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Son discours le plus important, où il développa son idée maîtresse, fut celui du 7 juin suivant : « Sur la nécessité de la ratification de la loi par la volonté générale. » 11 y exposait toute son idéologie sincère et passionnée.
« Dans le grand procès de la liberté contre le despotisme, c'est, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous l'exposer dans mon précédent discours, l'institution de la force publique qui est la question de fait, mais la question de droit, c'est la nécessité de la ratification de la loi par la volonté générale »
(( Ce sentiment divin inné dans riiomme qui établit dans son cœur l'amour de ses semblables comme une émanation de l'amour du Créateur pour toutes ses créatures, la conscience, qui dès qu'on réfléchit fait si bien sentir les vrais rapports des hommes entre eux, est la base de l'ordre moral et, par conséquent, la constitution essentielle, comme les rapports de l'homme
avec l'Auteur de son intelligence est de même la base universelle de la religion.
(( Il en est donc de la constitution essentielle comme de la vraie religion ; l'une et l'autre sont nécessairement catholiques, parce que catholique veut dire universel, et que l'universel ne saurait être particularisé, ni séparé par aucune division ni distinction. Le principe divin : Ne faites point à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît à vous-même — rassemble également tous les hommes dans un peuple de frères; il est également le principe universel de tout ordre social, de toute législation, et de toute religion raisonnable. »
A côté de la constitution essentielle il y a la constitution administrative, qu on en doit bien distinguer. Celle-ci doit être la manifestation extérieure de celle-là. Aussi doit-elle avoir pour base « la ratification par la volonté générale » de toutes les lois. « Ce qui n'est que constitué ne peut prétendre à être constituant. » Girardin parle
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de ce « prétendu gouvernement représentatif, tissé par les mains du hasard et les habitudes féodales ».
Il faut donc : « une souveraineté, une volonté, un pouvoir, une force publique, un peuple. » Il faut que toutes les lois votées par les assemblées, soient soumises à un plébiscite, à une ratification par le suffrage de tous les citoyens. Et qu'on ne dise pas que cela est trop difficile : Girardin expliquait en détail que grâce au perfectionnement des diligences et des courriers (qu'eùt-il dit des moyens modernes), rien n'était plus aisé.
Il ne fut pas compris ; ses contemporains évoluèrent dans un sens tout opposé à sa magnifique idéologie. Mais on peut se demander de quel côté il y avait plus de conséquence, et qui comprenait mieux la véritable souveraineté du peuple ?
11 se confina donc à Ermenonville, avec la famille de son ami, le chevalier Tautest du Plain. Il y recevait encore des visites :
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la duchesse d'Aiguillon, les deux Lameth, les derniers membres d'une société qui disparaissait; puis ce furent les heures sombres et l'inquiétude dans cette campagne si proche de la capitale.
Les hommes de 92 et encore plus ceux de 93 abandonnaient véritablement les pures doctrines du grand homme de Tîle des Peupliers. On honorait Jean-Jeacques, on ne parlait que de lui avec enthousiasme, dans le pathos des discours, mais Girardin devait volontiers mettre dans la bouche du (( saint » de la Révolution la parole de la Bible : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.
On fit plus : on s'en prit à la personne même de l'ami de Jean- Jacques, à son dernier hôte; on suspecta son civisme. En un sens on avait bien raison ; les tyrans d'alors pouvaient bien lui en vouloir jusqu'au fond du cœur : il les condamnait au nom du « maître », dont il possédait encore la dépouille dans ses jardins.