CHANSON
( A mi-voix. )
Aux armes , janissaires !
L'aga vient par ici :
Femmes , prenez nos verres , Cachez-vous : le voici.
(Haut.)
Aga , tu nous appelles !
( 39 ) Faut-il en vrais fidèles Massacrer les rebelles?
Voici nos mousquets , Nos pistolets , Nous sommes prêts.
I! est passé : reviens, belle Fatime ; Laisse au chrétien ses misérables jours : Le temps jaloux entraîne dans son cours Esclave et maître, assassin et victime.
Non , plus de guerre, et chantons tour-ù-tonr Vivent les Grecs , et le vin , et l'amour !
(A mi-voix.)
Aux armes , janissaires , etc.
( Haut. )
Aga , tu nous appelles ! etc.
II est passé : reviens , belle Falime ; Rends-moi la coupe et buvons à longs traits. Ah ! laissez-moi me plonger sans regrets Dans cette ivresse où la raison s'abîme ! Non plus de guerre, etc.
( A mi-voix.)
Aux armes, janissaires, etc.
( Haut. )
Aga, tu nous appelles! etc.
Il est passé : reviens, belle Fatime ; Etends vers moi tes bras voluptueux :
Qu'aux battemens de ton cœur amoureux Mon cœur flétri s'échauffe, se ranime ! Non, plus de guerre, etc.
( 40 ) SCÈNK III.
ï-iis I'récldens , CBRYSA , amenée par dei Soldais
égyptiens.
cnaTSA.
De grâce, ah! laissez-moi m'asseoir!
Je sens mes genoux qui fléchissent; Mes yeux troublés s'appesantissent; O ciel de mon pays, ne dois-je plus le voir t
(Elle se laisse tomber sur un baac de gazon. )
LE Tt'RC , aux Egyptiens, en leur montrant son verre.
Il a raison : pour un moment d'attente. Vous n'y perdrez rien ; voyez-Yous?
Achmet est loin : venez boire avec nous ; Et Tahir est encore endormi dans sa tente.
CHRYSA, à part.
Enfin je respire : mon bras N'est plus pressé par une main sanglante : Je n'entends plus ni leur joie insolente ,
Ni leurs sacrilèges éclats.
Je n'entends plus aussi la voix de mon vieux père, Celle du héros que j'aimais !
Jamais... ce mot me désespère.
Je ne les verrai plus jamais.
Ah! que n'ai-je perdu la vie!
Capsali! Capsali! sans doute il est tombé, Car le monstre qui m'a ravie Sous ses coups aurait succombé !
Capsali, tu n'es plus ! je suis abandonnée !. . . Ah! s'il ne fallait que mourir!
Mais à d'aflVeux tourinens peut-être condamnée , Sans toi pourrai-je les souffrir!
A ton noble regard toute entière attachée , Je n'aurais pas senti le glaive des bourreaux
Mutiler, réduire en lambeaux
Ma chair lentement arrachée.
Et quand l'ange du dernier jour Aurait penché vers nous ses ailes étendues ,
Dans un dernier soupir nos âmes confondues ^
Ensemble auraient monté vei's l'éternel séjour!...
Que dis-je, malheureuse! un plus horrible oulrnge
Attend la vierge de Souli.
Je sens à ce penser défaillir mon courage :
O Dieu, sauve-moi de leur rage,
Garde une épouse à Capsali.
( Elle regarde autour d'elle. )
Que de fois dans ce lieu j'ai devancé l'aurore
Avec celui que j'adorais !
Je gravissais ce mont, légère et libre encore
Comme le daim de nos forêts.
Quel briUant horizon du haut de ces collines !
Devant nous quel riche avenir!
La Grèce avec orgueil sortait de ses ruines,
Son front paraissait rajeunir.
De la terre et du ciel, sur ces rives fécondes,
Tout célébrait l'antique hymen.
Le golfe de Patras murmurait dans ses ondes
Le grand nom de Philopémen :
Et quand le vent soufllait des bords de l'Étolie ,
Combien notre cœur agité Battait en écoutant les harpes d'Éolie
Dire : «Liberté!... liberté!...»
Tout est fini , tout : les harpes se taisent , Des flots vengeurs les murmures s'appaisent, L'air est pesant, le ciel est embrasé , Et (les héros le sol est épuisé.
Heureux celui que la tombe dévore! Heureux celui qui jieut l'ouvrir encore!
LE TURC, en sentinelle au fond du théâtre.
Achmet ! c'est le terrible Achmel!
CHRYSA , à part.
Ah ! que bientôt il me délivre !
KOREB, aux soldats.
Cachez, cachez ce vin, enfans de Mahomet, Nous serions indignes de vivre.
( Mouvement général. On cache les tasses , les outres , on prend des; armes , on se groupe. )