SCÈNE JÈNE
Mr PLumer (seul) Jocrisse (dans la coulisse)
Oh! hé! hé! la Grise!... Lève pas tant la eroupe. (Il chante) ‘ Quand j'sortimes d’not’ village, J'navions qu'quinze ans, Si j'n'étions pas tombé malade, | ,; J'aurions vingt ans. TN (Entrée) Ah! tiens, vlà Mr Plumet. (Très fort) Bonjour, not” maitre. (Plus fort) Boujour, not maitre |
Prumer (se bouchant les oreilles)
Assez !..,. Assez !... Veux-tu te taire, animal? Tu m'étourdis !
* JUCRISSE Dame, M'sieu, j'vous. vois tous les matins des paquets d'coton dans les oreilles, j'ai pensé qu’vous uviez l'timpan dur... À propos, comment qu'çà va à c'matin, not’ maître ? (Il va pour lui toucher ka main, Mr Plumet lui donne une tape). Aie!
aie ! not’ maître, quelle mouche qui vous pique lonc à c'matin ?
PLUMET
Tais-toi... et écoute.
be Jocrisse HUE : Bon 1... Va qu ie m'tus!
Ras PLUMET Not’ maître.
PLUMET Tais-toi donc !.. Jocrisse !
JOCRISSE Not’ maître.
PLUMET {lui tirant l'oreille) Mais veux-tu te \sire, animal! :
Allons! bon!... Mais vraiment, not maître, vous être coriace, à c’matin.
PLUMET
Oh! oh! ma patience! ma patience!.., Voyons... Jocrisse... approche et écoute-moi.
Oui, not’ maître,
PLUMET
Jocrisse !... Depuis deux ans tu es à mon service...
Et demi, not’ maitre.
PLUMET
. Silence! Je te dis que depuis deux anstuesà mon service... EM JUCRISSE
Et demi, not’ maître.
PLUUET
Mais te tairas-tu?... Jete dis, maraud, que depuis deux ans tu es à mon service.
. Et moi, M'sieu, je m’tus d’vous dire qu'y a deux ans et demi et je m'trompe pas, y a juste deux ans et demi aux prunes et...
à PLUMET
Assez! assez... tu m'étourdis... depuis deux ans, tu ne fais que des sottises...
‘Jocrisse (très furt} :
Et demi, not’ maître | PLUMET
Oh ! le bourreau !...il me rendra sourd. Taistoi et réponds ; tu ne fais que des sottises, tu es gourmand, menteur. Réponds.
(Silence de Jocrisse) PLUMET Entends-tu ?... réponds-moi.
(Silence de Jocrisse) PLumer (le secouant) Mais, me répondras-tu, imbécile 2...
% Jocrrsse :
+. Dame! not maître, quand j'parle, vous m'‘dites de m’taire ; quand je m'tus, vous m'dites de parler ; êtes-vous fou ou ben moi? FA:
PLumer (en colère)
A-t-on vu un insolent semblable ! (Il Ini donne un coup de pied au derrière) Tiens !.…. ,
Jocrisse (riant aux éclats)
«Ah! ah! ah! ah! not’ maître, ah! ah! faut aVouer qu'vous avez l’coup d'œil juste, vous avez donné en plein d’dans.
PLUMET Oh! le misérable imbécile !, ,. bourreau !. Se animal !.., JOCRISSE Allons ! allons, Monsieur Plumet, faut pas vous
fai e des colères comme ça; VOyez-vous, ça vaut ri-n pour la santé,
PLUMET
Laisse-moi tranquille... Je voulais te parler comme un homme qui veut ton bien.
: "Vous voulez mon bien, ma foi vous m’en prendrez pas beaucoup, j’n’ai qu'treute sous daus ma poche, | à
PLUMET
Ton bien!... Ton bien !... Je veux dire pour : ton intérêt, ton avenir... ton.
Ah! ah! bon!... bon!.., J'y suis, j'comprends... parlez, not’ maître... v là qu’j’écoute.
PLUMET
Eh bien! Jocrisse, je te disais donc que tu ne faisais que des sottises, tu es gourmand, menteur, paresseux, voleur |
Voleur!...ah!... «ah!...ah!... not’ maître!
PLUMET
Oui, voleur! Tu me voles tous les matins, je le sais, mes œufs frais que je garde pour ma poitrine détériorée.
JOCRISSE (riant)
Déter... Déter... Détercoi... Détercorcié.. . qué qu'c’est que c't'animal-là, not’ maître, ça va-l’y sur l’eau ?
* PLUMET
Mais, malheureux, tais-toi donc, tu vas me faire perdre la tête!
Dame! not’ maître, vous m'dites des mots si | drôles!.., Comment?... Moi?... Jocrisse...
Moi, vous prendre des œufs frais sur vot’poitrine déterfondée ?. .. T’nez, c’est aussi faux que c’verre de vin qu'j'avale.
(I boit le vin de M. Plumet.)
PLUMET (courant à lui)
Oh ! le butor!... Mon vin dé dessert... et daus mon verre encore !
Oh ! c’est rien, not’maitre… attendez, j’vas vous l'rincer. :
(Il sort son mouchoir de sa poche pour essuyer le verre, il en tombe un œuf dur.)
PLUMET (le prend par l'oreille en lui mon- © trant l'œuf)
Ah! ah! Monsieur le fourbe!... Monsieur le menteur !... Qu'est-ce que c’est qu’ça ?
Jocrisse (regardant l'œuf) Ça?... Ça?...
PLuMEr Oui, ça... maître fripon ?
Eh ben, ça, c'est un œuf frais que j'ai acheté £’matin chez la fruitière d'en face pour faire un lait d'poule à mon p'tit cousin Laflûte qu'a une coqueluche rentrée. ;
PLuMEr
Un œuf frais ?... Mais il est dur, infâme menteur !
Ah! c’est que j'aurai approché la chandelle trop près d’ma poche, ça l’aura durci.
PLUMET Ticus... Jocrisse.., je ne veux plus de toi.
(Fausse sortie de Jocrisse) ns PLUMET Où vastu?
JOCRISSE Dame ! not’maître, si vous ne voulez pas d’toit, j'men vas chercher les couvreurs !
PLUMET (le secouant)
. Mais! animal! toi, c’est toi, entends-tu ? je te chasse.
Ah ben, en v’là encore une, est-ce que vous me prenez pour un lapin, par exemple ? .
PLUMET
Ah! ma tête!... ma tête... Jocrisse!... Je te renvoie,je ne veux plus te voir,me comprends-tu? RAGE à UE JocRIssE :
.: Allons, notmaître, voyons, si j'ai été un peu coupable, pardonnez-moi... j'vous promets, foi de Jocrisse... que j'veux vous conténter... oui, not maître, pardonnez-moi pour cette fois et vous
verrez que j'vas être docile comme un p'tit mouton.
ù PLUMET Le
Hum !... J'en doute, cependant je veux encore ‘essayer et si ‘tu te conduis bien pendant mon absence. .. Il y « longtemps que tu-me demandes
x : À ce que je prenne ton petit cousin Laflûte à mor #: service. .. eh bien, tiens ta promesse, il viendra ICI, &
| JocrissE (le cajolant) Ah! quel bon maître ! | ee PLUMET Flatteur!... Mais, tiens... va me chercher mon habit, ma canne et mon chapeau... et dépêche-toi. : ë JOCRISSE Soyez tranquille, nol'maitre.
(Il sort)