‹ Le Dernier des Gaillard, vaudeville en 1 acteChapitre 5 sur 18 · PRUDENCE, GAILLARD · texte numérisé non relu

PRUDENCE, GAILLARD

Il va me l’amener! Mon cœur palpite 1

PRUDENCE

Comment, monsieur, vous avez des lubies de ce genre?

Qu’appelez-vous lubies?

PRUDENCE

A votre âge?

Prudence, vous ne savez pas ce que c’est qu’un hommo qui a de l’imagination!

PRUDENCE

Alors, monsieur, je dois vous prévenir d’une chose...

De quoi? dépéchez-vous!

PRUDENCB.

Vous tenez absolument à avoir un héritier?

J’y tiens mordicus !

PRUDENCE

Il est inutile de vous mettre en frais de noces!

Parce que?

PRUDENCE

Parce que vous avez le rejeton demandé!

Moi?

PRUDENCE

Vous avez un fils !

Un fils! moi! Depuis quand?

PRUDENCE

Depuis dix-neuf ans!

Prudence, cette plaisanterie ne me fait pas riro... Je fronce même le sourcil !

PRUDENCE

Vous rappelez-vous, monsieur, une nommée Popeline... qui était, chez vous, Demoiselle de magasin?

Popeline! Popeline! En effet, ce nom éveille en moi des souvenirs folichons 1

Je le crois bien! vous folichonniez beaucoup dans ce tempslà t

J’étais très-gai... pour un confiseur!

PRUDENCE

Trop gail... Et cette pauvre Popeline fut votre victime!

Ma victime!... Qu’est-clle devenue?

PRUDENCE

Elle a quitté ce bas monde !

Elle a eu tort !

PRUDENCE

Vous voyagiez alors pour votre commerce; mais j’étais sa confidente... et elle me laissa une lettre, que je relisais encore ce matin, et que je dois avoir sur moi... (Elle lire la lettre de sa poche.)

C’est fort curieux !

PRUDENCE

La voilà ! (Elle la lui donne.)

GAILLARD, ayant ouvert la lettre»

C’est bien sa vilaine écriture I (Lisant.) « Ma chère Prudence, » au retour de M. Gaillard, si je ne suis plus là, charge-toi de » lui présenter mon enfant. » (s'interrompant.) Son enfant 1

PRUDENCE

Le vôtre!

G A I L LA R D , continuant.

« C’est un ladre, un égoïste! » (s’interrompant.) Son enfant était déjà un égoïste!., si jeune!

PRUDENCE

C’est de vous qu’elle parle !...

Ah! c’est moi l’égoïste!... (Lisant.) « mais il n’aura pas le » eœùr de repousser ce petit être dont il est l’auteur! »

PRUDENCE

Est-ce que celte lettre ne vous fend pas l’âme ?

Si fait, ça me la fend!... mais elle ne me dit pas que ce petit être soit un fils! '

PRUDENCE

Je le sais, moi!... J’en ai pris soin par amitié pour Popeline!

Et pourquoi ne m’en avoir pas ouvert la bouche depuis dixneuf ans?... C’est fort singulier!

PRUDENCE

Dam! j’attendais une occasion! Vous avez toujours eu tant d’éloignement pour les moutards!

Enfin, où est-il? Qu’en avez-vous fait?

PRUDENCE

Je ne pouvais pas en faire un milord, et j’en ai fait un ouvrier !

Un ébéniste?

PRUDENCE

Non! il sert les maçons!

Un goujat!... mon fils est un goujat?

Ohl... monsieur, si vous saviez comme il vous ressemble!

Un Gis! un Gaillard !... Allez me le chercher !

PRUDENCE

Tout de suite, monsieur!... (a part.) Il a mordu à l’hameçon!

Prenez un remise!... Voilà deux fraucs! Aucun sacrifice ne doit me coûter dans cette conjoncture!

PRUDENCE

Oh! monsieur, vous ôtes bon ! (a part.) Enfin le voilà placé! (Elle gagne le fond.)

Vous donnerez au cocher quatre sous de pourboire!

PRUDENCE

Oui, monsieur.

De votre bourse! (Prudence sort.)

Page 1