‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 98 sur 103 · A LA CONDAMINE · texte numérisé non relu

A LA CONDAMINE

Vos vers servent à me confondre :

Je sens que je ne puis répondre

A votre style séducteur;

C'est en vain que je veux semondrc

Le dieu du peuple rimailleur :

Lui qui m'inspire trop d'ardeur,

A présent me laisse morfondre.

Ma muse , lasse et sans chaleur,

De grands vers ne, saurait plus pondre.

Je deviens un sec raisonneur.

Un métaphysique hypocondre ,

Avec Pascal un chicaneur.

Un vrai philosophe de Londrc ,

Et je vous prierai de refondre «

Et mon esprit et mon humeur;

Mais ne blâmez jamais mon cœur,

Car sur un œuf ce serait tondre.

Que toujours de ses douces lois

Le dieu des vcv^ vous endoctrine, Qu à vos chants il joigne sa vq'vl , Tandb qae de sa main divine II accordera sous vos doigts La lyre agrt'atile et badine Dont vous vous servez quelquefois.

Que TAmour eucor plus facile Préside à vos galants exploits.

Comme Phébus à votre stj le ; El que Plu tus, ce dieu sournois, Mais aux autres dieux très-utile, Aende par maint écii lotirnoîs Les jours que la Parque vous file Des jours plus heureux mille fois Que ceux d'Horace et de Virgile,

La paresse froide et niuetle N'a point dicté l'œuvre parfaite Où votre esprit en vers heureux De votre cœur est F interprèle.

C'est peu pour être un bon poète D*étre uu aimable paresseux; Que la Muse la plus fertile Joigne 1 étude au î» cuti ment : Ce qui parait le plus facile

Est écrit difficilement.

Parler juste , avec harmonie , Avec esprit , sagesse et feu , C'est un art qui n*est point un jeu ; Un rien qui semble coûter peu Veut de la peine et du génie.

Le dieu qui sait vous captiver, A tant d'autres peu favorable , Vous donna ce génie aimable Avec Fart de le cultiver, Et guida chez vous sur sa trace Les devoirs, les plaisirs, les arts.

Cueillant les lauriers du Parnasse, Arrachant les palmes de Mars, Soyez et TAchille et PHomère , Et sous les berceaux de Cypris Chantez plus d'une Briséis :

A plus d'une vous savez plaire.

Je vois cet agréable lieu , Ces bords riants, cette terrasse.

Où Courtin, La Fare et Chaulieu, Loin du faux goût, des gens en place, Pensant beaucoup , écrivant peu , Parmi des flacons à la glace Composaient des vers pleijis de feu; Enfants d'Aristippe et d'Horace, Des leçons du Portique instruits , Tantôt ils en cueillaient les fruits.

Et tantôt les fleurs du Parnasse.

Philosophes sans vanité.

Beaux esprits sans rivalité,

Entre TÉtude et la Paresse,

A côté de la Volupté

Ils avaient placé la Sagesse.

Où trouver encor dans Paris

Des mœurs et des talents semblables?

II n est que trop de beaux esprits,

Mais qu il est peu de gens aimables !

A MADEMOISELLE DE CORSEMBLEU.

Si ton amour n'est qu'une fantaisie, Qu un faible goût qui doit passer un jour, Si^ tu m*as pris pour me quitter, Sylvie , CrueUe, hélas! que je hais ton amour!

Ton changement me coûtera la vie.

Viens dans mes bras te livrer sans retour.

Que tes baisers dissipent mes alarmes, Que la fureur de tes embrassements Ajoute encore à mes emportements , Que ton amour soit égal à tes charmes.

Page 1