‹ Le dernier chant des serins de LavalChapitre 3 sur 4 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Laissons, je vous prie, ce mesquin terre à terre, tout au plus bon-

à des chicanes d’écoliers.

N. S. P. le Pape a déclaré que Laval serait la seule Université catholique dans la province de Québec.

Notons, avant commentaires, que cette proposition n’est pas dogmatique, mais simplement disciplinaire. N’oublions pas ce point, afinque s’il nous arrive des foudres de convention, des menaces de seconde main, nous sachions conserver la sérénité de notre attitude et la fermeté de nos âmes de catholiques éclairés.

Qu’on le sache partout : personne n’est tenu de croire que l’Université Laval ait répondu aux besoins de la province de Québec. Ceux qui connaissent les faits doivent être convaincus du contraire.

L' Université Laval doit être la seule Uiiversité catholique de laprovince , concedo , mais personne ne niera que c’est à la condition sine quû non de répondre aux besoins de la province. Or Laval n’a pas. répondu aux besoins de la province, puisque les dix-neuf vingtièmes des étudiants catholiques ont pris leurs inscriptions et leurs degrés à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.

Laval n'a pas répondu aux besoins de la province puisque les autorité romaines se crurent dans l’obligation de lui donner des chaires subsidiaires à Montréal.

Laval n'a pas répondit aux besoins de la province puisque, malgré tous ces éléments, tant anciens que nouveaux, elle est restée déserte les étudiants n’y allaient que par accident.

Laval n'a pas répondu aux besoins de la province, à preuve, la tentative d’union de cette institution à l’Ecole, union repoussante et repoussée par le cœur même de la population, comme par les intéres-

sés immédiats, les élèves. En moins de quatre heures, plus de cinq cents citoyens marquants de Montréal ont fait savoir à l’autorité diocésaine qu’ils préféraient mille fois l’Ecole de Médecine à tous les dons de Québec.

Votre esprit n’est peut-être pas satisfait de ces preuves ; il voudrait peut-être d’autres éléments de conviction. Je suis prêt à lui en fournir.

Monseigneur Raymond a dit : “ Les maisons d’éducation sont les forteresses des peuples.” Ces forteresses ne consistent pas uniquement en constructions gigantesques, dont les tours altières dominent lescontrées environnantes. Elles n’ont de valeur que par l’esprit qui les anime.

Or l’éducation n’est pas une opération financière, mais un généreux apostolat.

Les maisons d’éducation fondées sur l’arithmétique, finissent par la banqueroute et le déshonneur. Rappelez-vous le Nisi Dominas œdificaverit do muni et confessez le principe que je proclame. Jetez un regard sur le passé de l’Université Laval, et dites si le soufle sacré de* l’apostolat a vivifié cette institution.

Pourquoi ses murs sont-ils restés déserts?

Pourquoi la jeunesse ardente de ce pays l’a-t-elle fuie constamment?

Les étudiants qui la fréquentent, sentant le vide de son enseignement, l’abandonnent sans regret : il fait froid , sortons d’ici !

Un exemple entre cent :

Monsieur Edouard Scallon, talent solide et brillant à la fois, après avoir remporté tous ies titres honorifiques que Laval donne à ses élèves, vint à l’Ecole de Médecine : “ Que viens-tu faire ici , lui demandai-je, toi le plus brillant lauréat de Laval ?”

“ Je viens apprendre la médecine !" répondit-il.

Il venait apprendre la médecine , c’est à-dire : apprendre à connaître les malades, apprendre la cause et la marche de leurs affections morbides, apprendre à enrayer cette cause et à suspendre cette marche.

Il venait apprendre la médecine , c’est à-dire : apprendre à connaître l’homme, non seulement au bout du scalpel, mais l’homme complet, physique, moral et psychologique.

Il venait apprendre la médecine , c’est-à-dire apprendre à aimer les malades, parce qu'ils sont malades. Toutes choses qu’on n’enseigne pas à Laval. Donc, pour ce qui concerne la médecine, Laval ne répond pas au but que lui assigne le Saint Père.

Vous penserez peut-être que Laval vint à Montréal pour satisfaire* une exubérance de zèle pour l’expansion des hautes études ? Erreur..

■Laval a déclaré à Rome qu’elle sentait le besoin de changer de champ d’opération : ça ne payait pas à Québec ! Si Laval répondait aux Besoins de la population de cette province, avait-elle besoin de venir .à Montréal retremper ses forces défaillantes ?

Stérile à Québec, Laval espérait-elle être féconde à Montréal?

Si oui, peine perdue, car le vent de l’adversité a emporté cette

graine inerte. *

A Montréal , on ne fait pas ainsi. Toutes les grandes œuvres qui font la gloire de Ville-Marie reposent sur le principe du dévouement à l’humanité souffrante. Avec la foi, la charité.

Ne cherchez pas ailleurs le secret du succès des œuvres de Feu Mgr Ignace Bourget.

Parcourez l’histoire des collèges classiques de cette province : Nicolet, St Hyacinthe, Trois-Rivières, Ste Thérèse, L’Assomption, Joliette, etc., et dites-moi, quelle pensée a présidé à la fondation et à la conservation de ces châteaux-forts du peuple canadien ?

Les pieux fondateurs de ces grandes maisons étaient-ils mus par un sentiment de lucre et de monopole ?

Non, la pensée virifiante, le principe fondamental de ces institutions était d’élever les cœurs en éclairant les intelligences. A l’heure ou j’écris ces lignes, nos collèges classiques ne gémissent-jls pas sous l’étreinte du monopole de Laval? Ne sont-ils pas privés de toute initiative personnelle? Le dernier congrès universitaire n’a-t-il pas fait ouvrir les yeux de ceux-là même qui ont le plus fait pour étendre sur toute h province la règle de fer de Laval ? Ils reconnaissent maintenant

l’étroitesse et la régidité de cette règle.

Il n’y a pas longtemps j’entendais vanter X habileté des autorités universitaires de Québec. Il n’y a pas dix ans, on célébrait la conquête diplomatique de nos maisons de haute éducation.

Aujourd’hui elles n’ont que trop sujet de se plaindre de leur conquérant.

Comprendra-t on, à l’avenir, pourquoi l’Ecole de médecine n’a pas voulu s’inféoder à Laval? Les instruments de Laval ont dit aux amis de l’Ecole : unissez-vous , l'argent ne manquera pas. On parle de corruption électorale, quel nom donnerez-vous à cette abjecte proposition?

Frappez le sol, puissant courtier de mariage, et les millions surgiront, et les nécessiteux seront repus, et l’avachissement sera complet; mais laissez, oui, laissez! l’Ecole ses coudées franches de faire le bien, librement, en plein soleil 1

A l’heure où vous me lisez, jetez un regard sur Laval et dites-moi si Vous croyez à la permanence de cette institution. Au point de vue financier, le seul qui semble l'intéresser, Laval entrevoit avec terreur les jours sombres qui se préparent et qui arriveront fatalement. Au point de vue de la force morale, comme élément de cohésion, Laval est désorganisée, témoin l 'éclipse des meilleures têtes qu’elle comptait dans son sein.

Cette désertion augure-t-elle bien de l’avenir? Je vous le laisse à juger.

Au risque de passer pour visionnaire, je veux vous dire toute ma pensée.

Si, comme j’ai raison de le craindre, Laval a joué avec les vases sacrés de l’éducation de la jeunesse canadienne, comme Balthasar, elle verra bientôt, si déjà elle ne le voit, sur ses murs, le manè thécel p/iarês qui scellera son sort.

Si Laval va son train habituel, si elle ne se hâte de refaire ses chemins, je crains vraiment qu’avant la fin de ce siècle elle ne soit plus qu’un objet de curiosité historique. C’est là, la dérision que le temps

attache aux œuvres de calcul purement humain.

Le 4 novembre 1865, “ M. le Dr Rottot, dansunecourte improvisa tion, remercia les étudiants de l’appui cordial qu’ils donnent à l’Ecole et les encouragea à continuer : ‘car, dit il, en encourageant l 'Ecole de Médecme et de Chirurgie de Montréal , c’est une œuvre nationale que vous soutenez; et si, plus tard, comme nous l’espérons, il se fonde une université à Montréal, vous pourrez vous dire avec orgueil : nous aussi, nous avons contribué à sa fondation’ — Gaz. Méd., nov. 1865.

Cette parole a-t-elle perdu de sa valeur, de son à propos? Non, vires acquirit eundo ! Elle résume dignement les aspirations de la profession médicale actuelle. En voulez-vous la preuve? je l’ai faite pour vous édifier : la voici, les sous-signés déclarent que seule la création d’une université à Montréal donnera satisfaction à la population de cette région de la province de Québec.

Archambault, G., M.D.

Archambault, H. A., M.D.

Asselin, J., M.D.

Brossard, J. H., M.D.

Brunelle. J. A. S.

Bussière, F. A., M.D.

Caisse, Y., M.D.

Campeau, J. A. H., M.D.

Carrière, P., M.D.

Laferrière, E., M.D.

Lalonde, E., M.D.

Lanctôt, J., M.D.

Laroche, T., M.D.

Larose, E., M.D.

Laporte, A., M.D.

Leblanc, J. A., M.D.

Leblanc, S., M.D.

L’Ecuyer, J. T., M.D.

Crêpault, H., M.D.

Coulombe, N., M.D.

Cormier, H., M.D.

David, P. A., M.D.

Del Vacchio, P., M D.

De Martigny, A. L., sr, M.D.

De Martigny, A. L, jr. M.D.

Demers, G., M D.

Desjardins, G. H., M.D.

Desaulniers, L. S. S., M.D.

Désy, J., M.D.

Drainville D., M.D.

Dubuc, G., M.D.

Dugas, G A., M.D.

Duhamel, A., M.D.

Durocher, L. B., M.D.

Faribault, G. B., M.D.

Forest, J. B M., M.D.

Gadbois, A., M.D.

Gervais, A. O., M.D.

FIuet, E., M.D.

Hurtubise, E , M.D.

Jeannotte, H., M.D.

Jeannotte, F.. M,D.

Labadie, F., M.D.

Laberge, J.

Lachapelle, F. X. M.D.

Lachapelle, L., M.D.

Ladouceur, H., M.D.

LaForest, G. L., M.D.

Leduc, J., M.D.

Lefaivre, A., M.D.

Lenoir, J-, M.D.

Léonard, J. R., M D.

LeRiche, L. E., M.D.

Lussier, P., M.D.

Malette, «A., M.D.

Marien, A. P., M D.

Marin, J. P., M.D.

Mathieu, A., M.D.

McNamara, D., M D.

Moreau, G. T., M.D.

Mount, E. W., M.D.

Palardy, F. L., M.D. Péladeau, J. T., M.D.

Perrault, C. A., M.D.

PlCOTTE, J. N., M.D.

Poitras, C. N., M.D.

Poitevin, E. A.

Prud’homme, R., M.D.

Rivet, A. N., M.D.

Roy, J. A., M.D.

Roy, H., M.D.

Royal, P., M.D.

Simard, E. E., M.D.

St. Germain, L., M.D.

Thérien, B., M.D.

Thibault, A., M.D.

Valois, A., M.D.

Vermette, L., M.D.

Cette liste a été couverte en moins de 24 heures. Je vous le déclare7 il n’y a pas dans cette province cinquante médecins qui ne voudraient la signer.

Ermitage de St Janvier. Ici s’éteignait il y a peu d’années un saint et illustre vieillard qui avait passé en faisant le bien. J’ai nommé feu Mgr Ignace Bourget. Tous les membres du clergé sont venus en pèlérinage au chevet de l’illustre mourant. Tous se sont engagés à continuer ses œuvres : “ Père, disaient-ils, vous partez, mais de l’a haut, votre esprit sera avec nous. Nous garderons les œuvres que vous avez accomplies et nous compléterons celles que vous avez laissées inachevées.”

Des œuvres que Mgr Bourget a laissées inachevées y en a-t-il une seule qu’il avait plus à cœur que la création d’une université à Montréal ?

Qui ne sait que dans le plan de Monseigneur, sa chère Ecole de Médecine était destinée à être la faculté médicale de l’Université de Montréal ?

Pendent opéra interrupta.

Qui se lèvera pour reprendre les travaux interrompus?

L’Ecole de Médecine reste debout et garde, comme un dépôt sacré, les promesses de l’avenir.

Tant qu’elle suivra la voie que lui a tracée son protecteur Mgr Bourget, qui osera lever la main sur elle ?

Qui osera effacer les œuvres que Mgr Bourget a laissées inachevées?

Les tentatives de destruction de l’Ecole ont jusqu’ici échoué, grâce à la protection évidente du nom illustre qui la sauvegarde. Mais au moment où je parle, ses ennemis se multiplient et menacent de toutes parts l’Ecole de médecine ; je vous demande, qui se lèvera pour dissiper les complots de l’envie ? Quis consurget adversus malignantes ? J’ai foi en l’avenir .

“ Celui qui met un frein à la fureur des flots,

“ Sait aussi des méchants arrêter les complots

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