‹ Le dessin d'histoire naturelleChapitre 15 sur 36 · ENCRE · texte numérisé non relu

ENCRE

L’encre lithographique se vend en bâtons ressemblant à une tablette de chocolat, longs d’environ 10 cent. et larges de 4, du prix de 1 fr. à 1 fr. 50. Un seul bâton peut suffire pour une année de travail, c’est donc là une dépense insignifiante.

L'eau que l’on emploie doit être pure, celle qui provient du ciel ou d’une source est préférable à celle des puits. On la conserve dans un flacon dont le bouchon de liège est traversé par le tuyau d’une plume de poule, ce qui permet de la verser goutte à goutte. Pour préparer l'encre vous procédez de la manière suivante : vous frottez 4 sec dans une soucoupe bien lisse pour ne pas faire de grumeaux, vous versez dessus 6 à 8 gouttes d’eau et vous frottez doucement avec le doigt en tournant. L’encre se délaie d’abord en bouillie, vous y ajoutez 2 où 5 4 gouttes d'eau, vous continuez à frotter et y ajoutez encore de l’eau si elle est trop épaisse. L’encre ne doit être ni trop claire, ni trop épaisse, elle doit avoir à peu près la consistance de l'huile d'olive. La confection de l’encre demande beaucoup de soin, il ne faut pas frotter le doigt trop fort, ce qui la ferait mousser, et il faut frotter assez longtemps pour qu’elle soit bien délayée. Si l’encre était trop claire

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elle ne résisterait pas à la préparation et les traits seraient altérés ; trop épaisse elle coule difficilement de la plume, pénètre mal dans la pierre et ne donne qu'un tirage maigre. On fait peu d’encre à la fois, 10 à 12 gouttes sont plus que suffisantes pour toute une journée; il faut avoir soin de faire de l’encre tous les matins et de bien nettoyer l’encrier, l’encre de la veille est bien moins bonne, les traits sont irréguliers et le travail plus difficile.

L’encre ne doit pas être laissée à l’air dans la soucoupe, car elle se chargerait de poussière, épaissirait promptement et ne donnerait plus que des traits irréguliers. On fabrique un encrier avec un morceau de planche ayant 2 ou 3 cent. d'épaisseur et environ 6 cent. de côté ; on fait, avec une mèche, un trou au centre et on y place un dé à coudre, voilà un encrier très simple et très commode. On verse le contenn de la soucoupe dans le dé sans chercher à l’égoutter trop complètement, le fonds n’étant pas toujours bien délayé : on y adapte un bouchon taillé de façon à ce qu’il s’enlève très facilement sans soulever en même temps le dé, ce qui pourrait verser l'encre sur la table ou sur la pierre. L’encrier doit être bien bouché chaque fois que l’on prend de l’encre pour éviter la poussière et la sécheresse.

On pourrait aussi préparer l'encre de la même manière que l’encre de Chine en mettant un peu d’eau dans une soucoupe ou un godet avant de frotter le bâton ; le frottement à sec est bien préférable.

PLUMES ET PORTE-PLUMES (page 10, fig. 1, 9, 3)

La plume doit être plus fine pour dessiner sur pierre que pour dessiner sur papier. [l y en a de deux sortes : celles que l’ouvrier fabrique lui-même et celles que l’on trouve dans le commerce.

Les lithographes fabriquent eux-mêmes leurs plumes avec des bandes d’acier laminées très minces, longues d'environ 50 cent. et larges de 3 à 4 cent. il y ena de quatre épaisseurs différentes ; on peuten acheter la longueur que l’on veut à raison de 0 fr. 30 le pouce. On coupe avec de petits ciseaux la bande d’acier en bandelettes d'environ 4 cent. de long sur 5 mill. de large en ayant bien soin de suivre le fil de l'acier; on pose cette bandelette dans une rainure pratiquée sur la table ou plus ordinairement sur la planchette servant d'appui au dessinateur et, avec un petit marteau spécial, l’anneau d’une clef ou des ciseaux ou un petit arrondissoir dont sont munis certains ciseaux, on frotte le morceau d’acier en long jusqu’à ce qu’il ait pris la forme arrondie d’une plume (page 10, fig. 3).

Ces plumes sont trop minces et trop flexibles pour être placées dans un porte-plume ordinaire, on se sert d’un porte-plume spécial composé d’un tuyau de plume d’oie et d’un morceau de bois cylindrique et un peu conique de façon à ce qu’en l’enfonçant par le petit bout il arrive, lorsqu'il est enfoncé complètement, à serrer la lame d’acier contre le tuyau de plume d’oie dans lequel on l’a placée et qu’elle dépasse d’une certaine longueur (fig. 3); au lieu de bois je me sers de la partie supérieure d’une tige de Gynerium, c’est plus léger. On peut acheter des porte-plumes,

La plume étant emmanchée, on lappuie sur le médium, la face convexe en dessus et, maintenant le porte-plume entre le pouce et l'index, on fait, avec des ciseaux fins, une fente d’environ 4 mill. vrès exactement Suivant le fil de l'acier. Si la fente nest pas suivant le fil de l'acier il est impossible d’arriver à avoir une pointe fine, quelque soin que l’on prenne il s'en détache obliquement de petites parcelles à l'extrémité. Pour que les ciseaux ne se ferment pas complètement, ce qui occasionnerait une déchirure au fond de la fente, on entortille un peu de gros fil autour de l’un des anneaux pour empêcher le rapprochement complet.

La fente étant faite et, tenant toujours la plume sur le médium, on l’évide à droite et à gauche par petits coups de ciseaux de manière à lui donner une taille courte et une pointe fine (fig. 3). Si la taille était allongée comme dans les plumes à dessin, l’encre lithographique coulerait trop difficilement. Quand la faille est finie la fente doit être réduite à 1 mm. 1/2 ou 2 mill. au plus et les deux pointes bien égales, ce dont on s'assure en la posant verticalement sur l’ongle ou mieux en l’examinant à la loupe les pointes un peu écartées. Si elles ne sont que peu inégales on ne se sert pas de ciseaux, on les égalise en frottant la plus longue sur la pierre à aiguiser ; il est souvent utile de frotter très légèrement la pointe en tenant la plume verticalement. Quand, après un certain temps d'usage, elle est devenue trop grosse, évitez, Si elle est bonne, de la tailler de nouveau ; vous lui rendrez sa finesse en la frottant sur la pierre à aiguiser et vous pourrez répéter l’opération plusieurs fois de

façon à vous servir de la même plume pendant plusieurs jours sans la tailler. Si les deux branches Chevauchent pendant la taille, on les remet en place en posant la plume. sur la pierre et frappant sur la pointe à petits coups avec: l'instrument qui a servi à la cintrer.

Depuis quelques années les fabricants anglais livrent au commerce des plumes lithographiques toutes préparées et faites d’acier plus épais et plus ferme, ce qui permet de se servir d’un porte-plume ordinaire; on peut rendre la pointe un peu plus fine en frottant le dessus et les côtés sur la pierre à aiguiser. Le plus difficile pour les débutants c’est la taille de la plume, je les engage à se servir d’abord des plumes du commerce, plus tard ils apprendront à les faire quand ils voudront exécuter des travaux plus fins ; si j'avais connu ces plumes à mes débuts, elles m’auraient économisé beaucoup de temps et évité bien des ennuis. La plume Brandauer n° 518 (p. 10, fig. 1) est très commode, la plume n°558 du même fabricant (fig. 2) est un peu plus fine et taillée différemment avec des retraits et des fentes. La première coûte 1 fr. la douzaine chez Senée, rue de Savoie, 6, et chez Lorilleux, rue Suger, 16; je ne sais si la seconde se trouve à Paris (jai fait venir les miennes d'Angleterre), elle devrait se vendre environ 2 fr. la douzaine.

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