‹ Le dernier ami de J.-J. RousseauChapitre 61 sur 91 · LE CAHIER VERT DE LA MARQUISE I · texte numérisé non relu

LE CAHIER VERT DE LA MARQUISE I

La science, en somme, tournait un peu les têtes et on se croyait à la veille de découvrir l'ultime secret de la nature. On pensait aussi que les anciens cabalistes et les livres d'Hermès avaient contenu des révélations alors perdues.

Tout cela eut pour résultat d'abominables fables calomnieuses sur la société mystérieuse d'Ermenonville. Les profanes et les gens mal informés en glosèrent, et il se répandit des bruits extraordinaires sur un cercle de gentilshommes, cherchant la pierre philosophale, ayant des mœurs impossibles, présidé parle clievalierDu Plain, dont on fit un gentilhomme portugais et que ses disciples auraient appelé le Père Éternel. Il aurait été un nouveau comte de Saint-Germain.

Ces fables furent racontées tout au long, comme les dernières nouvelles de Paris, dans le Courrier de V Escaut du. 9 mai 1785, avec des histoires d'Albigeois, de Templiers, d'Adamites, d'argent tombant des

l8o LE MARQUIS RENÉ DE GIRARDIN

nues, etc. Il est probable que le gouvernement de Louis XVI s'en émut, et il semble, d'après les documents, qu'une enquête fut ordonnée. Les auteurs de cette enquête n'eurent pas de peine à découvrir l'inanité de toutes ces calomnies. Le résultat en fut communiqué aux feuilles publiques, et la Gazette des Pays-Bas du 3o mai suivant, la Gazette (TU trec ht du 3 juin 1785, démentaient énergiquement le récit du Courrier de VEscaut, déclarant que le témoignage « d'un seigneur revêtu d'un caractère public » affirmait qu'il n'y avait à Ermenonville qu'une aimable société de philosophes *. Nous pouvons ajouter que cette société avait des préoccupations mysticoscientifiques, qui étaient l'origine naturelle des bruits les plus bizarres, répandus par les profanes et les bavards.

(( Calomniez, a dit Voltaire, il en restera toujours quelque chose ». Les récits du

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