‹ Le dessin d'histoire naturelleChapitre 34 sur 36 · GRAVURE SUR MÉTAUX À L'EAU FORTE ET AU BURIN · texte numérisé non relu

GRAVURE SUR MÉTAUX À L'EAU FORTE ET AU BURIN

Le cuivre rouge et l’acier sont les métaux les plus employés. Les plaques de cuivre ont 2-3 millimètres d'épaisseur, le graveur les enduit d’un vernis, trace le dessin avec une pointe en enlevant le vernis jusqu’au Cuivre, fait une bordure en cire autour de la planche el verse dessus de l’acide nitrique étendu d’eau qui creuse le cuivre partout où il a été mis à découvert par la pointe.

Les ombres se font aux traits, aux hachures ou au pointillé. Quelquefois la gravure est tout entière au pointillé, tous les traits étant formés d’une suite de points très rapprochés, ce qui lui donne un aspect spécial. Je n’ai vu aucun ouvrage français gravé au pointillé, mais cette gravure était autrefois assez répandue en Angleterre, les planches du second volume des Graminées de Parnell ont été gravées au pointillé.

Si, au lieu d’eau forte, on se sert d’un burin pour creuser les traits dans le cuivre, c’est la gravure au burin.

Vous faites le dessin comme vous voulez pourvu que tout soit distinct, que le graveur voie bien ce qu'il faut faire.

Le tirage en taille douce étant très cher, ordinaire ment on ne le fait pas directement sur la plaque, on

fait un report sur pierre pour tirer lithographiquement ; on peut faire plusieurs reports sur la même pierre et, par conséquent, tirer plusieursexemplaires à la fois, ce qui est très économique pour les tirages nombreux,

Autrefois on employait souvent la gravure à l’eau forte pour les ouvrages d'histoire naturelle, actuellement on en fait peu ; la photogravure et la photocollographie l’ont remplacée. 11 y avait à Paris, il y a 30 ou 40 ans, deux graveurs bien connus des botanistes : Pierre et Picard ; j'ai fait faire, en 1869, de la gravure chez le second. Je ne sais quels sont aujourd’hui les graveurs d’histoire naturelle.

GRAVURE SUR BOIS (Planche VI)

La gravure sur bois est connue depuis longtemps, on dit qu’elle était en usage chez les Chinois 309 ans avant l'ère chrétienne. Elle a été, jusqu’à l'invention de la photogravure, la seule gravure en relief pour l'illustration des livres, elle est encore très usitée aujourd’hui et elle fournit de beaux travaux.

Autrefois, on faisait toujours directement son dessin sur bois, actuellement on dessine souvent sur papier et On fait photographier le dessin sur le bois revêtu d’une substance sensible à la lumière. Cette dernière manière présente un avan tage, c’est que votre dessin reste intact et qu’il est très facile de vérifier si le graveur l’a bien rendu, tandis que, si le dessin est fait directement sur bois, il ne reste aucun moyen de vérification ; si le travail est mal fait, l’ouvrier vous

répondra qu’il a gravé exactement votre dessin et il vous sera impossible de lui prouver le contraire.

Les bonnes maisons ne veulent pas de photographies sur bois ou ne s’en servent que dans des cas spéciaux. Ce n’est pas, m’écrit le graveur Dubray, le moyen de faire bien et ceci pour plusieurs raisons : La photo sur bois, par suite de la préparation spéciale du bois, vient enlever certains effets du dessin et produit aussi dans le transport de la pellicule des déformations très sensibles. De plus, l’ouvrier éprouve beaucoup plus de difficultés dans son travail et fera toujours mieux d’après un bois dessiné que photographié.

Le buis est le meilleur de tous les bois pour la gravure, on se sert aussi du cormier, du poirier, etc. ; c’est l’Asie-Mineure qui fournit les buis de grandes dimensions ; souvent on réunit ensemble, au moyen de chevilles à vis et à écrous, plusieurs morceaux de bois dont on unit et polit la surface comme si ce n’était qu'une seule planche; l’ouvrier peut les démonter, les graver séparément et les remonter ensuite. Les planches de bois destinées à la gravure ont l'épaisseur des caractères d'imprimerie (23 mill.), elles reçoivent une préparation spéciale et une couche de blanc. Aujourd’hui, on grave le bois debout et non plus de fil comme autrefois. Il y a à Paris 3 ou 4 marchands de bois préparés pour la gravure, mais ordinairement le graveur se charge de vous le fournir tout préparé.

Vous maintenez avec la main gauche le bois dans là position que vous voulez et vous dessinez avec la main droite appuyée sur le bois recouvert de papier

ou sur une planche de même hauteur placée à côté. Si vous avez besoin de vous servir de la loupe, ce qui arrive souvent au dessinateur naturaliste, vous ne pouvez plus tenir le bois et, s’il est petit, il remuera. Voici comment je procède dans ce cas: je prends une planche de bois blanc de 93 cent. de largeur, d’environ 25 millimètres d'épaisseur (on en trouve de ces dimensions chez tous les marchands de bois). J’en scie 2 longueurs de 45 à 50 cent. chacune ; je fais, au milieu du côté de l’une, une entaille un peu plus grande que le bois à graver et je réunis les deux en clouant en-dessous en travers des bouts de planches minces ou de voliges ; je place mon buis dans l’entaille en mettant dessous un morceau de carton de 1, 2 ou 3 mill. pour qu'il arrive au moins au niveau de la planche, je le cale avec des morceaux de bouchon de liège et je dessine aussi facilement que sur une table; tout ce travail ne demande qu'un quart d'heure. La première condition pour bien dessiner, c’est d’être à son aise. Si l’on veut que le buis soit exactement au milieu de cette espèce de table, au lieu de faire l’entaille tout entière dans la même planche, on fait une demie entaille dans chacune.

Le dessin doit être fait à l’envers (voyez au chapitre lithographie, p. 39), mais vous êtres libre de le faire comme vous voudrez, à la plume ou au crayon dur, ordinairement au crayon, avec les ombres à l’encre de Chine ou au crayon, de manière que le tout soit nettement indiqué pour que le graveur comprenne bien. Je me suis servi du crayon Koh-I-Noor marqué HB, dur et noir.

Les corrections sont très difficiles parce que l’en-

ie

duit blanc, dont le bois est recouvert, s’enlève trop facilement au moindre grattage ou même par le frottement de la mie de pain ou de la gomme. Si une ombre est trop forte, on peut la diminuer en donnant de petits coups de pointe du grattoir de lithographe, tenu presque perpendiculairement et sans le faire glisser.

Autrefois, on tirait directement sur le bois gravé, aujourd’hui on fait pour le tirage des clichés galvaiiques appelés galvanos ; le bois est conservé pour obtenir de nouveaux clichés quand les premiers sont usés, la même gravure peut servir ainsi indéfiniment. Les galvanos ne sont pas chers et un seul suffit pour un tirage d’au moins 5,000exemplaires, celui quiaservi pour ‘les figures de la planche VI m'a coûté 1 fr. 50 et jai payé 25 fr. pour la gravure y compris le buis.

Les graveurs sur bois sont très nombreux à Paris, le prix de la gravure varie suivant le travail qu’elle nécessite et habileté de l’ouvrier. Les bons gräveurs font de très beaux travaux. Comme vous le voyez, la gravure sur bois bien faite coûte 8 ou 10 fois plus que le gillotage. Quand on a à tirer un grand nombre d'exemplaires, le prix du cliché est sans importance, aussi est-elle très employée pour les catalogues comgrossièrement faits.

merciaux, souvent assez

Les gravures sur bois présentent assez souvent un pointillé ressemblant au grisé de la similigravure, mais ce pointillé n'existe qu'aux endroits où il est utile, il n’occupe pas tout le dessin et ordinairement il n’est pas uniforme, c’est un des moyens de distinguer ces deux sortes de gravures.

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