‹ Le demon du foyer comédie en deux actesChapitre 34 sur 39 · LES PRÉCÉDENTS, LK MARQUIS · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, LK MARQUIS

LE MAESTRO, courant k lui.

Ah ! enlin ! j'étais diablement inquiet de vous !

LE MARQUIS, un peu pâle et moufle, apres avoir serré les mains du Maestro.

Ali ! Camille ! Maestro ! chère Nina! ( regardant Flora.) La ! voilà! vous êtes heureuses!

FLORA

Allons, monsieur le marquis! puisque vous prenez tant «le part aux secrets de la famille, adressez -moi doue aussi votre réprimande !

LC MARQUIS.

Non, Signora, tel n'est pas mon rôle, je m’étais chargé d’arriver à temps pour préserver votre réputation, j'ai eu le bonheur d'y parvenir. La personuc qui avait surpris votre confiance n‘cn abusera pas. Elle va partir

LE MAESTRO

Vous avez donc vu le Prince?

CAMILLE

Mon Dieu, no vous êtes-vous point querellés ensemble!

LE MARQUIS

Soyez tranquille, nous sommes maintenant dans les meilleurs termes, cl l'issue de notre explication est celle-ci : je n'ai rien à refuser à la divine Corsari, a-t-il dit; j'eusse obéi a une lettre d'cllc; mais puisqu'elle a jugé a propos d'employer un intermédiaire, je déclare devant témoins que je n'ai aucune prétention {avec intention), aucun droit contraire & sa volonté, et que je remettrai sa sueur entre scs propres mains.

CAMILLE, au marquis.

Merci !

(Elle lui tend la main.)

LE MARQUIS

C’est moi qui vous dis merci, Camille! à vous, qui m'avez permis de faire quelque chose pour vous!

FLORA

Monsieur le marquis craint qu'on ne lui attribue un peu d’intérêt pour moi-même dans tout ceci !

LE MARQUIS

Oui, Signora, je le craindrais, cl si vous connaissiez la méchanceté du monde, vous trouveriez bien naturelle la franchise avec laquelle j'ai dû agir. Ecoutez, Camille ! (Au Maestro et à Nina.) Vous aussi!... Je ne devais pas laisser prendre le change sur le motif qui me faisait provoquer une explication de la part du Priuce. Je n'ai donc pas hésité à lui dire mes vrais sentiments...

CAMILLE

Pardon... je ue comprends pas.

LE MARQUIS

Alors, permette z-moi de vous les dire à vous-même.

LE MAESTRO

Vous êtes pale, mon ami, qu’avez-vous donc?

LE MARQUIS

Rien! Je me suis hélé, j'ai couru!... et puis une émotion profonde!...

LE MAESTRO

Quoi donc? Vous nous effrayez! vous palissez davantage !

LE MARQUIS

Oui, je veux parler... je sens que je le dois et que le temps presse. Je ne veux laisser croire à personne qu'en me déclarant tout haut le champion, le chevalier de Camille, je nourrissais ücs espérances indignes d'une femme comme elle. {Très-ému.) Muitre... aidez-moi... protégez-mot, grand Dieu! car ceci est le moment le plus solennel de ma vie!

LE MAESTRO

Comme vous tremblez! Paolino, vous souffrez?

LE MARQUIS

Oui! et si celte angoisse se prolonge, il me semble que je vais mourir. Camille!... (S'appuyant instinctivement tur le maestro et tremblant visiblement.. Laissez- moi vous dire devant lui... {Il montre le Maestro j, devant elle (/< montre ta Nina) que je vous aime avec passion ! que du moment où je vous ai entendue, j’ai senti que j'étais l'amant de votre génie; que, du moment où je vous ai vue , j’ai senti que j'étais l'époux de votre âme. Ah ! béni soit ce jour où j'ai vu comme vous savez aimer! Eh bien, c'est ainsi que j'aime, moi, Camille! Je suis riche. .. oh ! peu vous importe, je le sais, mais je remercie ma position qui me fait indépendant : je suis le dernier de ma famille, je ne me dois à personne qu'à Dieu et à vous. J’ai un nom sans tache, ma vie a toujours été pure : par-là, du moins, je suis digne de vous, et, pour tout le reste , le cumr, le dévouement, l’adoration suppléeront à ce qui me mauque pour être votre égal. Camille, accoplcz-moi pour votre appui, pour votre époux, et vous ferez de moi le plus reconnaissant, le , plus fier des hommes !

(U s'ett mis a genoux./ CAMILLE épenlae, regardant Flora.

O mon Dieu !

LE MAESTRO, relevant le marquis qui *e soutient k peine.

O Paolino! mon enfant! mon fils! Oui, oui, il dit ce qu'il pense, Camille ! C’est un homme de cœur et de parole, Ini! Je le connais, je l'ai élevé! Il n'a pas changé , il ne changera pas! Réponds-lui, accepte! mets ta main dans la sienne : c'est moi qui suis sa caution !

NINA

Oh ! U est sincère, je le vois bien, parle-lui, Camille!

FLORA, hors d'ellc-uiême.

Eh bien, oui, Camille, parle donc!

CAMILLE, avec effort.

Monsieur le marquis, je suis honorée... reconnaissante... mais... tcncil cest impossible!... Je ne suis plus libre de vous

écouter.

(Lu marquis se relève, met sa main sur u poitrine et reste comme pétrifié, debout, le regard fixe.)

LE MAESTRO

Vous n'étes plus libre? Camille.

CAMILLE, ave effort.

Non, inaitrcl... Parlons, mes soeurs! Je ne puis rester ict | plus longtemps.

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