SCENE III PINTEAU, JULIE
JULIE
Monsieur, voilà une lettre, que François rapporte de Poitiers... Elle est arrivée ce matin pour vous à l'hôtel du Palais I
PINTEAU, prenant la lettre.
Tu n'as pas dit à François que j'étais ici?
JULIE
Pas si bétel... Je lui ai dit que je vous la remettrais à votre retour.
Elle va ouvrir les rideaux et la porte du fond. PINTEAU, qui a ouvert la lettre, à part.
Ah! c'estdeChantelaur...(Li3ant.) i Mon cher Pinteau, » impossible de partir... » Allons, bon ! «Je suis retenu » par une affaire d'honneur ; il faut que je coupe les » oreilles à un jeune insolent, qui s'est permis d'insul- »ter Sidonie. «Sidouie !... j'en étais sur !... « Rentre au » château et dis à tout le monde que tu es parti avant » moi pour une affaire personnelle. Je prendrai demain
54 LE DÉPUTÉ DEBOMBIGNAC
» matin le train de 3 heures avec Sidonie... » Comment? « Avec Sidonie, qui va donner à Bordeaux quelques « représentations. Les journaux d'aujourd'hui sont ') muets sur l'élection de Bombignac ! Es-tu cont*snt? » Cela s'est-il bien passé ? T'es-tu bien amusé?,.. Tu » sais, si je n'ai pas récolté au moins une dizaine de » voix, je te brûle la cervelle !,.. J'espère bien ne pas » en venir à cette extrémité, toujours fâcheuse, et je te » serre la main. » Le malheureux!... 11 plaisante!... Dix heures et demie I... Il sera ici dans une heure !...
Julie, qai époussette les meubles, regarde par la fenêtre du fond, à gauche.
JULIE
Monsieur, voici madame la marquise et madame la comtesse.
PINTEAU.
Fichtre!...
Il va pour rentrer à gauche.
JULIE
Et votre déjeuner, que vous oubliez !...
Elle lui donne le panier.
PINTEAU.
Merci!... Rappelle-toi ce que je t'ai dit !... Et surtout... motus!... «
M entre à gauche, premier plan. On l'entend refermer la porte à clef.
JULIE, rangeant le bureau et les sièges.
Il a beau dire!... Tout ça n'est pas naturel. On ne se cach e pas quand on n'a rien à craindre.