SCÈNE PREMIÈRE
MONSIEUR ET MADAME MICHELON, puis MADAME PRADES; un moment, LA BONNE
M"® Michelon, personne massive, feuillette un album. M. Michelon, petit et chauve, est affalé dans un fauteuil. Visiblement, ils sont en visite. Long silence.
MADAME MICHELON. — Co-mment te sens-tu, Rodolphe ?
MICHELON. — Je transpire, Adèle!
MADAME MICHELON. — Ces brusques chaleurs sont accablantes!... Enfin, tu ne vas pas plus mal?
MICHELON. — Non... je transpire.
Une bonne introduit M** P rades.
LA BON^'E. — Si madame veut se donner la peine d'entrer .?... Je monte prévenir ma^dame.
Elle sort.
MADAME Mi( HELON. — Boujour, chèro madame !
MADAME pradès, élégante de province. — • Pardon... Oh! c^est vous, madame Miohe* Ion!... Et monsieur Michelon aussi! Vous étiez à contre-jour tous les deux, et puis, cesvolets fermés... Il fait dehors un soleil si éclatant !
MADAME MICHELON. — Croyez-voufi !. . . monmari a beaucoup souffert de ce changement de température'
MADAME PRADÈS. — Oh ! J6 u'eu suis pas surprise!... Ces brusques chaleurs sont aooa^ blantes. {Un temps.) Je ne croyais pas leursalon aussi large.
rrs--
MADAME MICHBLON. — Ce qu'il doit être facile à chauffer en hiver!...
MADAME PRADÈ9. — ' Oh ! aveo cette grande cheminée K..
MADAME MICHBLON. — Possible ! mais je ne voudrais pas avoir à payer leur note de 00m- ' bustible 1
MADAME i'KADÈs. — Bah! ils sont marchanxis de bois... alors...
MADAME MiCHELON. — Depuis deux OU trois ans, leur commerce ne les aura pas enrichis!
MADAME pRADÈs. — Oui ; il paraît que les «iffaires ont été d'un mal!... (Un temps.) Entre nous, 3^avais poussé jusqu'ici dans Pespoir de ne trouver personne à la maison !
MADAME MICHELON. NoUS aUSSi.
MADAME PRADÈS. — Mais puisque je vous ai rencontrée, je ne regrette rien...
MADAME MICHELON. Ni moi UOU pluS,.
chère madame 1
MADAME PRADÈS, — ■ J^aimo bcaucoup les Bouleau! Je les considère comme de iihs braves gens...
MADAME MICHELON. — Dcs gcus d'uue haute honorabilité.
MADAME PRADÈS. — Mais je ne me sens jamais à l'aise avec eux!... Leurs manières sont si bizarres, si différentes des nôtres !
MADAME MICHELON. Que VOUlcZ-VOUl^!. . .
des p'rotestantfi !...
MADAME PRADÈS. — Aussi, je me borne à leur faire visite une fois par an pour les inviter à dîner... Ils me rendent visite et dîner, et nos politesses en restent là, jusqu'à l'année suivante...
MADAME MICHELON. — En fait de politesse, ces dames nous laissent joliment poser ! Il y a un quart d'heure que nous sommes arrivés, Rodolphe et moi !
MADAME PRADÈS. — C'est un genre parisien qu'aura introduit la jeune M^^ RoussC'au.
MADAME MICHELON. — Je doutc quc, mêoiie à Paris, il soit de mise dans le grand monde de...
MADAME PRADÈS. — Oh ! je ne parle que du grortcl demi-monde!
MADAME MICHELON, enchantée. — Ah! le grand demi-monde n'est pas mal!... (Biant.) C'est même très drôle!... Tu ne trouves pas, Rodolphe ?
MICHELON, vague. — Plaît-il, Adèle?
MADAME MICHELON. Tu HG te SCUS pES
bien, Rodolphe?
MICHELON. ^- Très bien, chère amie, très bien.
rjA'UME MîCHELON. — Le fait est qu'on en ï-aconte de belles sur les origines de la jeune M^e 'Rousseau!
MADAME PRADÈS. — Et OH n^invente pas, croyez4e bien!... Aussi, je n'entends pas que cette personne mette les pieds chez moi.
MADAME MICHELON. — Ck>mme je vous approuve !
MADAME PRADÈS, — J'ai ma petite police, allez!... Mes cousins Boutoneux sont très liés avec un monsieur dont le beau-frère a été reçu chez la maman de Jacqueline... Ahî chère madame!...
MADAME MICHELON. — C'est UUC COCOtte,
n'est-ce pas ?
MADAME PRADÈS. — Ni plus ni. moins!.. E^lle fréquente les lieux de plaisir...
MADAME MICHELON. — Le Mouliu-Rouge ?
MADAME PRADÈS. Oui.
MADAME MICHELON. — Alors, le premier venu peut...
MADAME PRADÈS. — Moyennant finances, bien entendu.