‹ Le désert de glaceChapitre 49 sur 67 · DB OI.ACB · texte numérisé non relu

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tombe avec une rapidité croissante, dévaste les forêts, renverse les villages, mais enfin emploie un temps appréciable à se précipiter; or, il n’en est point ainsi dans tes contrées frappées par le froid arctique; le déplacement du bloc de glace y est inattendu, foudroyant; sa chute n’est que l’instant de son départ, et qui le verrait osciller dans sa ligne de projection serait inévitablement écrasé par lui ; le boulet de canon n’est pas plus rapide, ni la foudre plus prompte; se détacher, tomber, écraser ne fait qu’un pour l’avalanche des terres boréales, et cela 'avec le roulement formidable du tonnerre, et des répercussions étranges d’échos plus plaintifs que bruyants.

Aussi, aux yeux des spectateurs stupéfaits, se produisait-il parfois de véritables changements à vue ; le pays se métamorphosait; la montagne devenait plaine sous l’action d’un brusque dégel ; lorsque l’eau du ciel infiltrée dans les fissures des grands blocs, se solidifiait au froid d’une seule nuit, elle brisait alors tout obstacle par son irrésistible expansion, plus puissante encore, en se faisant glace qu’en devenant vapeur, et le phénomène s’accomplissait avec une épouvantable instantanéité.

Aucune catastrophe ne vint heureusement menacer le traîneau et ses conducteurs; les précautions prises, tout danger fut évité. D’ailleurs, ce pays hérissé de crêtes, de contre-forts, de croupes, d’ice-berçs, n’avait pas une grande étendue , et trois jours après, le 3 juillet, le^

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voyageurs se retrouvèrent dans les plaines plus faciles.

Mais leurs regards furent alors surpris par un nouveau phénomène, qui pendant longtemps excita les patientes recherches des savants des deux mondes; la petite troupe suivait une chaîne de collines hautes de cinquante pieds au plus, qui paraissait se prolonger sur plusieurs milles de longueur ; or, son versant oriental était couvert de neige, mais d'uno neige entiëreinent rouge.

On conçoit la surprise de chacun, et ses exclamations, et même le premier effet un peu terrifiant de ce long rideau cramoisi. Le docteur- se hâta sinon de rassurer, au moins d’instruire ses compagnons; il connaissait cette particularité des neiges rouges, et les travaux d’analyse chimique faits à leur sujet parWellastou, de Candolle et Baüer; il raconta donc que celte neige se rencontre non -seulement dans les contrées arctiques , mais en Suisse , au milieu des Alpes ; de Saussure en recueillit une notable quantité sur le Treven en 1760, et, depuis, les capitaines Boss, Sabine, et d’autres navigateurs en rapportèrent de leurs expéditions boréales.

Altamont interrogea le docteur sur la nature de cette 5ubstance extraordinaire, et celui-ci lui apprit que celte coloration provenait uniquement de la présence de corpuscules organiques ; longtemps les chimistes se demandèrent si ces corpuscules étaient d’une nature animale ou végétale; mais iis rucunnurent enfin qu'ils ap-

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partenaient à la famille des champignons microscopiques du genre « üredo, » que Baùer proposa d’appeler « üredo nival is. »

Alors le docteur, fouillant cette neige de son bûton ferré, fit voir à ses compagnons que la couche écarlate mesurait neuf pieds de profondeur, et il leur donna à calculer ce qu’il pouvait y avoir, sur un espace de plusieurs milles, de ces champignons, dont les savants comptèrent jusqu’à quarante-trois mille dans un centimètre carré.

Cette coloration , d’après la disposition du versant, devait remonter à un temps très-reculé, car ces champignons ne se décomposent ni par l’évaporation ni par la fusion des neiges, et leur couleur ne s’altère pas.

Le phénomène, quoique expliqué, n’en était p^s moins étrange ; la couleur rouge est peu répandue par larges étendues dans la nature ; la réverbération des rayons du soleil sur ce tapis de pourpre produisait des effets bizarres; elle donnait aux objqts environnants, aux rochers, aux hommes, aux animaux, une teinte enflammée, comme s’ils eussent été éclairés par un brasier intérieur, et lorsque cette neige se fondait, il semblait que des ruisseaux de sang vinssent \ couler jusque sous les pieds des voyageurs.

Le docteur, qui n’avait pu exanainer cette sqbstance, lorsqu’il l’apereut sur les CrinasQn^Uffs de la paer de Batfin, en prit ici à son aise , et il en recueillit précieusement plusieurs bouteille.^.

Ce sol ruufte, ce. « Champ du Sang, «.comme il l’appela, ne lui dépassé qu’aprés trois heures de marche, et le pays reprit son aspect habituel.

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