‹ Le désert de glaceChapitre 41 sur 67 · II. l'i · texte numérisé non relu

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tant? Quel mouvement humain s’y produisit qu’il ne pût maîtriser?

C’est là l’un de ces secrets du cœur qui échappent à toute analyse.

Quoi qu’il en soit, Hatteras, sans hésiter, s’a van ç; vers son rival, et lui dit d’une voix grave ;

n Vous m’avez sauvé la vie, Altamont.

— Vous aviez sauvé la mienne, répondit l’Américain. 11 y eut un moment de silence. Puis Altamont ajouta : Nous sommes quittes I Hatteras.

— Non, Altamont, répondit le capitaine, lorsque le docteur vous a retiré de votre tombeau de glace, j’ignorais qui vous étiez , et vous m’avez sauvé au péril de vos jours, sachant qui je suis.

— Ehl vous êtes mon semblable, répondit Altamont, et quoi qu’il en ait, un Américain n’est point un lâche t

— Non certes, s’écria le docteur, c’est un homme !

un homme comme vous, Hatteras I ,

— Et comme moi, il partagera la gloire qui nous est réservée !

— La gloire d’aller au pôle Nord I dit Altamont.

— Oui, fit le capitaine avec un accent superbe.

— Je l’avais donc deviné! s’écria l’Américain. Vous avez donc osé concevoir un pareil dessein I Vous avez osé tenter d’atteindre ce point inaccessible ! Ah I c’est beau cela I Je vous le dis, moi, c’est sublime I

-- Mais vous, demanda Hatteras d’une voix rapide.

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vous ne vous élanciez donc pas comme nous sur la route du pôle? »

Altamont semblait hésiter à répondre.

« Eh bien ? fit le docteur.

— Eh bien, noni s’écria l’Américain. Non! la vérité avant l’amour-propre! Non! je n’ai pas eu cette grande pensée qui vous a entraînés jusqu’ici. Je cherchais à franchir avec mon navire le passage du Nord-Ouest, et voilà tout.

— Altamont, dit Hatteras en tendant la main à l’Américain, soyez donc notre compagnon de gloire, et venez avec nous découvrir le pôle Nord I »

Ces deux hommes serrèrent alors dans une chaleureuse étreinte leur main franche et loyale.

Quand ils se retournèrent vers le docteur, celui-ci pleurait.

(I Ahl mes amis! murmura-t-il en s’essuyant les yeux, comment mon cœur peut-il contenir la joie dont vous le remplissez 1 Ah I mes chers compagnons ! vous avez sacrifié pour vous réunir dans un succès commun cette misérable question de nationalité! Vous vous êtes dit que l’Angleterre et l’Amérique ne faisaient rien dans tout cela 1 et qu’une étroite sympathie devait nous lier contre les dangers de notre expédition ! Si le pôle Nord est atteint , qu’importe qui l’aura découvert ! Pourquoi se rabaisser ainsi , et se targuer d’être Américains ou Anglais, quand on peut se vanter d’étre hommes! n

Le bon docteur pressait dans ses bras les ennemis réconciliés; il ne pouvait calmer sa joie; les deux nouveaux amis se sentaient plus rapprochés encore par l’amitié que le digne homme leur portait à tous deux. Clawbonny parlait sans pouvoir se contenir de la vanité des compétitions, de la folie des rivalités, et de l’accord si nécessaire entre des hommes abandonnés loin de leur pays. Ses paroles, ses larmes, ses caresses, tout venait du plus profond de son cœur.

Cependant il se calma, après avoir embrassé une vingtième fois natteras et Altamont.

«Et maintenant, dit- il, à l’ouvrage, à l’ouvrage! Puisque je n’ai été bon à rien comme chasseur, utilisons mes autres talents. »

Et il se mit en train de dépecer le bœuf, qu’il appelait « le bœuf de la réconciliation » , mais si adroitement qu’il ressemblait à un chirurgien pratiquant une autopsie délicate.

Ses (leux compagnons le regardaient en souriant. Au bout de quelques minutes, l’adroit praticien eut retiré du corps de l’animal une centaine de livres de chair appétissante ; il en fit trois parts dont chacun se chargea, et l’on reprit la route du Fort-Providence.

A dix heures du soir, les chasseurs, marchant dans les rayons obliques du soleil, atteignirent Doctors’- Ilouse, où Johnson et Bell leur avaient préparé un bon repas.

Mais, avant de se mettre à table, le docteur s’était

écrié d’une voix triomphante en montrant ses deux compagnons de chasse :

(( Mon vieux Johnson, j’avais emmené avec moi un Anglais et un Américain, n’esiril pas vrai ?

— Oui, monsieur Clawbonny, répondit le maître d’équipage.

— Eh bien, je ramène deux frères. »

Les deux marins tendirent joyeusement la main à Altamont; le docteur leur raconta ce qu’avait fait le capitaine anglais pour le capitaine américain, et, cette nuit-là, la maison de neige abrita cinq hommes parfaitement heureux.

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