‹ Le demon du foyer comédie en deux actesChapitre 24 sur 39 · LE MARQUIS, LE MAESTRO, NINA, CAMILLE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LE MAESTRO, NINA, CAMILLE

CAMILLE, au Maestro.

Mon ami, il n'y a pas un instant à perdre. 11 faut courir après elle!

LE MAESTRO

Qui, moi? que je coure avec mes jambes après une voilure A six chevaux ?

NINA

Nous irons tous !

LE MAESTRO

Ça ne nous fera pas aller plus vile. Nous sommes venus à pied, le marquis et moi. Le remise qui vient tous les jours vous prendre pour aller au théâtre ne sera ici que dans deux heures.. .

NINA

Mais dans le village, on peut louer... allons-y nous-mêmes.

LE MAESTRO

Doucement, pas de bruit, pas d’esclandre ! nous ne rattraperons pas la poste avec une carriole de louage. Nina, où peut vouloir aller votre soeur? Qu'est-ce que vous aviez ce matin sur le bout de la langue ?

NINA

Elle nous menaçait depuis quelques jours d'accepter un engagement qu'on lui proposait ù Naples.

LE MAESTRO

Par quel intermédiaire ?

NINA

Elle ne voulait pas le dire.

Alors, c’est lui !

CAMILLE

Qui donc?

LE MAESTRO

Le prince ! Mes enfants, prenez-en votre parti, votre sœur est perdue !

CAMILLE

Non !... il csl temps de la sauver !

LE MAESTRO, l'arrêtant.

Vous ne la sauverez pas. Elle courra plus vite que vous, ou refusera net de vous suivre. Ne faut-il pas que sa destinée s'accomplisse ?

NINA

Quelle destinée donc ?

LE MAESTRO

Celle que cherchent fatalement les êtres qui hai&cni le travail : le désordre !

CAMILLE

La honte !... non ! il n’en sera point ainsi ! je la persuaderai, je la ramène r ai.

NINA

Oui, oui, tu as raison. Viens

LE MAESTRO, menant Camille avec autorité.

Non ! tu n’iras pas. Vous êtes folles ! tu ne t’exposeras pas aux quolibets, aux impertinences d’un homme qui ne respecte aucune femme! J'irais plutôt moi-même... et j’irai !...

Hélas! elle vous résistera. Vous ne saurez pas...

LE MAESTRO

Eh bien, quelle aille à tous les diables et quelle se perde si bon lui semble ? Qu'est-ce que ça me fait, à moi? huit jours plus tôt, huit jours plus tard, elle vous échappera, puisqu’elle s'csl mis en tête de se passer de nous. C’est un tyran, un fléau que cette fille. Oublions-la, mordieu !

CAMILLE, ik Nina, avec énergie.

Oublier notre sœur! nous? l’enfant que notre pauvre mère nous a confiée a son lit rie mort, et dont nous répondons devant Dieu! Partons, Nina! nous irons à pied, nous irons n'importe comment. Nous irions au bout du momie s'il le fallait ! et Flora nous marchera sur le corps plutôt que d'entrer dans le chemin de l’infamie! Viens, viens! {EUe s'attache à Nina.) Non, maître, non! je vous résisterai pour la première fois de ma vie! vous abandonnez, vous condamnez... moi j’aime, cl j’absous... j’irai! partons!

(Elle tombe suffoquée de sanglots dan» les bras de Nina.)

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