CIRCULAIRE
concernant le deuxième anniversaire séculaire de l'Érection du diocèse de québec.
Montréal, 21 septembre 1874.
Monsionr,
Je crois devoir signaler à votre attention la fête qui doit se célébrer à Québec, le premier octobre prochain, parce que toutes sortes de raisons nous invitent à y prendre part, pour participer aux grâces qui y sont attachées.
Il y a deux siècles. Clément X, d'heureuse mémoire érigeait un Siège Episcopal à Québec, pour toute la Nouvelle-France; et T illustre François de Laval de Montmorency en était institué le premier Evéque Titulaire.
Cet ancien diocèse comprenait alors un immense territoire qui, en se démembrant successivement, a servi à la fondation de cinquante-neuf évechés, qui composent aujourd'hui la hiérarchie ecclésiastique des pays gouvernés par T Evéque de la Nouvelle- France.
Or, après deux siècles d'existence, l' Eglise-Mère a voulu connaître plus intimement toutes les églises auxquelles, dans son heureuse fécondité, elle a donné naissance et qu'elle aime comme ses filles. A cette fin, le digne Archevêque, qui est le quinzième successeur qui se soit assis sur le Siège du vénérable Fondateur de TEpiscopat dans ce pays, a invité à se réunir dans sa Métropole, tous les Archevêques et Evéques des diverses églises qui, dans le principe,
n'en faisait qu'une avec celle dont il est demeuré le Pasteur et le Père. •
Cette réunion de tant d'Archevêques etd'Evéques ou de leurs députés, va, comme on le voit, avoir lieu en un jour bien mémorable, qui ne saurait passer inaperçu, depuis surtout que notre immortel Pontife Pie IX a fait du centenaire de saint Pierre, une si grande solennité, par le monde entier. C'est en effet un second anniversaire séculaire de l'érection d'ime Chaire Episcopale, qui est devenue si rayonnante par la longue suite des saints et dignes évéques qui s' y sont assis, par le zèle apostolique des prêtres et des missionaires, qui les ont si puissamment secondés, en arrosant ce champ de leurs sueurs et de leur sang, par la foi simple et la vie innocente du bon peuple, qui conserve si fidèlement ses traditions religieuses et ses mœurs patriarchales.
Ce jour anniversaire va, on n'en saurait douter, rappeler de grands et doux souvenirs et faire goûter de délicieuses jouissances. D'un côté l'Eglise de Québec, en se voyant entourée de nombreuses filles à qui elle a donnée naissance et qui viennent lui rendre leurs hommages, ne pourra que bénir le Seigneur de son heureuse fécondité. Dans cette joyeuse solennité, de doux et harmonieux éciios vont retentir à ses oreilles, pour lui appliquer ces paroles du prophète Isaïe, qui s'adressent directement à la sainte Eglise Romaine, la mère de toute^s les autres églises : « Leva in circuitu oculos et vide, omnes isti congregati sunt, venerunt tibi ; filii tui de longe venient, et fiUise tuœ de latere surgent.
Tunr videbis et afflues, miratur et dilataliitiir cor tuum.)) (Isaïe 60.)
D'un autre côté, toutes ces églises rapporteront, dans cette consolante réunion de famille, toutes les œuvres qu'il a plu à la divine bonté, leur faire accomplir en tant de lieux divers, pour la pi'opagation de la foi, la dilatation de la sainte Eglise, l'exaltation du Siège Apostolique, le plein succès de toutes les entreprises faites pour la plus grande gloire de Dieu, la conversion de nos frères séparés, le retour au bon Pasteur de tant de brebis égarées. 11 arrivera à Québec ce qui arriva à Jérusalem, lorsque tous les apôtres et les disciples, qui se trouvaient dispersés, pour prêcher l'Evangile, s'y réunirent, pour le bien de la Religion; car saint Paul et saint Barnabe racontèrent aux fidèles de cette ville les prodiges que Dieu avait faits pour leur ministère^ parmi les Gentils. « Audicbant Barnabam et Paiduni, )) narrantes quanta Deus fecisset signa et prodir/ia in gentibus. » A. A. 25, 12.
Quoiqu' absents de corps nous ne pouvons demeurer étrangers k cette belle et joyeuse fête. Car le diocèse de Montréal qui n'en faisait qu'un avec celui de Québec, jusqu'en 1836, qu'il en a été séparé, a travaillé efficacement à renouer les liens canoniques qui r unissent encore à cette Eglise-Mère, en contribuant autant qu'il était en lui à l'érection de la Province ecclésiastique, pour lui appartenir en qualité de suffragant.
Nous avons donc à nous unir de corps et d'âme aux ferventes prières, qui vont se faire à la Métro-
— rz —
pôle dans cette grande et imposante solennité. Ce qne tontes les églises, rénnies dans Tenreinte de la Métropole, vont demander, dans l'ardeur de leur foi, nons allons le demander dans tontes et chacune de nos églises et chapelles, dans Tlmmilité et la simplicité de nos cœurs.
A cette fin. Ton (diantera. Dimanche prochain, vingt-sept du présent mois de septembre, dans toutes les églises où se l'ait T office et dans toutes les cha pelles de communautés, avant la messe solennelle on celles de communauté, le Veni Crrator avec le verset et r oraison propre à cette hymne. L'intention principale sera d'attirer sur toutes les églises, démembrées de celle de Québec, les lumières et les grâces de r Esprit-Saint, pour qu'elles conservent, comme nn précieux trésor, T esprit de foi, de zèle et de charité qui anima leur fondateur commun.
Pour que les fidèles pnissent s'unir ])lus intimement anx cérémonies et aux actes religieux qui vont se fjiire dans T Eglise Métropolitaine, à roccasion du deuxième anniversaire centenaire de T érection du diocèse de Québec, la présente circulaire sera lue et commentée an prône du Dimanche susdit. A l'heure qui sera jugée plus commode, il sera chanté, dans toutes les églises et chapelles, un salut solennel, pour di^nanderque toutes ces églises demeurent toujours fortement et tendrement unies, pour travailler avec m\ plein succès à faire triompher la sainte Eglise Gatholiqut», Apostolique et Romaine et faire régner en tous lieux la vraie piété.
Enfin, demandons avec la plus intime confiance
d'être exaucés: Pour l'immortel Poutife Pie IX, victoire, paix, longues années et éternelle mémoire, dans le son venir des peuples ! Pour le grand et vénéré fondateur de l'Eglise de Québec, le noble et saint évéqne François de Laval de Montmorency, repos éternel dans le ciel, et honneur des autels sur la terre, par la voix du Siège Apostolique. Pour tous les archevêques, évêques et députés présents à cette l'éunion, rosée de la grâce et gloire éternelle, pour récompense de leur travaux ! Pour tous les clergés et les pieux fidèles des églises qui ont été formées de celle qui prit naissance dans ce glorieux anniversaire, zèle de la religion catholique, œuvres de justice, abondance de la paix et victoire sur tous les ennemis de la foi !
En terminant, je crois devoir appeler votre attention sur un autre anniversaire, qui nous regarde spécialement, celui de l'ordination à la prêtrise de feu Mgr. Lartigue, premier évêque de Montréal. Ce fut dans l'église de Saint-Denis, sur la rivière Richelieu, qu'il reçut l' onction sacerdotale, des mains de Mgr. P. Denault, neuvième successeur de Mgr. de Laval, le 21 septembre 1809. Cet excellent prêtre, cet éminent évêque aurait donc aujourd'hui, s'il eût vécu, soixante-quatorze ans de prêtrise Ah ! qu'il repose en paix et qu'il prie pour nous.
En m' unissant à vos travaux et en réclamant le secours de vos fervantes prières,
«le suis bien cordialement, Monsieur, Votre très-humble et obéissant serviteur,
f Ignace Ev. de Montréal.