LES JÉSUITES
Les Récollets avaient passé près de onze années dans la Nouvelle-France, et, durant cet intervalle, ils avaient fait si ample moisson parmi les tribus sauvages que leur zèle ne pouvait plus suffire à la besogne. En conséquence, ils s’adressèrent aux Jésuites de France, et leur demandèrent de vouloir bien venir partager avec eux les labeurs et les dangers de leur pénible apostolat.
Les Jésuites acceptèrent avec empressement l'offre qui lewr était faite, et en 1625, les Pères Charles Lalemant, Ennemond Massé et Jean de Brébœuf arrivèrent à Québec.
Ils furent hébergés d’abord par les Pères Récollets ; mais bientôt ils parvinrent à se construire un logement convenable, sur la rive nord de la rivière Saint-Charles, à l'embouchure de la rivière Lairet (près le pont Bickell) Ce premier établissement reçut le nom de Notre-Dame des Anges.
Il faudrait des volumes pour redire les innombra bles travaux des Jésuites dans la Nouvelle-France ; les détails concernant leurs pénibles missions sont consignés dans toutes nos histoires du Canada ; et les noms et les œuvres des Pères Jogues, Brébœæuf, Lalemant, Bressani, de Noue, Daniel, Garnier, ete,, etc., sont connus de tout le monde,
Plusieurs eurent à subir les tortures du martyre : et bien que celui des Pères Brébœuf et Lalemant soit, pour ainsi dire, légendaire, néanmoins on en relit toujours la description avec un nouvel intérêt,
Les Iroquois venaient d’envahir la bourgade Saint Louis où se trouvaient les Pères de Brébœuf et Gabriel Lalemant, (1629). « Au milieu des horreurs de la mêlée, dit Ferland, pendant que les décharges de la, mousqueterie, les cris des guerriers, les gémissements des blessés, formaient autour d'eux une épouvantable confusion de bruits qui déchiraient les oreilles et attristaient le cœur, les deux missionnaires se tenaient auprès de la brèche, l’un occupé à baptiser les cathécumènes, et l’autre donnant l’absolution à ceux qui étaient déjà chrétiens. Ils furent bientôt saisis eux-mêmes et envoyés avec les autres prisonniers au bourg de Saint-Ignace...... Salués à leur arrivée par une rude bastonnade, les deux Pères sont attachés au poteau et tourmentés avec le fer et Le feu, On leur suspend au cou un collier de haches rougies sur des charbons ; on leur met des ceintures d’écorce enduites de poix et de résine enflammées : en derision du saint baptême, on leur verse de l’eau bouillante sur la tête. Quelques Hurons transfuges se montrent les plus cruels, et joignent l’insulte à la
ni
cruauté : «Tu nous a dit, Echon, répétaient-ils, que plus on souffre en ce monde, plus on est heureux dans l’autre : eh bien nous sommes tes amis, puisque nous te procurons un plus grand bonheur dans le ciel. Remercie-nôus des bons services que nous te rendons. »
«Dans le plus fort de ses tourments, le P. Gabriel Lalemant levait les yeux au ciel, joignait les mains et demandait à Dieu du secours. Le P. de Brébœuf demeurait comme un rocher, insensible au. fer et au feu, sans pousser un seul cri, ni même un seul soupir. De temps en temps il levait la voix pour annoncer la vérité aux infidèles, et pour encourager les chrétiens qu'on torturait autour de lui. [rrités de la sainte liberté avec laquelle il leur parlait, ses bourreaux lui coupèrent le nez, lüi arrachèrent les lèvres, et lui enfoncèrent un fer rouge dans la bouche. Le héros chrétien conserva le plus grand calme, et son regard était si ferme et si assuré, qu’il semblait encore commander à ses bourreaux.
» On amena près du P. de Brébœuf son jeune compagnon couvert d’écorces de sapin, auxquelles on se préparait à mettre le feu. Celui-ci, se jetant aux pieds du vieux missionnaire, se recommanda à ses prières et répéta les paroles de l’apôtre saint Paul : «Nous avons été mis en spectacle au monde, aux anges et aux hommes.» En ramenant le P. Lalemant à son poteau, on alluma les écorces qui le couvraient, et ses bourreaux s’arrêtèrent pour goûter le plaisir de le voir brûler lentement et d'entendre les se qu’il ne pouvait s'empêcher de pousser.»
« Rendus furieux par l’odeur du sang, les Iroquois se surpassèrent dans cette occasion, par des rafinements de cruauté ; ils arrachèrent les yeux du P. Lalemant, et mirent à la place des charbons ardents. Ils taillèrent sur les cuisses et sur les bras des deux missionnaires des morceaux de chair qu’ils faisaient rôtir sur des charbons et qu’ils dévoraient sous leurs yeux.
» Les tourments du P. de Brébœuf durèrentenviron trois heures ; il mourut le jour même de sa prise, le 16 mars, vers 4 heures du soir. Après sa mort, les barbares lui arrachèrent le cœur qu’ils se partagèrent ; ils espéraient que ceux qui en mangeraient obtien draient une portion du courage de leur victime. Les bourreaux s’acharnèrent alors sur le P. Gabriel Lalemant qui fut torturé sans interruption jusqu’au lendemain à 9 heures du matin. Encore dut-il de voir terminer alors ses maux à la compassion d’un Iroquois, qui, fatigué de le voir languir depuis un jour et une nuit, lui donna un coup de hache pour mettre un terme à ses souffrances.
» Dans toute l’histoire du Canada, ajoute Ferland, on ne rencontre pas de plus grande figure que celle du Père de Brébœuf. Parmi les missionnaires et les courageux laïques qui, pour la cause de Dieu, se sont exposés volontairement à la mort et ont réussi à obtenir la gloire du martyre, plusieurs ont eu autant de mérite que cet homme vénérable ;........ mais les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi le martyre du P. Brébœuf lui donne un relief tout particulier. »
Le P. de Brébœuf était issu d’une famille noble de la Normandie, laquelle, paraît-il, a été la souche de la fantille Apte! d'Angleterre.
Son crâne enfermé dans une châsse d'argent, est conservé précieusement à l’Hôtel-Dieu de cette ville.
Parmi les monuments érigés dans la Nouvelle- France par les disciples de Saint-Ignace, le Collége des Jésuites, converti en casernes, après la cession du Canada à l'Angleterre, occupe le premier rang.
Ce vénérable monument tombe en ruines et bientôt va être démoli. Cependant, avant que l’impitoyable marteau du démolisseur ait commencé son œuvre, le vieux collége, grâce au deuxième centenaire, aura brillé d’un dernieréclat; une généreuse souscription, organisée parmi les citoyens de Québec, lui a réservé la surprise d’une splendide illumination.
Les fondations du Collége des Jésuites furent posées en 1635. Dès lors, dit Laverdière, quantité de Français, assurés de pouvoir procurer une éducation qu’on ne trouvait pas alors dans bien des villes du royaume, se fixèrent volontiers dans la colonie; et les sauvages, dans l'espoir d'y faire instruire les leurs, se rendirent de toutes parts aux environs de Québec.