‹ Le député de Bombignac; comédie en trois actesChapitre 55 sur 83 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Comment? C'est vrai?... C'est vrai? Ah bien, si je m'attendais à cela!... Moi, républicain 1...

PINTEAU.

Je vaist'expliquer...

DE GHANTELAUR.

Ne t'avais-je pas recommandé de ne rien dire et de ne rien faire pour mon élection?

PINTEAU.

Hé!... Parbleu ! j'étais bien résolu aussi à ne m'occuper de rien!... Seulement j'ai été entraîné...

DE GHANTELAUR.

Et par qui, coquin?

PINTEAU.

Par la situation.

DE GHANTELAUR.

Député radical!... Moi! Non, c'est trop fort!

PINTEAU.

Je l'avoue! Oui, j'ai eu tort!... Je me suis laissé ga gner par l'efiervescence générale, par la fièvre universelle.

DE GHANTELAUR.

Mais tu aurais dû...

PINTEAU.

Ah! j'aurais dû... j'aurais dû, oui... certainement !... C'est facile àdirel... Mais j'aurais voulu t'y voir, toi!... Tu ne sais pas ce que c'est qu'une élection dans Le midi!... Desgens, qui exagèrent tout d'une façon ridicule!... Tiens!... En arrivant à Bombignac, je suis allé dans une réunion publique...

DE GHAXTELAt'3t „

Pourquoi faire?

PINTEAU.

Pour poser ma candidature, c'était indispensable. Je monte à la tribune, je déclare simplement que je m'appelle le comte de Chantelaur et que je sollicite les suffrages des électeurs.

DE CHANTELAUR.

Il fallait te taire après cela et t'en aller.

PINTEAU.

C'est ce que j'ai voulu faire!... Ah! bien! oui! Un tumulte... un tapage !... Tout le monde chantant sur l'air des Lampions : «Ton programme!... ton programme! » Moi, tout de suite, pour ne pas te compromettre, je m'écrie : « Un programme, messieurs! Je » n'en ai pas!... J'ai toujours pensé que le meilleur » moyen de ne pas manquer à ses promesses, c'était » de n'en faire aucune! » C'était assez habile!

DE CHANTELAUR.

Comme programme, il me semble que tu n'avais que deux mots à dire : « Dieu et le Roi!... »

PINTEAU.

Ah! non, merci!... Pour mefaire écharper! Tous républicains, dans cette réunion-là, mon cher, tous... excepté le commissaire du gouvernement qui, parait-il, est bonapartiste!...

Et c'est alors que tu as fait une profession de foi radicale?

PINTEAU.

Moi ' Pas du tout!... Puisque je te dis que je ne voulais pas te compromettre!... Seulement, un assistant m'ayant demandé ce que je pensais de la Révolution française, j'ai été entraîné !>.. Tu sais ce que j'en pense, toi, de la Révolution française? Tu n'ignores pas mon admiration pour nos grands hommes de 89 et mon fol enthousisisme pour leurs idées régénératrices?...

êkCTE DEUXIÈME 83

DE GHANTELAUR.

Est-ce que je t'avais envoyé à Bombignac pour faire 'éloge de la République?

PINTEAU.

Tu ne croyais pourtant pas que je défendrais la légitimité?... Tu dois me connaître assez pour savoir que je ne parlerai jamais contre mes convictions. Je suis prêt à tout te sacrifier, tout... excepté ma conscience!... J'ai donc dit ce que je pensais. Mon discours a été applaudi par la salle entière!... Un enthousiasme!... C'était magnifique!... Et le lendemain, j'étais proclamé seul candidat par le comité républicain.

DE GHANTELAUR.

Et tu n'as rien dit?... Toi, qui me remplaçais... toi, qui portais mon nom, mon titre!... Toi. qui me représentais!... Tu n'as pas protesté?

PINTEAU.

Pouvais-je le faire?... Quelles raisons aurais-je données?... J'étais d'ailleurs tellement persuadé que je ne serais pas élu! Malheureusement, c'a été comme une fatahté!... Je n'avais qu'un concurrent, un seul, et d'une nullité si parfaite, que franchement sa nomination était à peu prèsimpossible!... Etait-ce ma faute?... Il n'avait qu'une chose pour lui, la fortune. Il semait l'or à pleines mains I... Ce qu'il m'a fait faire de dépenses, cet animal-là!...

DE GHANTELAUR.

Comment?

PINTEAU.

Evidemment... Tu penses bien que j'étais obligé de soutenir l'éclat du nom de Chantelaur. Aussi, quand mon rival donnait une cloche, moi, je donnais une pompe!... Quand il habillait les enfants d'un orphelinati moi, j'équipais un bataillon scolaire!.,.

DE GHANTELAUK.

Et tout cela avec mon argent ?

PINTEAr ,

Naturellement !.. Ce n'était pas avec le mien î Ah ! la lutte a été longue, acharnée !.. Tu en auras, je Prois, pour soixante mille francs, tout compris.

DE GHANTELAUR, bondissant.

Hein?... Soixante mille francs?...

PINTEAU.

Tout compris, oui.

DE GHANTELAUR.

Pour me faire nommer député républicain ? Soixante mille francs ?

Ne m'avais-tu pas donné carte blanche ?

DE GHANTELAUR.

Décidément, je vois que tu t'es moqué de moi jusqu'au bout.

PINTEAU.

Ah ! Raymond, tu me blesses I Je te répète que c'est le hasard... la fatalité !...

DE GHAMTKLAUH.

Vraiment ?

PINTEAU.

Est-ce moi, d'ailleurs, qui ai voulu aller à Bombignac?... Est-ce moi, qui ai demandé à prendre ton nom et ta place? T'ai-je jamais caché mes opinions et ne connais-tu pas depuis longtemps ma franchise intraitable?

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