‹ Le deuil des primevères, 1898-1900Chapitre 33 sur 37 · PRIÈRE POUR LOUER DIEU · texte numérisé non relu

PRIÈRE POUR LOUER DIEU

La torpeur de midi. Une cig-ale éclate

^ans le pin. Le fig*uier seul semble épais et frais

dans la brasillement de l'azur écarlate.

Je suis seul avec vous, mon Dieu, car tout se tait

sous les jardins profonds, tristes et villageois.

Les noirs poiriers luisants, à forme d'encensoir,

dorment au long- des buis qui courent en g-uirlandes

auprès des graviers blancs comme de Saintes-Tables.

tgo LB DEUIL DES PRIMEVÉKES

Quelques humbles labiées donnent une odeur sainte à celui qui médite assis près des ricins . Mon Dieu, j'aurais^ jadis, ici, rêvé d'amour, mais l'amour ne bat plus dans mon sang^ inutile, et c'est en vain qu'un banc de bois noir démoli demeure là parmi les feuillages des lys. Je n'y mènerai pas d'amie tendre et heureuse pour reposer mon front sur son épaule creuse. Il ne me reste plus, mon Dieu, que la douleur et la persuasion que je ne suis rien que l'écho inconscient de mon âme lég-ère comme une effeuillaison de g-rappe de bruyère. J'ai lu et j'ai souri. J'ai écrit, j'ai souri. J'ai pensé, j'ai souri, pleuré et j'ai aussi souri, sachant le monde impossible au bonheur, et j'ai pleuré parfois quand j'ai voulu sourire.

Mon Dieu, calmez mon cœur, calmez mon pauvre cœur,

et faites qu'en ce jour d'été où la torpeur

s'étend comme de Teau sur les choses égales^

j'aie le courage encore, comme cette cigale

dont éclate le cri dans le sommeil du pin,

de vous louer, mon Dieu, modestement et bien.

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