‹ Le dessin des animaux en Grèce d'après les vases peintsChapitre 20 sur 40 · AUX · texte numérisé non relu

AUX

surfaces a orner.

B. Canon variable. — Défonuations subordonnées non. seulement à la zone, mais à toute surface quelconque, — Employé surtout par les Corinthiens et les céramistes qui leur ont fait des emprunts (moins souvent ailleurs).

Corps court et gras — Croupe saillante ; jambes postérieures des quadrupèdes trop en dessous du ventre. — Origine orientale. — Employé sur les sarcophages de Clazomène et sur les vases chalcidiens.

Repris ensuite par les Attiques.

Canon trapu.

Les proportions, telles qu'elles existent dans la nature, ont été observées, un peu dans toutes les écoles, par les grands artistes. — Dans la céramique, le canon naturaliste est employé sur les hydries de Caere, sur les vases dits « cyrénéens » et sur les poteries attiques du v^ siècle avant J .-C.

Canon naturaliste.

(i) Dans la réalité, les canons énumérés au tableau ci-dessus ne sont pas partout aussi nettement délimités. Il y a eu, et il importe d'en tenir compte, des pénétrations d'école à école, des combinaisons mixtes, des chocs en retour.

CONCI.USIOX. . 243

tastiques de l'Orient. Elle prend à l'Orient ces animatix ; mais, du moins dans lamajorité de ses produits, elle ne les dessine pas comme le font les artistes orientaux, sauf peut-être lorsqu'elle donne aux jambes des quadrupèdes une allure lourde (i).

EUe s'oppose aux écoles gréco-asiatiques et est franchement continentale par l'application du canon variable d'adaptation, par la suppression des menus détails, par l'emploi exclusif des traits essentiels.

Les écoles de l'Ionie, dans leurs conceptions esthétiques, se rapprochent de l'Orient plus que l'école de Corinthe. EUes font des compositions plus riches, plus séduisantes , ornent leurs vases de scènes pittoresques, souvent surchargées de détails dont l'utilité n'apparaît pas toujours clairement. Elles se préoccupent de la réaUté. Leurs animaux ne sont j amais déformés comme le sont ceux des poteries corinthiennes.

Les artistes gréco-asiatiques dessinent avec plus de précision, plus de soin que les Corinthiens. Ils ont un esprit analytique plus développé que leurs rivaux du continent. En dépit de leur naturalisme, beaucoup de leurs figures restent néanmoins froides et figées. Moins vrais que les leurs, les animaux corinthiens sont souvent plus expressifs.

En dehors des céramistes de Corinthe, il en est d'autres, sur le continent, qui ont des liens étroits de parenté avec les écoles ioniennes. Ce sont les Béotiens et les Chalcidiens.

Les Béotiens ne font pas preuve d'une éducation très raffinée. Ils emploient de gros traits pour faire leurs dessins et les burinent tout à la fois avec mollesse et avec une vigueur exagérée. Leurs œuvres forment contraste avec celles des Corinthiens.

Les Chalcidiens ont un goût plus sûr que les Béotiens.

Contrairement à eux et à l'instar des Corinthiens, ils ne s'ab-

(i) Les jambes des quadrupèdes sont très épaisses sur les produits les plus anciens de l'école de Corinthe (Louvre, E.423-609). Sur les grands cratères d'époque plus récente, elles sont ordinairement plus minces (Louvre, E. 629-637). Peut-être faut-il voir dans ce changement uueinfluence exercée sur l'école de Corinthe par l'école attique.

244 I-ES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈS LEvS \^'\SES PEINTS.

sorbent pas dans les détails. Mais ils s'éloignent de ces derniers et se rapprochent davantage des Ioniens en adoptant le canon trapu observé si souvent dans les peintures des sarcophages de Clazomène.

Les écoles grecques ont, malgré les divergences de technique qui les séparent, un caractère commun. Toutes, sans exception, font, dans une certaine mesure, peu de cas de la vérité. Elles traitent tout en décoration.

L'artiste grec, même lorsqu'il cherche à copier la nature, se laisse entraîner loin d'elle par son imagination. Il a l'esprit abstrait et s'éprend des manifestations de la nature pour les synthétiser. Par là il est très différent et des peintres de la période préheUénique, et des peintres modernes. Il recourt à des recettes d'atelier dans lesquelles les lignes sont réduites à un nombre assez restreint et où chaque trait a son utilité. Il rythme en des formules générales la vie des gestes essentiels.

Les Grecs s'adonnent à saisir les caractéristiques d'un type. Les différences individuelles qui existent entre les spécimens d'une même espèce les embarrassent peu.

Ils ne représentent pas une femme, un éphèbe, un cheval, mais la femme, l'éphèbe, le cheval. Leurs figures sont des entités.

Beaucoup d'expressions leur échappent ou les laissent indifférents. La déchéance physique, du moins pendant les époques qui précèdent la période hellénistique, ne semble pas les impressionner. Ils ne se laissent pas émouvoir, comme nos artistes modernes, à son contact. Dessinent-ils des chevaux, ils représentent toujours des bêtes jeunes, fringantes, vigoureuses. Jamais il ne leur vient à l'idée de peindre une pauvre harideUe, succombant sous le poids de son labeur, ayant des jambes déformées, montrant toute l'horreur de son squelette.

Ils sont loin d'un Potter ou de tel autre animalier des temps modernes, qui ont su s'inspirer de la misère des bêtes pour nous impressionner et ont réussi si pleinement à nous émouvoir en faisant surgir à nos yeux les animaux victimes d'un mauvais sort.

Ils voient la nature autrement que nos artiste contemporains qui aiment leur inspiratrice jusqu'à en indiquer les côtés l^s plus horribles.

Sans doute le potier grec devait chercher quelquefois, le '^^xoic, en main, à noter les mouvements des êtres qui évoluaient autour de lui. Mais il ne devait pas souvent faire des esquisses d'après nature. On doit se le représenter surtout copiant plus ou moins des modèles d'atelier.

L'idée de dessiner d'après nature ne naît pas subitement dans notre esprit ; elle n'éclôt pas spontanément dans notre cerveau. EUe constitue, chez qui s'y attache, une preuve d'éducation artistique très avancée. C'est à un long apprentissage qu'un homme doit de pouvoir reproduire fidèlement les objets qu'il a sous les yeux.

Lorsque les enfants, intéressés par les mille choses qui les entourent, éprouvent le besoin de dessiner, ils ne prennent pas la peine d'examiner attentivement l'objet par lequel leur esprit se trouve captivé. Ils géométrisent les silhouettes, ils font des schémas. Il faut qu'on leur apprenne à voir, il leur faut s'instruire pour comprendre les formes des êtres, pour bien saisir les lignes et les proportions des choses.

Placé en face du monde vivant, l'homme qui cherche à le reproduire ne pense pas tout d'abord à se livrer à un examen approfondi, à une analyse consciencieuse. Il tend naturellement à l'interpréter ; il cherche, d'une façon ou d'une autre, à le S3mthétiser.

Très peu d'artistes ont réagi contre cette tendance et observé le plus objectivement possible la nature. Au premier rang de ces artistes rares il faut placer, dans la haute antiquité, les Cretois, et, plus récemment, les Japonais et les représentants d'un bon nombre de nos écoles d'art moderne.

Les Japonais, comme nos contemporains, ont osé voir la vie telle qu'elle est, s'intéresser à toutes ses manifestations, n'en pas mépriser les plus vilains aspects. Ils ont cherché, dans leurs œuvres, à donner aux êtres leur véritable physionomie, leur caractère particulier.

Sans doute eux aussi ont interprété la nature (sans quoi ils n'auraient pas été des artistes), mais ils l'ont interprétée en

246 LES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈvS LES VASES PEINTS.

se préoccupant avant tout de ce qui caractérise l'individu.

Les Grecs ne se sont pas astreints à envisager l'individu, à tenir compte des détails de sa structure personnelle. ■ Grands artistes et humbles industriels ont considéré les espèces et se sont efforcés d'en reproduire les traits généraux. Ils ont fait en sorte que la nature se plie aux exigences de leur cerveau d'artistes. Ils ont banni de leurs compositions la plupart des petits animaux qui, par leurs dimensions minuscules, éveillent peu l'attention.

Les insectes notamment les ont laissés quelque peu indifférents.

Cela tient à ce qu'ils ne s'intéressaient pas aux êtres qui n'interviennent pas dans les préoccupations humaines par leur importance ou leur utilité.

Si la céramique grecque a donné à l'art industriel tm essor extraordinaire, si elle l'a élevé à un ni veau très supérieur à celui qu'il occupait avant les Euphronios et les Douris, elle n'a pas pu combler à elle seule toutes les lacunes qu'il présentait avant qu'elle atteignît à son apogée. Il faut tout au moins savoir reconnaître quels merveilleux résultats elle a produits dans le domaine des arts mineurs. Il est indispensable détenir compte des enseignements qu'elle a fournis à l'humanité.

Maintes créations de l'art moderne se sont inspirées d'elle, lui doivent leur existence, leur belle tenue, l'harmonie de leur ornementation.

Les produits des potiers grecs ne peuvent sans doute pas être mis en parallèle avec les grandes œuvres de la peinture et de la sculpture du temps de Phidias ou de Polygnote.

Ces potiers, nous serions heureux de l'avoir prouvé, sont néanmoins des artistes toujours intéressants, souvent même admirables.

Q ^S\ <Û^ $) To) O è

ta.. 3 /, s. /^s 7 I

Dessin de l'œil du cheval (d'après les vases du Louvre).

. E. 630. CORESTHE. — 2 . E. 646. CORINTHE AVEC INFLUENCE DE L'IONIE. 3. E. 697. HYDME DE CAERE.

4. E. 811. Chalcis. — 5. E. 847. Attico-Corinthien. — 6. F. lo. École attiqde archaïque ai-tté-

RIEL-RE A EXÉKIAS. — 7. F. 39. HYDRIE DE TuL^GORAS. 8. F. 47. STYLE ATTIQCE ARCHAÏQUE (groupe

Tj-chios-Charitaios). — 9. F. 261. Style attique a figures noires contempor-Unes de la figure ROUGE. — 10. F. 367. Figures noires de style tardif et décadent. — 11. G. 44. Style attique a figures rouges du style d'Euthymidés. — 12. G. 162. Style attique (au temps de Brj'gos). — 13. K. 429. DÉCADENCE (Italie méridionale).

Dessin de l'œil du lion. '

. Style archaïque (vif s. av. J.-C). Cabmel des médailles, n" 26. — 2. Corinthien. Louvre. Salle E, n° 566. — 3. Corinthien. Louvre E., 574. — 4. Corinthien. CoU. Morin. 2775. — 5. Cyrénéen. Louvre E., 662. — 6. Hydrie de Caere. Louvre E. — 698. 7. Attico-Béotien. Louvre E., 817. — ,

BÉOTIEN. Louvre L. (C.-A., 823).

Page 1