SCENE II
Qiitlnufs pcrionnfs fort Tersées dans l'ari ihéâual , m'ayani cunseillé de suppiirrifr nu 3e acte , daug la icèue du conseil, le discours suiTaot , comme trop long pour la situatii'ii . je crois pouvoir le rétablir ici , parce qu'il rappelle un des beaux faits d'arme* de la Grèce moderne.
BOTZARIS
Guerriers , qu'ôsez-vous dire ?
J'ai rêvé comme vous la gloire du martyre ; Mais je sens aujourd'hui bouillonner dans mon sein Un plus utile j un plus noble dessein. Quand du féroce Ali la haine criminelle Nous força de quitter la terre paternelle , Par un lâche satrape indignement chassés Les enfans de Souli s'enfuyaient dispersés. Jeune encore et déjà chef de nos Pallicares , Je marchais, poursuivi par six mille barbares. Nous poussions devant nous les femmes, les enfans,
Nous savions les défendre, et nous étions trois cents
Après avoir marqué de nos traces sanglantes
La sombre Athamanie et ses gorges brûlantes ,
Nous échappions joyeux ; je saluais déjà
Le libre Achéloiis et les monts d'Agrapha:
Mais il n'était plus temps, et par une autre armée,
Du pont de Coracos la route était fermée.
Il fallut s'arrêter : pressés de toutes parts,
Un pauvre monastère attire nos regards.
D'une roche escarpée il couronnait la cîme.
Ta le fleuve à ses pieds écumait dans l'abîme.
Sous le feu des mousquets nous l'occupons : bientôt
Nous attendons en vain le signal de l'assaut.
li'ennemi nous entoure, et son horrible joie
Demande à la famine une facile proie.
(90 ) Sans vivres, sans secours, des alimens grossiers. Nous soutiennent encor pendant huit jours entier*. Ce[)endant de ces monts les peuplades sauvages Du fleuve consterné remplissaient les rivages. Tous à ce bruit joj eux : « Des chrétiens vont mourir 1 » Au spectacle chéri se pressaient d'accourir. Déjà, pour échapper à d'infâmes supplices, Nous mesurions de l'œil le fond des précipices ; Quelques femmes déjà, le poignard à la main, Souriaient à l'enfant qui (remblait sitr leur sein. Tout-à-coup je m'écrie: « Aux armes ! qu'on me suive ! » Qui sait braver la mort n'attend pas qu'elle arrive. » En avant! nosefforts ne seront pas perdus ; » N'en passât-il qu'un seul , c'est un vengeur de plus. • J'ai dit ; nous descendons d'une course rapide: L'ennemi , que sui prend cette attaque intrépide. Se divise , recule , et ses rangs foudroyés , De leurs débris sanglans embarrassent nos pieds. Il revient ; et bientôt la valeur accablée Se débat au milieu d'une affreuse mêlée. « Au pont ! marchez au pont ! » criais-je à mes soldats , Et les lâches brigands s'ouvraient devant nos pas ; Et le pont s'approchait. Mais de vastes barrières , Mais des tubes d'airain les bouches meuruières , De ce passage étroit défendaient les abords ; C'est là que je fus pris dans la foule des morts; C'est là qu'à la faveur de la nuit la plus noire , Du haut de ces rochers d'éternelle mémoire, Les femmes de SouU , dans leurs bras triomphans. Pour la dernière fois pressèrent leurs enfans. Et dans les flots vengeurs avec eux s'élancèrent. Mais nous étions vainqueurs, car dix braves passèrent.
Eh bien , soixante hivers ont blanchi mes cheveux 1 Mais quand l'Achéloiis coule encor sous mes yeax. Je veux, s'il faut périr, qu'un autre me survive; Et je dis comme alors : « En avant ! qu'on me suive ! »
BOULEVAfiT POISSOHNIÈEE , K* 6 , A PABIS.