‹ Le dessin pratique pour tousChapitre 127 sur 207 · DE L’ARCHITECTURE ET DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

DE L’ARCHITECTURE ET DES BEAUX-ARTS

SOMMAIRE

La Lumière, l’Atmosphère, texte et dessins, par Ed. Valton.

Variétés, par un groupe d’élèves.

L 'Art plastique, texte et dessins, par Despois de Fol-

LEVILLE.

Quelques réflexions sur l'esthétique dans les machines, par Paul Valet.

Pour les Petits , texte et dessins.

Programme du Concours pour le Professorat de dessin.

Brevet supérieur — Conseils et Renseignements, par M1|c Eugénie Luneau.

Le Dessin décoratif au Brevet supérieur, texte et dessin, par H. Godart.

Sujets d'examens, par M. F. Jules Pillet, M. L. Mandret.

Expositions et concours. — Echos et nouvelles, par Mme Rachel Gauguet.

Tous les articles sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs, qui en ont la propriété, et dont ils peuvent seuls autoriser la reproduction. — Les manuscrits ne sont pas rendus.

La Lumière, l’Atmosphère

La lune n’a pas d’atmosphère.

Je n’y ai pas été voir, mais les savants appuient leur dire de raisons si probantes qu’il n’y a nulle place pour le doute :

Il n’y a pas d’atmosphère dans la lune.

Se fait-on une idée d’une telle contrée? un ciel tout noir — des ombres toutes noires — nul plan — les fonds aussi accentués que les objets les plus rapprochés — des lumières crues et dures, sans lien, sans demi-teintes.

Des lumières! faut-il appeler cela des lumières?

Nous connaissons sur notre globe terraqué de ces jours où souffle un vent aride — le ciel est d’une pureté aveuglante — toute brume a disparu — tous les objets prennent une netteté désespé-

rante. — On ne peut vraiment appeler lumière cette clarté uniforme et décolorée qui s’écrase sur toutes choses dans ces odieuses journées où semble précisément manquer l’atmosphère.

L’atmosphère est le véhicule del’a lumière et il reste imprégné de ses chauds effluves comme la bourriche garde le parfum des fleurs qu’elle a contenues. C’est ce rayonnement dans l’atmosphère des corps éclairés qui relie entre eux et différencie les plans et constitue proprement la lumière.

Ce jeu des rayons lumineux au travers de l’air a son expression : c’est l’art de la peinture.

Un tableau, c’est un poème de lumière.

L’artiste s’est donné un thème et il cherche à dégager toutes les conséquences de ce thème. C’est ce qu’on appelle développer son effet.

Voici un motif : le soleil est à gauche du tableau et frappe les surfaces qui sont tournées vers lui : la jeune fille,, la tête et le cou de la vache, les contours des massifs d’arbres, les nuages, etc., etc., etc.

Mais toutes ces taches de lumières sont isolées, séparées par des plaques noires, il n’y a pas d’air, nous sommes dans la lune. (A supposer, bien entendu, qu’il pourrait y avoir dans la lune des arbres, des vaches, des jeunes filles et des nuages. )

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Essayons de développer cet effet et cherchons ce qu’il y aurait à faire pour donner l’impression de l’atmosphère dans notre tableau.

Le ciel d’abord: nous savons que l’azur du ciel résulte des couches d’air éclairées qui nous voilent l’incommensurable profondeur. Éclairons donc d’abord notre Giel; non -seulement les parties que nous

épaisse, les lumières et les ombres sont fortement tranchées, les couleurs ont toute leur vivacité, les moindres détails s’accentuent.

Que de choses à observer! Les plans éclairés renvoient la lumière sur les surfaces voisines en même temps qu’ils rayonnent dans l’atmosphère ambiante. — Ainsi le cou et la joue de la jeune fille reçoivent

supposons bleues, mais aussi les portions des nuages non frappées dù soleil, mais devant lesquelles s’étend aussi l’atmosphère éclairée. — Il en sera de même des masses ombrées des arbres. — L’air, toujours l’air, est entre eux et nous, plus épais, à mesure que les plans sont plus éloignés. — La différence entre les ombres et les lumières sera donc moins prononcée à mesure de l’éloignement — s’il s’agit de peinture les couleurs seront atténuées, «rompues» disent les peintres.

Arrivons aux premiers plans : ici tout est sous l’œil : la couche d'air est très peu

un vif reflet de son épaule ensoleillée- Mais ce reflet, comment l’obtenir?

Devrons-nous éclaircir notre ombre?

Attention! Si nous éclaircissons ce premier plan, nous allons percer avec la masse d’arbres qui est derrière et qui, alors, paraîtra noire. 11 n’y aura plus d’air entre la tête de la jeune fille et les arbres qui sont à une assez grande distance derrière elle.

Il faut que nous trouvions moyen de faire paraître clairs ce cou et cette joue par des oppositions, sans amoindrir la valeur du plan. La touffe de cheveux qui passe sous le bonnet à la nuque va faire

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•cet office, ainsi que la coloration plus vive de la joue à la-ren'contre de l’ombre et de la lumière, ainsi que l'ombre portée sous le menton. — 1 On en pourrait dire autant des autres parties reflétées, telles que la manche, le poignet et la main, aussi le cou et la tête de la vache reflétés de même mais d’un peu plus loin par la jupe éclairée de la petite gardeuse.

ombres. Exemple : les détails du corsage.

En résumé, l’on doit d’abord noter les grandes divisions d’ombre et de lumière, déterminer les plans par des valeurs judicieusement appropriées, c’est-à-dire établir la perspective aérienne, puis enfin modeler dans ces différents plans, en leur conservant leur valeur relative. C’est là la partie la plus difficile. — Pourquoi une

Il faut arriver à donner l’impression de ces reflets sans décolorer l’ombre qui doit garder l’intensité déterminée par son plan de distance. Si vous décolorez vous n’avez plus d’air

Il faut aussi se garder d’altérer ses lumières en y introduisant des ombres trop foncées; jamais dans le milieu d’une lumière une ombre ne peut être noire. — Elle paraît très vive par l’opposition de la surface éclairée qui l’entoure, mais cette lumière rayonne et vous devez exprimer son irradiation par un amoindrissement notable du noir que vous croyez voir à ces petites

esquisse charmante, lumineuse, aboutitelle souvent à un tableau médiocre? Parce que le peintre, en exécutant, s’est laissé entraîner à déranger ses valeurs fondamentales.

Rester dans son esquisse (ou y revenir, c’est tout un), quel labeur! Il y aurait un moyen, ce serait de ne faire que des esquisses... Mais Véronèse, Rubens, Rembrant, Delacroix, Millet..., d’autres encore, vous crient : « Lâche! veux - tu bien marcher! » Ed. Valton.

Peintre, Président de V Association des Professeurs de Dessin de la Ville de Paris.

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