SERMON DU RÉVD. A. J. O'REILLY
(Traduit de l'anglais.)
Ce n'est pas un trait nouveau dans l'histoire de l'église catholique, de voir ses prélats et son peuple se presser avec ferveur autour des anciens autels de leur foi. La reconnaissance, — une vertu qui est agréable à Dieu — est inséparable des souvenirs bénis du passé. Après que la sombre nuit de la persécu-
tion eut passé sur réalise au l)erreau, quiuid le Lahnrum victorieux V (mi placée sur le troue des Césars et eut donué la croix pour éteudard aux légions de l'empire, elle n'oublia pas les humbles autels qu'elle avait vénérés, ni les reliques des martyrs qu'elle avait invoqués aux jours de la tribulation. Les chrétiens se rassemblèrent en pleurant auprès du tombeau des catacombes; des autels d'or et des temples magnifiques s'élevèrent comme l'expression d'une mémoire reconnaissante. A travers les tempêtes et les sinistres des âges, les monuments superbes de leur zèle et de leur piété rappellent an souvenir l'amour et la dévotion des premiers chrétiens pour les autels primitifs de la catholicité. Ils transmirent à lenr postérité ce sentiment qni a transpiré, par la tradition, à travers les siècles ; et aujourd'hui les pèlerins affluent de toutes les contrées pour s'agenouiller avec respect et reconnaissance au pied des autels qui sont imprégnés du sang de leurs fondateurs.
On trouva, il y a quelques années, à Rome, la tombe d'un martyr depuis longtemps perdue. Le vénérable Pontife qui gouverne T Eglise en ces temps d'épreuve, s'agenouilla, entouré de ses prélats et de ses cardinaux, au pied de l'autel, sur le porphyre de laquelle le deuxième siècle avait vu s'offrir le saint sacrifice: il s'assit sur le siège de pierre d'où ses prédécesseurs préparaient leurs enfants à baisser la tête sous le glaive des exécuteurs. Les Actes des martyrs, lus sur les touchants monogrammes des tombeaux voisins ; le souvenir des persécutions qui qui avait conduit tant de vivants dans ces sépulcres
(le la iiioi't. étaient un tln'iii':' éiiioiivaiiL et iruii intérêt palpitant punrlf^ Saint-P(M'(\ victime lui-même de tant cF outrages (^t d'injustices. Les yeux baignés (le lnrm:^s il pria ce Dieu, qui ne fut jamais invoqué en v;iin, du fond des cryptes des catacombes, de lui donner la force de ses prédécesseurs martyrisés, afin de bien gouverner dans la tourmente le vaisseau ballotté de l'Eglise, et de déjouer les machinations de ses ennemis qui, en ce moment, complotaient sa ruine dans les diverses capitales de P Europe.
Monseigneur, Révérends Pères et chers Frères, la scène touchante de Pie IX sagenouillant, au milieu de ses cardinaux et de ses prélats, au pied de l'autel des Catacombes, me parait avoir j)lus qu'une analogie fugitive avec la majestueuse célébration du deuxième centenaire de cette vénérable Basilique où nous voyons les prélats et les zélés Missionnaires du vaste continent d'Améri(|ue, s'agenouiller avec respect et gratitude autour des premi(M's autels de leur foi.
On ne saurait douter que le fidèle troupeau des martyrs rassemblés dans les sombres souterrains qui couraient sous la capitale païenne du monde, sussent combien la lutte de la foi contre l'orgueil et les préjugés du monde païen serait longue et multiple ; cependant quelle consolation n'eùt-ce pas été pour eux, pendant ces heures sombres d'épreuve, si devant leurs yeux ravis eût passé la vision de la catholicité d'aujourd'hui, leur montrant ses deux cent millions de fidèles, sa croix surmontant la couronne des rois, ses lois dans le cœur et les conseils des nations, et son influence ressentie en des contrées au-dessus
di'S(|ii(4l(^s ne [daiia jamais Taiglc iiiviiicililc des Légions roniainos. N'eût-il pas été aussi consolant pour les l)rav(Ms pionniers de la GhrélieiUé, en ce pays, eux qui fondèrent cette grande et vieilh* cité de Québec, s'il leur eut été pin-niis de contempler la scène qui fait maintenant la joie de cett(> assemblée et mérite tant de félicitations. Avant eux ce n'étaient que vastes prairies et forêts interniinables. que lacs aussi grands que des mers, et tornuits gigantesques, tels qu'il ne s'en étaient jamais vus dans le vieux monde, parsemant une immense région dans laquelle erraient les enfants basanés de tribus indomptables et idolâtres; aujourd'liui ce vaste continent est un jardin productif et riche ; là où il n'y avait hier qu'une foret solitaire mille cités brillent maintenant au soleil ; un peuple heureux et généreux a augmenté la puissance et la population d'une nation puissante. En 1790, il y a mi siècle à peine, il n'y avait que 21 prêtres dans toute l'Amérique qui compte maintenant 4,800 prêtres,desservant, sous les ordres de 61 évéques. cinq millions et demi de fidèles et 6,000 autels.
Salut! vénérables tabernacles de Québec, l(>s enfants de l'Eglise Catholique d'Amérique, s'agenouillent en ce jour à vos pieds pour remercier le grand dispensateur de tous biens des bénédictions du Christianisme, et pour exhaler le grand cri de reconnaissance du Psalmiste royal : « Non fecit taliter omninationi. )»
La rai^ide croissante de l'Eglise américaine n'est pas le trait le moins remarquable de cette solennité. Toutes les œuvres de Dieu croissent en perfection
suivant les lois propres au développement des êtres : la larve et la chrysalide se transforment en brillant papillon, le bouton se change en fleur et l'enfant devient homme. Dans les champs plus vastes de la nature les théories saisissantes du développement ne sont ni impossibles ni invraisemblables. On dit que, au commencement, tout ce qui est matière fut créé en une masse informe qui, mise en mouvement, fut obligée, d'après des lois secondaires définies, de trouver son équilibre propre; ainsi il est passé en système que certains mondes n'ont encore aujourd'hui décrit qu'un très-petit arc de l'incommensurable orbite de leur évolution. « L'esprit public a bien voulu acquiesser graduellement à l'idée que, non-seulement il y a six mille ans, mais en remontant jusqu'à des millions et millions d'années, ce monde a été un théâtre de vie et de mort. Les géologistes ont scruté les mystères enfouis au cœur des rochers. L'œil perçant de l'analyse scientifique a mesuré l'âge et la puissance de la matière, depuis les mollusques, habitants des abîmes, jusqu'au dépots qui vont s' épaississant à travers la succession de siècles infinis dans les sombres et impénétrables cavernes de l'océan. Sur les feuilles d'un livre de pierre sont imprimés des caractères plus intelligibles et plus clairs que ceux que forme l'encre de l'histoire, reportant l'esprit bien loin en arrière dans les abîmes du temps, et ne donnant aux périodes bibliques qu'une terminalogie figurative pour exprimer la durée dans l' esprit de Dieu. »
Ainsi en est-il dans l' ordre moral.
« Le royaume des cieux est comme un grain de
sénevé ([iii »'st la plus petite de toutes les semences, et qui. lorsqu'il a poussé, est plus grand qu'aucune autre herbe, et devient un arbre, et d'une telle dimension, que les oiseaux du ciel viennent habiter sur ses branches. » Math. 13. Le Christianisme n'est pas venu sur la terre avec le fracas du tonnerre ou la clarté du soleil, mais bien plutôt comme le grain de semence qui atteint peu à peu son (mtier développement, comme, sur l'océan des âges, les rides aux cercles qui s'élargissent toujours pour aller se briser sur le rivage des terres les plus éloignées.
Messeigneurs, Révérends Pères et très-chers Parères, le premier observateur venu peut faire remonter r origine et le développement rapide de l'Eglise d'Amérique à un fait bien connu dans l'histoire des deux derniers siècles. La commémoration du deuxième centenaire de l'établissement de l'Eglise Américaine que l'on célèbre avec tant de splendeur et d'àpropos, dans e tte ancienne et grande basilique, est inséparable d'une respectueuse allusion à l'histoire d'une Ile verdoyante et bien éloignée dans l'Est, autrefois habitée par une nation qui forme encore un peuple par sa fidélité au patriotisme et ses aspirations à l'indépendance, mais qui, par sa situation géographique, a gravité vers un plus puissant pouvoir qui r éclipsait.
Par une sage combinaison de la Providence, lorsque l'Angleterre, aveuglée par la violence du fanatisme religieux, laissa peser sa main d'airain sur cette contrée sœur, les enfants exilés d'Irlande trouvèrent un refuge sur ce libre continent de l'Ouest. Les horreurs du code pénal qui se déchaînèrent sur
lia
rii'laiide comme les tourmentes des anciens jours, la clôture des écoles, le meurtre des prêtres et des nobles et une confiscation illégale de trois cents ans, sont écrits dans les annales de la tradition et répétés au foyer de chaque Irlandais ; et pourtant ces mêmes lois sanguinaires et démoralisatrices déployèrent les voiles des vaisseaux d" émigration qui arrachaient les Irlandais de leur patrie, et poussèrent sur ce grand pays ce courant d'émigrés qui à chaque instant en grossit la population et demande de nouvelles églises et de nouveaux sièges épiscopaux.
Dans les derniers rapports statistiques je trouve qu'il y a cinq millions et demi de catholiques aux Etats-Unis, desquels 3,831,740 sont venus d'Irlande «lurant les vingt dernières années. Plus des deux liers des catholiques d'Amérique sont donc Irlandais, Maltraités pour nos fautes— nos ennemis n'en ont peut-être aucune à se i^eprocher — ridiculisés à cause de notre amour enthousiaste de la patrie suffrante, on ne connaît pas le caractère sacré de nos sentiments patriotiques ; mais enlevez l'élément irlandais de l'Eglise en Amérique, et il ne vous restera plus qu'une vaste plaine parsemé, ça et là, de quelques chênes robustes d'origine étrangère, qui seuls témoigneront du site d'une forêt préexistante. En conséquence c'est la nation irlandaise qui réclame à la face du ciel la plus honorable mention dans la solennité d' aujourd' hui. Dans leur exil et leur infortune. ses fils donnent aujourd'hui la main aux vrais et fidèles enfants de la France catholique qui réclament l'honneur d'avoir élevé les premiers autels de ce [)(niple grandissant.
Se répaiidn» est un des principes de la nature. Pendant qnelque temps la tleur croit ; elle repose la vue par sa beanté, et ses parfums rafraîchissent la ])rise. Alors sa riche caroUe s'incline chargée de graines, d'or qu'un vent favorable transporte en d'autres jardins et sème par la contrée; et l'année suivante, mille fleurs s'épanouiront pour une qui embellissait le champ de la nature. Ainsi la race irlandaise est deveuue fleur d'une grande valeur morale, riche par l'odeur des vertus qui plaisent le plus au ciel, la pureté et la patience dans les épreuves. La Providence miséricordieuse qui enjoignit à l'orage d'emporter la semence de cette plante et de la semer en d'autres contrées, contemple aujourd'hui dans la race irlandaise la croissance prolifique d'une tige aimée.
La dispersion des familles est sans doute pour un peuple une grande source de faiblesse et de malheur, mais les actions de la divine Providence sont mues \)iir des ressorts cachés ; c' est le fait de l' Etre Suprême de faire naître des bénédictions de maux apparents, et nous avons aujourd'hui le spectacle d'une grande bénédiction provenant de la dispersion du peuple irlandais. Par là je n'entends point parler de la prospérité et de la liberté nationale qu' il a su acquérir en d'autres contrées, ni de ses moyens et de son intelligence qui ont enrichi les colonies et le grand continent d'Amérique. Je vois pour mes compatriotes une auréole de bénédictions surpassant de beaucoup toutes les satisfactions de la vie matérielle ; bien loin dans l'avenir je prévois pour eux l'honneur le plus grand et le plus durable qui puisse être
accordé à l'homme, un privilège qui subsistera pendant les âges sans fin de T éternité.
La vision qui passe maintenant devant moi nesr autre que celle du jugement dernier. Je vois toutes les nations du globe rassemblées dans la vallée de Josaphat. Dégoûté à l' aspect des innombrables millions de nos semblables qui gémisent sous le coup de la loi de la rétribution éternelle, je me tourne vers la réunion éclatante des élus, et là, m'imaginant que les nations peuvent se rassembler sous leur propre drapeau, je m'aperçois que le plus grand nombre de ceux qui sont sauvés s'abritent sous la bannière qui représente la nation et les intérêts irlandais.
Cette seule pensée contre-balance une agonie de 300 ans de persécution, nos maisons dévastées, nos sanctuaires pillés, et les sentiments d'indignation d'une race foulée aux pieds, et emmenée sur des vaisseaux d'émigration en deçà de l'Atlantique, afin d'être f instrument du ciel pour l'établissement de la Catholicité en d'autres pays. La foi de l'Irlande l)ersécutée a été entraînée surfaite de vents propices vers les prairies de ce vaste continent, pour fleurir dans les 61 églises mentionnées dans cette solennité et pour être finalement emportée par la mains des anges aux jardins éternels du paradis : « quia non sunt condlgnœ passionis hujus tcuiporls ad gloriani quse revelabi/ur in nobis.n
L'Evangélistenous dit que lorsque le Fils de Dieu monta au Ciel, ses disciples s'arrêtèrent, dans un bien pardonnable retard, à fixer leurs yeux sur le nuage
hrillr'iiil qui rnvait cachô à leurs re^^ards. Alors un auf;(> lour apparut (*t leur dit : « Hommes de Galilée pounjuoi restez-vous ici à contempler les cieux ? » Sans doute qu(^ l'ange en connaissait la raison; et l)Ourtant il sembla leur reprocher ce fait. Les commen tateurs disent qu'il voulait leur raijpeler que le monde leur restait à convertir; que le vautour du l)aganisme couvrait de ses sombres aîles chacune des nations de la terre, et que des millions d'âmes s'engouffraient, avec le sceau de l'immortalité, dans les abîmes de la damnation éternelle.
Messeigneurs et Révérends Pères, en nous agenouillant aujourd'hui au pied de cet autel un sentiment de sympathie doit se joindre à notre reconnaissance. Nous sommes comme des soldats qui, au milieu de !a bataille s'arrêtent pour contempler le terrain qu'ils ont gagné afin de s'encourager, sans doute, à se replonger ensuite au plus épais de la mêlée. Autour de nous cependant il y en a des milliers qui sont dans les ténèbres de la mort. Les écoles de l'erreur fleurissent à l'ombre des cathédrales représentées à cette solennité. Il y a encore 30,000,000 d'individus de toutes les variétés de croyance qu'il faut amener au bercail. Autour de ces autels ne prierons-nous pas le Tout-Puissant de dissiper les ténèbres qui entourent tant et de si nobles âmes sur ce vaste continent. Comme l'ange au trône du Père Eternel nous lui demanderons : « Combien de temps encore, Seigneur, serez-vous sans pitié pour Jérusalem ? » Et sans doute que lorsque la célébration de cette grande solennité reviendra.
rEiiUse Améi'icaiiKî pu aura attiré de tous cùtt's des millious et des millious, et que leurs évèques et leurs délégués qui passerout sur uos cendres oubliées, s" agenouilleront, comme nous le faisons aujourd'hui, sur les marches de ces vénérables autels, pour remercier le Père Eternel des faveurs du Christianisme
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RELIQUES
EXPOSÉES A LA CHAPELLE DE l" HOTEL-DIEU.
Liste des Reliques qui furent offertes à la vénération des fidèles pendant le Triduum à la chapelle des Dames de l'Hotel-Dieu.