‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 6 sur 103 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

misère. Je te pardonne parce que je sais pauvre; mais si ma fortune change, je t'assommerai.

PASQUIN

Mourez de faim, monsieur, mourez de faim.

LE CHEVALIER

C'est bien à quoi il faut nous résoudre tous deux, si mon maroufle de frère, le comte de Boursoufle, n'arrive pas aujourd'hui dans ce maudit village où je l'attends. ciel! faut-il que cet homme-là ait soixante mille livres de rente pour être venu au monde une année avant moi I Ah ! ce sont les aines qui ont fait les lois; les cadets n'ont pas été consultés, je le vois bien.

PASQUIN

Eh! monsieur, si vous aviez eu les soixante mille livres de rente, vous les auriez déjà mangées, et vous n'auriez plus de ressource. Mais monsieur le comte de Boursoufle aura pitié de vous; il vient ici pour épouser la fille du baron, qui aura cinq cent mille francs de bien. Vous aurez un petit présent de noces^ et nous en serons marris.

LE CHEVALIER

Épouser encore cinq cent mille francs I et le tout parce que l'on est aîné I Et moi être réduit à attendre ici de ses bontés ce que je devrais ne tenir que de la nature. Demander quelque chose à son frère aîné, c'est là le comble des disgrâces.

PASQUIX.

Vous parlez connue un philosophe qui n'a pas diné. 4e ne connais pas monsieur le comte, mais il me semble que je viens de voir arriver ici monsieur Maraudin , votre ami et le sien.

LE CHEVALIER

Et celui du baron, et celui de tout le monde.

PASQUIN

Cet homme qui noue plus d'intrigues qu'il n'en peut débrouiller, qui fait des mariages et des di* vorces, qui prête, qui emprunte, qui donne, qui vole, qui fournit des maîtresses aux jeunes gens, des amants aux jeunes femmes , qui se rend redouté et nécessaire dans toutes les maisons, qui fait tout, qui est partout, il n'est pas encore pendu. Profitez du temps, parlez-lui; cet homme^là vous tirera d'affaire.

LE CHEVALIER

Non, non, Pasquin, ces gens-là ne sont bons que pour les riches; ce sont les parasites de la société. Ils servent ceux dont ils ont besoin , et non pas ceux qui ont besoin d'eux, et leur vie n'est utile qu'à euxmêmes.

PASQUIN

Pardonnez-moi, pardonnez-moi, les fripons sont assez serviables. Monsieur Maraudin se mêlerait peut-être de vos affaires pour avoir le plaisir de s'en mêler : un fripon aime à la fin l'intrigue pour l'intrigue même. Il

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