L E I> ES E R T E U R
Valcourt, . Hier aa soir , honteux d*avoir autorisé par mes étourderies , les odieux soupçons qu'on vous a voit fait concevoir, j'avois résolu de le sauver : sa fuîtê croît assurée; ua pisse-port, ma chaise, ma iîyrée , tout étoit prêt ; il a tout refusé ; et l'honneur de son père lui a paru préférable à la vie. Frappé de tant d'héroïsme , je n'ai plus écouté que le cri de la pitié. Aussi prompt que Téclair , je Vole au quartier-général , je me précipite aux genoux du héros de la France. Le nom de St. Franc , je Ta voue , a plus fait que hies véhémentes sollicitations. J'ai tout obtenu de ce guerrier sublime et compatissant. — J'ai redoublé de vitesse pour hâter mon retour j et chaque instant de retard glaçoît mes sens. J'arrive au moment où l'on assemble les troupes; je résiste au violent désir dje' vous rendre tous à la vie :je prends mon rang , j'étoîs sûr du cœur de; St. Franc : j'ai voulu que mon père même admirât ses vertus , et qu'elles servissent à justifier la hardiesse de ma démarché. — Nous arrivons sur la place:--, quel spectacle s'offre à nos yeux l ^ Je l'ai vu ce brave jeune homme traverser les rangs d'un p^s égal et tranquille. ^ Ce digne père pafoissoît être la victime. Nos officiers le connoissoîent humain et généreux , mais personne ne savoir à quoi attribuer tant de tendresse pour cet infortuné. »-. Il Pembrasse vingt fois à «nos yeux j enfin , «'arrachant de ses bras et remplissant son terrible devoir , il défend aux soldats» sous peine de la vîe , de crier grâce. ^ Mais aussi-tôt , d'une voix altérée , il nous appelle , il s'écrie, les sanglots à la bouche : u Non, Vous 9f n'exigerez pas que cette main trçmblante donne » le signal de son trépas : la nature l'emporte et fy m'arrache mon secret. Blâmez-moi d'embraîB$^r 99 la cause de tous ces infortunés.. . Celui que vous • voyez, •• • apprenez tous quHl est mon Bis. ..
DRAME. tf|
9» oui , mon fils. ^ Frappez deux victimes >», Il se jette dans ses bras, il le presse sur son sein, il ne peut s'en séparer. ^ Ah Dieu I j'ai vu tous les visages pâlir , tous les yeux verser des pleurs. Mon père , frappé d'admiration , lui a dit : « Pourquoi »» nous avoir caché ce fatal secret ? J'aurois tout 9f fait^our le sauver >». ^ Ill'est, me suis-je écrié en me jetant dans ses bras , voilà sa grâce : que ce soit de vous qu'il la reçoive. ^Les officiers ^ les soldats , k peuple , tous ont répondu par un cri de joie y jugez de celle qui remplit mon cœur. J'ai sauvé deux héros y j'ai rendu la vie à une famille respectable , et j'ai reconcilié mon père avec mon
ami.
Mad. L U Z E R E.
O digne jeune homme !
St. Franc.
Mon ami !
Mon bienfaiteur !
Comment pouvons-nous acquitter ? . • •
Valcourt.
Vous ne me devez rien. -^ Quand un français entreprend une bonne action , le bonheur de réussir est sa plus glorieuse récompense.