‹ Le dentiste des damesChapitre 37 sur 37 · EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

EN GÉNÉRAL

Le mot cosmétique désigné toute préparation qui a pour objet la conservation de la beauté.

Je vois déjà toutes mes belles lectrices accueillir cette définition avec un malicieux sourire, et sembler doucereusement me demander avec leur teint de lis et de roses : « Mais, existe-t-il des moyens de conserver la beauté ? » Je ne serai point assez imprudent pour m’engager avec vous, mesdames, dans une lutte inégale; je veux seulement éclairci

voire opinion, el je choisirai pour interprète un auteur aussi spirituel qu’il est médecin érudit; c’est le docteur Cadet de Gassicourt.

«On attribue, dit-il, à Ovide un poème intitule : De medicamine jacili , dans lequel on trouve tous les moyens d’embellir la peau, de conserver la fraîcheur du teint, de teindre les cheveux, de blanchir les dents. Il est douteux que cet ouvrage soit de l’auteur des Métamorphoses . On cite deux autres traités fort anciens sur la Cosmétique , l’un de Criton, d’Athènes, faisant suite à une espèce de pharmacopée, qu’il publia vers l’an 35o de Home, et que Galien cite souvent avec éloge; l’autre est de Cléopâtre qui , comme reine et belle , ne pouvait pas, en écrivant sur la médecine, oublier la pharmacie du boudoir. Héraclide, de Tarente, parle aussi des cosmétiques dans ses ouvrages; mais les auteurs qui traitent h' plus au long cette matière sont les pliarmacologistes arabes, persans et indiens.

Comme rien ne flatte plus Ja vanité que

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l’art de conserver ou d’augmenter les agré- Jiiens extérieurs , les charlatans se sont surtout appliqués à multiplier les cosmétiques. On ferait un volume considérable si on voulait réunir toutes les recettes de fard, d’eaux composées , de pommades pour le teint, pour les cheveux, pour les lèvres, de pâtes et d’émulsions , de baumes , de poudres, d’opiats , d’élixirs, que l’on a publiés. La plupart sont sans effet; quelques unes de ces préparations sont dangereuses.

Il est des altérations de la peau auxquelles on peut remédier ; mais il en est que l’art ne peut réparer. On 11e saurait, par exemple, effacer les rides de l’âge, et cependant 011 a attribué cette propriété à plusieurs cosmétiques; mais lorsque la peau a seulement perdu sa souplesse et son brillant par l’action simultanée de l’air et de la lumière, on peut lui rendre son éclat par quelques lotions douces, par quelques embrocations onctueuses. On emploie sans inconvénient les eaux distillées de roses, de plantin, de frai de grenouille,

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<le fèves, de fraises, etc., et les pommades de concombre, d’amandes douces, de cacao, de baume de la Mecque, etc. La prudence doit faire rejeter toutes celles dans lesquelles entrent des substances minérales, telles que le plomb, le bismuth, l’arsenic et le mercure. Ces compositions métalliques ont quelquefois la propriété' de faire disparaître les boutons et certaines taches de la peau, mais ce n’est jamais qu’en répercutant l’humeur qui les a produites, et en déterminant des métastases funestes. On a vu des personnes affectées de ptyalisme , d’ophtalmie , de phthisie pulmonaire, après avoir fait usage de cosmétiques astringens et repercussifs.

Pour ne laisser sur cette matière aucun doute , nous allons indiquer les meilleures préparations, et celles qu’on ne doit mettre en usage que d’après l’avis du médecin.

Le plus parfait de tous les cosmétiques est l’eau pure d’une fontaine limpide. Elle suffit pour enlever sur l’épiderme les excrétions lui-

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hituelles delà peau et nettoyer sa surface; mais si des circonstances particulières ont rendu la peau rugueuse et sèche, si le mauvais air, le de'faut d’exercice , les veilles, l’usage du fard , l’abus des plaisirs, les digestions laborieuses, les affections morales, ont altère le teint, il faut avoir recours à quelques moyens plus efficaces que l’eau pure. Les préparations suivantes réussissent quand la peau est simplement aride et échauffée.

Triturez dix gouttes de baume de la Mecque avec un gros de sucre; a joulez-y un jaune d’œuf, mêlez exactement en y versant peu à peu six onces d’eau de rose distillée; passez cette émulsion balsamique à travers un blanehet. On se frotte le soir le visage avec cette composition, qu’on laisse sécher sans l’essuyer. Le matin on se lave avec de l’eau pure.

Le docteur Geoffroy indique un autre cosmétique qui est fort analogue au précédent. Prenez, dit-il, partie égale d’huile d’amandes douces et de baume de la Mecque; mêlez-les

avec soin dans un mortier de verre; sur trois gros de ce mélange, vous verserez six onces d’alcohol , et vous les laisserez digérer dans un matras en agitant de temps en temps, jusqu’à ce que vous en ayez extrait une teinture suffisante; séparez la teinture de l'huile, et mettez-en une once dans huit onces d’eau distillée de roses ou de Heurs de fèves, vous aurez un cosmétique laiteux très-agréable. Ce cosmétique diffère peu de celui qu’on appelle Lait virginal , et que l’on obtient en versant quelques gouttes de teinture de storax et de benjoin dans de l’eau pure, jusqu’à ce quelle soit blanche comme du lait; on s’en sert pour se laver le visage.

Henri 111 qui alliait à la bravoure du soldat français la coquetterie d’une petite maîtresse , effaçait les taches causées par le haie, en se faisant un masque avec de la fleur de farine et du blanc d’œuf; il laissait sécher la nuit cette pâte sur son visage , et l’enlevait le matin avec de l’eau de cerfeuil.

Les dames de Copenhague font usage d’une pâte à peu près pareille ; elles délaient dans de la crème fraîche une certaine quantité de farine de haricots et des quatre semences froides en poudre.

Ces deux moyens conviennent après la petite vérole , pour effacer plus promptement les rougeurs qu’ont laissées les boutons. Malléole recommandait meme de les couvrir pendant leur éruption , avec de la crème épaissie par de la terre absorbante. La fraîcheur de la crème empêchait , selon lui , la démangeaison , et la terre absorbante s’unissant au pus , le déssèchait et l’empêchait de creuser la peau. Quelques praticiens conseillent , en pareil cas , de couvrir les pustules , lorsqu’elles sont parvenues à un certain point de maturité, avec des linges fins trempés dans une pommade liquide , composée d’huile d’amandes douces et d’emplâtre de Nuremberg camphré.

On peut sans inconvénienl employer les

préparations précédentes , mais il est certaines personnes à cpii les corps gras ne conviennent pas , et dont la peau s’altère lorsque les pores sont bouchés en partie par une pommade : il faut donc n’en faire usage qu’avec précaution.

Les savons , même celui dit Ekmelek , ne sont utiles que pour décrasser la peau quand l’eau ne suffit pas pour la nettoyer ; mais il ne faut pas en faire un usage habituel ; l’excès d’alcali qu’ils contiennent dessèche et finit par gercer la peau.

On vend à Paris plusieurs eaux pour la toilette , qu’il serait imprudent d’adopter sans en connaître la composition. Les unes ne sont que des eaux spiritueuses aromatiques , analogues à l’eau de Cologne , telles sont les eaux de Ninon, d'Ispahan, etc ; mais les autres sont des solutions mucilagineuses , ou des émulsions qui ordinairement contiennent un peu d’acétate de plomb , ou de muriate suroxidé de mercure , et ce n’est jamais sans

danger, je le repète, que ces préparations font disparaître les rougeurs et les affections éruptives de la peau.

Les fards que les femmes mettent sur leur ligure , sont de deux espèces, le blanc et le rouge.

Le blanc de fard est ordinairement composé avec de la craie de Briançon et de l’oxide de bismuth. Cette craie, ou mieux cette ste'atite réduite en poudre très-fine , adhère à la peau et pénètre dans les pores qu’elle bouche. Elle a donc l’inconvénient de nuire à la transpiration : l’oxide de bismuth a celui de noircir aussitôt qu’il est en contact avec l’hydrogène sulfuré; et comme l’air en est souvent chargé, presque toutes les femmes qui mettent du blanc finissent par devenir affreuses.

Il est cependant des parfumeurs qui se contentent d’incorporer un peu de blanc de baleine avec de la craie de Briançon ou du talc de Venise et qui s’abstiennent d’y ajouter du blanc de bismuth.

Le rouge est aussi de deux sortes ; l’une est une couleur extraite du carthame ; l’autre est du cinabre ou sulfure de mercure , dit vermillon , re'duit en poudre impalpable par la porphyrisation. Chacune de ces couleurs est étendue avec de la craie de Briançon pour lui donner la propriété d’adhérer à la peau. Le cinabre n’est ordinairement employé que pour faire le rouge de théâtre ; il produit quelquefois une salivation très abondante, la perte des dents et une mauvaise haleine. Le rouge dit végétal se prépare de la manière suivante :

On lave parfaitement dans une eau courante une certaine quantité d’étamines de carthame ; on teint du coton avec cette fleur bien lavée et qui a perdu sa couleur jaune ; on enlève ensuite au coton la couleur rouge qu’il a prise en le lessivant avec du carbonate de soude , et l’on précipite cette couleur en saturant le carbonate par le moyen d’un acide végétal tel que celui du citron.

On trouve dans le commerce deux autres espèces de rouge ; savoir , le vinaigre de

rouge , c’est du carmin suspendu dans du vinaigre à l’aide d’un peu de mucilage ; et le crépon, étamine très fine teinte sans mordant , et assez chargée de couleur pour en laisser sur la peau quand on la frotte avec cette étoffe un peu humide.

Les pâtes pour les mains sont des cosmétiques recommandés par la propreté , et qui sont ordinairement composés avec des amandes douces et amères, des fécules, quelquefois du miel, des baumes, des aromates, un peu de savon , des essences.

La pommade pour les lèvres est un cérat coloré par l’orca nette et aromatisé avec l’essence de rose. Lorsque le froid ou la sécheresse causent de légères gerçures aux lèvres , cette pommade leur rend la souplesse qu’elles ont. perdue.

Les cosmétiques destinés à l’entretien de la bouche sont : l’espfit de cochléaria , la teinture de gaïae, les élixirs odontalgiques , dans

lesquels on fait entrer le girofle , la pyrètre , le romarin, la bergamotte , la muscade et le gaïac ; mais on doit rejeter les liqueurs acides, telles que l’eau antiscorbutique de Désirabode , qui n’est que de l’acide sulfurique colore' , dont l’action sur les dents ne peut qu’être funeste. Il faut aussi se méfier de ces prétendus trésors de la bouche , dont la composition est cachée, et que l’on annonce avec une emphase suspecte. Les poudres pour les dents ne doivent être employées qu’avec ménagement; les opiats usent moins l’émail, et l’on doit préférer, pour en frotter les dents, une brosse douce, aux racines de luzerne que l’on vend à cet effet.

Lorsque des poils naissent en abondance sur quelques parties du corps où la nature n’a pas l'habitude de les faire croître, on a recours à quelques préparations connues sous le nom de dépilatoires ; il en est peu de sures, et presque toutes sont dangereuses.

Nous ne citerons pas ici tontes les poudres

et les pommades destine'es à la coiffure , et dont l’usage a disparu en grande partie depuis que les hommes portent les cheveux courts; mais en général, ceux qui ont conserve' la frisure poudrée attribuent aux graisses fines, telles que la moelle de bœuf., les graisses d’ours et d’oie, la propriété' de donner aux cheveux une végétation plus active. Quelques personnes recommandent une pommade faite avec l’axonge et les feuilles de noyer.

Il est des couleurs de cheveux qui déplaisent et que l’on de'sire changer pour une nuance plus foncée. L’art de teindre les cheveux nous vient des Persans, qui mettent un très grand prix à une chevelure et à une barbe noires. Ils emploient pour cela plusieurs végétaux qui contiennent du tannin , et quelques préparations ferrugineuses, où ils associent à l’indigo un peu de noir d ivoire ou de liège brûlé. On fait usage en France de plusieurs moyens dont quelques uns sont innocens, et les autres offrent des inconvéniens assez graves. Quelques personnes, après s’èlre peignées

avec un peigne de plomb, font des lotions sur leurs cheveux avec du vin blanc , dans lequel on a fait infuser des écorces de saule , de noyer , de grenade , de sumac , de fèves , des cônes de cyprès et des grappes de lierre ; les autres se graissent la tète avec de l’huile, dans laquelle on fait mace'rer des feuilles de viorne ou bourdaine blanche ; mais il est deux préparations métalliques plus en vogue et qui doivent donner quelque crainte si on les emploie inconside'rément. La première est VE au d’Égypte , ou solution aqueuse de nitrate d’argent; l’autre est un mélange de sulfure de plomb et de chaux vive que l’on délaye dans un peu d’eau au moment de s’en servir. Ces deux cosmétiques ne doivent être employés que par une main très exercée.

E11 1756, Antoine le Camus, médecin de Paris, lit paraître un roman en quatre volumes, intitulé Abdeker, ou l’Art de conserver la beauté . Cet ouvrage renferme une grande quantité de recettes que les dames ont souvent adoptées à leur détriment. L’auteur,

quoique médecin , n’a pas examiné avec assez de soin les effets des préparations qu’il conseille.

On pourrait mettre au rang des cosmétiques les bains partiels et généraux; mais il faut consulter pour cela l’article Bains du Dictionnaire des sciences médicales , où ce moyen est considéré sous tous ses rapports avec la santé.

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