-jc... jeune coujuie loi... {Il f cm brasse.')} k^ le le jure...

î>!ATniLî)E, passant ii gauche. Ahl... je sou ne.. .

LE MUXCK, r//''a)r O ciel î...

iviATiiiLDi:. Eh Ijien I non... non. . je ne sonne pas!...

LE riii\ci:. Tu me peidrais encore... et le vieillard rcpnrailiait...

MATHILDE. ()1j I non... j'en ai toujours le co?ur serré 1... Ju({e donc, quand on s'est fait un poitrail si beau de celui qu'on aime... et puis, étais-je si coupable., de vouloir te connaître... Tu ne sais pas , on m'avait fait peur de toi... (<^ reprenant) de vous...

Li: iMilNCE. Oui , on t'a dit que j'étais im homme qui ne voulait que te béduire... te tromner.

C'est

vrai î... tu as

ÎIALTHIDE. souriant.

donc entendu?..

LE PiUNCE. Et toi, Maihilik^ |\ 1 1 .*

MATHILDE. Oh î je ne le crois jîaa.V^j^ ne veux pas le croire... cela me fer^ trop de mal... j'en mourrais...

LE Pi\iNCE. Non, non... mon amour n'est pas un mensonge... jamais on n'en éprouva de plus sincère... depuis le jour où , caché dans le feuillage, je t'entendis ouvrir à tes compagnes ton ame si naive et si pure... Au milieu de toutes ces voix , je ne distinguai... je n'entendis qu'une voix. . c'était la tienne... elle pénétrait jusqu'à mon cœur... elle l'inondait de bonheur et d'amour...

MATHILDE , passant légèrement sa main sur sa figure. Oh ! oui. .. il est jeune !.. .

LE PRINCE , continuant. De ce moment je sentis que je t'aimais... que ma vie était attachée à la tienne... j'oubliai pour toi mes devoirs, mon rang. (A part.) Ah!...

MATHILDE. Ohî... parle... parle en-

uE DEMON DE LA NUiT.

core... parle toujours!... Je suis si heureuse... et j'en ai besoin... car , vois-tu , j'ai bien pleuré ! . . . on a voulu me marier. . .

LE PRI\CE. Oui, au comte Oscar...

ton cousin...

MATiiiLDC. Ah I... tu sais?... ( A pari. ) Mais il sait donc tout.

Li: PuixCE, Sans doute I... j'étais là...

M.VTHILDE. Pas possiblc ! . . . mais c'est vrai I... tu m'as parlé.

LE PRINCE. Et Oscar... tu ne l'aimes donc j)as?. ..

MATiiiLDE. Si fait!... mais , comme un fièie, voilà tout... Pauvre Oscar I. .. il me croit tjahie. Il se trompe... mais il a tant d'.'juiitié pour moi... Aussi, toi qui es puissant, toi qui peux ce que tu veux... promets-moi d'assurer son bonheur...

LE ^KI^CE. Je te le promets... et déjà il jouit de la faveur du prince... du prince... que tu aimes peut-être...

MATHILDE. Non !...

LE PRiixCE. Oh I... pardonne... mais enfin , si j'avais un rival dans ton cœur î... Le soir que je t'entendis, tu disais que le prince...

MATHILDE. Oh î... tais-toi... tais-toi !.. j'étais bien folle... n'est-ce pas?... je ne le connaissais pas... et le prince est si bien... dans mes rêves de bonheur. ..quand je songea toi... malgré moi je te donne tout ce que j'aime en lui...

Air de Tenir rs.

Son air aifcclucux et tendre, Sa grâce, ion regard charmant...

liais cjuo (lis-je?

LE ^Rl^•cE.

Je puist'cntendre!

Sans uie fâcher...

IIATIIILDE.

Eh ! quoi ! vraiment?

LE rniriCE.

Eh î oui , jeraimc... mieux qu'un frère ! (>'ei>t le seul homme qu'entre nous , Vo»wt mtmim. aime sur la terre Sans que j'en puisse être jaloux.

MATHILDE. Yrai !... mais tu es mieux que lui...Oh! bienmieux... tume trouves jolie , tu me parles, tu m'aimes... et lui, d prend avec moi un air de dédain , une voix méchante... Il me hait.

LE PRIXCE , lui pressant /a main de ses itères. Oh I non... jene crois pas... et puis, il faut le plaindre... Il n'est pas libre d'aimer celle qui lui plaît... d'épouser celle qu'il aime... Il faut qu'il prenne une fenuïie qu'un traité lui impose... un traité qu'il ne peut rompre!...

MATHILDE. Mais, est-ce ma faute à moi.. . et quand je me suis jetée à ses pieds pour

lui dire que j'étais mariée... car je suis mariée , n'est-ce pas?... Fallait-il donc qu'il m'abandonnât au courroux de M*"* de Grommer. . . Oh I . . . j 'étais bien malheureuse... et j'oublie près de toi que je le suis encore !... Mais il faut que tu me protèges , que tu m'enlèves à leur colère. ^ x'^'tE PRINCE , déconcerté. Hein?... comment?., qu'attends-tu de moi?...

MATHILDE. Que tu me sauves avant le | retour d'Oscar ! . . . Partons ! . .. je suis prête \à te suivre!...

I LE PRINCE, à part. Oh! mon Dieu î... [quelle idée!... voilà bien un autre em- I barras!...

^"MATHILDE. Emporte-moi aux lieux que tu habites.. aii-mUiÊU.,des rocbei:s... dans les nuages... n'impoite !... pourvu que je ne sois pas ici... dans cette cour , où tons les regards me font rougir.

LE PRINCE. Non !... du courage î...

reste...

MATHILDE. Tu es mon protecteur... mon époux!... je te suivrai...

LE PRINCE. Mais....

MATHILDE , frappant du pied avec irnp iience. Mais ie le veux!... Ahl... c'est fiue moi , vois-tu , ] ai une tête. ..

LE PRINCE. iPlus tard!... plus tard!...

mais il est des circonstances où le mv<tère...

MATHILDE. Que crains- tu ? nous partons ensemble...

LE PRINCE. Non, non... je ne puis, je ne suispaslibre.. Attendons! tu t'éloigneras... mais je veillerai à ton bonheur, à la fortune... il faut cacher nos amours... ou ce serait tout perdre...

MATHILDE. Je Ic crois maintenant....

vous n'êtes pas ce que vous m'avez dit...

LE PRINCE. Eh bien !... .s'il était vrai... si entiaîné vers toi par un amour que je n'ai pu vaincre...

MATHILDE, h repoussant et cherchant la table. Ah !.. laissez-moi...

LE PRINCE. Mathilde!... confie-toi à moi!... Je t'aime !

MATHILDE. Jene vous crois plus...

LE PRINCE , voulant la prendre dans ses Aras. Crois- en mes sermens... mes transports!...

MATHILDE , se jetant sur la sonnette et sonnant. Laissez-moi !

LE PRINCE. Qu'entends-je?...

MATHILDE. Je VOUS connaîtrai enfin!...

LE PRINCE , dans le fond. Holà !...

ÎO

LE MAGASIN TUEATttAL.

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