‹ Le dernier chant du pèlerinage de Childe-HaroldChapitre 11 sur 13 · PAGE 112, VERS" II · texte numérisé non relu

PAGE 112, VERS" II

Les noms d'Odyssëus, de Marc, de Kanaris , etc.

Odysséus ou Odyssée. — Fils d'Andriséus , né en Epire , il entra d'abord au service d'Ali-Pacha. Après la mort de ce tyran , il se met à la tête de ses compatriotes , descend du mont Parnasse , et proclame le règne de la croix. Il défait Omer-Vrione , successeur d'Ali. «Le récit ^) de ses exploits , dit Pouqueville , volant » de bouche en bouche , fait éclater l'in- » surrection jusque parmi les peuplades » des plateaux supérieurs du mont OEfa.

NOTES. i8f,

)) Le même jour, sans aucune de ces hé- » sitations qui décèlent la crainte de se )) compromettre , les habitans des cantons » d'Hypati , ceux de Cravari , de Lidoriki , » de Malendrino , de Venetico , qui for- » maient jadis la Doride , la Locride hes- » périenne etl'Étolie, secouent le joug de » leurs oppresseurs. Des éphores , nom » oublié dans la Grèce, remplacent les » codja-bachis ^ le bonnet de raja est foulé )) aux pieds , et le croissant renversé dans » tous les lieux où il existait des mosquées 5 )) une nouvelle ère commence pour l'E- » tolie. Bientôt Odyssée est déclaré la ler- )) reur des Musulmans \ il les bat , les

» poursuit , s'empare d'Athènes , est » nommé deux fois commandant -général » des troupes de l'insurrection grecque, » remporte une seconde victoire de Pla- » tée -, et le courage personnel d'Odyssée , » ses mœurs sauvages, ses vétemens , tout » rappelle un de ces héros d'Homère, un » de ces hommes primitifs qui ne se mon- » trent qu'à la naissance des peuples , et » dont l'histoire ressemble bientôt à la » fable. Tout récemment encore , Odys- » sée , mécontent du gouvernement grec , » vient de congédier ses derniers com- ■» pagnons d'armes, et seul, avec sa femme -» et ses enfans , il s'est retiré dans une

» caverne du mont Parnasse , dont il a » fortifié l'entrée avec des palissades et du » canon. L'ostracisme, comme on le voit, » est de tous les siècles : les peuples re- » prennent leur nom , mais les hommes ne )) perdent pas leur ingratitude ; il est à )) désirer que les Grecs n'imitent pas en » tout leurs aïeux , et ne souillent pas » leur terre régénérée , du sang de leurs » libérateurs. »

Marco Botzaius. — Digne pendant d'Odyssée , mais plus civilisé que lui ; voici le portrait qu'en donne Pouqueville :

<( Melpomcne lui axait départi le don )) de la voix et de la cithare pour chanter

)) le tems où , gardant les troupeaux du » polémarque son père , aux bords du )) Selleïs 5 il abandonna sa patrie, conquise )) par Ali-Pacha, pour se réfugier sous les » drapeaux français , à l'ombre desquels » il crût en sagesse et en valeur. De la )) taille ordinaire des Souliotes , qui est » de cinq pieds environ , sa légèreté était )) telle qu'on le comparait au zéphyr. Nul » ne régalait à la lutte , au jeu du disque ^ ^) et, quand ses yeux bleus s'animaient, » que sa longue chevelure flottait sur ses » épaules , et que son front rasé , suivant « l'usage antique , reflétait les rayons du ^) soleil , il avait quelque chose de si ex-

» traordinaire , qu'on l'aurait pris pour un » descendant de ces Pëlasges , enfans de M Phaéton , qui civilisèrent l'Epire. II » avait laissé sa femme et deux enfans sur la » terre étrangère , pour se livrer avec plus )) d'audace aux chances des combats. — » Poète et guerrier, dans les momens de )) repos , il prenait sa lyre et redisait aux » enfans de la Selleïde les noms des héros, » leurs aïeux , leurs exploits , leur gloire , » et l'obligation où ils étaient de mourir , » comme eux , pour les saintes lois du )) Christ et de la patrie, objets éternels » de la vénération des Grecs. Sa femme » Chrysé vint le rejoindre après l'insur-

» rectioii de la Grèce , et voulut combat- » Ire à ses cotés. -^ Marc Botzaris , eu )) avant de Missolunghi , soutint , avec six » cents pallikares, les efforts de l'armée )) ottomane toute entière. LesThermopyles )) pâliront un jour à ce récit. — Retrancîiés » auprès de Crionero , fontaine située à )) l'angle occidental du mont Aracynthe , » ces braves , après avoir peigné leurs » belles chevelures , suivant Fusage immé- » morial des soldats de la Grèce , conservé » jusqu'à nos jours, se lavent dans les » eaux de l'antique Aréthuse , et , revêtus )) de leurs plus riches ornemens , iîs de- » mandent à s'unir par les liens de la fra-

» ternité , en se déclarant Ulamia. Un » ministre des autels s'avance aussitôt. » Prosternés aux pieds de la croix , ils )) échangent leurs armes , ils se donnent )) ensuite la main en formant une chaîne » mystérieuse , et , recueillis devant le » Dieu Rédempteur, ils prononcent les )) paroles sacramentelles : Ma vie est ta )) vie j et mon amc est ton ame. Le prêtre n alors les hénit , et ayant donné le baiser » de paix à Marc Botzaris , qui le rend à » son lieutenant, ses soldats s'étant mu- )) tuellement embrassés , présentent un » front menaçant à l'ennemi.

» C'était le 4 novembre 1822 , au lever

igG NOTES.

» du soleil : on apercevait de Missolunghi » et d'Anatolico le feu du bataillon immor- » tel qui s'assoupit à midi. Il reprit avec )) une nouvelle vivacité deux heures après, » et diminua insensiblement jusqu'au soir. )) A l'apparition des premières étoiles , on » aperçut , dans le lointain , les flammes » des bivouacs ennemis dans la plaine ] la » nuit fut calme , et , le 5 au matin , Marc » Botzaris rentra à Missolunghi , suivi de » vingt-deux Souliotes ; le surplus de ses )) braves avait vécu.

)) A la faveur de cette héroïque résis- )) lance , le président du gouvernement , » Maurocordato , avait approvisionné Mis-

» solunghi, et fait embarquer pour le Pélo- » ponèse les vieillards , les femmes et les » enfans. Marc Botzaris voulait pourvoir )) de la même manière à la sûreté de sa » femme et de ses enfans ^ mais Chrysé , » son épouse , ne pouvait se résoudre à )) l'abandonner : elle lui adresse les adieux » les plus déchirans ^ elle tombe à ses » pieds avec les timides créatures qui le » nommaient leur seigneur et leur père. » Marc Botzaris les bénit au nom du Dieu » des batailles. Il les accompagne ensuite f) au port , il suit des yeux le vaisseau , il » tend les bras à sa femme ^ hélas ! il la ') quittait pour la dernière fois! 11 périt,

igS NOTES.

» peu de tems après , dans une bataille » nocturne contre les Turcs , et sa mort » fut aussi glorieuse , aussi sainte que sa » vie. »

Kanaris. — Le Thémislocle de l'insurrection grecque, né à Psara , âgé de trente à trente-deux ans , d'une petite taille , l'œil vif et perçant, l'air mélancolique : tel est le portrait qu'en fait le capitaine Clotz. 11 brûle trois fois la flotte ottomane.

((Les Hydriotes (dit Pouque ville) avaient )) à peine relâché à Psara , qu'on vota una- » nimement la destruction de la flotte » ottomane qui était à Ténédos. Une divi- » sion navale, composée de douze bricks de

» Psara, avait observé sa position. L'entre- » prise était difficile -, les Turcs, sans cesse » aux aguets depuis la catastrophe de » Chio , se gardaient avec soin et visi- » taient les moindres bàtimens. Cepen- » dant , comme l'amirauté avait une con- » fiance extrême dans Kanaris, qui s ofFrit » encore pour cette périlleuse mission , » on se décida à la hasarder.

» On ajouta un brûlot à celui que le plus » intrépide des hommes de notre siècle » devait monter, et , malgré le tems ora- )) geux qui régnait , les deux armemens 1) mirent en mer le 9 novembre , à sept )> heures du soir, accompagnés de deux

)) bricks de guerre, fins voiliers. Arrivés, )) le jour suivant, à leur destination, les )) garde-cotes de Ténédos les virent sans » défiance doubler un des caps de Fîie, » sous pavillon turc. Ils paraissaient chas- » ses par les bricks de leur escorte qui » battaient flamme et pavillon de la croix , » et le costume ottoman que portaient les » équipages des brûlots complétait l'illu- » sion, lorsque deux frégates turques, pla- » cées en vedettes à l'entrée du port , les » signalèrent , comme pour les diriger » vers le point qu'ils cherchaient.

» Le jour commençait à baisser , et il )) élait impossible de distinguer le vaisseau

NOTES. aoi

» amiral au milieu d'une foret de mâts , » quand celui-ci répondit aux signaux des » frégates d'avant-garde par trois coups )) de canon. // est à nous , dit aussitôt Ka- )) naris à son équipage \ courage , cama- )) jades l nous le tenons ! Manœuvrant di- » rectement vers le point d'où le canon » s'était fait entendre , i'I aborde l'énorme )) citadelle flottante , en enfonçant son mât » de beaupré dans un de ses sabords , et )) le vaisseau s'embrase avec une telle ra- )) pidité , que , de plus de deux mille indi- » vidus qui le montaient, le capitan-pacha » et une trentaine des siens parviennent » seuls à se dérober à la mort.

» Auincme instant, un second vaisseau » est mis en feu par le brûlot de Cyriaque, i )) et la rade n'offre plus qu'une scène dé- » plorable de carnage , de désordre et de » confusion. Les canons j, qui s'échauffent, » tirent successivement ou par bordée , » et quelques-uns , chargés de boulets » incendiaires , propag»ent le feu , tandis » que la forteresse de Ténédos , croyant » les Grecs entrés au port , canonne ses » propres vaisseaux . Ceux-ci coupent leurs » câbles , se pressent , se heurtent , se )) démâtent, arrachent mutuellement leurs » bordages, ou s'échouent , et la majeure » partie ayant réussi à s'éloigner, malgré

]SOTES. uo3

» la confusion inséparable d'une sembla - » ble catastrophe , est à peine portée au -» large, qu elle est assaillie par une de ces )) terapêtes qui rendent une mer étroite » aussi terrible que dangereuse , pendant » les longues nuits de novembre. Les vais- » seaux voguent à l'aventure , s'abordent » dans l'obscurité, et s'endommagent. Plu- )> sieurs périssent , corps et biens ; douze » bricks font cote sur les plages de la » Troade ; deux frégates et une corvette , » abandonnées , on ne sait comment , de » leurs équipages , sont emportées par les » courans jusqu'aux attérages de Paros.

» Pendant que les Turcs se débattaient

:io4 NOTES.

» au milieu des flammes , et en luttant )) contre les flots , les équipages des brû- » lots , formant un total de dix -sept )) hommes , assistaient tranquillement à la » destruction de la flotte du sultan. Ils » virent successivement sauter le vaisseau » amiral , et cette Altesse tremblante se » sauver à terre dans un canot , lui qui )) montait , quelques minutes auparavant , » le plus beau navire des mers de l'Orient. )) Le second vaisseau s'abîma ensuite avec )) seize cents hommes , sans qu'il s'en sau- )) vàt que deux individus à demi brûlés, )) qui s'accrochèrent à des débris que la » vague mugissante porta vers la plage,

jSOTES.

» sur laquelle gisaient deux superbes frë-

» gales.

» O Tënëdos ! Ténédos ! ton nom, rendu )) célèbre par la lyre d'Homère et de Vir- » gile , ne peut plus être oublié , quand )) on parlera de la gloii'e des enfans des » Grecs ! Le chantre des Messéniennes , )) Casimir Delavigne , a dit leurs dou- ^) leurs et leur héroïsme 5 mais qui célé- )) brera leur triomphe, en racontant com- » ment les bricks des Hellènes , après » avoir recueilli Constantin Kanaris , Cy- » riaque et leurs braves , présentant leurs )) voiles à la tempête, et naviguant sur la » cime des vagues , reparurent , le i 2 no-

IT'- Éd. iS

ao6 NOTES.

» vembre., au port de Psara Les épliores , » suivis d'une foule nombreuse de peuple , » de soldats et de matelots , s'étaient por- )) tés à leur rencontre , dès qu'on eût si- » gnalé leur approche. Mille cris de joie » éclatent au moment qu'ils prennent terre! » Salut aux vainqueurs de Ténédos l Hon- )) neur et gloire aux hraves l ~ — La patrie » recojniaLssajite , dit le président des » éphores , en posant une couronne de » lauriers sur la tête de Kanaris , honore )) en toi le vaijiqueur de deux amiraux )) ennemis.

» Il dit , et , remontant vers la ville , )) le cortège , précédé de Kanaris , se rend

NOTES. -xo-i

» k l'église 5 là , le héros , déposant sa 0 couronne aux pieds de l'image de la )» Vierge , mère du Christ , le front pros- » terne dans la poussière , confessant que » toute victoire vient de Dieu , s'humilie » devant le Seigneur, li confesse les pé- » chés de la faiblesse humaine aux pieds » des ministres des autels , et , après avoir » reçu le pain de vie , aussi modeste et » aussi grand , le vainquew de deux ami- » raux ennemis se retire au sein de sa » famille.

» Mais il veut en vain se dérober aux » hommages : son nom a retenti avec trop » d'éclat pour rester ignoré. Le capitaine

» d'un yaisseau anglais qui arrivait à )) Psara , le demande et l'interroge ^ il )) veut savoir comment les Grecs préparent )) leurs brûlots pour en obtenir de pareils )) résultats. — Comme "vous le faites , com- )) mandant j mais nous a^ons un secret que » nous tenons caché ici, dit-il en montrant » son cœur : ï amour de la patrie nous Va » fait trouver. »

( POUQUEVILLE , Hîst. de la Régén. de la Grèce. )

Le lecteur lira sans doute avec intérêt ici le récit des derniers momens de lord Hyron , transmis par \m bomme de con-

fiance qui ne l'a pas quitté pendant vingtcinq ans.

« Mon maître , dit Fletcher , montait à » cheval tous le* jours, lorsque le tems » le permettait. Le 9 avril fut un jour » fatal : mylord fut très-mouillé durant la » promenade, et, à son retour, quoiqu'il eiit » changé d'habits complètement , comme » il était resté très-long-tems dans ses vête- )) mens mouillés , il se sentit légèrement » indisposé, et le rhume dont il s'était » plaint depuis que nous avions quitté Cé- )) phalonie, rendit cet accident plus grave. » Quoiqu'il eût peu de fièvre pendant la » nuit du 10, il se plaignit de douleurs

)) dans les membres et du mal de tète , ce » qui ne l'empêcha pas néanmoins de mon - )) ter à cheval dans l'après-midi. A son » retour , mon maître dit que la selle n'était » pas tout-à-fait sèche , et qu'il craignait » que cela ne l'eût rendu plus malade ^ » la fièvre revint , et je vis avec bien du » chagrin , le lendemain matin , que l'in- » disposition devenait plus sérieuse : myw lord était très-affaissé , et se plaignit de » n avoir point dormi de la nuit ^ il n'avait » aucun appétit. Je lui préparai un peu » d'ari'ow-root : il en prit deux ou trois )» cuillerées seulement , et me dit qu'il » était fort bon , mais qu'il ne pouvait en

)) prendre davantage. Ce ne fui que le » troisième jour, le 12 , que je commen- » çai à concevoir des alarmes. Dans tous )) les rhumes que mon maître avait eus » jusques-là , le sommeil ne Tavait pas » abandonné , et il n'avait point eu de » fièvre^ j'allai donc chez le docteur Bruno » et chez M. Millingen , ses deux méde- » cins . et leur fis plusieurs questions sur )) la maladie de mon maître ; ils m'assu- » rèrent qu'il n'y avait aucun danger , que -» je pouvais être parfaitement tranquille, » que dans peu de jours tout irait bien : » c'était le i3. Le jour suivant , je ne pus » m'empécher de supplier mylord d'en-

)) voyer chercher le docteur Thomas , de » Zante. Mon maître me dit de consulter )) à ce sujet les docteurs : ils me dirent » qu'il n'était pas nécessaire d'appeler au- )) cun autre médecin , parce qu'ils espé- » raient que tout irait bien dans peu de » jours. Je dois faire remarquer ici que » mylord répéta plusieurs fois , dans le )) cours de la journée, que les docteurs » n'entendaient rien à sa maladie. — En ^) ce cas , Mylord , vous devriez consulter » un autre médecin. — Ils me disent, » Fletcher, que ce n'est qu'un rhume » ordinaire , comme tous ceux que j'ai » déjà eus, — Je suis sur, Mylord, que

ISOTES. 2i3

# » VOUS n'en avez jamais eu d'aussi sérieux.

» — Je le crois , dit-il. Je renouvelai mes

» instances le i5 , pour qu'on appelât le

)) docteur Thomas ^ on m'assura de nou-

» veau que mylord serait mieux dans deux

» ou trois jours. D'après ces assurances

» répétées, je ne fis plus aucune instance

» que lorsqu'il fut trop tard.

» Les médecines fortes qu'on lui faisait

)) prendre , ne me semblaient pas les plus

» convenables à sa maladie ; car , n'ayant

)) rien dans l'estomac, elles me paraissaient

)) ne devoir lui procurer que des douleurs:

)) c'eût été le cas même avec une personne

)) en bonne santé. Mon maître n'avait pris ,

ai 4 TSOTES.

« depuis huit jours , qu'une petite quantité » de bouillon en deux ou trois fois, et deux » cuillerées ^anow-root , le i8 , la veille » de sa mort. La première fois que Ton )) parla de le saigner, fut le i5. Quand le » docteur Bruno le proposa , mon maître » s'y opposa d'abord , et demanda à » M. Millingen s'il y avait de fortes rai- » sons pour lui tirer du sang ^ la réponse )) fut qu'une saignée pouvait être de quel- )) qu'avantage , mais qu on pouvait la dif- » férer jusqu'au lendemain. En consé- » quence , mon maître fut saigné au bras » droit , le 1 6 au soir , et on lui tira seize » onces de sang. Je remarquai qu'il était

NOTES. ai5

» très-enflaminé. Alors le docteur Bruno » dit qu'il avait souvent pressé mon maître n de se faire saigner, mais quil n'avait » pas voulu y consentir. Survint une longue » dispute sur le tems que l'on avait perdu , » et sur la nécessité d'envover à Zanle ^ » sur quoi l'on me dit , pour la première ) fois , que cela était inutile . parce que » mon maître serait mieux ou n'existerait » plus avant l'arrivée du docteur Thomas. )) L'état de Dion maître empirait , mais le » docteur Bruno pensait qu'une nouvelle » saignée lui sauverait la vie. Te ne perdis » pas un moment pour aller dire à mon » maître combien il était nécessaire qu'il

2iG NOTES.

» consentît à être saigné ^ il me répondit : » Je crains bien qu'ils n'entendent rien à )) ma maladie 5 et tendant son bras : Tenez, )) dit-il , voilà mon bras ^ faites ce que » vous voudrez.

)) Mylord s'affaiblissait de plus en plus , » et , le 1^5 il fut saigné une fois dans la » matinée , et une fois à deux heures de » l'après-midi. Chacune de ces deux » saignées fut suivie d'un évanouissement, » et il serait tombé si je ne l'avais pas re- » tenu dans mes bras. Afin de prévenir » un semblable accident , j'avais soin de )) ne pas le laisser remuer sans le 3up- » porter.

» Ce jour-là , mon maître me dit deux )) fois : Je ne peux pas dormir , et vous w savez que depuis une semaine je n'ai » pas dormi. Je sais , ajoutait-il , qu'un » homme ne peut être sans dormir qu'un » certain tems , après quoi il devient né- » cessairement fou , sans que l'on puisse le )) sauver , et j'aimerais mieux dix fois me )) brûler la cervelle que d'être fou ^ je ne » crains pas la mort , je suis plus préparé » à mourir que l'on ne pense.

» Je ne crois pas que mylord ait eu » l'idée que sa fin approchait, jusqu'au 18; » il me dit alors : Je crains que Tita et » vous ne tombiez malades, en me veillant

2i8 NOTES.

» ainsi nuit et jour. Je lui répondis que » nous ne le quitterions point jusqu'à ce » qu'il fui mieux. Comme il avait eu un » peu de délire dans la journée du i6 , j'a- » vais eu soin de retirer les pistolets et le » stylet qui , jusques-là , étaient restés à » coté de son lit , la nuit. Le i8 , il m'a- » dressa souvent la parole -, il paraissait » mécontent du traitement qu'avaient suivi » les médecins. Je lui demandai alors de » me permettre d'envoyer chercher le doc- » teur Thomas. — Envoyez-le chercher; » mais dépéchez-vous : je suis fâché de ne » vous l'avoir pas laissé envoyer chercher » plus tôt.

» Je ne perdis pas un moment à exé- » cuter ses ordres , et à en faire part au » docteur Bruno et à M. Millingen , qui » me dirent que j'avais très-bien fait , )) parce qu'ils commençaient eux-mêmes à » être très-inquiets. Quand je rentrai » dans la chambre de mylord : Avez-vous » envoyé ? me dit-il. — Oui , Mylord, — » Vous avez bien fait : je désire savoir ce n que j'ai. Quoiqu'il ne parût pas se croire ^) si près de sa fin , je m'aperçus qu'il » s'affaiblissait d'heure en heure , et qu'il » commençait à avoir des accès de délire. » Il me dit à la fin d\in de ces accès : Je » commence à croire que je suis sérieu-

)) sèment malade^ et, si je mourais subi- » te ment , je désire vous donner quelques » instructions , que j'espère que vous au- » rez soin de faire exécuter. Je Fassurai )) de ma fidélité à exécuter ses volontés, » et ajoutai que j'espérais qu'il vivrait » assez long-tems pour les faire exécuter » lui-même. A quoi il répondit : Non , )) c'en est fait , il faut tout vous dire sans » perdre un moment. — Irai-je, Mylord , )) chercher une plume , de l'encre et du » papier ? — O mon Dieu , non ; vous » perdriez trop de tems, et je n'en ai point » à perdre. Faites bien attention , me » dit-il.

)) Votre sort est assuré , Fletcher. — » Je vous supplie , Mylord , de songer à » des choses plus importantes ! — O )) mon enfant ! dit-il -, 6 ma chère fille , » ma chère Adda ! Oh ! mon Dieu ! si » j'avais pu la voir ! Donnez-lui ma bé- » nédiction ; donnez-la à ma chère sœur » Augusta et à ses enfans. Vous irez chez )) lady Bvron ^ dites-lui , dites-lui tout. » Vous êtes bien dans son esprit.

)) Mylord paraissait profondément affecté » en ce moment : la voix lui manqua ^ je )) ne pouvais attraper que des mots par » intervalles -, mais il parlait entre ses » dents, paraissait très-grave, et élevait

» souvent la voix pour dire : Fletcher , si » vous n'exécutez pas les ordres que je » vous ai donnés , je vous tourmenterai , )) s'il est possible. Je lui dis : Mylord , je » n'ai pas entendu un mot de ce que vous » avez dit. — O Dieu ! s'écria-l-il , tout » est fini ! il est trop tard maintenant. » Est-il possible que vous ne m'ayez pas » entendu ?— Non , Mylord ^ mais essayez » encore une fois de me faire connaître » vos volontés. — Comment le puis-je ?

» Il est trop tard Tout est fini!

)) — Ce n'est pas notre volonté , mais » celle de Dieu qui se fait. ~~ Oui , dit-il , » ce n'est pas îa mienne^ mais je vais es-

)) sayer. En effet , il fit plusieurs efforts » pour parler, mais il ne pouvait pro- » noncer que deux ou trois mots de suite , » comme : Ma femme ! mon enfant ! ma » sœur ! Vous savez tout ; dites tout : vous » connaissez mes intentions. Le reste était w inintelligible.

)) Il était à peu près midi ; les médecins » eurent une consultation , et il fut dé- )) cidé de donner à mylord du quinquina » dans du vin. Il y avait huit |Ours qu'il » n'avait rien pris que ce que j'ai dit , » et qui ne pouvait le soutenir. A Tex- •^ ception de quelques mots que je répéi) terai à ceux auxquels ils étaient adrcs -

224 INOTES.

» ses , et que je suis prêt à leur commu- )) niquer, s'ils le désirent, il fut impos- )) sible de rien entendre de ce que dit » mylord après avoir pris son quinquina. )) Il témoigna le désir de dormir -, je lui » demandai s'il voulait que j'allasse clier- )) cher M. Parry. — Oui , allez le cher- » cher. M. Parry le pria de se tranquil- )) liser ; il versa quelques larmes , et parut )) sommeiller : M. Parry sortit de la » chambre avec l'espérance de le trouver » plus calme à son retour. Hélas! c'était le » commencement de la léthargie qui pré- » céda sa mort. Les derniers mots que je )i lui ai entendu prononcer furent ceux-ci,

» qu'il prononça dans la soirée du 1 8 , à )) six heures environ : Il faut que je dorme )) maintenant. Il laissa tomber sa tête pour » ne plus la relever ^ il ne fit pas un seul )) mouvement pendant vingt-quatre heures . )) Il avait , par intervalles , des suffocations )) et une espèce de raie : alors j'appelai » Tita pour m'aider à lui relever la tête , » et il me paraissait qu'il était tout-à-fait )) engourdi. Le râle revenait toutes les )) demi-heures , et nous continuâmes à » lui soulever la tête toutes les fois qu'il )) revenait , jusqu'à six heures du soir du )) lendemain 19, que je vis my lord ouvrir » les yeux et les refermer sans aucun symp-

» tome de douleur , sans faire le moindre » mouvement d'aucun de ses membres.

» O mon Dieu ! m'écriai -je , je crains » que mylord ne soit mort. Les médecins )) tàtèrent le pouls , et dirent : Vous avez » raison , il n'est plus. »

( WP'estrninster-lievie^^'. ^

PAGE l53, VERS 8 ET DERNIER.

Mais taisons-nous !... La tombe est le sceau du mystère !

Lord Byron exprime la même idée dans le troisième chant ôUHarold , après un parallèle entre Voltaire et J.-.T. Rousseau :

Ne troublons pas la paix de leurs cendres; s'ils

ont mérité la vengeance du ciel , ils subissent leur peine : ce n'est point à nous de les juger, encore moins de les condamner. L'heure viendra où les mystères de la mort nous seront révélés ; l'espérance et la terreur reposent ensemble dans la poussière de la tombe; et lorsque, selon notre croyance, la vie viendra nous y ranimer, la clémence divine pardonnera , ou sa justice viendra réclamer les coupables.

FTN DES NOTES.

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