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Le dernier chant des serins de Laval

On sait ou on ne sait pas, qu’en avril dernier, huit des professeurs de la Succursale de Laval ont adressé à Mgr Fabre un mémoire concernant la sempiternelle question universitaire.

Ce mémoire, libelle où l’impertinence le dispute à la mauvaise foi, où le mensonge s’allie au manque de logique, où la grammaire ellemême est impitoyablement maltraitée, circule dans un certain public depuis quelques semaines.

J’ai attendu jusqu’à ce jour, dans l’espoir qu’une plume plus autorisée que la mienne ferait justice de ce fatras.

J’interrogeais l’horizon : Qui se lèvera pou ? dissiper les complots de l'envie ? uQuis consurget adversus malignantes ? ” Personne ne re evant l’injure, je réprimai le dégoût qui me montait au cœur, et j’entrepris l’examen du factum de ceux que j’appelle Serins de Laval.

Serins , ils le sont, ceux qui, dans leur candeur naïve , ont cru démolir l’Ecole de Médecine, en lui jetant de leur boue.

Serins, ils le sont, ceux qui, pour faire mousser le stock de la Succursale, ont cherché à déprécier le crédit sans tache de l’Ecole.

Mille fois serins, ceux qui ont espéré faire croire à Mgr de Montréal que l'Ecole de Médecine donne un enseignement scientifique inférieur et enseigne l 'immoralité la plus éhontée.

On dit que Sa Grandeur a été profondément affligée par la nouvelle manière des professeurs de Laval.

Ceux qui connaissent la bonté paternelle de Mgr Fabre, ainsi que

son amour de la paix, croiront cela sans peine. Ils se sentiront blessés, dans leur amour filial, lorsqu’ils songeront que ceux qui, par leur éducation et leur position sociale, devraient donner l’exemple du respect à l’autorité, pèchent, au contraire, par l’outrecuidance la plus dévergondée.

Monseigneur a répondu par un simple accusé de réception. C’est ainsi que le profond dégoût, comme les grandes douleurs, s’exprime par le silence. Sa Grandeur n’a pas même fait part à l’Ecole des accusations portées contre elle ; d’où je conclus que les serins n’ont pas

ébranlé la confiance que Mgr a toujours accordée à l’Ecole de Médecine, une des plus florissantes institutions du diocèse.

Voici les noms des accusateurs de l’Ecole, je les secoue à ma porte, je vous les livre, en attendant que vous jugiez de l’œuvre.

A. Dagenais,

A. A. Foucher, M. D., A. T. Brosseau,

O. Duval, M.D.,

N. Fafard,

T. A. Laramée,

J. B. A. Lamarche,

Sé vérin Lachapelle, M.D. (i)

Pour copie conforme,

H. E. Desrosiers, Secrétaire, M.D.

Ce corps de serins n’a pas même la forme de la femme dont parle Horace : “ Desin if in piscem millier formosa super ne". C’est plutôt une masse confuse et informe, rudis indigestaque moles , sans tête et sans queue.

On remarquera avec satisfaction que le doyen — la tête — de la faculté médicale de Laval, ne figure pas parmi les noms que je viens de citer.

Ce dut être une scène piquante de voir M. le Dr Rottot indiquant du doigt le factum de ses collègues et disant : Je ne signerai point ça.

Les auteurs du factum en chœur :

Vous êtes notre chef , suivez-nous donc . /

“ Et la guide nouvelle,

Qui ne voyait au grand jour,

Pas plus clair que dans un four,

Donnait tantôt contre un marbre,

Contre un passant, contre un arbre :

Droit aux ondes du Styx, elle mena sa sœur.” ( Lafontaine .)

Et l’écho moqueur répète dans toutes les directions :

Au Styx les serins, au Styx !

N. B. — J’indique, une fois pour toutes, que le factum de la succursale est intégralement reproduit au cours de cet examen.

Je l’ai fait rendre en petit caractère, le seul approprié, à mon humble avis.

(1) Je suis informé, à la dernière heure, que M. le Dr Séverin Lachapelle a, depuis, dégagé sa responsabilité, cela ne me surprends pas.

A Sa Grandeur Monseigneur Edouard-Charles Fabre, Archevêque de Montréal

et Vice-Chancelier de l’Université Laval.

Monseigneur, — Les soussignés, professeurs à la faculté médicale de l’Université Laval, à Montréal, désirant faire connaître à Votre Grandeur la manière dont ils comprennent leur position dans les circonstances actuelles, et expliquer l’attitude qu’ils ont prise vis a vis le bi 11 que l’Ecole de médecine a présenté à la législature, dans le but apparent de faciliter une union entre les deux facultés, prennent la liberté de présenter à Votre Grandeur les considérations suivantes :

Et d'abord, d’où vous vient ce désir de faire connaître à Sa Grandeur la manière dont voies comprenez votre position dans les circonstances actuelles ?

Est ce que Sa Grandeur ne connaîtrait pas votre manière, depuis quinze ans que vous en faites le triste étalage?

Est- ce que vous en auriez changé, et que votre nouvelle manière serait à ce point compromettante qu’il faille l’étayer d’explications? Messieurs, il n’y a qu’une voie dans la poursuite du bien, c’est la voie droite, la seule qui se passe de commentaires.

Soyons de bon compte ; ou vous avez toujours eu la même manière, et vos explications sont non avenues, ou vous en avez changé, et alors vous êtes illogiques et indignes de foi, et votre nom est, vous le savez... qui tourne au vent .

De plus, ces messieurs s’adressent à Monseigneur pour lui expliquer F attitude qu'ils ont prise vis à-vis le bill que l' Ecole de Médecine a présenté à la législature de, etc. etc.

O ignorance de Sa Grandeur, que tu dois être profonde, puisqu’il ne faut pas moins que les lumières des serins de Laval pour le pénétrer ! Heureuse Eglise de Montréal qui possède des luminaires de cette force !

Entre-nous, bon, ce besoin de vous expliquer ne s’expliquerait il pas par le fait de certaine prévarication à un ordre de votre recteur ? Monseigneur de Montréal ne vous aurait-il pas fait connaître son désir de vous voir prendre, et surtout garder, une certaine attitude vis-à-vis le bill des unionistes de l’Ecole de Médecine ?

Votre Recteur, messire J. B. Proulx, ne vous avait-il pas intimé, de Rome, de travailler à l’adoption de ce bill ?

Allons, allons, je comprends la démangeaison qui vous tourmente d’expliquer à Sa Grandeur la duplicité de votre manière et le grotesque de votre attitude.

En vérité, votre ptéambule est, ou une insulte à sa Grandeur qui connaît la question, ou un masque destiné à couvrir certaine contravention à la discipline universitaire, choisissez, messieurs. Quant à

moi, qui sais de quoi vous êtes capables, je vous tiens pour les auteurs de ces deux misères à la fois.

Ne dites pas, je vous prie, que je suis trop sévère, car, sachez que je vous porte tout l’intérêt que je dois. Je vous aime beaucoup parce que vous avez erré grandement. Je ne vous aime pas assez cependant pour vous châtier, c’est vous-même que je vais charger de ce devoir. C’est le fouet de l’histoire qui va vous servir la discipline.

Je veux, de plus, vous montrer que vous n’avez pas de pires ennemis de Ja succursale que vous-mêmes. Votre conduite d’abord, et vos écrits ensuite, vont le prouver amplement.

Et seaim petulans amcntia certal. — Claudien.

L'insensé , ne se possédant pas , combat contre lui-même.

Lorsque l’illustre Pie IX, par un décret en date du 1er février 1876, a déclaré que l’ Université Laval serait la seule université catholique dans la province de Québec, ruais que cette institution devrait avoir une succursale à Montréal pour donner à cette ville tous les avantages d’une éducation universitaire, les soussignés se sont empressés de se soumettre à cette décision du souverain Pontife, qui leur a paru inspirée par la plus haute sagesse et dans l’intérêt bien compris de tous les catholiques de la province.”

Premier mensonge. — Lorsque l’illustre Pie IX, par un décret en date du 1er février 1 87 6, a déclaré que l’Université Laval serait la seule université catholique dans la province de Québec, il a enjoint aux autorités universitaires de Laval de venir en aide aux écoles déjà existantes. Or, qu’est -il arrivé ?

Dès avant la promulgation de ce décret, les signataires du factum qui étaient pour la plupart professeurs agrégés à l’Ecole de Médecine tramaient, dans l’ombre, la ruine de cette institution, leur Alma mater. Us voulaient arriver, mais trouvant que les vieux professeurs de l’Ecole : les Munro, les Trudel, les Pelletier, les d’Orsennens, etc., ne disparaissaient pas assez vite de l’enseignement, ils appelèrent Laval à leur secours. Et Laval que les étudiants désertaient pour venir à l’Ecole de Médecine, Laval vint nourrir nos divisions et jeter sa graine stérile au milieu des œuvres fécondes de feu Mgr Bourget.

Le décret veut que Laval vienne en aide aux Ecoles déjà existantes, et Laval travaille à leur destruction et les signataires du factum la secondent dans cette œuvre néfaste. Ils mentent donc lorsqu’ils déclarent à Monseigneur, qu’ils se sont empressés de se soumettre à cet ordre du Souverain Pontife.

Comment ! depuis 1869, Mgr Ignace Bourget, de très sainte et très Illustre mémoire, demandait à Laval d’accorder une affiliation honorable à l’Ecole de Médecine, et vous, de votre côté, vous faisiez diversion à cette noble démarche ; vous passiez lâchement à l’ennemi, et vous parlez de votre soumission à l’autorité ! Farceurs sinistres !

Au reste, nommez-moi un seul homme qui, en dehors de votre cercle de traîtres, se soit opposé au décret de l’illustre Pie IX?

On ne prétendra pas, je l’espère, que l’Ecole de Médecine soit une université. Tout le monde sait qu’une université est une institution romposée des facultés de Théologie, Droit, Médecine et autres sciences; or T’Ecole de Médecine, comme son nom l’indique, n’est qu’une faculté, la seule à laquelle le décret de 1876 veut que Laval vienne en aide. Dore, en se tenant dans la rigueur du langage, l’Ecole peut exister même à côté de la seule université de la province.

On dira : l’existence de l’Ecole entravait* le succès de l’Université tLa val.

Mais oui, cela se conçoit pour qui sait que l’Ecole, par la valeur .pratique de son enseignement et la solidité de son orthodoxie, avait ' : accaparé les dix-neuf-vingtièmes des étudiants de cette province. On ne pouvait donc pas facilement compter sans elle. Est-ce la faute de l’Ecole si le recteur de la seule université catholique de la province, agissant sous votre impulsion, a déclaré qu’il préférait ignorer F Ecole et traiter avec V07is ? M. le Recteur Hamel n’était-il pas tenu de respecter le décret de 1876 ? Ne devait-il pas, en conscience et en honneur, utiliser les. éléments existants à Montréal d’une grande et forte université.

Aujourd’hui, après 15 ans de luttes stériles, vous devez, au moins, 'Comprendre que l’Ecole de Médecine était et est encore, un élément indispensable au succès de la seule université que voulait Pie IX en 1876. Les larmes de crocodile dont votre factum est saturé le prouvent : surabondamment.

Si l’envie ne rongeait vos cœurs et ne troublait vos esprits, vous n’écririez pas de factum, et vous cesseriez ces luttes stériles qui paralysent les plus généreux dévouements. Retournez au bercail, ou rangez-vous pour laisser passer ceux qui veulent marcher ■de l’avant. La vie est trop courte pour s’attarder à sonder l’ornière ••que vous avez creusée sous les pas de l’Ecole de Médecine.

Vous avez chanté trop tôt son requiam , elle est encore debout plus grande et plus forte que jamais. La voyez-vous, qui passe triomphante, ■offrant la protection de son bras à tous les hommes de bonne volonté, Kmême à ses détracteurs .

Vous prétendrez : l’Ecole de Médecine étant une corporation indépendante ne pouvait faire partie de l’Université Laval.

Je réponds : cette prétention est fausse en soi et fausse en fait.

En soi, parcequ’il n’y a rien qui répugne à ce que plusieurs corps indépendants confèrent des titres sous un vocable commun.

En fait, puisque la méticuleuse Laval a affilié la faculté de théologie de St Sulpice de Montréal, tout en lui laissant son indépendance.

Cela suffit-il pour vous montrer que loin de vous empresser de vous soumettre, vous vous êtes au contraire accrochésà des subterfuges, vous vous êtes opposés au décret de 1876. Voilà pour votre premier mensonge.

En vérité , dit Montagne, le mentir est un mauldit vice.

En effet une université bien établie doit être suffisante pour tous les besoins . d'une population qut dépasse à peine le chiffre d’un million.

Il faut croire que l’université que nous avons n’est ni bien établie ni suffisante puisqu’àprès tente huit ans d’existence, elle ne répond pas encore aux besoins de la population.

Et si on examine ce qui se passe dans les autres pays, et surtout en France, on se convaincra sans peine que l’existence d’une seconde université ne pourrait qu’être préjudiciable à l’intérêt des catholiques.

Ce qui ne veut pas dire qu’une seconde université mieux établie que la première ne serait pas avantageuse à l’intérêt des catholiques*

Aux Etats-Unis d’Amérique, qui comptent plus de dix millions de catholiques, on a encore qu’une seule université qui n’est pas même complète.

Si les dix millions de catholiques des Etats Unis n’ont qu’une université incomplète, ce n’est pas une raison pour que les catholiques de la Province de Québec soient satisfaits d’une université, qui ne répond pas aux besoins de sa population. Tout le monde sait que, l’université Laval, œuvre purement diocésaine comme l’a voulu son fondateur, n’est devenue provinciale que de nom : les deux tiers des catholiques de la province trouvent qu’elle ne répond pas aux besoins de toute la population.

Ce sentiment est fort à ce point que, toute la diplomatie universitaire n’a pu le changer.

Eh France, lorsque le gouvernement a permis l’érection d’universités catholiques, on s’est aperçu qu’il ne fallait pas qu’elles fussent trop multipliées et on a été obligé d’en réduire le nombre à trois. Cependant la France contient 36 millions de catholiques.

En France, les universités sont sous le contrôle du gouvernement, c’est donc un monopole ; dans la province de Québec, elles sont laissées à l’initiative du Clergé et des fidèles, c’est la liberté, il n’y a donc pas analogie.

De plus je trouve que vous êies trop humbles, vous cachez la masse de votre science sous les dehors d’une innocence mal contenue. Si vous osiez découvrir toutes vos infoi mations on serait étonné de votre savoir.

C’est ainsi que Mgr apprendrait de vous, phénix de la succursale,, que “les trois facultés de médecine et les trois écoles supérieures de “pharmacie ne sauraient, on le comprend, suffire à doter toute la “ France de praticiens expérimentés dans l’art de guérir. Les Ecoles “ préparatoires ont pour mission de répandre l’enseignement médical “ dans toutes les parties du territoire, ces Ecoles sont au nombre de “ vingt deux.”

On croira peut-être qu’il s’agit ici de simulacres de succursales. “ A un certain point de vue, l’enseignement des Ecoles préparatoires est plus profitable aux étudiants que celui des facultés. En effet, tandis que dans celles-ci plusieurs centaines de jeunes gens, devraient, par exemple, suivre à l’amphithéâtre les leçons d’anatomie du professeur, dans celles ci les élèves, peu nombreux, jouissent de moyens d’instruction plus directs et plus efficaces. La démonstration y est plus facile, lesobservations y ont plus de précision ; les manipulations et les leçonscliniques n’y souffrent pas de l’encombrement. Des interrogations sur les matières des leçons y sont possibles, les habitudes d’ordre et de. bonne tenue s’y conservent mieux, les élèves étant tous personnellement connus du professeur”.

Quel est le programme de ces écoles si dédaigneusement laissées en. oubli par les scribes du factum ? le voici :

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