LE FEU SUR LA TERRE
Dans le Désert de l'amour, nous trouvons deux hommes amoureux de la même femme : un garçon de dix-sept ans et son père, qui en a cinquante-deux. Ni l’un ni l’autre ne l’obtiennent, et aucun ne peut l’oublier.
Cette femme, Maria Cross, est une petite bourgeoise qui, par paresse et goût du luxe, est devenue une femme entretenue. On parle d'elle avec mépris et comme d’un monstre de science et de perversité. Quand Raymond Courrèges la rencontre, au sortir de l’adolescence, il trouve avec stupeur un petit être quelconque et sentimental, avide d’égards qu’on n’a pas l’habitude de lui accorder. Raymond lui montre une facile goujaterie et se fait mettre à la porte, malgré le goût très vif qu'a Maria de sa jeunesse et de sa fraicheur.
Pendant ce temps, elle est elle-même aimée par le docteur Courrèges, qui est son médecin. Mais elle a pour lui ces sentiments de déférence et de respect qui sont bien loin de l'amour, et lui-même, malgré la torture qu’il éprouve, ne peut passer de cet état de conseiller grave et paternel à celui d’amoureux passionné ou transi. Il souffre en silence et nous connaissons peu de peintures plus émouvantes de l'amour que celle de cet homme mûr, grave, réfléchi, que l'angoisse supplicie et qui est obligé de vivre au milieu des siens, dans l’atmosphère empesée d’une famille de province, où chacun s’observe, se surveille, se taquine et ne se dit jamais la vérité.
A la fin du livre, Maria Cross a épousé son amant et clle est devenue une bourgeoise définitivement inacessible. Mais entre le père et le fils Courrèges s’est tissé un lien
secret et profondément vivant : « Ils sont parents par Maria Cross. »
HSC 20 47 : 29 F AB 36 0535 4