MONSEIGNEUR DE LAVAL ET LE SÉMINAIRE DE QUÉBEC
Cependant, au dire des historiens, certains dé. sordres commençaient à s’introduire dans la colonie ; et les missionnaires répandus sur cet immense territoire de la Nouvelle-France comprirent bientôt que la présence d’un supérieur ecclésiastique devenait opportune et même nécessaire.
En conséquence, les missionnaires demandèrent un évêque, et ils proposèrent, comme étant le plus apte à remplir ce poste important, François de Laval, abbé de Montigny.
Les noms ec prénoms du nouvel évêque étaient : . François Xavier de Laval de Montmorency. Ilétait né à Laval, diocèse de Chartres, le 30 avril 1623; et avait été sacré évêque de Pétrée, in partibus, à l âge de 36 ans, par le nonce du Pape.
Mgr. de Laval mit pied à terre à Québec, le 6 juin
L'arrivée de cet illustre prélat, allié à la famille royale, et dans les veines duquel coulait le sang du premier baron chrétien à été assurément, un des événements les plus remarquables de l’histoire du Canada et de l’histoire de toute l’ Amérique du Nord. Aussi, son arrivée fut-elle célébrée à Québec avec une solennité et une pompe dignes de la circonstance. Mais ici je laisse la parole à l'abbé Edmond Langevin, du diocèse de Rimouski, qui vient de livrer à la publicité, à l’occasion du deuxième centenaire, une œuvre historique des plus importantes intitulée : Notice biographique sur François de Laval de Montmorency, premier évéque de Québec.
Enfin, dit l'abbé Langevin, le Canada avait un évêque. «Les deux vaisseaux venus cette année de France, écrivait le P. Jérôme Lalemant au Provincial de France, ont changé la face de nos cœurs et de tout le pays; ils ont fait naître la joie partout : l’un, par les heureuses nouvelles de la paix entre les deux couronnes, l’autre, par la venue de Mgr. l'IIL. et Rév. Evèque de Pétrée..….....……
» Dieu a relevé nos espérances par le don qu’il nous à fait d’un prélat après lequel cette église naïssante soupirait depuis un si long temps.
» Le lendemain, 17, M. le vicomte d’Argenson, gouverneur-général depuis un an, alla au-devant du Vicaire-Apostolique et le reçut avec tous les honneurs dus à son rang et à son mérite... M. de Laval, environné de ses compagnons de voyage monta avec le gouverneur au son des cloches:et au bruit de toute l'artillerie du fort. M. d’Argenson le conduisit à
l'église paroissiale, puis au château où les Jésuites vinrent lui rendre leurs devoirs...
» Une fois arrivé sur cette terre, la première pensée du prélat fut pour les pauvres sauvages; et un enfant huron étant venu au monde, il eut la bonté de le tenir sur les fonds du baptème, Un jeune homme, aussi huron, malade à l’extrémité, devait recevoir les derniers sacrements. Mgr. de Laval voulut s’y trouver et lui consacrer ses premiers soins et ses premiers travaux, donnant un bel exemple à nos sauvages qui le virent avec admiration, dit la Mère de l’Incarnation, prosterné près d’un pauvre moribond qui sentait déjà le cadavre et auquel il nettoyait de ses propres mains les endroits du corps où l’on devait faire les onctions sacrées, »
Le 22, Mgr. de Laval fit un grand festin aux sauvages dans une des salles des Jésuites.
« Nos sauvages, dit la relation de 1659, ne se seraient pas formé une idée digne de Mgr. l’évêque, s'il ne se fût accommodé à leur façon de faire, et s’il ne les eût régalés par un festin solennel, lequel les ayant mis de bonne humeur, ils lui firent leurs harangues, entremêlées de leurs chansons ordinaires. Ils le complimentèrent chacun en leur langue avec une éloquence autant aimable que naturelle. Le premier qui harangua fut un des plus anciens Hu:rons.. Nous ne sommes plus rien, dit-il, Ô Hariouaougui, c’est le nom qu’ils donnent à Monseigneur, et qui signifie en leur langue ?’homme du grand affaire.
» Nous ne sommes plus que le débris d’une nation
florissante qui était autrefois la terreur des Iroquois. et qui possédait toute sorte de richesses : ce que tu vois n’est que la carcasse d'un grand peuple dont l’Iroquois a rongé toute la chair et qui s'efforce d’en sucer jusqu’à la moëlle. Quels attraits peux-tu trouver dans nos misères? Comment te laisses-tu charmer par ce reste de charogne vivante, pour venir de si loin prendre part à un si pitoyable état auquel tu nous vois ? »
Ur capitaine algonquin prit ensuite la parole :
«Je m'en souviens, dit-il, en comptant sur ses doigts, il y a 23 ans que le Père Lejeune, en nous semant les premières semences de la foi, nous assura que nous verrions un jour un grand homme sui devait avoir toujours les yeux ouverts, et dont les mains seraient si puissantes que, du seul attouchement, elles inspireraient une force indomptable à nos cœurs contre les efforts de tous les démons. Je ne sais s’il y comprenait les Iroquois ; si cela est, c’est à présent que la foi va triompher partout. »
Telles furent les solennités qui marquèrent l’arrivée à Québec du premier évêque de l’ Amérique du Nord.
De 1659 à 1674, Mgr. de Laval dirigea les missions de la Nouvelle-France, — lesquelles comprenaient presque toute l'Amérique du Nord—sous le nom d’évèque de Pétrée, in partibus. Ce ne fut qu’à la date du 1er octobre 1674 que le diocèse de Québec fut érigé, et que Mgr. de Laval prit le nom d’'évèque de Québec; et c’est à la célébration de ce mémorable événement que nous sommes conviés aujourd'hui
par Mgr. l'Archevèque Taschereau, le XVe successeur de Mgr. de Laval.
Qu'ajouterais-je de plus ?—Dès l’année 1663, Mgr. de Laval avait fondé le Séminaire de Québec, et à sa mort, il lui légua tous ses biens.
Deux siècles plus tard, le Séminaire de Québec fondait l'Université Laval !....….