‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 80 sur 100 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Le premier moment de stupeur passé. Nadir et moi nous nous regardâmes, cherchant à nous rendre compte de ce qui était arrivé.

La cachette était entièrement vide.

Mais qui donc avait volé le trésor ?

Nadir me disait :

— Je suis sûr de la Gdélitë de Kottreb : or Koureb a disparu. Comment a-t-on deviné son secret?

Voilà ce que nous ne saurons que lorsque nous apprendrons ce qu'il est devenu.

La porte de fer était fermée.

L'ouvrir ou la briser était chose impossible.

Nous revînmes donc sur nos pas ; et au bout d'une demi-heure de marche nous remontions dans la pagode.

La lampe à ht main. Nadir en fit le tour.

Il sonda les coins et les recoins et acquit la conviction que Koureb n'y était pas.

Nous sortîmes.

La pagode était située dans un endroit assez isolé. Les quelques maisons qui leutouraieut étaient des cabaues de bambous habitées par des Indiens, la plupart mahométaiis et ne se souciant point par conséquent du culte de Sivah.

L'Indien dort une partie du jour; aussi la irnit veillet-il volontiers.

Nadir frappa à la porto de la maison qui se trouvait

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juste vis-à-vis de celle de la pagode, et elle s'ouvrit presque aussitôt.

l'n vieillard parut cl demanda ce qu'on lui voulait.

— De quelle religion es-tu ! lui demanda Nadir

— Je crois à Dieu et à son prophète, répondit-il.

— .Mais tu connais Koureb?

— Voici vingt ans que nous nous souhaitons longue vie tous les jours. Les hommes doivent s'aimer entre eux.

— Eh bien ! sais-tu où il est ?

— Je l'ai vu aujourd'hui pour la dernière fois avant le coucher du soleil.

— Ah!

— 11 était entré dans la pagode avec un homme aussi vieux que moi et que j'ai parfaitement reconnu pour le tailleur Hassan.

Je l'ai vu ressortir seul...

— Hassan est donc resté dans la pagode ?

— Oui.

— Et où est allé Koureb ?

— Je ne sais pas, mais il paraissait très-agité.

Nadir me regarda.

— Il est évident, me dit-il, que Koureb, en ce momcnt-là, accourait chez moi me dire qu’il avait perdu son amulette.

— Je le crois comme vous.

— Et, continua Nadir, s'adressant au vieillard , n’as-tu vu personne entrer dans la pagode ?

Oh ! si, vers les dût heures du soir, plusieurs hommes qui m'ont paru être des secteurs de Sivah sont venus et sont entrés.

Puis ils ont refermé la porte, et puis après, ils ont éteint la lampe.

— Et combien de temps ces hommes sont-ils restés?

— Mais, fil le vieillard avec étonnement, ils doivent y être encore.

— Tu ne les as pas vus sortir ?

— Non.

— Cest bizarre, me dit Nadir. Cependant, je crois deviner.

— Ah !

— Tu sais que le souterrain se bifurque de l'autre côté du canal.

— Oui.

— Eh bien ! les ravisseurs sont entrés par la pagode et s’en sont allés |>ar l'autre voie souterraine.

— Tout cela, observais-je, no nous dit pas ce que sont devenus Hassan et Koureb '!

— Hassan devait être ivre encore. Ils l'auront emporté sur leurs épaules.

— Et Koureb ?

— Nous retrouverons certainement ses traces dans la maison de Hassan.

Et, qoîttaut le vieillard après lui avoir mis une pièce de monnaie dans la main, Nadir m'entraîna loin de la pagode.

Nous repassâmes le bassin de carénage et nous nous dirigeâmes vers la maison du tailleur.

Le jour commençait à poindre et la population de la ville noire se répaudait dans les rues.

Nous retrouvâmes la jeune fille à qui, l'avaut-veille, nous avions confié la clef de la maison.

— Je n’ai plus cette clef, nous dit-elle.

— A qui l'avez-vous remise?

— A un vieillard qui est venu do votre part.

— Il est entré dans la maison ?

— Oui.

— En est-il ressorti ? •

— Non.

Le mystère se compliquait.

— Mais ajouta la jeune fille, plusieurs hommes sont venus peu après.

— Et ces hommes ?

— Il m'a semblé reconnaître parmi eux celui qui commandait aux soldats qui ont emmené le fils de Hassan.

— Bon ! fit Nadir. Tippa-Runo, sans doute.

— Ils ont frappé à la porte et le vieillard leur a ouvert.

L'n peu plus d'une heure après, acheva la jeune fille, ils sont ressortis et ont pris le chemin du canal.

— El le vieillard ?

— Il est toujours dans la maison.

Nous frappâmes, la porte demeura close, mais nous entendîmes derrière un rondement 60nore.

Nadir, je l'ai dit, était d'une force herculéenne. D’un coup d'épaule, il jeta celte porte par terre.

Nous aperçûmes alors Koureb éleudu sur le sol et donnant.

Auprès de lui était la tasse qui avait contenu le breuvage que Nadir avait composé pour arracher à Hassau son secret.

Cette tasse dont Hassan n’avait bu qu'une partie du contenu était vide maintenant.

Et nous comprimes tout, dès lors, Nadir et moi.

Tandis qu'il cherchait son amulette, Koureb tourmenté par la soif, avait vidé la tasse et subi tout aussitêt la pernicieuse influence du breuvage.

Les gens de Tippo-Runo et Tippo peut-être luimême, qui surveillaient activement la maison du tailleur, s’y étaient alors introduits et Koureb, qui n’élait plus maître de sa raison, leur avait livré son secret.

Nadir me dit :

— Rien n'est désespéré encore. Et à moins que Tippo-Runo n'ait quitté l'Inde, il rendra le trésor !

l'étais tellement altéré que je me laissai entraîner par Nadir hors de cette maison, comme un homme qui a perdu conscience de ce qui se passe autour de lui.

Depuis le jour où il m’avait sauvé des griffes de la panthère, l'Indien no m'avait pas quitté une minute.

— Ta vie est menacés par Tippo-Runo, m'avait-il dit, et mon devoir est de te protéger.

La surprise que j’éprouvai do le voir me tenir tout

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