Souyenirs du haron de FrémiUy
mettait déjouer et de courir tout à l'aise. Il y eut des pétitions aux parents, et la simplicité fut rapidement mise à la mode.
Si la famille de Girardin lançait les modes anglaises dans ses séjours à Paris pendant les mois d'hiver, à plus forte raison Tété à Ermenonville, la simplicité était de règle. La marquise semble avoir partagé les goûts de son mari. Nous parlerons plus loin de ses idées philosophiques, et des quelques notes qu'elle a laissées. Les dames d'Ermenonville étaient vêtues de simples robes de drap brun, des « amazones », mode de campagne qui commençait à ce moment.
Notre philosophe était un père très rude : on raconte qu'il faisait faire à ses fils le voyage de Paris à Ermenonville pédestrement, ce qui était une douzaine de lieues, par des chemins plus pittoresques mais moins bons qu'aujourd'hui. Il les obligeait à gagner leur déjeuner, en grimpant à un mât de cocagne planté à cet effet dans la
cour du château'. La tradition veut aussi qu'un jour, son fils Stanislas âgé de quinze à seize ans étant à la chasse assez loin, il envoya un homme à cheval pour le prier de revenir immédiatement. Dès qu'il fut arrivé : (( Monsieur vous avez oublié de fermer votre porte, lui dit-il, fermez-la et vous pourrez ensuite retourner à la chasse. »
Il donnait à ses fils des précepteurs allemands, qui leur enseignaient leur langue (pour traduire Gessner), les sciences et la musique. Il ne voulut jamais que son fils aîné apprît le latin. Pourquoi ? nous n'en savons rien. Le Premier Consul déclara plus tard à son ami Stanislas de Girardin, qu'il avait eu pour père un « f. .. original- ». Les enfants apprirent tous le dessin avec d'excellents maîtres. Ghatelet et surtout l'Alsacien Frédéric Mayer, furent les com-
1 Voyage de l'architecte Paris, publié par A. Gaziei-. Revue d'Histoire littéraire de la France, 1906, p. 107.
2, Biographie Michaiid, d'après les Souvenirs de Stanislas.
mensaux du marquis, et les peintres crErmenonville. Sous leur direction, les enfants de Girardin dessinèrent avec beaucoup de goût. Louis, appelé marquis de Brégy, a laissé des peintures à l'huile c[ui ne sont pas sans valeur; il fut plus tard élève de Bidault. Le carnet de dessin de Stanislas de Girardin nous a transmis des croquis de toutes les « fabriques » d'Ermenonville et de paysages de fantaisie tout à fait charmants \
Mais les premiers maîtres de ces enfants furent le curé et le magister du village qui leur donnaient des^leçons en compagnie des petits paysans leurs camarades de jeux'.
Toute la société d'Ermenonville vivait avec une charmante simplicité. Le dessin, la musique, la chasse et les promenades étaient les distractions ordinaires. On ne pouvait s'ennuyer dans 1' « Elysée » d'Er-
1. Carnet retrouvé par le prince Léon Radziwill (il est très probablement de Stanislas de Girardin).