SCÈNE III
FAVEI,, TRUCHO.N.
FAVEL, qui est eniré par le fond, et qui a enfendu les dernieri mott de Truchon
J’accepte. Je venaii voua lea demander.
TRUCHON
Tiena! c’est toi, Favel, mon couaio!
FAVBL.
Votre neveu k la mode de Bretagne. Comment vous portez-vous?
TRUCHON
Mal, mon garçon, mal.
FAVEL
Tant mieux, ça me regarde, moi qui suis médecin, étudiant en médecine; vous allez grossir la liste de mes clients. {A part.) Il sera le premier et le dernier peut-être. •
TRUCHON
Qu’esi-ce qui t'amène?
FAVBL.
Le désir de vous voir, ainsi que votre femme, que je ne connais pas encore.
TRUCHON , sotrpfronx.
Ma femme... Âhl
FAVBL.
Vous soupirez!... F4t^ qu'elle est malade
Elle se porte à merveille.
FAVBL.
El vous, qu'est-ce que vous avez?
TRUCHON
J’ai des inquiétudes...
FAVBL.
Il faut prendre des bains pour vous calmer.
TRUCHON
Ce n'eat pas cela... Des inquiétudes morales.
FAVBL.
Bahl
TBUCHON.
Des tourments... des craintes...
FAVBL.
Sur votre fortune?
TRUCHON
Non.
FAVBL.
C'est juste, puisque vous disiez tout à l'heure que vous donneriez mille écus... Pourquoi donneriez-vous mille écus? si je pouvais, en les acceptant...
TRUCHON
C'était une manière de parler... il ne dépend pas de toi.
FAVBL.
Dites toujours; j'ai de la bonne volonté.
TRUCHON
Regarde-moi. Si au lieu d'ètre mon neveu tu étais ta tante, crois-tu que tu m'aimerais?
MAGASIN THEATRAL
FAVEL
D'amour?
TRÜCHOÎI.
Oui.
FAVEL
Je u'en laia rien. ^A part.) Il faut être poli. (Haut.) Je comprends votre affaire, mon oncle ; vous 4tes jaloux. (TrucAon (ait atpna {ua ouJ.) C’eat bien fait.
• TBOCHOR.
Plalt-il?
Vous VOUS mariei à cinquante ans avec une jeune flile, car vous m'aves écrit qu'elle est jeune, au lieu de rester garçon, de vivre dans votre famiile, auprès de moi, par exemple, qui suismédecin.,. je voua aurais soigné gratis.., vous m'auriez laissé votre fortune.
TEUCHOR.
Que veux-tu ? l'ambition !
FAVEL
L'ambition I vous avez épousé la 6lie d'un meunier.
TRCCHOR.
Hais elle était riche sans le savoir.
FAVEL
Comment?
TRDCHOR.
Le père de Marianne n'avait pas le sou, c'est vrai; mais j'appris par hasard, et d'une manière certaine, qu'un de tes frères, qui avait quitté le pays dans ta jeunette, et dont on n'avait plut entendu parler, s'était enrichi en Allemagne, oh il venait de mourir subitement, célibataire et tant enfanta. Marianne était sa seule héritière, il lui laiatait dix mille livret de rente.
FAVEL
Et vous avez été le premier è lui apprendre cette bonne nouvelle T
TRDCBOR.
Du tout ! je n'ai rien diu Tu tais que dans une malheureuse spéculation sur les écrevisses en gros, j’avait perdu la plut grande partie de ma fortune, li y eut cette année-U une épidémie affreuse sur les crustacées.. .
FAVEL
Et ça ne vous a pat tué?
TRUCBON , nafoematir.
Non, mais j'ai été bien malade. Il ne me restait que quatre mille livres de rente. Pat moyen d'ètre député, je n'avait plut le cent. Qu'est-ce que je fit alors pour le ravoir? j'offris ma main à Marianne. Elle ne savait rien encore de son héritage, j'étais un parti magnifiquepourelie... elle devenait une dame. Par vanité elle accepta. Un mois après la noce, elle apprit qu'elle était une riche héritière.
FAVEL
Et depuis elle a tu que vous étiez instruit de tout avant le mariage ?
TRUCBON.
Oui. Quand je l'ai épousée, entre nous, ce n'est
pat elle que j'aimais; l'amour m'est venu plut tard, à mesure...
FAVEL
Qu'elle vous détesuii ?
TRUCBO.V.
Précisément.
C'est toujours ainsi que les choses te passent.
Et quel est le galant qui vous menace?
TRUCBO.V.
C'est là que l'histoire te complique. Tai fait la connaissance d'un jeune homme, monsieur Ernest de Mongiron, le neveu de notre préfet; il vient me voir tout les jours. Moi, naturellement, j'ai dit à ma femme de le bien recevoir, d'ètre aimable avec lui...
FAVEU
Et vous trouves qu'elle a trop bien suivi la recommandation? Eh bien, il faut le prier de ne plut revenir.
TRUCBON.
Mais c'est de lui que dépend en partie mon élection ; il a parlé de moi à son oncle, il t'est donné un mal pour ma candidature!... Il y a plus, il peut me perdre. J’ai une opinion sincère, je puis le dire, inébranlable, éclairée... Depuis quatre ans je suit abonné au même jouroaL..
mais autrefois j'en recevait un qui ne pensait pat de même, et moi je pensait comme lui. J'ai eu la bêtise dans ce temps-là, avant l'affaire des écrevisses, d'écrire une lettre... comme qui dirait une profession de foi... (d rorMlt) radicale.
Cette lettre est entre les mains d'un journaliste qui me l'avait dictée et qui pourrait la rendre publique. Alors, tu Conçois, va te promener ma nomination; de blanc je deviendrais noir. Heureusement monsieur Ernest est un des amis du journaliste, il l'a prié de ne point faire usage de cette lettre, de la lui envoyer, et il doit la recevoir aujourd'hui même. Tu comprends?
FAVEL
Je comprends que si vous expulsez monsieur Ernest, vous n'êtes pas nommé, etsi vous ne l'expulsez pas, vous C'est clair comme le jour.
Vous tenez beaucoup à être député?
TRUCBON, nal'osmant.
Je ne pourrait pas vivre sans pa.
FAVEL
Alors il faut vous résigner.
TRUCBON.
Merci.
FAVEL
C'est un sacrifice à faire à la patrif .
TRUCBON.
Bien obligé.
FAVEL
Parlons sérieusement. Vous avez peur, voilà tout.
TRUCBON.
Oui. Il n'y a encore rien de grave.
FAVEL
Quels indiaet avez-vous de leur intelligenee ?
hE DÉRIVATIF.
avei-voufl surprit des regards, (ks lettres, des déclarations?
TRt CIIOX.
Monsieur Ernest voit ma femme tous les jours ; il lui donne le bras, il veut l’embrasser, et ce matin j’ai trouvé dans un album qu’il lui a donné, des vers.
PAvni.
Des versl
TRDCRON.
Ce n*est pas qae Marianne soit en état de les trouver bons ou mauvais... mats ü la compare à la lune; ça flatte une femme.
11 tire ralbum de sa poche.
FAVEL
Voyons, {il prend Valbum et Touvre.) Un portraitl...
TRUCHON
C’est celui de { Marianne. Monsieur Ernest l’a priée de poser avant-bier; il l’a croquée.
FAYSt., ii«an<.
c Avant de vous connaître, d mon aimable brune I » Dans la nuit de mon ceeur j’erraU comme un proscrit; » Je vous vois, et soudain de cette sombre nuit A Far vos brillants attraits vous devenez la lune. »
Détestablel (ilpose Valbum sur la table d droite*. A Truehortf en avançant la main.) Mon oncle.r.
TRlXtlO!<f.
Qu’esta que tu veut?
Je guérirai votre femme. C’est une cure qui vous coûtera mille écus dont j'ai besoin pour acheter des livres et passer mes derniers examens.
TRUCtlON.
Tu crois que la médecine...
PAVBL.
Une médecine morale.
TRCCUON.
Comment t’y prendras-tu?
PATEU
Je n’en sais rien encore , mais laissez-mol faire, je vous promets de chasser d’ici ce monsieur Ernest.
TRUCIION.
Prends garde, mon ami, allons doucement; j’ai le plus grand intérêt à le ménager encore. Les élections ont lieu aujourd’hui dans deux heures, il pourrait d'ici là tourner les électeurs contre moi en leur montrant ma lettre.
FAVEL
n ne pourra s'en prendre à vous... c'est moi qui le chasserai.
TRUCHON
Oui, mais tu es mon parent; il en voudra à toute U famille.
FAVEL
Eh bien, qu’est-ce qui vous force à dire que je sois votre parent? on ne me connaît pas dans le pays. Votre femme ne m’a jamais vu; elle était Absente quand je suis venu ici... ne lui dites * Truchoo, Favel.
pas que vous ôtes mon oncle; présentez -moi comme on ami... Je m’appelle. . le vicomte de... Bonœil.
TRuenox.
Air : Qu'il est heureux à^ipouttr celle.
Mais je crains qa’un air da famille Ne révèle la parenté.
Dans ton œil la flamme pétille,
Ton visage a da velouté ;
Ton allure a de la prestance,
L’esprit respire dans tes traits.
Tu vois d'ici la ressemblance...
FAVEL
On DO s'en doutera jamais.
TRL'CHON.
Comment?
FAVEL
Vous êtes mieux que moi.
TRUCHON
Oui, plus distingué.
FAVEL , à part.
Les gens maigres ont la rage de se croire dis * tin gués.
TRÜCUON.
Enfln, si tu réussis, je te prêterai mille écus.
FAVEL
Prêter ou donner... ça revient au mêmf .
TRCCUON.
Je cours trouver ta tante; je te l’envoio ici, adroitement, sans la prévenir.
FAVEL
Allez, et apprêtez votre argent.
ENSEMBLE
Air : Ah ! bien long-temps je rirai, (Langeli.)
FAVEL
Mon projet réussira ,
J’en ai l’assurance,
Et mon oncle me paiera Cette somme-là.
TRuenox.
Son projet réussira.
J’en ai l'assurance.
Et mon neveu gagnera.
Cette somme-là.
Trucàon tort par la droite, Ju côté oà €9t tortie Marianne.